‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 17 sur 361 · LE GRIFFON · texte numérisé non relu

LE GRIFFON

C’est le nom que MM. de l’Académie des Sciences ont donné à cet oiseau pour le distinguer des autres vautours. D’autres natulistes l’ont appelé le 1 vautour rouge , le i> autour jaune , le ■vautour fauve; et comme aucune de ces dénominations n’est univoque ni exacte, nous avons préféré le nom simple de griffon. Cet oiseau est encore plus grand

que le percnoptère; il a huit pieds de vol ou d’envergure, le corps plus gros et plus long que le grand aigle, surtout en y comprenant les jambes, qu’il a longues de plus d’un pied, et le cou, qui a sept pouces de longueur. Il a, comme le percnoptère, au bas du cou, un collier de plumes blanches; sa tète est couverte de pareilles plumes , qui

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font une petite aigrette par derrière, au bas de laquelle on voit à découvert les trous des oreilles : le cou est presque entièrement dénué de plumes. Il a les yeux à fleur de tète, avec de grandes paupières , toutes deux également mobiles et garnies de cils, et l’iris d’un bel orangé ; le bec long et crochu , noirâtre à son extrémité , ainsi qu’à son origine, et bleuâire dans son milieu. Il est encore remarquable par son jabot rentré, c’est-à-dire par un grand creux qui est au haut de l’estomac , et dont toute la cavité est garnie de poils qui tendent de la circonférence au centre; ce creux est la place du jabot, qui n’est ni proéminent ni pendant comme celui du percnoptère. La peau du corps . qui paroit à nu sur le cou et autour des yeux , des oreilles , etc. , est d’un gris brun et bleuâtre; les plus grandes plumes de l’aile ont jusqu’à deux pieds de longueur, et le tuyau plus d’un pouce de circonférence; les ongles sont noirâtres, mais moins grands et moins courbés que ceux des aigles.

Je crois, comme l’ont dit MM. de l’Académie des Sciences, que le griffon est en effet le grand vautour d’Aristote : mais comme ils ne donnent aucune raison de leur opinion à cet égard , et que d’abord il paroitroit qu’Arisiote ne faisant que deux espèces ou plutôt deux genres de vautours, le petit, plus blanchâtre que le grand, qui varie pour la forme; il paroîlroit, dis-je, que ce genre de vautour est composé de plus d’une espèce, que l’on peut également y rapporter : car il n’y a que le percnoptère dont il ait indiqué l’espèce en particulier ; et comme il ne décrit aucun des autres grands vautours, on pourroit douter avec raison que le griffon fût le même que son grand vautour. Le vautour commun, qui est tout aussi grand et peut-être moins rare que le griffon, pourroit être également pris pour ce grand vautour; en sorte qu’on doit penser que MM. de l’Académie des Sciences ont eu tort d’affirmer comme certaine une chose aussi équivoque et aussi douteuse, sans avoir même indiqué la raison ou le fondement de leur assertion, qui ne peut se trouver vraie que par hasard, et ne peut être prouvée que par des réflexions et des comparaisons qu’ils n’avoient pas faites. J’ai tâché d’y suppléer, et voici les raisons qui m’ont déterminé à croire que notre griffon est en effet le grand vautour des anciens.

Il me paroit que l’espèce du griffon est composée de deux variétés : la première , qui a été appelée 'vautour fauve , et la seconde, 'vautour doré, par les naturalistes.

Les différences entre ces deux oiseaux , dont le premier est le griffon, ne sont pas assez grandes pour en faire deux espèces distinctes et séparées : car tous deux sont de la même grandeur, et en général à peu près de la même couleur ; tous deux ont la queue courte relativement aux ailes, qui sont trèslongues1; et, par ce caractère qui leur est commun, ils diffèrent des autres vautours. Ces ressemblances ont même frappé d’autres naturalistes avant moi, au point qu’ils ont appelé le vautour fauve congener du vautour doré : je suis même très-porté à croire que l’oiseau indiqué par Belon sous le nom de 'vautour noir est encore de la même espèce que le griffon et le vautour doré ; car ce vautour noir est de la même grandeur, et a le dos et les ailes de la même couleur que le vautour dore. Or, en réunissant en une seulq espèce ces trois variétés, le griffon sera le moins rare des grands vautours, et celui par conséquent qu’Aristote aura principalement indiqué; et ce qui rend celte présomption encore plus vraisemblable c’est que, selon Belon , ce grand vautour noir se trouve fréquemment en Égypte, en Arabie et dans les îles de l’Archipel, et que des lors il doit être assez commun en Grèce. Quoi qu’il en soit, il me semble qu’on peut réduire les grands vautours qui se trouvent en Europe à quatre espèces, savoir, le percnoptère, le griffon, le vautour proprement dit, dont nous parlerons dans 1 article suivant, et le vautour huppé, qui diffèrent assez les uns des autres pour faire des espèces distinctes et séparées.

MM. de l’Académie des Sciences, qui ont disséqué deux griffons femelles , ont trèsbien observé que le bec est plus long à proportion qu’aux aigles, et moins recourbé; qu'il n’est noir qu’au commencement et à la pointe, le milieu étant d’un gris bleuâtre; que la mandibule supérieure du bec a en dedans comme une rainure de chaque côté; que ces rainures retiennent les bords tranchans de la mandibule inférieure lorsque le bec est fermé; que, vers le haut du bec, il y a une petite éminence ronde, aux côtés de laquelle sont deux petits trous par où les canaux salivaires se déchargent; que, dans la base du bec, sont les trous des narines, longs de six lignes , sur deux de large , en

i. M. Brisson donne à son vautour doré une queue de deux pieds trois pouces de longueur , et trois pieds à la plus grande plume de l’aile; ce qui me feroit douter que ce soit le même oiseau que ie vautour doré des autres auteurs , qui a la queue courte en comparaison des ailes.

OISEAUX DE PROIE

allant de haut en bas, ce qui donne une grande amplitude aux. parties extérieures de l’organe de l’odorat dans cet oiseau ; que la langue est dure et cartilagineuse,- faisant par le bout comme un demi-canal , et ses deux côtés étant relevés en liant; ces côtés ayant un rebord encore plus dur que le reste de la langue, qui fait comme une scie composée de pointes tournées vers le gosier; que l’œsophage se dilate vers le bas, et forme une grosse bosse qui prend un peu au dessous du rétrécissement de l’œsopbage; que cette bosse n’est différente du jabot des poules qu’en ce qu’elle est parsemée d’une grande quantité de vaisseaux fort visibles, à cause que la membrane de cette poche est fort blanche et fort transparente 1 ; que le gésier n’est ni aussi dur ni aussi épais qu’il l’est

i. Il paroîtroit, par ce que disent ici MM. de l’Académie, que le griffon a le jabot proéminent au dehors : cependant je me suis assuré par mes yeux du contraire; il n’y a qu’un grand creux à la place du jabot, à l’extérieur : mais cela n’empêche pas qu’à l’intérieur il n’y ait une bosse, et un grand élargissement dans cette partie de l’oesophage qui soulève la peau' du creux, et le remplit lorsque l’animal est bien repu.

dans les gallinacés , et que sa partie charnue n’est pas rouge comme aux gésiers des autres oiseaux, mais blanche comme sont les attires ventricules; que les intestins et le cæcum sont petits comme dans les autres oiseaux de proie; qu’enfin l’ovaire est à l’ordinaire, et Yoviductus un peu anfractueux comme celui des poules, et qu’il ne forme pas un conduit droit et égal, ainsi qu’il l’est dans plusieurs autres oiseaux.

Si nous comparons ces observations sur les parties intérieures des vautours avec celles que les mêmes anatomistes de l’Académie ont faites sur les aigles, nous remarquerons aisément que quoique les vautours se nourrissent de chair comme les aigles, ils n’ont pas néanmoins la même conformation dans les parties qui servent à la digestion , et qu’ils sont à cet égard beaucoup plus près des poules et des autres oiseaux qui se nourrissent de grain, puisqu’ils ont un jabot et un estomac qu’on p'eut regarder comme un demi-gésier par son épaisseur à la partie du fond ; en sorte que les vautours paroissent être conformés non seulement pour être carnivores , mais granivores et môme omnivores.

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LE VAUTOUR ou GRAND VAUTOUR.

Le vautour simplement dit , ou le grand vautour, est l’oiseau que Reion a improprement appelé le grand, vautour cendré , et que la plupart des naturalistes après lui ont aussi nommé 'vautour cendré , quoiqu’il soit beaucoup plus noir que cendré. Il est plus gros et plus grand que l’aigle commun, mais un peu moindre que le griffon, duquel il n’est pas difficile de le distinguer, i°par le cou , qu’il a couvert d’un duvet beaucoup plus long et plus fourni, et qui est de la même couleur que celle des plumes du dos;

2° par une espèce de cravate blanche qui part des deux côtés de la tête , s’étend en deux branches jusqu’au bas du cou , et borde de chaque côté un assez large espace d’une couleur noire, et au dessous duquel il se trouve un collier étroit et blanc; 3° par les pieds , qui sont , dans le vautour, couverts de plumes brunes , tandis que , dan? le griffon, les pieds sont jaunâtres ou blanchâtres ; et enfin par les doigts , qui sont jaunes, tandis que ceux du griffon sont bruns ou cendrés.

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