LA TOURTE
Dans le nouveau continent, on trouve d’abord la tourterelle de Canada , qui , comme je l’ai dit, est de la même espèce que notre tourterelle d’Europe.
Un autre oiseau qu’avec les voyageurs nous appellerons tourte est celui qui a été donné par Catesby sous le nom de tourterelle de la Caroline. U nous paroi t être le même, n° 175; la seule différence qu’il y ait entre ces deux oiseaux est une tache couleur d’or, mêlée de vert et de cramoisi, qui, dans l’oiseau de Catesbv, se trouve au dessous des veux, sur les côtés du cou, et qui 11e se voit pas dans le nôtre ; ce qui nous fait croire que le premier est le mâle et le second la femelle. On peut avec quelque fondement rapporter à cette espèce le picacuroba du Brésil, indiqué par Marcgrave.
Je présume aussi que la tourterelle de la Jamaïque, indiquée par Albin et ensuite par M. Brisson, étant du même climat que la précédente, n° 174, et n’en différant pas
assez pour faire une espèce à part, doit être regardée comme une variété dans l’espèce de la tourte; et c’est par celte raison que nous ne lui avons pas donné de nom propre et particulier.
Au reste, nous observerons que cet oiseau a beaucoup de rapport avec celui donné ar M. Edwards, et que le sien pourroit ien être la femelle du nôtre. La seule chose qui s’oppose à cette présomption fondée sur les ressemblances, c’est la différence des climats. On a dit à M. Edwards que son oiseau venoit des Indes orientales, et le nôtre se trouve en Amérique : ne se pourroit-il pas qu’il y eût erreur sur le climat dans M. Edwards? Ces oiseaux se ressemblent trop entre eux, et ne sont pas assez différens de la tourte, pour qu’on puisse se persuader qu’ils sont de climats éloignés , car nous sommes assurés que celui dont nous donnons la représentation a été envoyé de la Jamaïque au Cabinet du Roi.
LE COCOTZIN.
L’oiseau d’Amérique indiqué par Eernandès sous le nom de cocotzin , que nous lui conserverons , parce qu’il est d’une espèce différente de tous les autres; et comme il est aussi plus petit qu’aucune des tourterelles , plusieurs naturalistes l’ont désigné par ce caractère, en l’appelant petite tourterelle ; d’autres l’ont appelé ortolan , parce que n’étant guère plus gros que cet oiseau, il est de même très-bon à manger. On l’a représenté , n® 243, sous la dénomination de petite tourterelle de Saint - Domingue ,
fig. 1, et. petite tourterelle de la Martinique, fig. 2. Mais, après les avoir examinés et comparés en nature, nous présumons que tous deux ne font que la même espèce d’oiseau , dont celui représenté,/? g. 2 est le mâle, et celui fig. 1 , la femelle. Il paroît aussi qu’on doit y rapporter le picuipinima de Pison et de Marcgrave, et la petite tourterelle d’ Acapulco, dont parle Gemelli Carreri. Ainsi cet oiseau se trouve dans toutes les parties méridionales du nouveau continent.
LE CRAVE, OU LE CORACIAS1.
Quelques auteurs ont confondu cet oiseau avec le choquard, appelé communément Choucas des Alpes : cependant il en diffère d’une manière assez marquée par ses proportions totales et par les dimensions , la forme et la couleur de son bec, qu’il a plus long, plus menu, plus arqué et de couleur rouge; il a aussi la queue plus courte, les ailes plus longues, et, par une conséquence naturelle, le vol plus élevé; enfin ses yeux sont entourés d’un petit cercle rouge.
Il est vrai que le crave ou coracias se rapproche du choquard par la couleur et par quelques-unes de ses habitudes naturelles. Ils ont tous deux le plumage noir, avec des reflets verts, bleus, pourpres, qui jouent admirablement sur ce fond obscur. Tous deux se plaisent sur le sommet des plus hautes montagnes, et descendent rarement dans la plaine , avec cette différence néanmoins que le premier paroît beaucoup plus répandu que le second.
Le coracias est un oiseau d’une taille élégante , d’un uaturel vif, inquiet, turbulent, et qui cependant se prive à un certain point. Dans les commencemens on le nourrit d’une espèce de pâtée faite avec du lait, du pain, des grains , etc. ; et dans la suite il s’accommode de tous les mets qui se servent sur nos tables.
Aldrovande en a vu un à Bologne en Italie qui avoit la singulière habitude de casser les carreaux de vitres de dehors en dedans , comme pour entrer dans les maisons par la fenêtre : habitude qui tenoit sans doute au même instinct qui porte les corneilles , les pies et les choucas , à s’attacher aux pièces de métal et à tout ce qui est luisant, car le coracias est attiré, comme ces oiseaux, par ce qui brille, et, comme eux , cherche à se l’approprier. On l’a vu même enlever du foyer de la cheminée des morceaux de bois tout allumés, et mettre ainsi le feu dans la maison ; en sorte que ce dangereux oiseau joint la qualité d’incendiaire à celle de voleur domestique. Mais on pour-
r. Crave est le nom qu’on lui donne en Picardie, suivant Belon ; en latin , selon Campdeu , avis in eendiaria ; en italien , spelviero , (accola , tatula , pason , sort, cutta ; en françois, chouette et choucas rouge ; dans le Valais , choquard et chouette ; en allemand, steintahen (couchas de roche), steintulen ,
roit, ce me semble, tourner contre lui-même cette mauvaise habitude , et la faire servir r à sa propre destruction, en employant les miroirs pour l’attirer dans les pièges, comme on les emploie pour attirer les alouettes.
M. Salerne dit avoir vu à Paris deux coracias qui vivoient en fort bonne intelligence avec des pigeons de volière : mais apparemment il n’avoit pas vu le corbeau sauvage de Gesner, ni la description qu’en donne cet auteur, lorsqu’il a dit, d’après M. Ray, qu’il s’accordoit en tout, excepté pour la grandeur, avec le coracias; soit qu’il voulût parler, sous ce nom de coracias, de l’oiseau dont il s’agit dans cet article ; soit qu’il entendît notre choquard ou le pyrrhocorax de Pline, car le choquard est absolument différent : et Gesner, qui avoit vu le coracias de cet article et son corbeau sauvage, n’a eu garde de confondre ces deux espèces ; il savoit que le corbeau sauvage diffère du coracias par sa huppe , par le port de son corps , par la forme et la longueur de son bec , par la brièveté de sa queue, par le bon goût de sa chair, du moins de celle de ses petits, enfin parce qu’il est moins criard, moins sédentaire et qu’il change plus régulièrement de demeure en certains temps de l’année , sans parler de quelques autres différences qui le distinguent de chacun de ces deux oiseaux en particulier.
Le coracias a le cri aigre , quoique assez sonore, et fort semblable à celui de la pie de mer; il le fait entendre presque continuellement : aussi Olina remarque-t-il que si on l’élève, ce n’est point pour sa voix, mais pour son beau plumage. Cependant Belon et les auteurs de la Zoologie britannique disent qu’il apprend à parler.
La femelle pond quatre ou cinq œufs blancs , tachetés de jaune sale : elle établit son nid au haut des vieilles tours abandonnées et des rochers escarpés , mais non pas indistinctement ; car, selon M. Edwards , ces oiseaux préfèrent les rochers de la côte occidentale d’Angleterre à ceux des côtes orientale et méridionale , quoique celles-ci
steinhmhe ; en anglois, comish-chough, comwallkahe , killegrew. En comparant ces noms divers avee ceux du choquard ou choucas des Alpes , on eu trouvera qui sont les mêmes ; effet de la méprise qui a fait confondre ces deux espèces en une seule.
présentent à peu près les mêmes sites et les mêmes expositions.
Un autre fait de même genre, que je dois à un observateur digne de toute confiance c’est <pie ces oiseaux, quoique habitans des Alpes, des montagnes de Suisse., de celles d’Auvergne, etc., ne paroissent pas néanmoins sur les montagnes du Bugey, ni dans toute la chaîne qui borde le pays de Gex jusqu’à Genève. Belon, qui les avoit vus sur le mont Jura en Suisse, les a retrouvés dans file de Crète, et toujours sur la cime des rochers. Mais M. Hasselquist assure qu’ils arrivent et se répandent en Égypte vers le temps ou le Nil débordé est prêt à rentrer dans son lit. En admettant ce fait, quoique contraire à ce que l’on sait d’ailleurs de la nature de ces oiseaux, il faut donc supposer qu'ils sont attirés en Égypte par une nourriture abondante , telle qu’en peut produire un terrain gras et fertile , au moment où , sortant de dessous les eaux , il reçoit la puissante influence du soleil. Et en effet, les craves se nourrissent d’insectes, et de grains nouvellement semés et ramollis par le premier travail de la végétation.
Il résulte de tout cela que ces oiseaux ne sont point attachés absolument et exclusivement aux sommets des montagnes et des rochers , puisqu’il y en a qui paroissent régulièrement en certains temps de l’année dans la basse Egypte; mais qu’ils ne se plaisent pas également sur les sommets de tout rocher et de toute montagne, et qu’ils préfèrent constamment les uns aux autres, non point à raison de leur hauteur ou de leur exposition, mais à raison de certaines circonstances qui ont échappé jusqu’à présent aux observateurs.
Il est probable (pie le coracias d’Aristote est le même que celui de cet article, et non le pyrrhocorax de Pline , dont il diffère en grosseur, comme aussi par la couleur du
i. M. Hébert , trésorier de l’extraordinaire des guerres à Dijon.
OU CORACIN5.
bec, que î e. pyrrhocorax a jaune. D’ailleurs le crave ou coracias à bec et pieds rouges ayant été vu par Reion sur les montagnes de Crète, i! étoit plus à portée d’être connu d’Aristote (pie le pyrrhocorax, lequel passoit chez les anciens pour être propre et particulier aux montagnes des Alpes, et qu’en effet Belon n’a point vu dans la Grèce.
Je dois avouer cependant qu’ Aristote fait de son coracias une espèce de choucas (coloios) , comme nous en faisons une du pyrvhocorax de Pline ; ce qui semble former un préjugé en faveur de l’identité ou du moins de la proximité de ces deux espèces : mais comme dans le même chapitre je trouve un palmipède joint aux choucas, comme étant de même genre, il est visible que ce philosophe confond des oiseaux de nature différente ou plutôt que cette confusion résulte de quelques fautes de copistes , et qu’on ne doit pas se prévaloir d’un texte probablement altéré, pour fixer l’analogie des espèces, mais qu’il est plus sûr d’établir cette analogie d’après les vrais caractères de chaque espèce. Ajoutez à cela que le nom de pyrvhocorax , qui est tout grec, ne se trouve nulle part dans les livres d’Aristote; que Pline, qui connoissoil bien ces livres, n’y avoit point aperçu l’oiseau qu’il désigne par ce nom, et qu’il ne parle point du pyrrhocorax d’après ce que le philosophe grec a dit du coracias , comme il est aisé de s’en convaincre en comparant les passages.
Celui qui a été observé par les auteurs de la Zoologie britannique , et qui étoit un véritable coracias, pesoit treize onces, avoit environ deux pieds et demi de vol, la langue presque aussi longue que le bec, un peu fourchue et les ongles noirs, forts, et crochus.
M. Gerini fait mention d’un coracias à bec et pieds noirs, qu’il regarde comme une variété de l’espèce dont il s’agit dans cet article , ou comme la même espèce différente d’elle-même par quelques accidens de couleur, suivant l’âge, le sexe, etc.
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