LA CORNEILLE MANTELÉE
cinq œufs , mange ceux des petits oiseaux , et quelquefois les petits oiseaux eux-mêmes.
Tant de rapports et de traits de ressemblance avec la corbine et avec le freux me feroient soupçonner que la corneille mantelée seroit une race métisse , produite par le mélange de ces deux espèces ; et en effet , si elle étoit une simple variété de la corbine, d’où lui viendrait l’habitude de voler par troupes nombreuses, et de changer de demeure deux fois l’année ? ce que ne fait jamais la corbine , comme nous l’avons vu ; et si elle étoit une simple variété du freux, d’où lui viendraient tant d’autres rapports qu’elle a avec la corbine? au lieu que cette double ressemblance s’explique naturellement , en supposant que la corneille mantelée est le produit du mélange de ces deux espèces qu’elle représente par sa nature mixte, et qui tient de l’une et de l’autre. Cette opinion pourrait paraître vraisemblable aux philosophes qui savent combien les analogies physiques sont d’un grand usage pour remonter à l’origine des êtres et renouer le fil des générations ; mais on lui trouvera un nouveau degré de probabilité , si l’on considère que la corneille mantelée est une race nouvelle, qui ne fut ni connue ni nommée par les anciens, et qui, par conséquent, n’existoit pas encore de leur temps, puisque, lorsqu’il s’agit d’une race aussi multipliée et aussi familière que celleci, il n’y a point de milieu entre n’être point connue dans un pays , et n’y être point du tout: or, si elle est nouvelle, il faut qu’elle ait été produite par le mélange de deux autres races ; et quelles peuvent être ces deux races , sinon celles qui paraissent avoir plus de rapports , d’analogie, de ressemblance avec elle ?
Frisch dit que la corneille mantelée a deux cris : l’un plus grave , et que tout le
deux couvées, et elles sont actuellement occupées à la troisième (ce 26 mai 177 3). C’est encore un trait d’analogie entre les deux espèces.
monde connoît ; l’autre plus aigu , et qui a quelque rapport avec celui du coq. Il ajoute qu’elle est fort attachée à sa couvée , et que, lorsqu’on coupe par le pied l’arbre où elle fait son nid , elle se laisse tomber avec l’arbre , et s’expose à tout plutôt que d’abandonner sa géniture.
M. Linnæus semble lui appliquer ce que la Zoologie britannique dit du freux , qu’elle est utile par la consommation qu’elle fait des insectes destructeurs dont elle purge ainsi les pâturages : mais, encore une fois, ne doit-on pas craindre quelle consomme elle-même plus de grains que n’auroient fait les insectes dont elle se nourrit? et n’est-ce pas pour cette raison qu’en plusieurs pays d’Allemagne on a mis sa tête à prix ?
On la prend dans les mêmes pièges que les autres corneilles. Elle se trouve dans presque toutes les contrées de l’Europe , mais en différens temps. Sa chair a une odeur forte , et on en fait peu d’usage , si ce n’est parmi le petit peuple.
Je ne sais sur quel fondement M. Klein a paru ranger parmi les corneilles 1 ' hoexotototl ou oiseau des saules de Fernandès, si ce n’est sur le dire de Seba , qui, décrivant cet oiseau comme le même que celui dont parle Fernandès, le fait aussi gros qu’un pigeon ordinaire, tandis que Fernandès, à l’endroit même cité par Seba, dit que Yhoexotototl est un petit oiseau de la grosseur d’un moineau , ayant à peu près le chant du chardonneret et la chair bonne à manger *. Cela ne ressemble pas trop à une corneille; et de telles méprises, qui sont assez fréquentes dans l’ouvrage de Seba , ne peuvent que jeter beaucoup de confusion dans la nomenclature de l’histoire naturelle.
r. La corbine doit être répandue au loin , puisqu’elle se trouve dans la belle suite d’oiseaux que M. Sonnerat vient d’apporter, et qu’il a tirés des Indes, des îles Moluques, et même de la terre des Papous. Cet individu venoit des Philippines.