LA CORNEILLE MANTELÉE
Ckt oiseau , n° 76 , se distingue aisément de la corbine et de la frayonne ou du freux par les couleurs de son plumage. Il a la tête , la queue et les ailes d’un beau noir, avec des reflets bleuâtres; et ce noir tranche avec une espèce de scapulaire gris- blanc, qui s’étend par devant et par derrière, depuis les épaules jusqu’à l’extrémité du corps. C’est à cause de cette espèce de scapulaire ou de manteau que les Italiens lui ont donné le nom de monaccliia (inoinesse) , et les François celui de corneille mantelée.
Elle va par troupes nombreuses, comme le freux, et elle est peut-être encore plus familière avec l’homme, s’approchant par préférence, surtout pendant l’hiver, des lieux habités, et vivant alors de ce quelle trouve dans les égouts, les fumiers, etc.
Elle a encore cela de commun avec le freux, qu’elle change de demeure deux fois par an, et qu’elle peut être regardée comme un oiseau de passage : car nous la voyons chaque année arriver par très-grandes troupes sur la fin de l’automne, et repartir au commencement du printemps, dirigeant sa route au nord ; mais nous ne savons pas précisément en quels lieux elle s’arrête. La plupart des auteurs disent qu’elle passe l'été sur les hautes montagnes, et qu’elle y fait sou nid sur les pins et les sapins : il faut donc que ce soit sur des montagnes inhabitées et peu connues, comme celles des îles de Shetland, où l’on assure effectivement quelle fait sa ponte; elle niche aussi en Suède, dans les bois, et par préférence sur les aunes, et sa ponte est ordinairement de quatre œufs; mais elle ne niche point dans les montagnes de la Suisse, de l’Italie, etc.
Enfin , quoique, selon le plus grand nombre de naturalistes , elle vive de toutes sortes de nourritures , entre autres de vers , d’in-
sectes, de poissons1, même de chair corrompue, et, par préférence à tout, de laitage ; et quoique , d’après cela , elle dût être mise au rang des omnivores , cependant, comme ceux qui ont ouvert son estomac y ont trouvé de toutes sortes de grains mêlés avec de petites pierres, on peut croire qu’elle est plus granivore qu’autre chose ; et c’est un troisième trait de conformité avec le freux. Dans tout le reste, elle ressemble beaucoup à la corbine ou corneille noire ; c’est à peu près la même taille , le même port, le même cri, le même son de voix, le même vol; elle a la queue et les ailes, le bec et les pieds, et presque tout ce que l’on connoît de ses parties intérieures , conformés de même dans les plus petits détails ; ou si elle s’en éloigne en quelque chose, c’est pour se rapprocher de la nature du freux; elle va souvent avec lui ; comme lui , elle niche sur les arbres 2. Elle pond quatre ou
1. Frisch dit qu’elle épluche fort adroitement les arêtes de poissons ; que , lorsqu’on vide les étangs, elle aperçoit très-vite ceux qui restent dans la boue, et qu’elle ne perd pas de temps à les en tirer. Avec ce goût, il est tout simple qu’elle se tienne souvent au bord des eaux ; mais on n’auroit pas dù pour cela lui donner le nom de corneille aquatique ou de corneille manne , puisque ces dénominations conviendroient.au même titre, à la corneille noire et au corbeau, lesquels ne sont certainement pas des oiseaux aquatiques.
2. Frisch remarque qu’elle place son nid tantôt à la cime des arbres , et tautôt sur les branches inférieures ; ce qui supposeroit qu’elle fait quelquefois sa ponte en Allemagne. Je viens de m’assurer par moi-même qu’elle niche quelquefois en France , et notamment en Bourgogne. Une volée de ces oiseaux réside constamment , depuis deux ou trois années , à Rauine- la- Roche , dans certains trous de rochers où des corneilles frayonnes étoient ci-devant en possession de nicher tous les ans depuis plus d’un siècle t ces frayonnes ayant été une année sans revenir, une volée de quinze ou vingt manlelées s’empara aussitôt de leurs gîtes; elles y ont déjà fait