‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 183 sur 361 · LES CHOUCAS · texte numérisé non relu

LES CHOUCAS

dont l’histoire nous soit connue, est plus aigre, plus perçant; il a visiblement influé sur la plupart des noms qu’on leur a donnés en différentes langues, tels que ceux-ci, choucas , graccus , kaw, /das, etc. : mais ils n’ont pas une seule inflexion de voix ; car on m’assure qu’on les entend quelquefois crier, tian, tian, tian.

Ils vivent tous deux d’insectes , de grains , de fruits et même de chair, quoique trèsrarement : mais ils ne touchent point aux voiries , et ils n’ont pas l’habitude de se tenir sur les côtes pour se rassasier de poissons morts et autres cadavres rejetés par la mer; en quoi ils ressemblent plus au freux, et même à la rnantelée, qu’à la corbine : mais ils se rapprochent de celle-ci par l’habitude qu’ils ont d’aller à la chasse aux œufs de perdrix, et d’en détruire une grande quantité.

Ils volent en grandes troupes, comme le freux; comme lui, ils forment des espèces de peuplades, et même de plus nombreuses, composées d’une multitude de nids, placés les uns près des autres, et comme entassés, ou sur un grand arbre , ou dans un clocher, ou dans le comble d’un vieux château abandonné. Le mâle et la femelle une fois appariés, ils restent long-temps fidèles, attachés l’un à l’autre; et par une suite de cet attachement personnel , chaque fois que le retour de la bellè saison donne aux autres êtres vivans le signal d'une génération nouvelle , on les voit se rechercher avec empressement ; et se parler sans cesse ; car alors le cri des ; animaux est un véritable langage, toujours bien parlé, toujours bien compris: on les voit se caresser de mille manières , joindre leurs becs comme pour se baiser, essayer ï toutes les façons de s’unir avant de se livrer 1 à la dernière union, et se préparer à rem- 1 pl ir le but de la nature par tous les degrés ! du désir, par toutes les nuances de la len- : dresse. Ils ne manquent jamais à ces prélii minaires , non pas même dans l’état de cap- . tivité. La femelle, étant fécondée par le , mâle , pond cinq ou six. œufs marqués de | quelques taches brunes sur un fond verdâ- : tre; et lorsque ses petits sont éclos, elle les 5 soigne, les nourrit , les élève avec une affec- : tion que le mâle s’empresse de partager.

1 Tout cela ressemble assez aux corneilles, et même, à bien des égards, au grand corbeau : mais Charleton et Schwenckféld assurent que les choucas font deux couvées par an ; ce qui n’a jamais été dit du corbeau ni des corneilles, mais qui d’ailleurs s’accorde très- ; bien avec l’ordre de la nature, selon lequel

les espèces les plus petites sont aussi les plus fécondes.

Les choucas sont des oiseaux de passage, non pas autant que le freux et la corneille rnantelée, car il en reste toujours un assez bon nombre dans le pays pendant l’été ; les tours de Vincennes en sont peuplées en tous temps, ainsi que tous les vieux édifices qui leur offrent la même sûreté et les mêmes commodités : mais on en voit toujours moins en France l’été que l’hiver. Ceux qui voyagent se réunissent en grandes bandes , comme la frayonne et la rnantelée, quelquefois même ils ne font qu’une seule bande avec elles, et ils ne cessent de crier en volant: mais ils n’observent pas les mêmes temps en France et en Angleterre ; car ils quittent l’Allemagne en automne avec leurs petits, et n’y reparoissent qu’au printemps , après avoir passé l’hiver chez nous ; et Frisch a raison d’assurer qu’ils 11e couvent point pendant leur absence , et qu’à leur retour ils 11e ramènent point de petits avec eux; car lés choucas ont cela de commun avec tous les autres oiseaux, qu’ils ne font point leur ponte en hiver.

A l’égard des parties internes, je remarquerai seulement qu’ils ont le ventricule musculeux, et près de son orifice supérieur une dilatation de l’œsophage qui leur tient lieu de jabot, comme dans les corneilles, mais que la vésicule du fiel est plus allongée.

Du reste, on les prive facilement, on leur apprend à parler sans peine ; ils semblent se plaire dans l’état de domesticité : mais ce sont des domestiques infidèles, qui, cachant la nourriture superflue qu’ils 11e peuvent consommer, et emportant des pièces de monnoie et des bijoux qui ne leur sont d’aucun*usage , appauvrissent le maître sans s’enrichir eux-mêmes.

Pour achever l’histoire des choucas, il ne s’agit plus que de comparer ensemble les deux races du pays, et ajouter à la suite, selon notre usage , les variétés et les espèces étrangères.

Le choucas. Nous n’avons en France que deux choucas. L’un , à qui je conserve le nom de choucas proprement dit, est de la grosseur d’un pigeon ; il a l’iris blanchâtre, quelques traits blancs sous la gorge, quelques points de même couleur autour des narines, du cendré sur la partie postérieure de la tête et du cou : tout le reste est noir; mais cette couleur est plus foncée sur les parties supérieures , avec des reflets tantôt violets et tantôt verts.

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