LE VAUTOUR A AIGRETTES
pieds jaunes. Lorsqu’il est en repos, à terre ou perché, il redresse les plumes de la tète , qui lui font alors comme deux cornes, que l’on n’aperçoit plus quand il vole. U a près de six pieds de vol ou d’envergure; il marche bien et fait des pas de quinze pouces d’étendue. Il poursuit les oiseaux de toute espèce , et il en fait sa proie ; il chasse aussi les lièvres, les lapins, les jeunes renards et les petits faons, et n’épargne pas même le poisson : il est d’une telle férocité qu’on ne peut l’apprivoiser; non seulement il poursuit sa proie au vol en s’élançant du sommet d’un arbre ou de quelque rocher élevé , mais encore à la course. Il vole avec grand bruit ; il niche dans les forêts épaisses et désertes, sur les arbres les plus élevés. U mange la chair, les entrailles des animaux vivans , et même les cadavres: quoique très-vorace, il peut supporter l’abstinence pendant quatorze jours. On prit deux de ces oiseaux en Alsace au mois de janvier i5i3, et, l’année suivante, on en trouva d’autres dans un nid qui étoit construit sur un gros chêne très-élevé, à quelque distance de la ville de Miesen.
Tous les grands vautours, c’est-à-dire le percnoptère, le griffon, le vautour proprement dit, et le vautour à aigrettes, ne produisent qu’en petit nombre , et une seule fois l’année. Aristote dit qu’ordinairement ils ne pondent qu’un œuf ou deux. Ils font leurs nids dans des lieux si hauts et d’un accès si difficile, qu’il est très-rare d’en trouver; ce n’est que dans les montagnes élevées et désertes que l’on doit les chercher. Les vautours habitent ces lieux de préférence pendant toute la belle saison; et ce n’est que quand les neiges et les glaces commencent à couvrir ces sommets de montagnes qu’on les voit descendre dans les plaines, et voyager en hiver du côté des pays chauds; car il paroît que les vautours craignent plus le froid que la plupart des aigles. Ils sont moins communs dans le Nord; il sembleroit même qu’il n’y en ait point du tout en Suède, ni dans les pays au delà,
puisque M. Linnæus , dans l’énumération qu’il fait de tous les oiseaux de Suède, ne fait aucune mention des vautours. Cependant nous parlerons, dans l’article suivant, d’un vautour qu’on nous a envoyé de Norwége; mais cela n’empêche pas qu’ils ne soient plus nombreux dans les climats chauds, en Égypte , en Arabie , dans les îles de l’Archipel, et dans plusieurs autres provinces de l’Afrique et de l’Asie : on y fait même grand usage de la peau des vautours; le cuir en est presque aussi épais que celui d’un chevreau; il est recouvert d’un duvet très-fin, trèsserré et très-chaud, et l’on en fait d’excellentes fourrures.
Au reste , il me paroît que le vautour noir que Reion dit être commun en Égypte, est de la même espèce que le vautour proprement dit, qu’il appelle 'vautour cendré, et qu’on ne doit pas les séparer, comme l’ont fait quelques naturalistes , puisque Belon lui-même, qui est le seul qui les ait indiqués, ne les sépare pas, et parle des cendrés et des noirs comme faisant tous deux l’espèce du grand vautour, ou vautour proprement dit; en sorte qu’il est probable qu’il en existe en effet de noirs, et d’autres qui sont cendrés, mais que nous n’avons pas vus. Il en est du vautour noir comme de l’aigle noir, qui tous deux sont de l’espèce commune du vautour ou de l’aigle. Aristote a eu raison de dire que le genre du grand vautour étoit multiforme, puisque ce genre est en effet composé de trois espèces , du griffon , du grand vautour et du vautour à aigrettes, sans y comprendre le percnoptère, qu’Aristole avoit cru devoir séparer des vautours, et associer aux aigles. Il n’en est pas de même du petit vautour dont nous allons parler, et qui ne me paroît faire qu’une seule espèce en Europe : ainsi ce philosophe a eu encore raison de dire que le genre du grand vautour étoit plus multiforme, c’est-à-dire eontenoit plus d’espèces que celui du petit vautour.
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