LA PIE DE LA JAMAÏQUE
Cet oiseau ne pèse que six onces , et il est d’environ un tiers plus petit que la pie commune, dont ii a le bec, les pieds, et la queue.
Le plumage du mâle est noir, avec des reflets pourpres ; celui de la femelle est brun, plus foncé sur le dos et sur toute la partie supérieure du corps, moins foncé sous le ventre.
Ils font leur nid sur les branches des arbres. On en trouve dans tous les districts de l’ile, mais plus abondamment dans les lieux les plus éloignés du bruit : c’est de là qu’après avoir fait leur ponte et donné naissance à une génération nouvelle pendant l’été , ils se répandent l’automne dans les habitations, et arrivent en si grand nombre , que l’air en est quelquefois obscurci. Ils .volent ainsi en troupes l’espace de plusieurs milles ; et partout où ils se posent , ils font un dommage considérable aux cultivateurs. Leur ressource pendant l’hiver est de venir aux portes des granges. Tout cela donne lieu de croire qu’ils sont frugivores; cependant on
remarque qu’ils ont l’odeur forte, que leur chair est noire et grossière , et qu’on en mange fort rarement.
H suit de ce que je viens de dire , que cet oiseau diffère de notre pie non seulement par la façon de se nourrir , par sa taille , et par son plumage , mais en ce qu’il a le vol plus soutenu, et par conséquent l’aile plus forte ; qu’il va par troupes plus nombreuses; que sa chair est encore moins bonne à manger ; enfin que dans cette espèce la différence du sexe en entraîne une plus grande dans les couleurs; en sorte qu’ajoutant à ces traits de dissemblance la difficulté qu’a dû rencontrer la pie d’Europe à passer en Amérique , vu qu’elle a l’aile trop courte et trop foible pour franchir les grandes mers qui séparent les deux continens sous les zones tempérées, et qu’elle fuit les pays septentrionaux où ce passage seroit facile , on est fondé à croire que ces prétendues pies américaines peuvent bien avoir quelques rapports avec les nôtres , et les représenter dans le nouveau continent, mais qu’elles ne descendent pas d’une souche commune.
Le tesquizana du Mexique 1 paroît avoir beaucoup de ressemblance avec cette pie de la Jamaïque, puisque, suivant Fernandès, il a la queue fort longue ; qu’il surpasse l’étourneau en grosseur ; que le noir de son plumage a des reflets; qu’il vole en grandes troupes, lesquelles dévastent les terres cultivées où elles s’arrêtent; qu’il niche au printemps ; que sa chair est dure et de mauvais goût ; en un mot , qu’on peut le regarder comme une espèce d’étourneau ou de choucas : or l’on sait qu’au plumage près un choucas qui a une longue queue ressem- • ble beaucoup à une pie.
Il n’en est pas ainsi de l’isana du même Fernandès 2 , quoique M. Brisson le confonde avec la pie de la Jamaïque, Cet oiseau
1. J’ai formé ce nom par contraction du nom mexicain tequixquia-cazanatl. Fernandès l’appelle encore étourneau des lacs salés , et les Espagnols tordo. Cet oiseau a le chant plaintif.