LE GEAI
de cette manière elle approche de celle de l’oie rôlie.
Les geais ont la première phalange du doigt extérieur de chaque pied unie à celle du doi"t du milieu ; Se dedans de la bouche
noir ; la langue de la même couleur, fourchue, mince, comme membraneuse, et presque transparente ; la vésicule du bel oblongue ; l’estomac moins épais et revêtu de muscles moins forts que le gésier des granivores. Il faut qu’ils aient le gosier fort large, s’ils avalent, comme on dit, des glands, des noisettes et même des châtaignes tout entières, à la manière des ramiers: cependant je suis sûr qu’ils n’avalent jamais les calices d’œillets tout entiers , quoiqu’ils soient très-friands de la graine qu’ils renferment. Je me suis amusé quelquefois à considérer leur manège : si on leur donne un œillet, ils le prennent brusquement; si on leur en donne un second , ils le prennent lie même, et ils en prennent ainsi tout autant que leur bec en peut contenir, et même davantage ; car il arrive souvent qu’en happant les nouveaux ils laissent tomber les premiers, qu’ils sauront bien retrouver.
Lorsqu’ils veulent commencer à manger, ils posent tous les autres œillets, et. n’en gardent qu'un seul dans leur bec; s’ils ne le tiennent pas d’une manière avantageuse, ils savent fort bien le poser pour le reprendre mieux; et ensuite ils le saisissent sous le pied droit, et à coups de bec ils emportent en détail d’abord les pétales de la fleur, puis l’enveloppe du calice, ayant toujours l’œil au guet, et regardant de tous côtés : enfin, lorsque la graine est à découvert, ils la mangent avidement , et se niellent tout de suite à éplucher un second œillet.
On trouve cet oiseau en Suède, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Italie; et je ne crois pas qu’il soit étranger à aucune contrée de l’Europe , ni même à aucune des contrées correspondantes de l’Asie.
Pline parle d une race de geai ou de pie à cinq doigts , laquelle apprenoit mieux à parler que les autres. Ceile race n’a rien de plus extraordinaire que celle des poules à cinq doigts , qui est connue de tout le monde, d’autant plus que les geais deviennent encore plus familiers, plus domestiques que les poules ; et l’on sait que les animaux qui vivent le plus avec l'homme sont aussi les mieux nourris, conséquemment qu’ils abondent le plus en molécules organiques superflues, et qu’ils sont plus sujets à ces sortes de monstruosités par excès. C’en seroit une que les phalanges des doigts multipliées dans quelques individus au delà du nombre ordinaire; ce qu’on a attribué trop généralement à toute espèce.
Mais une autre variété plus généralement connue dans l’espèce du geai c’est le geai blanc ; il a la marque bleue aux ailes , et ne diffère du geai ordinaire que par la blancheur presque universelle de son plumage, laquelle s’étend jusqu’au bec et aux ongles, et par ses yeux rouges , tels qu’en ont tant d’autres animaux blancs. Au reste, il ne faut pas croire que la blancheur de son plumage soit bien pure ; elle est souvent altérée par une teinte jaunâtre plus ou moins foncée. Dans un individu que j’ai observé, les couvertures qui bordent les ailes pliées étoient ce qu’il y a de plus blanc: ce même individu me parut aussi avoir les pieds plus menus que le geai ordinaire.