‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 200 sur 361 · LE GEAI · texte numérisé non relu

LE GEAI

Presque tout ce qui a été dit de l’instinct de la pie peut s’appliquer au geai , n° 481 ; et ce sera assez faire cennoîlre celui-ci que d’indiquer les différences (pii le caractérisent.

L’une des principales c’est cette marque bleue , ou plutôt émaillée de différentes nuances de bleu, dont chacune de ses ailes est ornée, et qui sufûroit seule pour le

distinguer de presque tous les autres oiseaux de l’Europe. Il a de plus sur le front un toupet de petites plumes noires, bleues, et blanches : en général, toutes ses plumes sont singulièrement douces et soyeuses au toucher, et il sait , en relevant celles de sa tète, se faire une huppe qu’il rabaisse à son gre. Il est d’un quart moins gros que la pie ; il a

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la queue plus courte et les ailes plus longues à proportion, et, malgré cela, il ne vole guère mieux qu’elle.

Le mâle se distingue de la femelle par la grosseur de la tète et par la vivacité des couleurs : les vieux diffèrent aussi des jeunes par le plumage ; et de là, en grande partie, les variétés et le peu d’accord des descriptions ; car il n’y a que les bonnes descriptions qui puissent s’accorder ; et , pour bien décrire une espece, il faut avoir vu et comparé un grand nombre d individus.

Les geais sont fort pétulans de leur nature ; ils ont les sensations vives, les mouvemens brusques; et, dans leurs fréquens accès de colere, ils s’emportent et oublient le soin de leur propre conservation , au point de se prendre quelquefois la tète entre deux branches, et ils meurent ainsi suspendus en l’air 1 : leur agitation perpétuelle prend encore un nouveau degré de violence lorsqu’ils se sentent gênés, et c’est la raison pourquoi ils deviennent tout-à-fait méconnoissables en cage , ne pouvant y conserver la beauté de leurs plumes, qui sont bientôt cassées, usées, déchirées, flétries par un frottement continuel.

Leur cri ordinaire est très-désagréable, et ils le font entendre souvent ; ils ont aussi de la disposition à contrefaire celui de plusieurs oiseaux qui ue chantent pas mieux , tels que la crécerelle , le chat-huant , etc. S’ils aperçoivent dans le bois un renard , ou quelque autre animal de rapine, ils jettent un certain cri très-perçant, comme pour s’appeler les uns les autres , et on les voit en peu de temps rassemblés en force, et se croyant en état d’en imposer par le nombre, ou du moins par le bruit. Gel instinct qu’ont les geais de se rappeler, de se réunir à la voix de l’un d’eux , et leur violente antipathie contre la chouette, offrent plus d’un moyen pour les attirer dans les pièges , et il 11e se passe guere de pipée sans qu’on en prenne plusieurs; car, étant plus pétulans que la pie, il s’en faut bien qu’ils soient aussi défians et aussi rusés. Ils n’ont pas non plus le cri naturel si varié , quoiqu ils paraissent n’avoir pas moins de flexibilité dans le gosier , ni moins de disposition à iniiter tous les sons, tous les bruits, tous les cris d'animaux qu’ils entendent habituellement, et même la parole humaine. Le mot richard est celui, dit-on, qu’ils articula Cet instinct rend croyables ces batailles que l’on dit s’etre données entre des armées de geais et des années de pies.

lent le plus facilement. Ils ont aussi , comme la pie et toute la famille des choucas , des corneilles, et des corbeaux, l habitude d’enfouir leurs provisions superflues, et celle de dérober tout ce qu’ils peuvent emporter; mais ils ne se souviennent pas toujours de l’endroit où ils ont enterré leur trésor; ou bien , selon l’instinct commun à tous les avares, ils sentent plus la crainte de le diminuer que le désir d’en faire usage , en sorte qu’au printemps suivant, les glands et les noisettes qu’ils avoient cachés et peutêtre oubliés, venant à germer en terre et pousser des feuilles au dehors, déeelent ces amas inutiles, et les indiquent, quoiqu’un, peu tard, à qui en saura mieux jouir.

Les geais nichent dans les bois, et loin des lieux habités , préférant les chênes les plus touffus , et ceux dont le tronc est entouré de lierre ; mais ils ne construisent pas leurs nids avec autant de précaution que la pie. On m’en a apporté plusieurs dans le mois de mai ; ce sont des (lemi -sphères, creuses formées de petites racines entrelacées, ouvertes par dessus, sans matelas au dedans , sans défense au dehors : j’y ai toujours trouvé quatre. ou cinq œufs; d’autres disent y en avoir trouvé cinq ou six. Ces œufs sont un peu moins gros que eeux du pigeon, d un gris plus ou moins verdâtre, avec de petites taches foiblemeni marquées.

Les petits subissent leur première mue dès le mois de juillet; ils suivent leurs pere et mère jusqu’au printemps de l’année suivante , temps où ils les quittent pour se réunir deux à deux et former de nouvelles familles : c’est alors que la plaque bleue des, ailes qui s’étoit marquée de tres-bonne heure paroi t dans toute sa beauté.

Dans l’état de domesticité , auquel ils se façonnent aisément, ils s’accoutument à toutes sortes de nourritures, et vivent ainsi huit à dix ans; dans l’état sauvage, ils se nourrissent non seulement de glands et de noisettes, mais de châtaignes, de pois, de fèves, de sorbes, de groseilles, de cerises, de framboises , etc. Ils dévorent aussi les petits des autres oiseaux , quand ils peuvent les surprendre dans le nid en l’absence des vieux, et quelquefois les vieux , lorsqu’ils les trouvent pris au lacet; et, dans cette circonstance, ils vont, suivant leur coutume, avec si peu de précaution, qu’ils se prennent quelquefois eux-mêmes , ei dédommagent ainsi l’oiseleur du tort qu’ils ont fait à sa chasse; car leur chair, quoique peu délicate, esl mangeable, surtoui si 011 la fait bouillir d’abord, et ensuite < ôtir: on dit que

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