‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 209 sur 361 · LE CASSE-NOIX · texte numérisé non relu

LE CASSE-NOIX

Cet oiseau, n° 5o, diffère des geais et des pies par la forme du bec, qu’il a plus droit , plus obtus , et composé de deux pièces inégales : il en différé encore par l’instinct qui l’attache de préférence au séjour des hautes montagnes, et par son naturel moins défiant et moins rusé. Du reste, il a beaucoup de rapports avec ces deux espèces d’oiseaux; et la plupart des naturalistes qui n’ont pas été gênés par leur méthode n’ont pas fait difficulté de le placer entre les geais et les pies, et même avec les choucas, qui, comme I on sait , ressemblent beaucoup aux pies : mais on prétend qu’il est encore plus babillard que les uns et les autres.

M. Klein distingue deux variétés dans l’espèce du casse-noix : l’une , qui est mouchetée comme l’étourneau , qui a le bec anguleux et fort , la langue longue et fourchue, comme toutes les especes de pies; l’autre, qui est moins grosse, et dont le bec (car il ne dit rien du plumage) est plus menu, plus arrondi , composé de deux pièces inégales , dont la supérieure est la plus longue , et qui a la langue divisée profondément , trèscourte, et comme perdue dans le gosier *.

Selon le même auteur, ces deux oiseaux mangent des noisettes; mais le premier les casse , et l’autre les perce : tous deux se nourrissent encore de glands, de baies sauvages, de pignons, qu’ils épluchent fort adroitement, et même d’insectes : enfin tous deux cachent, comme les geais, les pies, et les choucas, ce qu ils n’ont pu consommer.

Les casse-noix, sans avoir le plumage brillant , l’ont remarquable par des mouchetures blanches et triangulaires qui sont répandues partout , excepté sur la tète. Ces mouchetures sont plus petites sur la partie supérieure , plus larges sur la poitrine : elles font d’autant plus d’effet et sortent d’autant mieux qu’elles tranchent sur un fond brun.

Ces oiseaux se plaisent surtout , comme je l’ai dit ci-dessus , dans les pays monta-

x. Selon Willughby, la langue ne paroît pas pouvoir s’avancer plus loin que les coins de ta bouche, le bec étant fermé, parce que dans cette situation la cavité du palais, qui correspond ordinairement à la langue, se trouve remplie par une arête saillante de la mâchoire inférieure, laquelle correspond ici à celte cavité; il ajoute que le fond du palais et les bords de sa fente ou fissures sont hérissés de petites pointes.

gneux. On en voit communément en Auvergne, en Savoie, en Lorraine, en Franche- Comté, en Suisse, dans le Berg trnasque, eu Autriche, sur les montagnes couvertes de forêts de sapins : on les retrouve jusqu’en Suède , mais seulement dans la partie méridionale de ce pays, et rarement au delà. Le peuple d’Allemagne leur a donné les noms d 'oiseaux de Turquie , d' Italie, d' Afrique ; et l’on sait que , dans le langage du peuple, ces noms signifient, non pas un oiseau venant réellement de ces contrées, mais un oiseau étranger dont on ignore le pays.

Quoique les casse-noix ne soient point oiseaux de passage , ils quittent quelquefois leurs montagnes pour se répandre dans les plaines. Frisch dit qu’on les voit de temps en temps arriver en troupes avec d’autres oiseaux en différens cantons de l’Allemagne, et toujours par préférence dans ceux où ils trouvent des sapins.

Cependant , en 1754 , il en passa de grandes volées en France , et notamment en Bourgogne, où il y a peu de sapins 2. Ils étoieut si fatigués en arrivant qu’ils se laissoient prendre à la main. On en tua un la même année au mois d’octobre, près de Mostyn en Flintshire , qu’on supposa venir d’Allemagne. Il faut remarquer que cette année avoit été fort sèche et fort chaude: ce qui avoit dû tarir la plupart des fontaines, et faire tort aux fruits dont les casse-noix font leur nourriture ordinaire : et d’ailleurs, comme en arrivant ils paroissoient affamés, donnant en foule dans tous les pièges, se laissant prendre à tous les appâts , il est vraisemblable qu’ils avoient été contraints d’abandonner leurs retraites par le manque de subsistance.

3. Un habile ornithologiste de la ville de Sarbourg m’aj>|)rend qu’en cette même année 1764 il passa en Lorraine des volées de casse-noix si nombreuses, que les bois et les campagnes en étoient remplis: leur séjour dura tout te mois d’octobre ; et la faim les avoit tellement affoiblis, qu’ils se laissoient approcher et tuer à coups de bâton. Le même observateur ajoute que ces oiseaux ont reparu en 1763, mais en beaucoup plus petit nombre ; que leur passage se fait toujours en automne, et qu’ils mettent ordinairement entre chaque passage un intervalle de six a neuf années : ce qui doit se restreindre à la Lorraine ; car en France, et particulièrement en Bourgogne, les passages de» casse-noix sont beaucoup plus éloignés.

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