‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 22 sur 361 · LE SACRE D’ÉGYPTE · texte numérisé non relu

LE SACRE D’ÉGYPTE

L’oiseau appelé par Reion le sacre d’É . gypte , et que le docteur Shaw indique sous le nom achbobba. Cel oiseau se voit par troupes dans les terres stériles et sablonneuses qui avoisinent les pyramides d’Égypte : il se tient presque toujours à terre , et se repaît, comme les vautours, de toute viande et de chair corrompue. « Il est , dit Belon , oiseau sordide et non gentil ; et quiconque feindra voir un oiseau ayant la corpulence d’un milan , le bec entre le corbeau et l’oiseau de proie, crochu par le fin bout, et les jambes et pieds , et marcher comme le corbeau, aura l’idée de cet oiseau, qui est fréquent en Égypte, mais rare ailleurs, quoiqu’il y en ait quelques uns en Syrie, et que j’en aie, ajoute-t-il, vu quelques uns dans la Caramanie. » Au reste , cet oiseau varie pour les couleurs; c’est , à ce que croit Belon, Vhierax ou accipiter Ægyptius d’Hérodote , qui, comme l’ibis, étoit en vénération chez les anciens Égyptiens, parce que tous deux tuent et mangent les serpens et autres bêtes immondes qui infectent l’Égypter. «Auprès du Caire, dit le docteur Shaw, nous rencontrâmes plusieurs troupes d’achbobbas, qui, comme nos corbeaux,

vivent de charogne C’est peut-être l’éper-

vier d’Égypte, dont Strabon dit que, contre le naturel de ces sortes d’oiseaux , il n’est pas fort sauvage; car l’achbobba est un oiseau qui ne fait point de mal et que les Maliométans regardent comme sacré : c’est pourquoi le bacha donne tous les jours deux bœufs pour les nourrir ; ce qui paroît être un reste de l’ancienne superstition des Égyptiens. » C’est ce même oiseau dont parle Paul Lucas. « On rencontre encore en Égypte , dit-il , de ces éperviers à qui l’on rendoit , ainsi qu’à l’ibis , un autre culte religieux ; c’est un oiseau de proie, de la grosseur d’un corbeau , dont la tète ressemble à celle d’un vautour, et les plumes à celles d’un faucon. Les prêtres de ce pays représentaient de grands mystères sous le symbole de cet oi-

i. Belon , Histoire naturelle des Oiseaux , pages no et m, avec figures , dans laquelle on peut remarquer que le bec ressemble plus à celui d'un aigle ou d’un épervier qu’à celui d’un vautour : mais on doit présumer que cette partie est mal représentée dans la figure, puisque l’auteur dit dans sa description que le bec est entre celui du corbeau et celui d’un oiseau de proie , et crochu par l’extrémité ; ce qui exprime assez bien la forme du bec d’un vautour.

seau ; ils le faisoient graver sur leurs obé lisques et sur les murailles de leurs temples pour représenter le soleil ; la vivacité de ses yeux , qu’il tourne incessamment vers cet astre , la rapidité de son vol, sa longue vie, tout leur parut propre à marquer la nature du soleil, etc. » Au reste, cet oiseau qui, comme l’on voit, n’est pas assez décrit, pourroit bien être le même que le gallinache ou marchand, dont nous ferons mention art. IV.

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