‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 220 sur 361 · LE ROLLIER DE PARADIS · texte numérisé non relu

LE ROLLIER DE PARADIS

Je place cet oiseau entre les rolliers et les oiseaux de paradis , comme faisant la nuance entre ces deux genres, parce qu’il me paroît avoir la forme des premiers, et se rapprocher des oiseaux de paradis par la petitesse et la situation des yeux au dessus et tort près de la commissure des deux pièces du bec , et par l’espèce de velours naturel

qui recouvre la gorge et une partie de la tète. D’ailleurs les deux longues plumes de la queue qui se trouvent quelquefois dans notre rollier d’Europe, et qui sont bien plus longues dans celui d’Angola , sont encore un trait d’analogie, qui rapproche le genre du rollier de celui de l’oiseau de paradis.

L’oiseau dont il s’agit dans cet article a le dessus du corps d’un orangé vif et brillant , le dessous d’un beau jaune; il n’a de noir que sous la gorge, sur une partie du maniement de l’aile, et sur les pennes de la queue. Les plumes qui revêtent le cou par derrière sont longues, étroites, flexibles, et retombent un peu de chaque côté sur les parties latérales du cou et de la poitrine.

On avoit fait l’honneur au sujet décrit et dessiné par M. Edwards, de lui arracher les pieds et les jambes, comme à un véritable oiseau de paradis ; et c’est sans doute ce qui avoit engagé M. Edwards à le rapporter à cette espece, quoiqu’il n’en eût pas les principaux caractères. Les grandes pennes de l’aile manquoient aussi , mais celles de la queue étoient complètes; il y en avoit douze de couleur noire, comme j’ai dit, et terminées de jaune. M. Edwards soupçonne que les grandes pennes de l’aile dévoient aussi être noires, soit parce qu’elles sont le plus souvent de la même couleur (pie celles de la queue, soit par cela même qu’elles manquoient dans l’individu qu’il a observé , les marchands qui trafiquent de ces oiseaux ayant coutume, en les faisant sécher, d'arracher comme inutiles les plumes de mauvaise couleur, afin de laisser paroître les belles plumes, pour lesquelles seules ces oiseaux sont recherchés.

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L’OISEAU DE PARADIS

Cette espèce est plus célébré par les qualités fausses et imaginaires qui lui ont été attribuées, que par ses propriétés réelles et vraiment remarquables. Le nom d 'oiseau de paradis fait naître encore dans la plupart des tètes l’idée d’un oiseau qui n’a point de pieds, qui vole toujours, même en dormant, ou se suspend tout au plus pour quelques insians aux branches des arbres , par le moyen des longs filets de sa queue ; qui vole en s’accouplant, comme font certains insectes , et de plus en pondant et en couvant

ses œufs1, ce qui n’a point d’exemple dans la nature ; qui ne vit (pie de vapeurs et de rosée, qui a la cavité de Y abdomen uniquement remplie de graisse, au lieu d’estomac

i. On a cru rendre la chose plus vraisemblable en disant que le mâle avoit sur le dos une cavité dans laquelle la femelle déposoit ses œufs, et les couvoit au moyen d’une autre cavité correspondante qu’elle avoit dans l’ abdomen , et que, pour assurer la situation de la couveuse, ils s’entrelaçoient par leurs loups fdets. D’autres ont dit qu’ils nichoient dans le paradis terrestre, d’où leur est venu le nom d’o»scu«J de paradis.

L’OISEAU DE PARADIS

et d’intestins , lesquels lui seroient en effet inutiles par la supposition, puisque, ne mangeant rien , il n auroit rien à digérer ni à évacuer; en un mot, qui n’a d’autre existence que le mouvement, d’autre élément que l’air, qui s’y soutient toujours tant qu’il respire, comme les poissons se soutiennent dans l’eau , et qui ne touche la terre qu’apres sa mort r.

! Ce tissu d’erreurs grossières n’est qu’une

! chaîne de conséquences assez bien tirées de la première erreur, qui suppose que l’oiseau de paradis n’a point de pieds, quoiqu’il en ait d’assez gros1 2; et cette erreur primitive vient elle-même 3 * de ce que les marchands indiens qui font le commerce des plumes de cet oiseau , ou les chasseurs qui les leur vendent, sont dans l’usage, soit pour les conserver et les transporter plus commodément, ou peut-être afin d’accréditer une erreur qui leur est utile, de faire sécher l’oiseau même en plumes, après lui avoir arraché les cuisses et les entrailles ; et comme on a été fort long- temps sans en avoir qui ne fussent ainsi préparés, le préjugé s’est fortifié au point qu’on a traité de menteurs les premiers qui ont dit la vérité, comme c’est l’ordinaire.

Au reste , si quelque chose pouvoit donner une apparence de probabilité à la fable du vol perpétuel de l’oiseau de paradis, c’est sa grande légèreté produite par la quantité et l’étendue considérable de ses plumes; car, outre celles qu’ont ordinairement les oiseaux, il en a beaucoup d'autres et de trèslongues , qui prennent naissance de chaque côté dans les flancs entre l’aile et la cuisse, et qui , se prolongeant bien au delà de la

1. Les Indiens disent qu’on le trouve toujours le bec fiché en terre.... Et en effet, conformés comme ils sont, ils doivent toujours tomber le bec le premier.

2. M. Barrère, qui semble ne parler que par conjecture sur cet article, avance que les oiseaux de paradis ont le-, pieds si courts , et tellement garnis de plumes jusqu’aux doigts, qu’on pourroit croire qu’ils n’en ont point du tout. C’est ainsi qu’en voulant expliquer une erreur, il est tombé dans une autre.

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