‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 224 sur 361 · PARADIS · texte numérisé non relu

PARADIS

de paradis étant fort chers comme marchandise, à raison de leur célébrité , on lâche de faire passer sous ce nom plusieurs oiseaux à longue queue et à beau plumage auxquels on retranche les pieds et les cuisses pour en augmenter la valeur. Nous en avons vu cidessus un exemple dans le rollier de paradis, cité par M. Edwards, planche exu, et auquel on avoit accordé les honneurs de ta mutilation. J’ai vu moi-même des perruches, des promérops. d’autres oiseaux, qu’on avoit ainsi traités; et l’on en peut voir plusieurs autres exemples dans Aldrovande et dans Seba !. On trouve même assez communément de véritables oiseaux de paradis qu on a tâché de rendre plus singuliers et plus chers en les défigurant de différentes façons. Je mécontenterai donc d’indiquer à la suite des deux espèces principales , les oiseaux qui m’ont paru avoir assez de traits de conformité avec elles pour y être rapportés, et assez de traits de dissemblance pour en être distingués, sans oser décider, faute d’observations suffisantes, s’ils appartiennent à l’une ou à l’autre, ou s’ils forment des especes séparées de toutes les deux.

j. La seconde espèce de munucodiala d’Aldrovande n’a ni les filets de la queue, ni les plumes subalaires, ni la calotte de velours, ni le bec, ni la langue des oiseaux de paradis ; la différence est si marquée, que M. Brisson s’est cru fondé à faire de cet oiseau un guepier : cependant on l’avoit mutilé comme un oiseau de paradis. A l’égard de la cinquième espèce du même Aldrovande, qui est certainement un oiseau de paradis, c’est tout aussi certainement un individu non seulement mutilé , mais défiguré.

Des dix oiseaux représentés et décrits par Seba sous le nom A’ oiseaux de paradis, il 11’y en a que quatre qui paissent être rapportés à ce genre ; savoir, ceux des planches xxxvm, fig. 5, ex, fig. 1, et exiii, fig. 1 et 2. Celui de la planche xxx, fig. 5, n’est point un oiseau de paradis, et 11’a aucun doses attributs distinctifs , non plus que ceux des planches xevi et lii. Ce dernier est la vardiole, dont j’ai parlé à l’article des pies. Ces trois espèces ont à la queue deux pennes excédantes très-longues, mais qui , étant emplumées dans toute leur longueur, ressemblent peu aux filets de l’oiseau de paradis. Les deux de la planche lx , fig. 2 et 3, ont aussi les deux longues pennes excédantes et garnies de barbes dans toute leur longueur; et de plus, ils ont le bec de perroquet; ce qui n’a pas empêché qu’on ne leur ait arraché les pieds, comme à des oiseaux de paradis. Enfin celui de la planche i.xvi non seulement n’est point un oiseau de paradis, mais 11’est pas même du pays de ces oiseaux, puisqu’il étoit venu à Seba des îles Barbades.

Buffon. VU.

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LE MANUCODE.

Lk manucode, n° 496, que je nomme ainsi d’après son nom indien ou plutôt superstitieux manucodiata , qui signifie oiseau de Dieu, est appelé communément le roi des oiseaux de paradis ; mais c’est un préjugé qui tient aux fables dont on a chargé l’histoire de cet oiseau. Les marins dont Clusius tira ses principales informations avoient ouï dans le pays que chacune des deux espèces d’oiseaux de paradis avoit son roi, à qui tous les autres paroissoient obéir avec beaucoup de soumission et de fidélité; que ce roi voloit toujours au dessus de la troupe, et piauoit sur ses sujets; que de là il leur donnoit ses ordres pour aller reconnoitre les fontaines où on pouvoit aller boire sans danger, pour en faire l’épreuve sur eux-mêmes , etc. 1 ; et cetle fable , conservée par Clusius, quoique non moins absurde qu’aucune autre, étoit la seule chose qui consolât Nieremberg de toutes celle> dont Clusius avoit purgé l’histoire des oiseaux de paradis; ce qui, pour le dire en passant , doit fixer le degré de confiance que nous pouvons avoir en la critique de ce compilateur. Quoi qu’il en soit , ce prétendu roi a plusieurs traits de ressemblance avec l’oiseau de paradis, et il s’en distingue aussi par plusieurs différences.

Il a , comme lui, la tête petite et couverte

1. Cela a rapport à la manière dont tes Indiens se rendent quelquefois maitres de toute une volée de ces oiseaux, en empoisonnant les fontaines ou ils vont boire.

d’une espèce de velours, les yeux encore plus petits, situés au dessus de l’angle de l’ouverture du bec, les pieds assez longs et assez forts , les couleurs du plumage changeantes , deux filets à la queue à peu près semblables, excepté qu’ils sont plus courts, que leur extrémité, qui est garnie de barbes, fait la boucle en se roulant sur elle-même, et qu’elle est ornée de miroirs semblables en petit à ceux du paon. Il a aussi sous l’aile, de chaque côté, un paquet de sept ou huit plumes plus longues que dans la plupart des oiseaux, mais moins longues et dune autre forme que dans l’oiseau de paradis, puisqu’elles sont garnies dans toute leur longueur de barbes adhérentes entre elles. On a disposé la figure de manière que ces plumes snbalaires peuvent être aper ues. Les autres différences sont que le manucode est plus petit, qu’il a le bec blanc et plus long à proportion, les ailes aussi plus longues, la queue | >1 us courte, et les narines couvertes de plumes.

Clusius n’a compté que treize pennes à chaque aile, et sept ou huit à la queue; niais il n’a vu que des individus desséchés , et qui pouvoient n’avoir pas foutes leurs plumes. Ce même auteur remarque, comme une singularité , que dans quelques sujets les deux filets de la queue se croisent : mais cela doit arriver souvent et tres-naturellement dans le même individu à deux filets longs, flexibles, et posés à côté l’un de l’autre.

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