‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 237 sur 361 · OU LE BLANCHE-RAIE · texte numérisé non relu

OU LE BLANCHE-RAIE

Je donne à cette espèce nouvelle, apportée par M. de Bougainville, le nom de blancheraie , à cause d’une longue raie blanche qui, de chaque côté , prenant naissance près de la commissure des deux pièces du bec , semble passer par dessous l’œil, puis reparoît au delà pour descendre le long du cou. Cette raie blanche fait d’autant plus d’effet, qu’elle est environnée au dessus et au dessous de couleurs très-rembrunies : ces couleurs sombres dominent sur la parlie supérieure du corps; seulement les pennes des ailes et leurs couvertures sont bordées de fauve. La queue est d’un noir décidé, fourchue de plus, et ne s’étend pas beaucoup au delà des ailes , qui sont fort longues. Le dessous du corps, y compris la gorge , est d’un beau rouge cramoisi , moucheté de noir sur les côtés ; la partie antérieure de l’aile est du même cramoisi sans mouchetures; et cette couleur se retrouve encore autour des yeux et dans l’espace qui est entre l’œil et le bec. Ce bec, quoique obtus , connue celui des étourneaux, et moins pointu que celui des trou piales, m’a paru cependant , à tout prendre , avoir plus de rapport avec celui des troupiales ; et si l’on ajoute à cela que le blanche-raie a beaucoup de la physionomie de ces derniers, on ne fera pas difficulté de le regarder comme faisant la nuance entre ces deux espèces , qui d’ailleurs ont beaucoup de rapports entre elles.

LES TROUPIALES.

Cts oiseaux ont , comme je viens de le lire , beaucoup de rapports avec nos étourleaux d’Europe ; et ce qui ie prouve c’est [ue souvent le peuple et les naturalistes ont onfondu ces deux genres, et ont donné le 10m d 'étourneau à plus d’un troupiale :

ceux-ci pourvoient donc être regardés, à bien des égards , comme les représentais de nos étourneaux en Amérique , concurremment avec les étourneaux américains dont je viens de parler, quoique cependant ils aient des habitudes très- différentes , ne

LES TROUPIALES.

ftki-ce que dans la manière de construire leurs nids.

Le nouveau continent est la vraie patrie, ia patrie originaire des troupiales et de tous les auti'es oiseaux qu’on a rapportés à ce genre, tels que les cassiques, les liait i mores et les carouges ; et si l’on en cite quelquesuns, soi-disant de l’ancien continent, c’est parce qu’ils y a\ oient été transportés originairement d’Amérique : tels sont probablement le trou piale du Sénégal appelé capmore, et représenté dans nos planches enluminées, à deux âges différons , sous les n()s 37a et 37b; le carouge du cap de Bonne-Espérance, planche 607,01 tous les prétendus troupiales de Madras auxquels on a donné ce nom sans les avoir bien connus.

Je retrancherai donc du genre des troupiales, i° les quatre espèces venant de Madras, et que M. Brisson a empruntées de M. Ray, parce que la raison du climat ne permet pas de les regarder comme de vrais troupiales; (pie d’ailleurs je ne vois rien de caractéristique dans les descriptions originales, et que les figures des oiseaux décrits sont trop négligées pour qu’on puisse en tirer des marques distinctives qui les constituent troupiales plutôt que pies, geais, merles, loriots , gobe-mouches , etc. Un habile ornithologiste (M. Edwards) croit que le geai jaune et le geai-bouft'e de Petivcr, dont M. Brisson a l'ait son sixième et son quatrième troupiale, ne sont autre chose (pie le loriot mâle et sa femelle; que le geai bigarré de Madras, du même Petiver , dont M. Brisson a fait son cinquième troupiale, est son étourneau jaune des Indes ; et enfin que le troupiale huppé de Madras, dont M. Brisson a fait sa septième espèce, est le même oiseau que le gobe-mouche huppé de Bonne-Espérance du même M. Brisson.

2° Je retrancherai le troupiale de Bengale, qui est le neuvième de M. Brisson, puisque cet auteur s’est aperçu lui-même (jue c’éloit sa seconde espèce d’étourneau.

3° Je retrancherai encore le troupiale à queue fourchue, qui est le seizième de M. Brisson , et la grive noire de Seba : tout ce qu’en dit ce dernier c’est qu’il surpasse de beaucoup la grive en grosseur; que son plumage est noir ; qu’il a le bec jaune , le dessous delà queue blanc, le dessus, ainsi que le dos , comme voilé par une légère teinte de bleu, et une queue longue, large et fourchue; enfin, qu’à la différence près dans la forme de la queue et dans la gros-

seur du corps , il avoit beaucoup de rapports à notre grive d’Europe : or je ne vois rien dans tout cela qui ressemble à un troupiale; et la figure donnée par Seba, et que M. Brisson trouve très-mauvaise, ne ressemble pas plus à un troupiale qu’à une grive.

4° Je retrancherai le carouge bleu de Madras , parce que, d’une part , il m’est fort suspect à raison du climat; que. de l’autre, la ligure ni la description de M. Ray 11’ont absolument rien qui caractérise un carouge, et que même il n’en a pas le plumage : il a , selon cet auteur, la tête, la queue et les ailes de couleur bleue, mais la queue d’une teinte plus claire ; le reste du plumage est nojr ou cendré, excepté cependant le bec et les pieds , qui sont roussâtres.

5° Enfin je retrancherai le troupiale des Indes, non seulement à cause de la différence de climat, mais encore pour d’autres raisons fout aussi fortes qui me l’ont fait placer ci-dessus entre les rolliers et les oiseaux de paradis.

Au reste, quoiqu’on ait réuni dans un même genre avec les troupiales, comme je l'ai dit plus haut, les cassiques, les haltimores et les carouges, il ne faut pas croire que ces divers oiseaux n’aient pas des différences, et même assez caractérisées, pour constituer de petits genres subordonnés, puisqu’ils en ont eu assez pour qu’on leur donnât des noms différens. En général, je suis en état d’assurer, d’après la comparaison faite d’un assez grand nombre de ccs oiseaux, que les cassiques ont le bec plus fort, ensuite les troupiales, puis les carouges. A l’égard des haltimores , ils ont le bec non seulement plus petit que tous les autres , mais encore plus droit et d’une forme particulière, comme nous le verrons plus bas. Ils paroissent d’ailleurs avoir d’autres mœurs et d’autres allures; ce qui suffit, ce me semble , pour m’autoriser à leur conserver leurs noms particuliers, et à traiter à part chacune de ces familles étrangères.

Les caractères communs (pie leur assigne M. Brisson ce sont les narines découvertes et le bec en cône allongé, droit et très-pointu. J’ai aussi remarqué que la base du bec supérieur se prolonge sur le crâne , en sorte que le toupet, au lieu de faire la pointe, fait au contraire un angle rentrant assez considérable; disposition qui se retrouve à la vérité dans quelques autres espèces, mais qui est plus marquée dans celles-ci.

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Ordre de.r Passereaux:. Famille des Bentirostres , Genre Merle. f Cimier J

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