‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 249 sur 361 · LE CAP-MORE · texte numérisé non relu

LE CAP-MORE

capuchon s’effaça à la mue de l’arrière-saison, laissant à la tète une couleur jaune; niais il reparut au printemps, ce cpii se renouvela constamment les années suivantes.

La couleur principale du reste du corps étoit le jaune pins ou moins orangé, cette couleur régnoit sur le dos comme sur la partie inférieure du corps , et elle bordoit les couvertures des ailes, leurs pennes et celles de la queue , lesquelles avoient toutes le fond noirâtre.

Le jeune fut deux ans sans avoir le capuchon, et même sans changer de couleurs; ce qui fut cause qu’on le prit d’abord pour une femelle, et qu’on le dessina sous cette dénomination, n'J 176. La méprise étoit excusable, puisque , dans la plupart des animaux, le premier âge fait presque disparoître les différences qui distinguent les mâles des femelles, et qu’un des principaux caractères de ces dernières consiste à conserver très-long-temps les attributs de la jeunesse: mais enfin, lorsqu’au bout de deux ans le jeune trou piale eut pris le capuchon mordoré et toutes les couleurs du vieux, on ne put s'empêcher de le reconnoitre pour un mâle.

Avant ce changement decouleurs, le jaune de son plumage étoit d’une teinte plus foible que dans le vieux ; il régnoit sur la gorge , le cou , la poitrine, et bordoit, comme dans le vieux, toute s les plumes de la queue et des ailes. Le dos étoit d’un brun olivâtre, qui s^éiendoit derrière le cou et jusque sur la tète. Dans l’un et 1 autre, l’iris des yeux étoit orangé, le bec couleur de corne, plus

épais et moins long que celui du troupiale , et les pieds rougeâtres.

Ces deux oiseaux vécurent d’abord en assez bonne intelligence dam la même cage; le plus jeune étoit ordinairement sur le bâton le plus bas, ayant le bec fort près de l’autre ; il lui répondoit toujours en battant des ailes et avec l’air de la subordination.

Comme on s’aperçut dans l’été qu’ils entrelacoient des tiges de mourron dans la grille de leur cage , on prit cela pour l indice d’une disposition prochaine à nicher, et on leur donna de petits brins de jonc, dont ils eurent bientôt construit un nid, lequel avoit assez de capacité pour que l’un des deux y fut caché tout entier. L’année suivante ils recommencèrent ; mais alors le vieux chassa le jeune, qui prenoit déjà la livrée de son sexe, et celui-ci fut obligé de travailler à paît à l’autre bout de la cage. Nonobstant une conduite si soumise, il étoit. souvent battu, et quelquefois si rudement, qu’il restoit sur la place : on fut obligé de les séparer tout-à-fait, et depuis ce temps ils ont travaillé chacun de leur côté, mais sans suite; l’ouvrage du jour étoit ordinairement défait le lendemain : un nid 11 est pas l’ouvrage d’un seul.

Us avoient tous deux un chant singulier un peu aigre, mais fort gai. Le plus Deux est mort subitement , et le plus jeune à la suite de quelques attaques d épilepsie. Leur grosseur étoit un peu au dessous de celle de notre premier troupiale; ils avoient aussi les ailes et la queue un peu plus courtes à proportion.

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