‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 252 sur 361 · LE BALTIMORE BATARD · texte numérisé non relu

LE BALTIMORE BATARD

On a sans doute appelé cet oiseau ainsi parce que les couleurs de son plumage sont i moins vives que celles du baltimore, et qu’à . cet égard on l’a considéré comme une espèce abâtardie : et en effet, lorsqu’on s’est assuré, par une comparaison exacte, que ces deux oiseaux sont ressemblans presque ! en tout 1 , excepté pour les couleurs, qu’ils . ne different, à vrai dire , que par li s teintes des mêmes couleurs distribuées presque abi saluaient de même, on ne peut guere se i dispenser d’en conclure que le baltimore s bâtard n’esl qu’une variété de l’espèce franche , variété dégénérée, soit par l’influence du climat, soit par quelque autre cause. Le noir de la tête est un peu marbré, celui de ; la gorge est pur; la partie du coqueluchon qui tombe par derrière est d’un gris olivâtre, i qui se fonce de plus en plus en approchant

;t i. Le bâtard a les ailes un peu plus courtes.

du dos. Presque tout ce qui est d’un orangé si brillant dans l’autre, est dans celui-ci d’un jaune tirant sur l’orangé, plus vif sur la poitrine et sur les couvertures de la queue que partout ailleurs. Les ailes sont brunes; mais leurs grandes couvertures et leurs pennes sont bordées de blanc sale. Des douze pennes de la queue , les deux du milieu sont noirâtres dans leur partie moyenne, olivâtres à leur naissance , et marquées de jaune à leur extrémité : la suivante de chaque côté présente les deux premières couleurs mêlées confusément, et dans les quatre pennes suivantes les deux dernieres couleurs sont fondues ensemble.

En un mot, le baltimore franc est au bal timoré bâtard, par rapport aux couleurs du plumage, à peu près ce que celui-ci est à sa femelle : or celte femelle a les couleurs du dessus du corps et de la queue plus ternes, et le dessous du corps d’un blanc jaunâtre.

LE CASSIQUE JAUNE DU BRÉSIL, ou L’YAPOU.

En comparant les cassiques aux troupiales, aux carouges, et aux baltimores, avec lesquels ils oui beaucoup de choses communes, on s’apercevra qu’ils sont plus gros, qu’ils ont le bec plus fort el les pieds plus courts à proporiion, sans parler du caractère de leur physionomie, aussi facile à saisir par le coup d’œil, ou même à exprimer dans une figure, que difficile à rendre avec le seul pinceau de la parole.

Plusieurs auteurs ont donné la description et la figure du cassique jaune , n° 148, sous différens noms, et il y a à peine deux de ces figures ou de ces descriptions qui s’accordent parfaitement. Mais, avant d’entrer dans le détail de ces variétés , il est bon d’écarter tout- à-fait un oiseau cpii me pareil avoir des différences trop caractérisées pour appartenir même de loin à l’espèce de l’yapou; c’est la pie de Perse d’Aldrovande. Ce naturaliste ne l’a décrite que d’après un dessin qui lui avoit été envoyé de Venise : il la juge de la grosseur de notre pie ; sa couleur dominante n’est pas le noir , elle est seulement rembrunie ( sub/tscum ) ; elle a le bec fort épais, un peu court ( breviusculum ) et blanchâtre; les yeux blancs, et les ongles petits; tandis que notre yapou n’est guere plus gros que le merle , (pie tout ce qui est noir dans son plumage est d'un noir décidé; que son bec est assez long el de couleur de soufre, 1 iris de ses yeux couleur de saphir, et ses ongles assez forts, selon M. Edwards, et même bien forts et crochus , selon Belon. On ne peut guère douter que des oiseaux si différens 11’appartiennent à des espèces différentes, surtout si celui d’Aldro\ande étoit réellement originaire de Perse, comme on le lui avoit dit ; car l’yapou est certainement d’Amérique.

Les couleurs principales de ce dernier sont constamment le noir et le jaune; mais la distribution de ces couleurs n’est pas la même dans tous les individus observés; par exemple, dans celui que nous avons fait dessiner, tout est noir, excepté le bec et l’iris dus yeux, comme nous venons de le dire , et encore les grandes couvertures des ailes les plus voisines du corps, qui sont jaunes, ainsi (pie toute la partie postérieure du corps tant dessus que dessous, depuis et compris les cuisses jusques et par de là la moitié de la queue.

Dans un autre individu venant de Cayenne, qui est au Cabinet du Roi, et qui est plus gros que le précédent , il y a moins de jaune sur les ailes , et point du tout au bas de la jambe ; enfin les pieds paraissent plus forts à proportion : ce peut être le mâle.

Dans la pie noire et jaune de M. Edwards, qui est évidemment le même oiseau que le nôtre, il y a sur quatre ou cinq des couvertures jaunes des ailes une tache noire près de leur extrémité : outre cela, le noir du plumage a des reflets couleur de pourpre, et l’oiseau paraît être un peu plus gros.

Dans l’yapou ou le jupuba de Marcgrave, la queue n’est mi-partie de noir et de jaune que par dessous; car sa face supérieure est toute noire, excepté la penne la plus extérieure de chaque côté, qui est jaune jusqu’à la moitié de sa longueur.

Il suit de toutes ces diversités que les couleurs du plumage ne sont rien moins que fixes et constantes dans cette espèce; et c’est ce qui me ferait pencher à croire, avec Marcgrave, (pie l’oiseau appelé parM. Brisson cassique rouge est encore une variété dans cette espece : j’en dirai les raisons plus bas.

LE CASSIQUE ROUGE DU BRÉSIL, ou LE JUPUBA.

Ce nom est l’un de ceux que Marcgrave donne à l’yapou, et je l’applique au cassique rouge de M. Brisson, parce qu’il lui ressemble exactement dans les points essentiels : mêmes proportions, même grosseur, même physionomie , même bec , mêmes pieds , même noir foncé sur la plus grande

partie du plumage. Il est vrai que la moitié inférieure du dos est rouge , au lieu d’être jaune, et que le dessous du corps et de la queue est noir en entier : mais cette différence 11e peut guère être un caractère spécifique, dans une espèce surtout où les couleurs sont très-variables, comme nous avons

LË CASSIQUE ROUGE DU BRÉSIL. 3 5g

eu occasion de le remarquer plus haut; d’ailleurs le jaune el le rouge sont des couleurs voisines, analogues, sujettes à se mêler, à se fondre ensemble dans l’orangé, qui est la couleur intermédiaire, ou à se remplacer réciproquement; el cela, par la seule différence du sexe, de l’âge, du climat, ou de la saison.

Ces oiseaux ont environ douze pouces de longueur, dix-sept pouces de vol, la langue fourchue el bleuâtre, les deux pièces du bec recourbées également en bas , la première phalange du doigt extérieur de chaque pied unie et comme soudée à celle du doigt du milieu, la queue composée de douze pennes, et le fond des plumes blanc, tant sous le noir que sous le jaune du plumage.

Ils construisent leurs nids de feuilles de gi'amen entrelacées avec des crins de cheval

et des soies de cochon , ou avec des productions végétales qu’on a prises pour des crins d’animaux : ils ieur donnent la forme d'une cucurbile étroite surmontée de son alambic. Ces nids sont bruns en dehors; leur longueur totale est d’environ dix-huit pouces, mais la cavité intérieure n’est que d un pied: la partie supérieure est pleine et massive sur la longueur d’un demi-pied : el c’est par là que ces oiseaux les suspendent à l’extrémité des petites branches. On a vu quelquefois quatre cents de ces nids sur un seul arbre, de ceux que les Brasiliens appellent uii ; et comme les yapous pondent trois lois l’année, on peut juger de leur prodigieuse multiplication. Celte habitude de nicher ainsi en société sur un même arbre est un bail de conformité qu’ils ont avec nos choucas.

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