LE LORIOT RATÉ
un loriot, sa vraie place semble marquée entre les loriots et les merles ; et , comme d’ailleurs il paroît autrement proportionné que l’une ou l’autre de ces deux espèces , je suis porté à le regarder plutôt comme une espèce voisine et mitoyenne que comme une simple variété.
Le loriot rayé est moins gros qu’un merle, et modelé sur des proportions plus légères;
il a le bec, la queue et les pieds plus courts , mais les doigts plus longs : sa tète est brune, finement rayée de blanc; les pennes des ailes sont brunes aussi, et bordées de blanc; tout le corps est d’un bel orangé, plus foncé sur la partie supérieure que sur 1 inférieure; le bec et les ongles sont à peu près de la même couleur, et les pieds sont jaunes.
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LES GRIVES
La famille des grives a sans doute beaucoup de rapports avec celle des merles 1 2 , mais pas assez néanmoins pour qu’on doive les confondre toutes deux sous une même dénomination, comme ont fait plusieurs naturalistes; et en cela le commun des hommes me paroît avoir agi plus sagement en donnant des noms distincts à des choses vraiment distinctes. On a appelé grives ceux de ces oiseaux dont le plumage étoit grivelé ?, ou marqué sur la poitrine de petites mouchetures disposées avec une sorte de régularité 3 . Au contraire , on a appelé merles ceux dont le plumage étoit uniforme , ou varié seulement par de grandes parties.
Nous adoptons celte distinction de noms d’autant plus volontiers, que la différence du plumage n’est pas la seule qui se trouve entre ces oiseaux ; et , réservant les merles pour un autre article, nous nous bornons dans celui-ci à parler uniquement des grives. Nous en distinguons quatre espèces principales vivant dans notre climat, à chacune desquelles nous rapporterons, selon notre usage, ses variétés, et, autant qu'il sera possible , les espèces étrangères analogues.
La première espèce sera Ta grive proprement dite, représentée dans les planches enluminées , n° 406 , sous le nom de litorne.
1. Mtrulœ et turdi amicœ surit aies , dit Pline. On ne peut guère douter que les merles et les grives n’aillent de compagnie, puisqu’on les prend communément dans les mêmes pièges.
2. Ce mot grivelé est formé visiblement du mot grive, et celui-ci paroît î’étre d’après le cri de la plupart de ces oiseaux.
3. Quoique les anciens ne. fissent guère la description des oiseaux très-connus, cependant un trait échappé à Aristote supposa que tous les oiseaux compris sous le nom grec cic/i/ai , qui répond à notre mot françois grives , étoient mouchetés, puisqu’en parlant du turdus i/iacus, qui est notre mauvis , il dit que c’est l’espèce qui a le moins de mouchetures.
Je rapporte à cette espèce , comme variétés, la grive a tête blanche d’Aldrovande , el la grive huppée de Schwenckfeld , et, comme espèces étrangères analogues, la grive de la Guianc , représentée dans les planches enluminées , n° 3g8 , fig. x , et la grivette d' Amérique dont parle Catesby.
La seconde espèce sera la draine de nos planches enluminées, n° 489, qui est le turdus viscivorus des anciens, el à laquelle je rapporte, comme variété, la draine blanche.
La troisième espèce sera la litorne , représentée dans les planches enluminées, n° 490, sous le nom de calandrote. C’esl le turdus piloris des anciens. J’y rapporte comme variétés la litorne tachetée de Klein, la litorne à tête blanche de M. Brisson, et comme espèces étrangères analogues la litorne de la Caroline de Catesby , dont M. Brisson a fait sa huitième grive, et la litorne de Canada, du même Catesby , dont M. Brisson a fait sa neuvième grive.
La quatrième espèce sera le ma avis de nos planches enluminées , n° 5i , qui est le turdus aliacus des anciens , et notre véritable calandrote de Bourgogne.
Enfin je placerai à la suite de ces quatre espèces principales quelques grives étrangères qui ne sont point assez connues pour vouvoie les rapporter à l’une plutôt qu’à 'autre , telles que la grive verte de Barbarie du docteur Shaw, et le hoami de la Chine de M. Brisson, que j’admets parmi les grives, sur la parole de ce naturaliste, quoiqu’il me paroisse différer des grives, non seulement par son plumage, qui 11’est pas grivelé, mais encore par les proportions du corps.
Des quatre espèces principales appartenant à notre climat , les deux premières , qui sont la grive et la draine, ont de l’analogie entre elles; tontes deux paroissent moins assujetties à la nécessité de changer de lieu ,
LES GRIVES
! puisqu’elles font souvent leur ponte en I France, en Allemagne, en Italie , en un mot, i dans les pays où elles ont passé l’hiver ; toutes | deux chantent tres-bien , et sont du petit . nombre des oiseaux dont le ramage est comt posé de différentes phrases; toutes deux paroissenl d’un naturel sauvage et moins so- ; ciable , car elles voyagent seules, selon i quelques observateurs. M. Frisch reconnoît encore entre ces deux espèces d’autres traits de conformité dans les couleurs du plumage et l’ordre de leur distribution, etc.
Les deux autres espèces, je veux dire la litorne et le mauvis , se ressemblent aussi de leur coté, en ce qu elles vont par bandes nombreuses , qu’elles sont plus passagères, qu’elles ne nichent presque jamais dans notre pays , et que par cette raison elles n’y chantent l une et l'autre que très-rarement, en sorte que leur chant est inconnu non seulement au plus grand nombre des naturalistes, mais encore à la plupart des chasseurs. Elles ont plutôt un gazouillement qu’un chant , et quelquefois , lorsqu elles se trouvent une vingtaine sur un peuplier, elles babillent toutes à la fois, et font un très-grand bruit et tres-peu mélodieux.
En général , parmi les grives , les mâles et les femelles sont à peu pies de même gros- : seur, et également sujets à changer de couleurs d’une saison à l’autre : toutes ont la première phalange du doigt extérieur unie à ! celle du doigt du milieu, les bords du bec échancré>> vers la pointe, et aucune ne vit de grains, soit qu’ils ne conviennent point à i leur appétit, soit qu’elles aient le bec ou 1 l’estomac trop foible pour les broyer ou les ; digérer. Les baies sont le fond de leur nour- I riture, d’où leur est venue la dénomination : de baccivores. Elles mangent aussi des in- | sectes, des vers; et c’est pour attraper ceux i qui sortent de terre après les pluies, qu’on ! les voit courir alors dans les champs et grat- ! ter la terre, surtout les draines et les li- : tornes : elles font la même chose l’hiver dans les endroits bien exposés où la terre i est dégelée.
Leur chair est un très-bon manger, suri tout celle de nos première et quatrième espèces , qui sont la grive proprement dite et le mauvis ; mais les anciens Romains en faii soient encore plus de cas que nous, et ils conservoient ces oiseaux tome l’année dans des espèces de volières cpii méritent d’ètre connues.
Chaque volière contenoit plusieurs milliers ! de grives et de merles, sans compter d’autres oiseaux, bons à manger , connue 01 lolans ,
cailles, etc. ; et il y avoît une si grande quantité de ces volières aux environs de Rome, surtout au pays des Sabins, que la fiente des grives étoit employée comme engrais pour fertiliser les terres; et, ce qui est à remarquer, on s’en servoit encore pour engraisser les bœufs et les cochons.
Les grives avoient moins de liberté dans ces volières que nos pigeons fuyards n’en ont dans nos colombiers , car on ne les en laissoit jamais sortir; aussi n’y pondoient-elles point : mais, comme elles y trouvoient une nourriture abondante et choisie, elles y engraissoient, au grand avantage du propriétaire l. Les individus sembloient prendre leur servitude en gré; mais l’espèce restoit libre. Ces sortes de grivières étoient des pavillons voûtés, garnis en dedans d’une quantité de juchoirs , vu que la grive est du nombre des oiseaux qui se perchent : la porte en étoit très-basse, elles avoient peu de fenêtres , et tournées de manière qu’elles ne laissoient voir aux grives prisonnières ni la campagne, ni les bois, ni les oiseaux sauvages voltigeant en liberté, ni rien de tout ce qui auroit pu renouveler leurs regrets et les empêcher d’engraisser. Il ne faut pas que des esclaves voient trop clair : on ne leur laissoit de jour que pour distinguer les choses destinées à satisfaire leurs principaux besoins. On les nourrissoit de millet et d’une espèce de pâtée faite avec des figues broyées et de la farine, et outre cela de baies de lentisque, de myrte, de lierre , en un mot, de tout ce qui pouvoit rendre leur chair succulente et de bon goût. On les abreuvoif avec un filet d’eau courante qui traversoit la volière. Vingt jours avant de les prendre pour les manger, on augmentoit leur ordinaire et on le rendoit meilleur; on poussoit l’attention jusqu’à faire passer doucement dans un petit réduit qui eommuniquoit à la volière les grives grasses et bonnes à prendre , et on ne les prenoit en effet qu’aprè;* avoir bien refermé la communication , afin d’éviter tout ce qui auroit pu inquiéter et faire maigrir celles qui restoient; on tâchoit même de leur faire illusion en tapissant la volière de ramée et de verdure souvent renouvelées, afin qu’elles pussent se croire encore au milieu des bois ; en un mot, c’éloient des esclaves bien traités, parce que le pro-
1. Chaque grive grasse se vendoit, hors des temps du passage, jusqu’à trois deniers romains, qui reviennent à environ trente sous de notre monnoie; et, lorsqu’il y avoit un triomphe ou quelque festin public, ce genre de commerce rendoit jusqu’à douze cents pour ceut.
LES GRIVES
priétaire entendoit ses intérêts. Celles qui étoient nouvellement prises se gardoient quelque temps dans de petites volières séparées avec plusieurs de celles qui avoient déjà I habitude de la prison : et moyennant tous ces soins on venoit à bout de les accoutumer un peu à l’esclavage , mais presque jamais on n’a pu en faire des oiseaux vraiment privés.
On remarque encore aujourd’hui quelques traces de cet usage des anciens, perfectionné par les modernes , dans celui où l'on est en certaines provinces de France d’attacher au haut des arbres fréquentés par les grives des pots où elles puissent trouver un abri commode et sûr sans perdre la liberté, et où elles ne manquent guère de pondre leurs œufs, de les couver et d’élever leurs petits: tout cela se fait plus sûrement dans ces espèces de nids artificiels que dans ceux qu’elles auroient faits elles-mêmes : ce qui contribue doublement à la multiplication de l’espèce, soit par la conservation de la couvée, soit parce que, perdant moins de temps à arranger leurs nids, elles peuvent faire aisément deux pontes chaque année l. Lorsqu’elles ne trouvent point de pots préparés , elles font leurs nids sur les arbres , et même dans les buissons, et les font avec beaucoup d’art: elles les revêtent par dehors de mousse, de paille, de feuilles sèches, etc.; mais le dedans est fait d’une sorte de carton assez ferme, composé avec de la boue mouillée, gâchée et battue, fortifiée avec des brins de paille et de petites racines : c’est sur ce carton que la plupart des grives déposent leurs œufs à cru , et sans aucun matelas , au contraire de ce que font les pies et les merles.
Ces nids sont des hémisphères creux , d’environ quatre pouces de diamètre. La couleur des œufs varie, selon les diverses espèces , du bleu au vert, avec quelques petites taches obscures, plus fréquentes au gros bout que partout ailleurs. Chaque espèce a aussi son cri différent : quelquefois même on est venu à bout de leur apprendre à parler ; ce qui doit s’entendre de la grive proprement dite ou de la draine, qui paroît avoir les organes de la voix plus perfectionnés.
On prétend que les grives , avalant les graines entières du genièvre, du gui, du lierre , etc. , les rendent souvent assez bien
i. Il paroît même qu’elles font quelquefois trois
couvées ; car M. Salerne a trouvé au commence-
ment de septembre un nid de grives de vigne ou il y avoit trois œufs qui n’étoient point encore éclos; ce qui avoit bien l’air d’une troisième ponte.
conservées pour pouvoir germer et produire lorsqu’elles tombent en terrain convenable : cependant Aldrovande assure avoir fait avaler à ces oiseaux des rai ins de vigne sauvage et des baies de gui, sans avoir jamais retrouvé dans leurs excrémens aucune de ces graines qui eût conservé sa forme.
Les grives ont le ventricule plus ou moins musculeux, point de jabot, ni même de dilatation de l’œsophage qui puisse en tenir lieu , et presque point de cæcum ; mais toutes ont une vésicule du fiel, le bout de la langue divisé en deux ou plusieurs filets, dix-huit pennes à chaque aile , et douze à la queue.
Ce sont des oiseaux tristes , mélancoliques, et, comme c’est l’ordinaire , d’autant plus amoureux de leur liberté : on ne les voit guère se jouer ni même se battre ensemble , encore moins se plier à la domesticité. Mais s'ils ont un grand amour pour leur liberté, il s’en faut bien qu’ils aient autant de ressources pour la conserver ni pour se conserver eux-mêmes : l’inégalité d’un vol oblique et tortueux est presque le seul moyen qu’ils aient pour échapper au plomb du chasseur 2 et à la serre de l’oiseau carnassier; s’ils peuvent gagner un arbre touffu, ils s’y tiennent immobiles de peur, et on ne les fait pariir que difficilement3. On en prend par milliers dans des pièges ; mais la grive proprement dite et le inauvis sont les deux especes qui se prennent le plus aisément au lacet , et presque les seules qui se prennent à la pipée.
Les lacets ne sont autre chose que deux ou trois crins de cheval tortillés ensemble et qui font un nœud coulant ; on les place autour des genièvres, sous lesaliziers, dans le voisinage d’une fontaine ou d’une marre; et quand l’endroit est bien choisi et les lacets bien tendus, dans un espace de cent arpens , on prend plusieui’s centaines de grives par jour.
Il résulte dps observations faites en différens pays que lorsque les grives paroissent en Europe vers le commencement de l’automne, elles viennent des climats septentrionaux avec ces volées innombrables d’oiseaux de toute espèce qu’on voit aux approches de l’hiver traverser la mer Baltique,
2. D’habiles chasseurs m’ont assuré que les grives étoient fort difficiles à tirer, ei plus difficiles que les bécassines.
3. C’est peut être ce qui a fait dire qu’ils étoient sourds, et qui a fait passer leur surdité en proverbe , cophoseros cichle ; ruais c’est une vieille erreur : tous les chasseurs savent que la grive a l’ouie fort bonne.
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et passer de la Laponie , de la Sibérie , de la Livonie , en Pologne , en Prusse , et de là •dans les pays plus méridionaux. L’abondance des grives est telle alors sur la côte méridionale de la Baltique , que , selon le calcul de M. Klein, la seule ville de Dantzick en consomme chaque année quatrevingt-dix mille paires. Il n’est pas moins certain que lorsque celles qui ont échappé aux dangers de la ion te repassent après l’hiver, c’est pour retourner dans le Nord. Au reste , elles n’arrivent pas toutes à la fois : en Bourgogne, c’est la grive qui arrive la première, vers la fin de septembre; ensuite le mauvis, puis la litorne avec la draine: mais cette dernière espèce est beaucoup moins nombreuse que les trois autres; et elle doit le paroître moins en effet, ne fût-ce que parce qu’elle est plus dispersée.
Il ne faut pas croire non plus que toutes les espèces de grives passent toujours en même quantité : quelquefois elles sont en très-petit nombre , soit que le temps ait été contraire à leur multiplication, ou qu’il soit contraire à leur passage ' ; d’autres fois elles arrivent en grand nombre ; et un observateur très-instruit2 m’a dit avoir vu des nuées prodigieuses de grives de toute espèce, mais principalement de mauvis et de lilornes,
[ tomber au mois de mars dans la Brie , et ; couvrir, pour ainsi dire, un espace d’environ î sept ou huit lieues : cette passée, qui n’ai voit point d’exemple, dura près d’un mois,
| et on remarqua que le froid avoit été fort ( long cet hiver.
Les anciens disoient que les grives venoient tous les ans en Italie de delà les > mers, vers l’équinoxe du printemps (ce qui i n’est pas généralement vrai de toutes les es- ; pèces, du moins pour notre Bourgogne), et i que, soit en allant, soit en venant, elles se
i rassembloient et se reposoient dans les îles | de Pontia, Palmaria, et Pandataria, voisines * des côtes d’Italie 3. Elles se reposent aussi | dans l’ile de Malte, où elles arrivent en oc- :! tobre et novembre. Le vent de nord-ouest rj yen amène quelques volées; celui de sud
/. On m’assure qu’il y a des années où les mauvis sont très-rares en Provence; et la même chose est vraie des contrées plus septentrionales.