‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 273 sur 361 · LA GRIVETTE D’AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LA GRIVETTE D’AMÉRIQUE

Cette grive, 11 0 556, fig. 2, se trouve non seulement au Canada, mais encore dans la Pensylvanie , la Caroline, et jusqu’à la Jamaïque, avec cette différence qu’elle ne passe que l’été seulement en Pensvlvanie , en Canada , et autres pays septentrionaux où les hivers sont trop rudes; au lieu qu’elle passe l’année entière dans les contrées plus méridionales, comme la Jamaïque1, et même la Caroline, et (pie, dans cette dernière province , elle choisit pour le lieu de sa retraite les bois les plus épais aux envi-

1. M. Sloane , qui parle des endroits où habite cette grive, ne dit point que ce soit un oiseau de passage; d’où l’on peut présumer qu’il ne la regardait point comme telle,

LA GRIYETTE D’AMÉRIQUE.

rons des marécages, tandis qu’à la Jamaïque, qui est un pays plus chaud , c’est toujours dans les bois qu’elle habite , mais dans les bois qui se trouvent sur les montagnes.

Les individus décrits ou représentés par les divers naturalistes diffèrent entre eux par la couleur des plumes, du bec, et des pieds ; ce qui donne lieu de croire ( si tous ces individus appartiennent à la même espèce) que le plumage des grives d’Amérique n’est pas moins variable que celui de nos grives d’Europe, et qu’elles sortent toutes d’une souche commune. Cette conjecture est fortifiée par le grand nombre des rapports qu’a l’oiseau dont il s’agit ici avec nos grives, et dans sa forme, et dans son port , et dans son habitude de voyager , et dans celle de se nourrir de baies, et dans la couleur jaune de ses parties intérieures , observées par M. Sloane , et dans les mouchetures de la poitrine : mais il paroit avoir des rapports encore plus particuliers avec la grive proprement dite et le mauvis qu’avec les autres; et ce n’est qu’en comparant les traits de conformité que l’on peut déterminer à laquelle de ces deux espèces elle doit être spécialement rapportée.

Cet oiseau est plus petit qu’aucune de nos grives, comme sont en général tous les oiseaux d’Amérique relativement à ceux de l’ancien continent : il ne chante point non plus que le mauvis ; il a moins de mouchetures que le mauvis, qui en a moins qu’aucune de nos quatre espèces; enfin sa chair est, comme celle du mauvis, un très-bon manger. Tels sont les rapports de la grive du Canada avec notre mauvis : mais elle en a davantage, et, à mon avis, de beaucoup plus décisifs , avec notre grive proprement

dite , à laquelle elle ressemble ,par les barbes qu’elle a autour du bec , par une espèce de plaque jaunâtre qu’on lui voit sur la poitrine; par sa facilité à devenir sédentaire dans tout pays où elle trouve sa subsistance; par son cri assez semblable au cri d’hiver de la grive, et par conséquent fort peu agréable, comme sont ordinairement les cris de tous les oiseaux de ces contrées sauvages habitées par des sauvages , et si l’on ajoute à tous ces rapports l’induction résultant de ce que la grive , et non le mauvis , se trouve en Suède , d’où elle aura pu facilement passer en Amérique, il semble qu’on sera en droit de conclure que la grive du Canada doit être rapportée à notre grive proprement dite.

Cette grive, qui, comme je l’ai dit, est passagère dans le nord de l’Amérique , arrive en Pensylvanie au mois d’avril ; elle y reste tout l’été, pendant lequel temps elle fait sa ponte et élève ses petits. Calesby nous apprend qu’011 voit peu de ces grives à la Caroline, soit parce qu’il n’y en reste qu’une partie de celles qui y arrivent, ou parce que, comme 011 l’a vu plus haut, elles se tiennent cachées dans les bois : elles se nourrissent de baies de houx , d’aubépine , etc.

Les sujets décrits par M. Sloane avoient les ouvertures des narines plus amples et les pieds plus longs (pie ceux décrits par Calesby et M. Brisson ; ils n’avoient pas non plus le même plumage; et si ces différences étoient permanentes , on seroit fondé à les regarder comme les caractères d’une autre l'ace, ou, si l'on veut, d’une variété constante dans l’espèce dont il s’agit ici.

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LA IlOUSSEROLLE1.

G y a donné à cet oiseau le nom de vossi g- no l de rivière y parce que le mâle chante la nuit comme le jour, tandis que la femelle

1. On 1 ui a donné le nom de rousserolle à cause de la couleur rousse de son plumage , d’autres celui de roucherolle , parce qu’elle se tient parmi les rouches, c’est-à-dire parmi les joncs; d’autres celui de tire - arrache , à cause de son cri : selon Belon , elle prononce trcs-distinctement ces syllabes, toro, tret , fuys , huy , sret. En latin, turdus- palus tris , junco cinclus , passer aquaticus ; en italien , passere d’acqua ; en allemand , bruchweiden-tohr-drossel ; en anglois , greater redsparow.

couve, et parce qu’il se plaît dans les endroits humides : mais il s’en faut bien que son chant soit aussi agréable que celui du rossignol, quoiqu’il ait plus d’étendue; il l’accompagne ordinairement d’une action très-vive et d’un trémoussement de lotit son corps : il grimpe le long des roseaux et des saules peu élevés, comme font les grimpereaux, et il vit des insectes qu’il y trouve.

L’habilude qu’a la rousserolle, n° 5r3, de fréquenter les marécages , semble l’éloigner de la classe des grives : mais elle s’en

LA ROUSSEROLLE.

rapproche tellement par sa forme extérieure, que M. Klein, qui l’a vue presque vivante, puisqu’on en tua une en sa présence, doute qu’on puisse la rapporter à un autre genre. Il nous apprend que ces oiseaux se tiennent dans les îles de l'embouchure de la Yistule; qu’ils font leur nid à terre sur le penchant (les petits tertres couverts de mousse 1 . Enlin il soupçonne qu’il passe l’hiver la nuit dans les bois épais et marécageux 2 : il ajoute qu’ils ont toute la partie supérieure du corps d’un brun roux, la partie inférieure d’un brun sale, avec quelques taches cen-

1. Ils le font entre les cannes et les rouclies , avec de petites pailles de roseaux, suivant Belon , et ils pondent cinq à six œufs (page 224).

2. Belon, qui avoit d’abord regardé la rousserolle comme oiseau de passage, assure que depuis il avoit connu le contraire.

drées ; le hec noir, le dedans de la bouche orangé, comme les grives, et les pieds plombés.

Un habile observateur m’a assuré qu’il connoissoit en Brie une pelite rotisserolle nommée vulgairement efjarvatte , laquelle babille aussi continuellement, et se lient dans les roseaux comme la grande. Cela explique la contrariété des opinions sur la taille de la rotisserolle , que M. Klein a vue grosse comme une grive, et M. Brisson , seulement comme une alouette. C’est un oiseau qui vole pesamment et en battant des ailes : les plumes qu’il a sur la tête sont plus longues que les autres, et lui font une espèce de huppe assez peu marquée.

M. Sonnerat a rapporté des Philippines une véritable rotisserolle, parfaitement semblable à celle du n° 5i3.

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