‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 274 sur 361 · LA DRAINE · texte numérisé non relu

LA DRAINE

Cette grive, n° 489, se distingue de toutes les autres par sa grandeur, et cependant il s’en faut bien qu’elle soit aussi grosse que la pie , comme on le fait dire à Aristote, peut-être par une erreur de copiste, car la pie a presque le double de masse; à moins que les grives ne soient plus grosses en Grèce qu’ici , où la draine, qui est certainement la plus grosse de toutes, ne pèse guère que cinq onces.

Les Grecs et les Romains regardoierit les grives comme oiseaux de passage; et ils 11’avoient point excepté la draine, qu’ils connoissoieut parfaitement sous le nomdegWce ■viscivore , ou mangeuse de gai.

Eu Bourgogne, les draines arrivent en troupes aux mois d’octobre et de novembre, venant , selon toute apparence , des montagnes de Lorraine 1 : une partie continue

1. M. le docteur Lottinger, de Sarbourg, m’assure que celles de ces grives qui s’éloignent des montagnes de Lorraine aux approches de l’hiver, partent en septembre et en octobre, qu’elles reviennent aux mois de mars et d’avril, qu’elles nichent dans les forêts dont ces montagnes sont couvertes, etc. Tout cela s’accorde fort bien avec ce que nous avons dit d’après nos connoissances particulières; mais je ne dois pas dissimuler la contrariété qui se trouve entre une autre observation que le même M Lottinger m'a communiquée et celle d’un ornithologiste habile : celui-ci (M. Hébert) prétend qu’en Brie les grives ne se réunissent

dans aucun temps de l’année : et M. Lottinger assure qu’en Lorraine elles volent toujours par trou-

sa route , et s’en va , toujours par bandes , dès le commencement de l’hiver, tandis qu’une autre partie demeure jusqu’au mois de mars , et même plus long-temps ; car il en reste toujours beaucoup pendant l’été, tant en Bourgogne qu’en plusieurs autres provinces de France et d’Allemagne, de Pologne, etc. U en reste même une si grande quantité en Italie et en Angleterre, qu’Aldrovande a vu les jeunes de 1 année se vendre dans les marchés , et qu’Albiti ne regarde point du tout les draines comme oiseaux de passage. Celles qui restent pondent, comme ou voit, et couvent avec succès : elles établissent leur nid tantôt sur des arbres de hauteur médiocre, tantôt sur la cime des plus grands arbres, préférant ceux qui sont les plus garnis de mousse ; elles le construisent , tant en dehors qu’en dedans , avec des herbes , des feuilles et de la mousse , mais surtout de

pes , soit au printemps, soit en automne. Et en effet, nous les voyons arriver par bandes aux environs de Montbard , comme je l’ai remarqué : leurs allures seroient elles différentes en des pays et en des temps différens ? Cela n’est pas sans exemple; et je crois devoir ajouter ici , d’après une observation plus détaillée, que le passage du mois de novembre étant fini , celles qui restent l’hiver dans nos cantons vivent séparément, et continuent de vivre ainsi jusqu'après la couvée ; en sorte que les assertions des deux observateurs se trouvent vraies, pourvu qu’on leur ôte leur trop grande généralité, et qu’on les restreigne à un certain temps et à de certains lieux.

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