LE MAUVIS
Il ne faut pas confondre le niauvis , n° 5 r, avec les mauvieltes qu’on sert sur les tables à Paris pendant l’hiver, et qui ne sont aulre chose que des alouettes ou d’autres petits oiseaux tout differens du rnauvis. Cette petite grive est la plus intéressante de toutes , parce qu’elle est la meilleure à manger, du moins dans notre Bourgogne, et que sà chair est d’un goût très-lin2; d’ailleurs elle se prend plus fréquemment au lacet qu’aucune ■mire 3 : ainsi c’est une espèce précieuse et par la qualité et par la quantité. Elle paroît ordinairement la seconde, c’est-à-dire apres la grive et avant la litorne ; elle arrive en grandes bandes au mois de novembre , et repart avant Noël. Elle lait sa ponte dans les bois qui sont aux environs de Danlzick. Elle ne niche presque jamais dans nos cantons , non plus qu’en Lorraine , où elle arrive en avril , et qu’elle abandonne sur la lin de ce même mois pour ne reparoître qu’en automne, quoiqu’elle pût trouver dans les vastes forêts de cette province une nourriture abondante et convenable ; mais du moins elle y séjourne quelque temps , au lieu qu’elle ne fait que passer en certains endroits de l’Allemagne , selon M. Frisch. Sa nourriture ordinaire ce sont les baies et les vermisseaux , qu’elle sait fort bien trouver en grattant la terre. On la reconnoît à ce qu’elle a les plumes plus lustrées, plus polies que les autres grives, à ce qu’elle a le bec et les yeux plus noirs que la grive proprement dite, dont elle approche pour la grosseur, et à ce qu’elle a moins de mouchetures sur la poitrine : elle se distingue
1. En latin, turdus Ilias , Iliacus , tylas ; en italien, malvizzo , lordo-sacello , cion , cipper ; en espagnol , malvis ; en allemand , wein-drostel , rot/id rosie/ , h eide - drostel , pfieff - drostel , roürostel , heide-ziemmer, beemer ziemmer, behemle , boemer/in, boemerle , weingarfvoget ; en anglois , mnd-thmsh , red-wing , swine-pipe. Les paysans de Brie lui donnent le nom de can ou quan, qui paroît évidemment formé de son cri. Nos paysans des environs de Montbard lui donnent celui de boute-quelon et celui de ca/androte , qui dans nos planches enluminées a été donné mal à propos à la litornè , n 49Ç-
2. M- Linnæus dit le contraire. Cette différence d’un pays à l’autre dépend apparemment de celle de la nourriture, ou peut être de celle des goûts.
3. M. Frisch et les oiseleurs assurent qu’elle ne se prend pas aisément aux lacets , quand ils sont faits de crin blanc ou de noir; et il est vrai qu eu Bourgogne l’usage est de les faire de crins noirs et de crins blancs tortillés ensemble.
encore par la couleur orangée du dessous de l’aile : raison pourquoi on la nomme en plusieurs langues grive à ailes rouges.
Son cri ordinaire est tan tan , han kan ; et lorsqu’elle a aperçu un renard , son ennemi naturel, elle le conduit fort loin, comme font aussi les merles , en répétant toujours le même cri. La plupart des naturalistes remarquent qu’elle ne chante point: cela me semble trop absolu; il faut dire qu’on ne l’entend guère chanter dans les pays où elle ne se trouve pas dans la saison de l’amour, comme en France, en Angleterre, etc. Cette restriction est d’autant plus nécessaire, qu’un très-bon observateur (M. Hébert) m’a assuré en avoir entendu chanter dans la Brie , au printemps ; elles étoient au nombre de douze ou quinze sur un arbre, et gazouilloient à peu près comme des linottes. Un autre observateur, habitant de la province méridionale, m assoie que le rnauvis ne fait que silflcr, et qu il siffle toujours; d’où l’on peut conclure qu il 11e
niche pas dans ce pays.
Aristote en a parlé sous le nom de turdus iliacus , comme de la plus petite giivc et la moins tachetée. Ce nom de turdus Iliacus semble indiquer qu’elles passoient en Gièec des côtes d’Asie , où se trouvoit la ville d 'Ilium.
L’analogie que j’ai établie entre cette espèce et la litorne se fonde sur ce qu’elles sont l’une et l’autre étrangères à notre climat, où on ne les voit que deux fois l’année 4 ; sur ce qu’elles se réunissent en troupes nombreuses à certaines heures, pour gazouiller toutes ensemble, et encore sur une certaine conformité dans la grivelure de la poitrine : mais cette analogie 11’est point exclusive, et 011 doit avouer que le rnauvis > a aussi quelque chose de commun avec la grive proprement dite; sa chair n est pasmoins délicate : il a le dessous de l’aile jaune, mais, à la vérité , d’une teinte orau-ij gée , et beaucoup plus vive. On le trouve quelquefois seul dans les bois, et il se jette
4. En histoire naturelle, comme en bien d’autre matières, il ne faut rien prendre trop absolument, quoiqu’il soit très-vrai en général que le mauvi ne passe point l’hiver dans notre pays , cependan M. Hébert m’assure qu’il en a tué une année , pa un froid rigoureux, plusieurs douzaines sur un aubépine qui étoit encore chargée de ses iruii rouges.
LE MAUTIS.
aux vignes , comme la grive , avec laquelle M. Lottinger a observé qu’il voyage souvent de compagnie , surtout au printemps. Il résulte de tout cela que cette espèce a les
moyens de subsister des deux autres et qu’à bien des égards on peut la regarder comme faisant la nuance entre la grive et la litorne.
i » v% Vl\ V V\
" W\X V%\\ UUwwiVU
vvwxxwvt \x\x\x
vvvxv» x\uvxw\xvv*« wv* v» vuwwivivn Ui\;nvtu
OISEAUX ÉTRANGERS
QUI ONT RATrORT