‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 294 sur 361 · TT · texte numérisé non relu

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LE MERLE

De la mousse , qui ne manque jamais sur le tronc des arbres , du limon qu'ils trouvent au pied ou dans les environs , sont les matériaux dont ils font le corps du nid ; des brins d herbe et de petites racines sont la matière d’un tissu plus mollet dont ils le revêtent intérieurement , et ils travaillent avec une telle assiduité, qu’il ne leur faut que huit jours pour finir 1 ouvrage. Le nid achevé, la femelle se met à pondre, et ensuite à couver ses œufs : elle les couve seule, et le mâle ne prend part à cette opération qu’en pourvoyant à la subsistance de la couveuse. L'auteur du Traité du rossignol assure avoir vu un jeune merle de l’année , mais déjà fort , se charger volontiers de nourrir des petits de son espèce nouvellement déniches ; mais cet auteur ne dit point de quel sexe étoit ce jeune merle.

J’ai observé que les peiits éprouvoient plus d’une mue dans la première année , et qu’à chaque mue le plumage des mâles devient plus noir et le bec plus jaune , à commencer par la base. A l’égard des femelles, elles conservent , comme je l’ai dit , les couleurs du premier âge, comme elles en conservent aussi la plupart des attributs; elles ont cependant le dedans de la bouche et du gosier du même jaune que les mâles ; et I on peut aussi remarquer dans les uns et les autres un mouvement assez fréquent de la queue de haut en bas, qu ils accompagnent d’un léger trémoussement d ailes et d’un petit cri bref et coupé.

Ces oiseaux ne changent point de contrée pendant l’hiver 1 ; mais ils choisissent, dans la contrée qu’ils habitent, l’asile qui leur convient ie mieux pendant cette saison rigoureuse : ce sont ordinairement les bois les plus épais, surtout ceux où il y a des fontaines chaudes et qui sont peuplées d arbres toujours verts , tels que piceas , sapins , lauriers, myrtes, cjpres, genévriers, sur lesquels ils trouvent plus de ressources , soit

t. Bien des gens prétendent qu’ils quittent la Corse vers le i5 février, et qu’ds ne reviennent que sur la fin d’octobre : mais M. Artier, professeur de philosophie à Bastia, doute du fait, et il se fonde sur ce qu’en toute saison ils peuvent trouver dans cette île la température qui leur convient ; pendant les froids, qui sont toujours modères, dans les plaines; et pendant les chaleurs sur les montagnes. M. Artier ajoute qu’ils y trouvent aussi une abondante nourriture en tout temps, des fruits sauvages de toute espèce, des raisins , et surtout des olives , qui , dans l’üe de Corse, ne sont cueillies totalement que sur la fin d’avril. IM. Lottinger croit que les mâles passent i’b.ve. en Lorra.ne, «nais que les femelles s’eu ei oignent un pe>. Uw.,s te* temps les plus rudes.

Buffüs. Vil.

pour se mettre à l’abri des frimas , soit pour vivre ; aussi vienueui-ils quelquefois les chercher jusque dans nos jardins , et l’on pourroit soupçonner que les pays où l’on ne voit point de merles en hiver sonl ceux où il ne se trouve point de ces sortes d’arbres ni de fontaines chaudes.

Les merles sauvages se nourrissent outre cela de tonies sortes de baies, de fruits , et d insectes, et comme il n’est point de pays si dépourvu qui ne présente quelqu’une de ces nourritures , et que d’ailleurs le merle est un oiseau qui saecommode à tous les climats, il n'est non plus guere de pays où cet oiseau ne se trouve, au nord et au midi , dans le vieux et dans ie nouveau continent, mais plus ou. moins différent de luimême, selon qu'il a reçu plus ou moins fortement l’empreinte du climat où il s’esl fixé.

Ceux que l’on tient en cage mangent aussi de la viande cuite ou hachée, du pain, etc.; mais on prétend que les pépins de pomme de grenade sont un poison pour eux comme pour les grives. Quoi qu’il en soil, ils aiment beaucoup à se baigner, et il ne faut pas leur épargner l'eau dans les volières. Leur chair est un fort bon manger, et ne le cede point à celle de la draine ou de la litorne; il paroît même qu elle est préférée à celle de la grive et du mauvis dans les pays où ils se nourrissent d’olives qui la rendent succulente , et de baies de myrte qui la parfument. Les oiseaux de proie en sonl aussi avides que les hommes , et leur font une guerre presque aussi destructive; sans cela, ils se inultiplieroieni à i’exces. Olina fixe la durée de leur vie a sept ou huit ans.

J’ai disséqué une femelle qui avait cté prise sur ses œufs vers le i5 mai, et qui pesoit deux onces deux gros. Elle avoit la grappe de l’ovaire garnie d’un grand nombre d’œufs de grosseurs inégales ; les plus gros av oient près de deux lignes de diamètre, et eloient de couleur orangee ; les plus petits étoient d’une couleur plus claire, d’une substance moins opaque , et n’avoient guere qu’un tiers de ligne de diamètre. Elle avoit le bec absolument jaune ainsi que la langue et tout le dedans de la bouche , le tube intestinal long de dix-sept à dix-huit pouces, le gésier très-musculeux, précédé d’une poche fermée par la dilatation de l’œsophage , la vésicule du fiel oblongue, et point de cæcum.

Variétés du Merle.

LE MERLE

Les merles blancs et tachetés de blanc. Quoique le merle ordinaire soit l’oiseau noir par excellence, et plus noir que le corbeau, cependant on ne peut nier que son plumage ne prenne quelquefois du blanc, et que même il ne change en entier du noir au blanc, comme il arrive dans l’espece du corbeau et dans celle des corneilles, des choucas , et de presque tous les oiseaux, tanlol par l’influence du climat , tantôt par d’autres causes plus particulières et moins connues. En effet, la couleur blanche semble être , dans la plupart des animaux comme dans les fleurs d’un grand nombre de plantes, la cou'eur dans laquelle dégénèrent toutes les autres, y compris le noir, et cela brusquement et sans passer par les nuances intermédiaires. Rien cependant de si opposé en apparence que le noir et le blanc; celui-la résulte de la privation ou

1 absorption totale des rayons colorés, et le blanc, au contraire, de leur réunion la plus complété ; mais, en physique, on trouve à chat) ne pas que les extrêmes se rapprochent, et que les choses qui, dans l’ordre de nos idées et même de nos sensations , paroissent les plus contraires , ont, dans l’ordre de la nature, des analogies secrètes qui se déclarent souvent par des effets inattendus.

Entre tous les merles blancs ou tachetés de blanc qui ont été déciits , les seuls qui me paroissent devoir se rapporter à l’espèce du merle ordinaire , sont, i° le merle blanc qui avoil été envoyé de Rome à Aldrovande, et 20 celui à tète blanche du même auteur, lesquels ayant tous deux le bec et les pieds jaunes comme le merle ordinaire , sont censés appartenir a cette espèce. Il n’en est pas de même de quelques autres en plus grand nombre et plus généralement connus, dont je ferai mention dans l’article suivant.

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