‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 3 sur 361 · PLAN DE · texte numérisé non relu

PLAN DE

fait ce que j’ai pu pour la démêler; et l’on jugera, par les soins qu’il faudrait se donner, et les recherches qu’il faudrait taire pour éclaircir ce seul fait, combien ilseroit difficile d’acquérir tous ceux dont on aurait besoin pour faire l’histoire complète d’un seul oiseau de passage, et à plus forte raison l’histoire générale des voyages de tous.

Comme j’ai trouvé que, dans les quadrupèdes, il y a des especes dont le sang se refroidit et prend à peu près le degré de la température de l’air, et que c’est ce refroidissement de leur sang qui cause l’état de torpeur et d’engourdissement où ils tombent et demeurent pendant l’hiver, je n’ai pas eu de peine à me persuader qu’il devoit aussi se trouver parmi les oiseaux quelques espèces sujettes à ce même état d’engourdissement causé par le froid; il me paroissoit seulement que cela devoit être plus rare parmi les oiseaux, parce qu’en général le degré de la chaleur de leur corps est un peu plus grand que celui du corps de l’homme et des animaux quadrupèdes. J’ai donc fait des recherches pour connoître quelles peuvent être ces especes sujettes à l’engourdissement, et, pour savoir si l’hirondelle étoit du nombre, j’en ai fait enfermer quelquesunes dans une glacière où je les ai tenues plus ou moins de temps : elles ne s’y sont point engourdies, la plupart y sont mortes, et aucune n’a repris de mouvement aux rayons du soleil; les autres, qui n’avoient souffert le froid de la glacière que pendant peu de temps, ont conservé leur mouvement, et en sont sorties bien vivantes. J’ai cru devoir conclure de ces expériences que cette espèce d’hirondelle n’est point sujette à l’état de torpeur ou d’engourdissement , que suppose néanmoins et très-nécessairement le fait de leur séjour au fond de l’eau pendant l'hiver. D’ailleurs, m’étant informé auprès de quelques voyageurs dignes de foi, je les ai trouvés d’accord sur le passage des hirondelles au delà de la Méditerranée ; et M. Adanson m’a positivement assuré que, pendant le séjour assez long qu’il a fait au Sénégal, il avoit vu constamment les hirondelles à longue queue, c’est-à-dire nos hirondelles de cheminée dont il est ici question, arriver au Sénégal dans la saison même où elles partent de France, et quitter les terres du Sénégal au printemps. On ne peut, donc guère douter que cette espèce d’hirondelle ne passe en effet d’Europe en Afrique en automne, et d’Afrique en Europe au printemps ; par conséquent elle ne s’engourdit pas, ni ne se cache dans des trous, ni ne

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