‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 33 sur 361 · L’ÉPERVIER · texte numérisé non relu

L’ÉPERVIER

Quoique les nomenclateurs aient compté (plusieurs espèces d’éperviers, nous croyons iqu’on doit les réduire à une seule. M. Brisson fait mention de quatre espèces ou variétés ; savoir, l’épervier commun, l’épervier (tacheté, le petit épervier et l’épervier des

Buffon. VII.

alouettes : mais nous avons reconnu que cet épervier des alouettes n’est que la crécerelle femelle; nous avons trouvé de même que le petit épervier n’est que le tiercelet ou mâle de l’épervier commun; en sorte qu’il ne reste plus que l’épervier tacheté, qui n’est qu’une

oiseaux: de proie.

variété accidentelle de l’espèce commune de l’épervier.. M. Klein est le premier qui ait indiqué celte variété : il dit que cet oiseau lui fut envoyé du pays de Marienbourg. Il faut donc réduire à l’espèce commune le petit épervrer, aussi bien que l’épervier tacheté, et séparer de celle espèce l’épervier des alouettes, qui n’est que la femelle de la crécerelle.

On observera que le tiercelet-sors d’épervier différé du tiercelet- hagard , en ce que le sors a la poitrine et le ventre beaucoup plus blancs, et avec beaucoup moins de mélange de roux que le tiercelet-hagard , qui a ces parties presque entièrement rousses et traversées de bandes brunes ; au lieu que l’autre n'a sur la poitrine que des taches ou des bandes beaucoup plus irrégulières. Le tiercelet épervier s’appelle mouchet par les fauconniers; il est d’autant plus brun sur le dos qu’il est plus âgé; et les bandes transversales de la poitrine ne sont bien régulières que quand il a passé sa première ou sa seconde mue. Il en est de même de la femelle, qui n’a de bandes régulières que lorsqu’elle a passé sa seconde mue; et pour donner une idée plus détaillée de ces différences et de ces ehangemens dans la distribution des couleurs , nous remarquerons que sur le tiereelet-sors ces taches de la poitrine et du ventre sont presque toutes séparées les unes des autres, et qu’elles présentent plutôt la figure d’un cœur ou d’un triangle émoussé, qu’une suite continue et uniforme de couleur brune, telle qu’on la voit dans les bandes transversales de la poitrine et du ventre du tiercelet-hagard d’épervier, c’est-à-dire du tiercelet qui a subi ses deux premières mues. Les mêmes ehangemens arrivent dans la femelle : ces bandes transversales brunes, telles qu’on les voit représentées dans la planche , ne sont , dans la première année , que des taches séparées, et l’on verra dans l’article de X autour que ce changement est encore plus considérable que dans l’épervier.

Rien ne prouve mieux combien sont fautives les indications que nos nomenclateurs ont! voulu tirer de la distribution des couleurs,, que de voir le même oiseau porter, la pre- mière année, des taches ou des bandes longi tudinales brunes, descendant du haut en bas et présenter, au contraire, dans la second année, des bandes transversales de la même couleur: ce changement, quoique très-singulier, est plus sensible dans l’autour et dans . les éperviers; mais il se trouve aussi plus ou i moins dans plusieurs autres espèces d’oiseaux : de sorte que toutes les méthodes fondées sur Rénonciation des difféiences de couleur et de la distribution des taches se trouvent ici entièrement démenties.

L’épervier reste toute l’année dans notre pays. L’espèce en est assez nombreuse ; on m’en a apporté plusieurs dans la plus mauvaise saison de l’hiver, qu’on avoit tués dans les bois : ils sont alors très-maigres et ne pèsent que six onces. Le volume de leur corps est à peu près le même que celui du corps d’une pie. La femelle est beaucoup plus grosse que le mâle; elle fait son nid sur les arbres les plus élevés des forêts : elle pond ordinairement quatre ou cinq œufs, qui sont tachés d’un jaune rougeâtre vers leurs bouts. Au reste, l’épervier, tant mâle que femelle, est assez docile; on l’apprivoise aisément, et l’on peut le dresser pour la chasse des perdreaux et des cailles : il prend aussi des pigeons séparés de leur compagnie, et fait une prodigieuse destruction des pinsons et des autres petits oiseaux qui se mettent en troupes pendant l’hiver. 11 faut que l’espèce de l’épervier soit encore plus nombreuse qu’elle ne le paroit ; car, indépendamment de ceux qui restent toute l’année dans notre climat , il paroit que , dans certaines saisons, il en passe en grande quantité dans d’autres pays, et qu’en général l’espèce se trouve répandue dans l’ancien continent, depuis la Suede jusqu’au cap de Bonne- Espérance.

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