LE SACRE
Je crois devoir séparer cet oiseau de la lisle des faucons et le mettre à la suite du lauier, quoique quelques uns de nos nomenclateurs ne regardent le sacre que comme une variété de l’espèce du faucon , parce qu’en le considérant comme variété , elle appartiendrait bien plutôt à l'espèce du lanier qu’à celle du faucon. En effet, le sacre a, comme le lanier, le bec et les pieds bleus, tandis que les faucons ont les pieds jaunes. Ce caractère, qui paraît spécifique, pourrait même faire croire que le sacre ne serait réellement qu’une variété du lanier ; mais il en diffère beaucoup par les couleurs et constamment par la grandeur. Il paraît que ce sont deux espèces distinctes et voisines, qu’on ne doit pas mêler avec celles des faucons. Ce qu’il y a de singulier ici , c’est que Belon est encore le seul qui nous ait donné des indications de cet oiseau; sans lui les naturalistes ne connoîtroient que peu ou point du tout le sacre et le lanier. Tous deux sont devenus également rares ; et c’est ce qui doit faire présumer encore qu’ils ont les mêmes habitudes naturelles, et que par conséquent ils sont d’espèces très-voisines. Mais Belon les ayant décrits comme les ayant vus tous deux , et les donnant comme des oiseaux réellement différens l’un de l’autre, il est juste de s’en rapporter à lui et de citer ce qu’il dit du sacre comme nous avons cité ce qu’il dit du lanier. « Le sacre est de plus laid pennage que nul des oiseaux de fauconnerie ; car il est de couleur comme entre roux et enfumé, semblable à un milan : il est court empiété, ayant les jambes et les doigts bleus, ressemblant en ce quelque chose au lanier. Il serait quasi pareil au faucon en grandeur, n’étoit qu’il est compassé plus rond. Il est oiseau de moult hardi courage, comparé en force
au faucon-pèlerin : aussi est oiseau de passage ; et est rare de trouver homme qui se puisse vanter d’avoir oncq’ veu l’endroit où il fait ses petits. Il y a quelques fauconniers qui sont d’opinion qu’il vient de Tartarie et Russie et de devers la mer Majeure , et que, faisant son chemin pour aller vivre certaine partie de l’an vers la partie du midi, est pris au passage par les fauconniers qui les aguetlent en diverses îles de la mer Égée , Rhodes , Chypre , etc. Et combien qu’on fasse de hauts vols avec le sacre pour le milan , toutes fois on le peut aussi dresser, pour le gibier et pour la campagne, à prendre les oies sauvages , ostardes , olives , faisans, perdrix, lièvres et à toute autre manière de gibier Le sacret est le mâle et
le sacre la femelle, entre lesquels il n’y a d’autre différence , sinon du grand au petit. »
En comparant cette description du sacre avec celle que le même auteur a donnée du lanier, ou se persuadera aisément, i° que ces deux oiseaux sont plus voisins l’un de l’autre que d’aucune autre espèce; 20 que tous deux sont oiseaux passagers; quoique Belon dise que le lanier éloit , de son temps, naturel en France, il est presque sûr qu’on ne l’y trouve plus aujourd’hui; 3° que ces deux oiseaux paraissent différer essentiellement des faucons , en ce qu’ils ont le corps plus arrondi, les jambes plus courtes, le bec et les pieds bleus ; et c’est à cause de toutes ces différences que nous avons cru devoir les en séparer.
Il y a plusieurs années que nous avons fait dessiner à la Ménagerie du roi un oiseau de proie qu’on nous dit être le sacre, mais la description qui en fut faite alors ayant été égarée, nous n’en pouvons rien dire de plus.
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LE FAUCON
Lorsqu’on jette les yeux sur les listes de nos nomenelateurs d’histoire naturelle \ on
x. M. Brisson compte douze variétés dans cette rc-mière espèce, savoir: le fancon-sors , lefauconagard ou bossu, le faucon à tête blanche , le faucon blanc, le faucon noir, le faucon tacheté, le faucon brun, le faucon rouge, le faucon rouge des
serait porté à croire qu’il y a dans l’espèce du faucon autant de variétés que dans celle
Indes, le faucon d’Italie, le faucon d’ Islande, et le sacre -, et en même temps il compte treize autres espèces ou variétés de faucons , différentes de la première, savoir : le faucon-gentil , le faucon-pèlerin , dont le faucon de Barbarie et le faucon de
du pigeon, de la poule, ou des autres oiseaux domestiques; cependant rien n’est moins vrai : 1 homme n’a point influé sur la nature de ces animaux ; quelque utiles aux plaisirs, quelque agréables qu’ils soient pour le faste des princes chasseurs, jamais on n’a pu en élever, en multiplier l’espèce. On dompte , à la vérité, le naturel féroce de ces oiseaux par la force de l’art et des privations ; on leur fait acheter leur vie par des mouvemens qu’on leur commande ; chaque morceau de leur subsistance ne leur est accordé que pour un service rendu ; on les attache, on les garrotte, on les affuble, on les prive même de la lumière et de toute nourriture , pour les rendre plus dépendais , plus dociles et ajouter à leur vivacité naturelle l’impétuosité du besoin ; mais ils servent par nécessité, par habitude et sans attachement; ils demeurent captifs, sans devenir domestiques ; l’individu seul est esclave , l’espèce est toujours libre, toujours également éloignée de l’empire de l’homme; ce n’est même qu’avec des peines infinies qu’on en fait quelques-uns prisonniers , et rien n’est plus difficile que d’étudier leurs moeurs dans l’état de nature. Comme ils habitent les rochers les plus escarpés des plus hautes montagnes, qu’ils s’approchent trèsrarement de terre , qu’ils volent d’une hauteur et d’une rapidité sans égale, on ne peut avoir que peu de faits sur leurs habitudes naturelles : on a seulement remarqué qu’ils choisissent toujours pour élever leurs petits les rochers exposés au midi ; qu’ils se placent dans les trous et les anfractures les plus inaccessibles ; qu’ils font ordinairement quatre œufs dans les derniers mois de l’hiver ; qu’ils ne couvent pas long- temps, car les petits sont adultes vers le i5 de mai; qu’ils changent de couleur suivant le sexe, l’âge et la mue; que les femelles sont considérablement plus grosses que les mâles; que tous deux jettent des cris perçans, désagréables et presque continuels, dans le temps qu’ils chassent leurs petits pour les dépayser ; ce qui se fait, comme chez les aigles, par la
Tartarie sont des variétés, le faucon à collier , le faucon de roche ou rochier , le faucon de montagne ou montagner, dont le faucon de monlagne cendré est u r.e variété , le faucon de la baie de Hudson, le faucon étoilé, le faucon huppé des ludes , le faucon des Antilles, et le faucon-pécheur de la Caroline. M. Linnæus comprend, sous l’indication générique de faucon, vingt-six espèces différentes; mais il est vrai qu’il confond sous ce même nom, comme il fait en tout, les espèces éloignées, aussi bien que les espèces voisines; car on trouve dans cette liste de faucons, les aigles, les pigargues.
DE PROIE
dure nécessité qui rompt les liens des familles et de toute société, dès qu’il n’y a pas assez pour partager, ou qu’il y a impossibilité de trouver assez de vivres pour subsister ensemble dans les mêmes terres.
Le faucon est peut-être l’oiseau dont le courage est le plus franc, le plus grand, relativement à ses forces ; il fond sans détour et perpendiculairement sur sa proie , au lieu que l’autour et la plupart des autres arrivent de côté : aussi prend-on l’autour avec des filets dans lesquels le faucon ne s’empêtre jamais ; il tombe à plomb sur l’oiseau victime, exposé au milieu de l’enceinte des filets, le lue, le mange sur le lieu s’il est gros, ou l’emporte s’il n’est pas trop lourd, en se relevant à plomb. S’il y a quelque faisanderie dans son voisinage , il choisit cette proie de préférence : on le voit tout à coup fondre sur un troupeau de faisans, comme s’il tomboit des nues, parce qu’il arrive de si haut et en si peu de temps que son apparition est toujours imprévue et souvent inopinée. On le voit fréquemment attaquer le milan, soit pour exercer son courage , soit pour lui enlever une proie ; mais il lui fait plutôt la honte que la guerre; il le traite comme un lâche, le chasse , le frappe avec dédain et ne le met point à mort, parce que le milan se défend mal, et que probablement sa chair répugne au faucon encore plus que sa lâcheté ne lui déplaît.
Les gens qui habitent dans le voisinage de nos grandes montagnes, en Dauphiné, Bugey, Auvergne et au pied des Alpes, peuvent s’assurer de tous ces faits T. On a envoyé de Genève à la Fauconnerie du roi de jeunes faucons pris dans les montagnes voisines au mois d’avril et qui paroissent avoir acquis toutes les dimensions de leur taille et loules leurs forces avant le mois de juin. Lorsqu’ils sont jeunes, on les appelle faucons-sors , comme l’on dit harengs-sors , parce qu’ils sont alors plus bruns que dans les années suivantes, n° 470 ; et l’on appelle les vieux faucons hagards, qui ont beaucoup plus de blanc que les jeunes 2, n° 421. Le
les orfraies , les crécerelles , les buses , etc. Au moins la liste de M. Brisson , quoique d’un tiers trop nombreuse , est faite avec plus de circonspection et de discernement.
1. Ils m’ont été rendus par des témoins oculaires, et particulièrement par M. Hébert, que j’ai déjà cité plus d'une fois , et qui a chassé pendant cinq ans dans les montagnes du Bugey.
?.. Puisque le faueon-sors et le faucon-hagard ou bossu 11e sont que le même faucon , jeune et vieux, on ne doit pas en faire des variétés dans l’espèce.
LE FAUCON. 73
faucon qui est représenté dans notre planche nous paroît être de la seconde année, ayant encore un assez grand nombre de taches brunes sur la poitrine et sur le ventre; car à la troisième année ces taches diminuent , et la quantité dn blanc sur le plumage augmente, comme on le peut voir dans le faucon représenté n° 43o, où l'on a gravé par erreur le nom de lanier au lieu de tiercelet de faucon de la troisième année.
Comme ces oiseaux cherchent partout les rochers les plus hauts et que la plupart des îles ne sont que des groupes et des pointes de montagnes , il y en a beaucoup à Rhodes, en Chypre, à Malte et dans les autres îles de la Méditerranée , aussi bien qu’aux Orcades et en Islande; mais on peut croire que, suivant les différens climats, ils paroissent subir des variétés différentes , dont il est nécessaire que nous fassions quelque mention.
Le faucon, qui est naturel en France, est gros comme une poule : il a dix-huit pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu’à celui de la queue et autant jusqu a celui des pieds : la queue a un peu plus de cinq pouces de longueur, et il a près de trois pieds et demi de vol ou d’envergure; ses ailes, lorsqu’elles sont pliées, s’étendent presque jusqu’au bout de la queue. Je ne dirai rien des couleurs, parce qu’elles changent aux différentes mues, à mesure que l’oiseau avance en âge , et que d’ailleurs elles sont fidèlement représentées par les planches enluminées que nous venons de citer ci-dessus. J’observerai seulement que la couleur la plus ordinaire des pieds du faucon est verdâtre, et que, quand il s’en trouve qui ont les pieds et les membranes du bec jaunes, les fauconniers les appellent faucons bec jaune, et les regardent comme les plus laids et les moins nobles de tous les faucons; en sorte qu’ils les rejettent de l’école de la fauconnerie. J’observerai encore qu’ils se servent du tiercelet de faucon , c’est-à-dire du mâle, lequel est d’un tiers plus petit que la femelle , pour voler les perdrix , pies , geais, merles et autres oiseaux de cette espèce; au lieu qu’on emploie la femelle au vol du lièvre , du milan , de la grue et des autres grands oiseaux.
U paroît que cette espèce de faucon, qui est assez commune en France, se trouve aussi en Allemagne. M. Frisch 1 a donné la
i. Voici ce que M. Frisch clit de cct oiseau, qu’il appelle Y ennemi des canards , ou Vautour d’un brun noir : « 11 a été pourvu par la nature de longues « ailes et de plumes serrées les unes sur les autres...
figure coloriée d’un faucon-sors à pied et à membrane du bec jaunes, sous le nom de entenstosscr ou schwartz-braune habigt , et il s’est trompé en lui donnant le nom d 'autour brun ; car il diffère de l’autour par la grandeur et par le naturel. Il paroît qu’on trouve aussi en Allemagne, et quelquefois en France, une espèce différente de celle-ci, qui est le faucon pattu à tête blanche, que M. Frisch appelle mal à propos vautour.
« Ce vautour à pieds velus ou à culotte de plume est, dit-il, de tous les oiseaux de proie diurnes à bec crochu , le seul qui ait des plumes jusqu’à la partie inférieure des pieds, auxquels elles s’appliquent exactement. L’aigle des rochers a aussi des plumes semblables, mais qui ne vont que jusqu’à la moitié des pieds : les oiseaux de proie nocturnes, comme les chouettes, en ont jusqu’aux ongles; mais ces plumes sont une espèce de duvet. Ce vautour poursuit toute sorte de proie, et on ne le trouve jamais auprès des cadavres. » C’est parce que ce n’est pas un vautour, mais un faucon , qu’il ne se nourrit pas de cadavres; et ce faucon a paru à quelques-uns de nos naturalistes assez semblable à notre faucon de France, pour n’en faire qu’une variété : s’il ne différoit en effet de notre faucon que par la blancheur de la tête , tout le reste est assez semblable pour qu’on ne dût le considérer que comme variété; mais le caractère des pieds couverts de plumes jusqu’aux ongles me paroît être spécifique , ou tout au moins l’indice d’une variété constante, et qui fait race à part dans l'espèce du faucon.
Une seconde variété est le faucon blanc , qui se trouve en Russie, et peut-être dans les autres pays‘du Nord; il y en a de tout à-fait blancs et sans taches, à l’exception de l’extrémité des grandes plumes des ailes, qui sont noirâtres : il y en a d’autres de cette espèce, qui sont aussi tout blancs, à l’exception de quelques taches brunes sur le dos et sur les ailes, et de quelques raies brunes sur la queue. Comme ce faucon blanc est de la même grandeur que notre faucon, et qu’il n’en diffère que par la blancheur, qui est la couleur que les oiseaux , comme les autres animaux, prennent assez généralement dans les pays du Nord, on peut présumer avec fondement que ce n’est qu’une variété de l’espèce commune, produite par l’influence du climat; cependant il paroît qu’en Islande
« C’est des oiseaux de proie l’un des plus vigou- <( reux ; i! poursuit de préférence les canards, les « poules d’eau , et autres oiseaux d’eau. » flanche