I.XXIV
il y a aussi des faucons de la même couleur que les nôtres, mais qui sont un peu plus 1 gros, et qui ont les ailes et la queue plus longues; comme ils ressemblent presque en tout à notre faucon, et qu’ils n’en diffèrent que par ces légers caractères, on ne doit pas les séparer de l’espèce commune. Il en est de même de celui qu’on appelle faucon gentil , que presque tous les naturalistes ont donné comme différent du faucon commun, tandis que c’est le même, et que le nom de gentil ne leur est appliqué que lorsqu’ils sont bien élevés , bien laits et d’une jolie figure : aussi nos anciens auteurs de fauconnerie ne comptoient que deux especes principales de faucon , le faucon-gentil , ou faucon de notre pays , et le faucon-pèlerin ou étranger, et regard oient tous les autres comme de simples variétés de l’une ou de l’autre de ces deux espèces. Il arrive en effet quelques faucons des pays étrangers , qui ne font que se montrer sans s’arrêter, et qu’on prend au passage : il en vient surtout du côté du midi, que l’on prend à Malte, et qui sont beaucoup plus noirs que nos faucons d’Europe: on en a pris même quelquefois de cette espèce en France; et celui dont nous donnons la figure enluminée, n° 469, a été pris en Brie. C’est par cette raison que nous avons cru pouvoir l’appeler faucon passager. Il paroi t que ce faucon noir passe en Allemagne comme en France; car c’est le même que M. Friscli a donné sous le nom de falco fusais , faucon brun {pi. nxxxrn ) ; et qu’il voyage beaucoup plus loin; car c’est encore le même faucon que M. Edwards a décrit et représenté sous le nom de faucon noir de la baie de Hudson , et qui en effet lui avoit été envoyé de ce climat. J’observerai à ce sujet que le faucon passager ou pèlerin décrit par M. Brisson n’est point du tout un faucon étranger ni passager, et que c’est absolument le même que notre faucon-hagard, n° 4‘21; en sorte cpie l’espèce du faucon commun ou passager ne nous est connue jusqu’à présent que par le faucon d’Islande, qui n’est qu’une variété de l’espèce commune, et par le faucon noir d’Afrique, qui en diffère assez , surtout par la couleur, pour pouvoir être regardé . comme formant une espèce différente.
On pourroit peut-être rapporter à celte espèce le faucon tunisien ou punicien dont parle Belon , et qu’il dit « être un peu plus petit que le faucon pèlerin, qui a la tête plus grosse et ronde , et qui ressemble par la grandeur et le plumage au lanier;» peut-être aussi le faucon de Tartarie, qui au contraire est un peu plus grand que le faucon pèlerin ,
DE PROIE
et que Belon dit en différer encore, en ce que le dessus de ses ailes est roux et que ses doigts sonl plus allongés.
En rassemblant et resserrant les différens objets que nous venons de présenter en détail, il paroît, i° qu’il 11’y a en France qu’une seule espèce de faucon, bien connue pour y faire son aire dans nos provinces montagneuses; que cette espèce même se trouve en Suisse, en Allemagne, en Pologne et jusqu’en Islande vers le nord, en Italie, en Espagne et dans les îles de la Méditerranée, et peut-être jusqu’en Égypte vers le midi; 20 que le faucon blanc n’est, dans cette même espèce, qu’une variété produite par l’influence du climat du Nord; 3° que le faucon-gentil 11’est pas une espèce différente de notre faucon commun 1 ; que le fauconpèlerin ou passager est d’une espèce différente,qu’on doit regarder comme étrangère, et qui peut-être renferme quelques variétés, telles que le faucon de Barbarie, le faucon tunisien, etc... Il n’y a donc, quoi qu’en disent les nomenclateurs , que deux espèces réelles de faucons en Europe, dont la première est naturelle à notre climat, et se multiplie chez nous, et l’autre qui ne fait qu’y passer, et qu’on doit regarder comme étrangère. En rappelant donc à l’examen la liste la plus nombreuse de nos nomenclateurs au sujet des faucons, et suivant article par article celle de M. Brisson, nous trouverons, i° que le faucon-sors n’est que le jeune de l’espèce commune; 20 que le faucon-hagard n’en est que le vieux; 3° que le faucon à tête blanche et pieds pattus est une variété ou race constante dans cette même espèce; 4° sous le nom de faucon blanc, M. Brisson indique deux différentes espèces d’oiseaux, et peut-être trois; car le premier et le troisième pourroient être , absolument parlant, des faucons qui auroient subi la variété commune aux oiseaux du Nord, qui est le blanc; mais pour le second , dont M. Brisson ne
x. Jean de Francliières , qui est l’un des plus anciens et peut-être le meilleur de nos auteurs sur la fauconnerie, ne compte que sept espèces d’oiseaux auxquels il donne le nom de faucon, savoir : le faucon-gentil , le faucon pèlerin, le faucon tartaret, le gerfaut, le sacre, le lanier, et le faucon tunisien ou punicien : en retranchant de cette liste le gerfaut , le sacre et le lanier , qui ne sont pas proprement des faucons, il ne reste que le faucon-gentil et le faucon-pèlerin, dont le tartaret et le tunisien sont deux variétés. Cet auteur ne çonnoissoit donc qu’une seule espèce de faucon naturelle en France, qu’il indique sous le nom de faucon-gentil ; et cela prouve encore ce que j’ai avancé , que le faucongentil et le faucon commun ne sont tous deux qu’une seule et même espèce
LE FAUCON
paroît parler que d’après M. Frisch , dont il cite la planche nxxx, ce n’est certainement pas un faucon, mais un oiseau de rapine commun en France, auquel on donne le nom de harpaye; 5° que le faucon noir est le véritable faucon - pèlerin ou passager, qu’on doit regarder comme étranger; 6° que le faucon tacheté n’est que le jeune de ce même faucon étranger; 70 que le faucon brun est moins un faucon qu’un busard ; M. Frisch est le seul qui en ail donné la représentation, et cet auteur dit que cet oiseau attrape quelquefois en volant les pigeons sauvages; que son vol est très-haut, et qu’on le tire rarement , mais que néanmoins il guette les oiseaux aquatiques sur les étangs et dans les autres lieux marécageux; ces indices réunis nous portent à croire que ce faucon brun de M. Brisson n’est vraisemblablement qu’une variété dans l’espèce des busards , quoiqu’il n’ait pas la queue aussi longue que les autres busards; 8° que le faucon rouge n’est qu’une variété dans notre espèce commune du faucon, que Beîon dit, avec quelques anciens fauconniers, se trouver dans les lieux marécageux, qu’il fréquente de préférence ; 90 que le faucon rouge des Indes est un oiseau étranger dont nous parlerons dans la suite; io° que le faucon d’Italie , dont M. Brisson ne parle que d’après Jonston, peut encore être, sans scrupule, regardé comme une variété de l’espèce commune de notre faucon des Alpes ; x i° que le faucon d’Islande est , comme nous l’avons dit, une autre variété de l’espèce commune, dont il ne diffère que par un peu plus de grandeur ; 1 20 que le sacre n’est point , comme le dit M. Brisson, une variété du faucon , mais une espèce différente qu’il faut considérer à part; x3° que le faucon-gentil n’est point une espèce différente de celle de notre faucon commun , et que ce n’est que le faucon-sors de cette espece commune que M. Brisson a décrit sous le nom de faucongentil, mais dans un temps de mue , différent de celui qu’il a décrit sous le simple nom de faucon; 140 que le faucon appelé pèlerin par M. Brisson n’est que notre même faucon commun, devenu par l’âge fauconhagard, n° 421, et que par conséquent ce n’est qu’une variété de l’âge et non pas une diversité d’espèce; i5° que le faucon de Barbarie n’est qu’une variété dans l’espèce du faucon étranger, que nous avons nommé faucon passager, n° 469; 160 qu’il en est de même du faucon de Tartarie; 170 que le faucon à collier n’est point un faucon , mais un oiseau de tout autre genre, auquel nous
avons donné le nom de soubuse ; 180 que le faucon de rocher n’est point encore un faucon, puisqu’il approche beaucoup plus du hobereau et de la crécerelle, et que par conséquent c’est un oiseau qu’il faut considérer à part; 190 que le faucon de montagne n’est qu’une variété du rochier; 20° que le faucon de montagne cendré n’est qu’une variété de l’espèce commune du faucon; 210 que le faucon de la baie de Hudson est un oiseau étranger, d’une espèce différente de celle d’Europe, et dont nous parlerons dans l’article suivant ; 220 que le faucon étoilé est un oiseau d’un autre genre que le faucon ; 2 3° que le faucon huppé des Indes, le faucon des Antilles, le faucon pécheur des Antilles et le faucon pêcheur de la Caroline, sont encore des oiseaux étrangers dont il sera fait mention dans la suite. On peut voir, par cette longue énumération, qu’en séparant même les oiseaux étrangers et qui 11e sont pas précisément des faucons, et en ôtant encore le faucon patin , qui n’est peut-être qu’une variété ou une espèce très-voisine de celle du faucon commun, il y en a dixneuf que nous réduisons à quatre espèces , savoir : le faucon commun, le faucon passager, le sacre et le busard , dont il n’y en a plus que deux qui soient en effet des faucons.
Après cette réduction faite de tous les pré tendus faucons aux deux espèces du faucon commun ou gentil, et du faucon passager ou pèlerin, voici les différences que nos anciens fauconniers trouvoient dans leur nature et meltoient dans leur éducation. Le faucongentil mue dès le mois de mars, et même plus tôt; le faucon-pèlerin ne mue qu’au mois d’aout; il est plus plein sur les épaules, et il a les yeux plus grands, plus enfoncés, le bec plus gros, les pieds plus longs et mieux fendus que le faucon-gentil. Ceux qu’011 prend au nid s’appellent faucons niais ; lorsqu’ils sont pris trop jeunes, ils sont souvent criards et difficiles à élever; il ne faut donc pas les dénicher avant qu’ils soient un peu grands ; ou, si l’on est obligé de les ôter de leur nid , il ne faut point les manier, mais les mettre dans un nid le plus semblable au leur qu’on pourra , et les nourrir de chair d’ours, qui est une viande assez commune dans les montagnes où l’on prend ces oiseaux; et, au défaut de cette nourriture, on leur donnera de la chair de poulet ; si l’on ne prend pas ces précautions , les ailes ne leur croissent pas, et leurs jambes se cassent ou se déboîtent aisément. Les faucons-sors , qui sont les jeunes, et qui ont été pris en septembre, octobre et novembre, sont les
OISEAUX DE PROIE
meilleurs et les plus aisés à élever : ceux qui ont été pris plus tard, en hiver ou au printemps suivant, et qui par conséquent ont neuf ou dix mois d’âge , sont déjà trop accoutumés à leur liberté pour subir aisément la servitude et demeurer en captivité sans regret, et l'on n’est jamais sûr de leur obéissance et de leur fidélité dans le service; ils trompent souvent leur maître, et quittent lorsqu’il s’y attend le moins. On prend tous les ans les faucons-pèlerins au mois de septembre , à leur passage dans les îles ou sur les falaises de la mer. Ils sont, de leur naturel, prompts, propres à tout faire, dociles et fort aisés à instruire : on peut les faire voler pendant tout le mois de mai et celui de juin , parce qu’ils sont tardifs à muer; mais aussi, dès que la mue commence, ils se dépouillent en peu de temps. Les lieux où l’on prend le plus de faucons-pèlerins sont non seulement les côtes de Barbarie , mais toutes les îles de la Méditerranée, et particulièrement celle de Candie, d’où nous venoient autrefois les meilleurs faucons.
Comme les arts n’appartiennent point à l’histoire naturelle, nous n’entrons point ici dans les détails de l’art de la fauconnerie; on les trouvera dans Y Encyclopédie. « Un bon faucon, dit M. Le Roy, auteur de l’article Fauconnerie , doit avoir la tète ronde, le bec court et gros, le cou fort long, la poitrine nerveuse, les mahules larges, les cuisses longues , les jambes courtes , la main large , les doigts déliés, allongés et nerveux aux articles, les ongles fermes et recourbés, les ailes longues; les signes de force et de courage sont les mêmes pour le gerfaut et pour le tiercelet, qui est le mâle dans toutes les espèces d’oiseaux de proie, et qu’on appelle
ainsi, parce qu’il est d’un tiers plus petit que la femelle: une marque de bonté moins équivoque dans un oiseau est de chevaucher contre le vent, c’est-à-dire de se roidir contre, et se tenir ferme sur le poing lorsqu’on l’y expose. Le pennage d’un faucon doit être brun et tout d’une espèce, c’est-à-dire d’une même couleur : la bonne couleur des mains est de vert d’eau ; ceux dont les mains et le bec sont jaunes, ceux dont le plumage est semé de taches, sont moins estimés que les autres. On fait cas des faucons noirs ; mais, quel que soit leur plumage, ce sont toujours les plus forts en courage qui sont les meilleurs.... U y a des faucons lâches et paresseux : il y en a d’autres si fiers, qu’ils s’irritent contre tous les moyens de les apprivoiser : il faut abandonner les uns et les autres, etc. »
M. Forget, capitaine du vol à Versailles, a bien voulu me communiquer la note suivante.
« Il n’y a, dit-il, de différence essentielle entre les faucons de différens pays que par la grosseur. Ceux qui viennent du Nord sont ordinairement plus grands que ceux des montagnes des Alpes et des Pyrénées; ceuxci se prennent, mais dans leur nid : les autres se prennent au passage, dans tous les pays ; ils passent en octobre et en novembre, et repassent en février et mars.... L’âge des faucons se désigne très-distinctement la seconde année, c’est-à-dire à la première mue; mais dans la suite les connoissances deviennent bien plus difficiles. Indépendamment des changemens de couleur, on peut les distinguer jusqu’à la troisième mue, c’est-à-dire par la couleur des pieds et celle de la membrane du bec. »
t«Vl\«VVV\i\V\VVM v V *•% V X VX \\\\vv\» \ % WW V* ' » X' v W V \\ W V\\^\ WWW %V%\\W WWW W\1 X % X * X X VX/ VX X X X x x/x v-%
OISEAUX ÉTRANGERS
QUI ONT RAPTORT