‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 44 sur 361 · LE FAUCON NOIR · texte numérisé non relu

LE FAUCON NOIR

rente de celle de notre faucon commun.

J’observerai que la description qu’en donne M. Edwards est exacte, mais que M. Frisch n’est pas fondé à prononcer que ce faucon doit être sans doute le plus fort des oiseaux de proie de sa grandeur, parce que, près de l’extrémité du bec supérieur, il y a une espèce de dent triangulaire ou de pointe tranchante, et que les jambes sont garnies de plus grands doigts et ongles qu’aux autres faucons : car, en comparant les doigts et les ongles de ce faucon noir, que nous avons en nature, avec ceux de notre faucon, nous n’avons pas trouvé qu’il y eût de différence ni pour la grandeur ni pour la force de ces parties ; et en comparant de môme le bec de ce faucon noir avec le bec de nos faucons , nous avons trouvé que dans la plupart de ceux-ci il y avoit une pareille dent triangulaire vers l’extrémité de la mandibule supérieure; en sorte qu’il ne diffère point à ces deux égards du faucon commun , comme M. Frisch semble l’insinuer. Au reste , le faucon tacheté dont M. Edwards donne la description et la figure , et qu’il dit être du même climat que le faucon noir, c’est-à-dire des terres de la baie de Hudson, ne nous paroît être en effet que le faucon-sors ou jeune de cette même espèce, et par conséquent ce n’est qu’une variété produite dans les couleurs par la différence de l’âge , et non pas une variété réelle ou variété de race dans cette espèce. On nous a assuré que la plupart de ces faucons noirs arrivent du côté du Midi : cependant nous en avons vu un qui avoit été pris sur les côtes de l’Amérique septentrionale, près du banc de Terre-Neuve; et, comme M. Edwards dit qu’il se trouve aussi dans les terres voisines de la baie de Hudson , on peut croire que l’espèce est fort répandue , et qu’elle fréquente également les climats chauds , tempérés ou froids.

Nous observerons que cet oiseau , que nous avons eu en nature , avoit les pieds d’un bleu bien décidé, et que ceux que l’on trouve représentés dans les planches enluminées de MM. Edwards et Frisch avoient les pieds jaunes; cependant il n’est pas douteux que ce ne soient les mêmes oiseaux : nous avons déjà reconnu, en examinant les balbuzards , qu’il y en avoit à pieds bleus , et d’autres à pieds jaunes ; ce caractère est donc beaucoup moins fixe qu’on ne l’imaginoit. Il en est de la couleur des pieds à peu près comme de celle du plumage ; elle varie souvent avec l’âge ou par d’autres circonstances.

ni.

L’oiseau qu’on peut appeler le faucon rouge des Indes orientales , très-bien décrit par Aldrovande, et à peu près dans les termes suivans : La femelle, qui est d’un tiers plus grosse que le mâle, a le dessus de la tête large et presque plat ; la couleur de la tête, du cou, de tout le dos et du dessus des ailes est d’un cendré tirant sur le brun; le bec est très-gros, quoique le crochet en soit assez petit; la base du bec est jaune, et le reste, jusqu’au crochet, est de couleur cendrée ; la pupille des yeux est très-noire , l’iris brun ; la poitrine entière, la partie supérieure du dessous des ailes, le ventre, le croupion et les cuisses sont d’un orangé presque rouge; il y a cependant au dessus de la poitrine, sous le menton, une tache longue de couleur cendrée, et quelques petites taches de cette même couleur sur la poitrine; la queue est rayée de bandes en demi-cercle, alternativement brunes et cendrées; les jambes et les pieds sont jaunes , et les ongles noirs. Dans le mâle, toutes les parties rouges sont plus rouges, et toutes les parties cendrées sont plus brunes; le bec est plus bleu, et les pieds sont plus jaunes. Ces faucons , ajoute Aldrovande , avoient été envoyés des Indes orientales au grand-duc Ferdinand , qui les fit dessiner vivans. Nous devons observer ici que Tardif, Albert et Crescent ont parlé du faucon rouge comme d’une espèce ou d’une variété qu’on connoissoit en Europe, et qui se trouve dans les pays de plaines et de marécages; mais ce faucon rouge n’est pas assez bien décrit pour qu’on puisse dire si c’est le même que le faucon rouge des Indes, qui pourroit bien voyager et venir en Europe comme le faucon passager.

L’oiseau indiqué par Willughby sous la dénomination de falco indiens cirratus , qui est plus gros que le faucon, et presque égal à l’autour, qui a sur la tète une huppe dont l’extrémité se divise en deux parties qui pendent sur le cou. Cet oiseau est noir sur toutes les parties supérieures de la tête et du corps; mais sur la poitrine et le ventre, son plumage est traversé de lignes noires et blanches alternativement : les plumes de la queue sont aussi rayées de lignes alternativement noires et cendrées; les pieds sont couverts de plumes jusqu’à l’origine des doigts ; l’iris des yeux, la peau qui couvre la base du bec et les pieds sont jaunes ; le bec

est d’un Lieu noirâtre, el les ongles sont d’un beau noir.

Au reste, il paroît, par le témoignage des voyageurs, que le genre des faucons est l’un des plus universellement répandus. Nous avons dit qu’on en trouve partout en Europe , du nord au midi ; qu’on en prend en quantité dans les îles de la Méditerranée, qu’ils sont communs sur la côte de Barbarie. M. Shaw, dont j’ai trouvé les relations presque toujours fidèles, dit qu’au royaume de Tunis il y a des faucons et des éperviers en assez grande abondance, et que la cliasae à l’oiseau est un des plus grands plaisirs des Arabes et des gens un peu au dessus du commun. On les trouve encore plus fréquemment au Mogol 1 et en Perse, où l’on prétend que l’art de la fauconnerie est plus cultivé que partout ailleurs; on en trouve jusqu’au Japon, où Kæmpfer dit qu’on les tient plutôt par faste que pour l’utilité de la chasse ; et ces faucons du Japon viennent des parties septentrionales de cette île. Kolbe fait aussi mention des faucons du cap de Bonne- Espérance, et Bosman de ceux de Guinée} en sorte qu’il n’y a, pour ainsi dire, aucune terre, aucun climat dans l’ancien continent, où l’on ne trouve l’espèce du faucon ; et comme ces oiseaux supportent très-bien le froid, et qu’ils volent facilement et trèsrapidement, on ne doit pas être surpris de les retrouver dans le nouveau continent; il y en a dans le Groenland , dans les parties montagneuses de l’Amérique septentrionale et méridionale, et jusque dans les îles de la mer du Sud.

i. On se sert du faucon au Mogol pour la chasse du daim et des gazelles.

DE PROIE

LE TANAS.

L’oiseau appelé tanas par les nègres du Sénégal , et qui nous a été donné par M. Adanson sous le nom de faucon-pêcheur, n° 478. Il ressemble presque en tout à notre faucon par les couleurs du plumage : il est néanmoins un peu plus petit, et il a sur la tête de longues plumes éminentes qui se rabattent en arrière, et qui forment une espèce de huppe, par laquelle on pourra toujours distinguer cet oiseau des autres du même genre : il a aussi le bec jaune, moins courbé el plus gros que le faucon. U en diffère encore en ce que les deux mandibules ont des dentelures très-sensibles; et son naturel est aussi différent, car il pêche plutôt qu’il ne chasse. Je crois que c’est à cette espèce qu’on doit rapporter l’oiseau duquel Dampier fait mention sous ce même nom de faucon-pêcheur. •< Il ressemble, dit-il, à nos plus petits faucons pour la couleur et la figure; il a le bec et les ergots faits tout de même; il se perche sur les troncs des arbres et sur les branches sèches qui donnent sur l’eau dans les criques , les rivières ou au bord de la mer; et dès que ees oiseaux voient quelques petits poissons auprès d’eux, ils volent à fleur d’eau, les enfilent avec leurs griffes, et s’élèvent aussitôt en l’air sans toucher l’eau de leurs ailes. » Il ajoute « qu’ils n’avalent pas le poisson tout entier, comme font les autres oiseaux qui en vivent, mais qu’ils le déchirent avec leur bec et le mangent par morceaux. »

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