LA PIE-GRIÈCHE ROUSSE
Cette pie-grièche rousse est un peu plus petite que la grise, et très-aisée à reconnoître par le roux qu’elle a sur la tète, qui est quelquefois rouge, et ordinairement d’un roux vif ; on peut aussi remarquer qu’elle a les yeux d’un gris blanchâtre ou jaunâtre, au lieu que la pie-grièche grise les a bruns; elle a aussi le bec et les jambes plus noirs. Le naturel de celte pie-grièche rousse est à très-peu près le même que celui de la piegrièche grise: toutes deux sont aussi hardies, aussi méchantes l’une que l’autre; mais ce qui prouve que ce sont néanmoins deux espèces différents, c’est que la première reste au pays toute l’année , au lieu que celle-ci le quitte en automne et ne revient qu’au printemps : la famille , qui ne se sépare pas à la sortie du nid, et qui demeure toujours rassemblée, part vers le commencement de septembre, sans se réunir avec d’autres familles, et sans faire de longs vols; ces oiseaux ne vont que d’arbre en arbre, et ne volent pas de suite, même dans le temps de leur départ : ils restent pendant l’été dans nos campagnes, et font leur nid sur quelque arbre touffu ; au lieu que la pie-grièche grise habite les bois dans celte même saison, et ne
vient guère dans nos plaines que quand la pie-grièche rousse est partie. On prétend aussi que de toutes les pies-grièches, celle-ci est la meilleure, ou, si l’on veut, la seule qui soit bonne à manger.
Le mâle et la femelle sont à très-peu près de la même grosseur ; mais ils diffèrent par les couleurs assez pour paroître des oiseaux de différente espèce : nous renvoyons sur cela aux planches enluminées que nous venons de citer, et qu’il suffira de comparer pour le reconnoître; nous observerons seulement, au sujet de celle espèce et de la suivante, appelée l’écorcheur, que ces oiseaux font leur nid avec beaucoup d’art et de propreté, à peu près avec les mêmes matériaux qu’emploie la pie-grièche grise ; la mousse et la laine y sont si bien entrelacées avec les petites racines souples, les herbes fines et longues, les branches pliantes des petits arbustes, que cet ouvrage paroit avoir été tissu. Ils produisent ordinairement cinq ou six œufs, et quelquefois davantage; et ces œufs, dont le fond est de couleur blanchâtre, sont en tout ou en partie tachés de brun ou de fauve.
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