‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 6 sur 361 · LES AIGLES · texte numérisé non relu

LES AIGLES

Il y a plusieurs oiseaux auxquels on donne le nom d'aigles : nos nomenclateurs en comptent onze espèces en Europe, indépendamment de quatre autres espèces , dont deux sont du Brésil, une d'Afrique et la dernière des grandes Indes. Ces onze espèces sont, i° l’aigle commun, i° l’aigle à tête blanche, 3° l’aigle blanc, 4° l’aigle tacheté, 5° l’aigle à queue blanche , 6® le petit aigle à queue blanche, 70 l’aigle doré, 8° l’aigle noir, 90 le grand aigle de mer, io° l’aigle de mer, xi° le Jean-le-blanc : mais, comme nous l’avons déjà dit, nos nomenclateurs modernes paroissent s’èlre beaucoup moins souciés de restreindre et réduire au juste le nombre des espèces , ce qui néanmoins est le vrai but du travail d’un naturaliste, que de les multiplier, chose bien moins difficile, et par laquelle 011 brille à peu de frais aux yeux des ignorans; car la réduction des espèces suppose beaucoup de connoissances , de réflexions et de comparaisons ; au lieu qu’il n’y a rien de si aisé que d’en augmenter la quantité : il suffit pour cela de parcourir les livres et les cabinets d’histoire naturelle, et d’admettre, comme caractères spécifiques, toutes les différences, soit dans la grandeur, dans la forme , ou la couleur, et de chacune de ces différences , quelque légère qu’elle soit, faire une espèce nouvelle et séparée de toutes les autres. Mais malheureusement, en augmentant ainsi très-gratuitement le nombre nominal des especes, on n’a fait qu’augmenter en même temps les difficultés de l’histoire naturelle, dont l’obscurité ne vient que de ces nuages répandus par une nomenclature arbitraire, souvent fausse, toujours particulière, et qui ne saisit jamais l’ensemble des caractères; tandis que c’est de la réunion de tous ces caractères, et surtout de la différence ou de la ressemblance de la forme , de la grandeur, de la

couleur, et aussi de celle du naturel et des mœurs, qu’011 doit conclure la diversité ou l’unité des espèces.

Mettant donc d’abord à part les quatre espèces d’aigles étrangers dont nous nous réservons de parler dans la suite , et rejetant de la liste l’oiseau qu’on appelle Jean-leblanc, qui est si différent des aigles, qu’on ne lui en a jamais donné le nom, il me paroît qu’on doit réduire à six les onze espèces d’aigles d’Europe mentionnées ci-dessus, et que, dans ces six espèces, il n’y en a que trois qui doivent conserver le nom d’aigles, les trois autres étant des oiseaux assez différens des aigles pour oxiger un autre nom. Ces trois espèces d’aigles sont, i° l’aigle doré, que j’appellerai le grand aigle; 20 l’aigle commun ou moyen ; 3° l’aigle tacheté, que j’appellerai le petit aigle : les trois autres sont l'aigle à queue biauehe, que j’appellerai pygargue , de son nom ancien, pour le distinguer des aigles des trois premières espèces, dont il commence à s’éloigner par quelques caractères; l’aigle de mer, que j’appellerai balbuzard , de son nom anglois, parce que ce n’est point un véritable aigle; et enfin le grand aigle de mer, qui s’éloigne encore plus de l’espèce, et que, par cette raison , j’appellerai orfraie ,

de son vieux nom francois.

Le grand et le petit aigle sont chacun d’une espèce isolée; mais 1 aigle commun et le p)gargue sont sujets à varier. L’espèce de l’aigle commun est composée de deux variétés, savoir, l’aigle brun et l’aigle noir; et l’espèce du pygargue en contient trois , savoir, le grand aigle à queue blanche, le petit aigle à queue blanche, et l’aigle à tète blanche. Je n’ajouterai pas à ces espèces celle de l’aigle blanc, car je ne pense pas que ce soit une espèce particulière, ni même une race constante et qui appartienne à une es-

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