LE DUC OU GRAND DUC
des oiseaux , qui , comme les autres animaux quadrupèdes , ont deux membranes qui recouvrent la cervelle.
Il paroît qu’il y a dans cette espèce une première variété qui semble en renfermer une seconde ; toutes deux se trouvent en Italie, et ont été indiquées par Aldrovande: on peut appeler l’un le duc aux ailes Aoires , et le second le duc aux pieds nus. Le premier ne diffère en effet du grand duc commun que par les couleurs, qu’il a plus brunes ou plus noires sur les ailes, le dos et la queue; et le second, qui ressemble en entier à celuici par ses couleurs plus noires , n’en diffère que par la nudité des jambes et des pieds , qui sont très-peu fournis de plumes : ils ont aussi tous deux les jambes plus menues et moins fortes que le duc commun.
Indépendamment de ces deux variétés qui se trouvent dans nos climats, il y en a d’autres dans des climats plus éloignés. Le duc blanc de Laponie, marqué détachés noires, qu’indique Linnæus, ne paroît être qu’une variété produite par le froid du Nord. On sait que la plupart des animaux quadrupèdes sont naturellement blancs, ou le deviennent dans les pays très-froids : il en est de même d’un grand nombre d’oiseaux; celui-ci, qu’on trou\e dans les montagnes de Laponie, est blanc, taché de noir, et ne diffère que par cette couleur du grand duc commun : ainsi on peut le rapporter à cette espèce comme simple variété.
Comme cet oiseau craint peu le chaud et ne craint pas le froid, on le trouve également dans les deux continens, au nord et au midi; et non seulement on y trouve l’espèce même, mais encore les variétés de l’espèce. Le jacurutu du Brésil, décrit par
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Marcgrave , est absolument le même oiseau que notre grand duc commun. Celui qui nous a été apporté des terres Magellaniques, n° 385, ne diffère pas assez du grand duc d’Europe pour en faire une espèce séparée. Celui qui est indiqué par l’auteur du V oyage à la baie de Hudson , sous le nom de hibou couronné , et par M. Edwards, sous le nom de duc de Virginie , sont des variétés qui se trouvent en Amérique les mêmes qu’en Europe ; car la différence la plus remarquable qu’il y ait entre le duc commun et le duc de la baie de Hudson et de Virginie c’est que les aigrettes partent du bec, au lieu de partir des oreilles. Or on peut voir de même, dans les figures des trois ducs données par Aldrovande, qu’il n’y a que le premier, c’est-à-dire le duc commun, dont les aigrettes partent des oreilles , et que dans les autres, qui néanmoins sont des variétés qui se trouvent en Italie, les plumes des aigrettes ne partent pas des oreilles, mais de la base du bec, comme dans le duc de Virginie, décrit par M. Edwards. Il me paroît donc que M. Klein a prononcé trop légèrement , lorsqu’il a dit que ce grand duc de Virginie étoit d’une espèce toute différente de l’espèce d’Europe, parce que les aigrettes partent du bec , au lieu que celles de notre duc partent des oreilles : s’il eût comparé les figures d’Aldrovande et celles de M. Edwards, il eût reconnu que cette même différence , qui ne fait qu’une variété, se trouve en Italie comme en Virginie, et qu’en général les aigrettes de ces oiseaux ne partent pas précisément du bord des oreilles, mais plutôt du dessus des yeux et des parties supérieures à la base du bec.
LE HIBOU ou MOYEN DUC.
Le hibou, otur, ou moyen duc, a, comme le grand duc , les oreilles fort ouvertes, et surmontées d’une aigrette composée de six plumes tournées en avant1:
mais ces aigrettes sont plus courtes que celles du grand duc, et n’ont guère plus
1. Aldrovande dit avoir observé que cliaqué plume auriculaire qui compose l’aigrette peut së mouvoir séparément, et que la peau qui recouvre I4 cavité de.4 oreilles naît de la partie intérieure la plus voisine de i’oeiî.
d’un pouce de longueur : elles paroissent proportionnées à sa taille, car il ne pèse qu’environ dix onces, et n’est pas plus gros qu’une corneille : il forme donc une espèce évidemment différente de celle du grand duc, qui est gros comme une oie, et de celle du scops ou petit duc, qui n’est pas plus grand qu’un merle, et qui n’a au dessus dos oreilles que des aigrettes très-courtes. Je fais cette remarque , parce qu’il y a des naturalistes qui n’ont regardé le moyen
o6 OISEAUX DE PROIE,
et le petit duc que comme de simples variétés d’une seule et même espece. Le moyen duc a environ un pied de longueur de corps, depuis le bout du bec jusqu’aux ongles, trois pieds de vol ou d’envergure, et cinq ou six pouces de longueur de queue : il a le dessus de la tête, du cou, du dos et des ailes , rayé de gris , de roux et de brun ; la poitrine et le ventre sont roux avec des bandes brunes, irrégulières et étroites; le bec est court et noirâtre; les yeux sont d’un beau jaune; les pieds sont couverts de plumes rousses jusqu’à l’origine des ongles, qui sont assez grands et d’un brun noirâtre : on peut observer de plus qu’il a la langue charnue et un peu fourchue, les ongles très-aigus et très-tranchans, le doigt extérieur mobile et pouvant se tourner en arrière, l’estomac assez ample, la vésicule du fiel très- grande, les boyaux longs d’environ vingt pouces, les deux cæcum de deux pouces et demi de profondeur, et plus gros à proportion que dans les autres oiseaux de proie. L’espèce en est commune et beaucoup plus nombreuse dans nos climats 1 que celle du grand duc , qu’on n’y rencontre que rarement en hiver; au lieu que le moyen duc y reste toute l’année et se trouve même plus aisément en hiver qu’en été : il habite ordinairement dans les anciens bàtimens ruinés , dans les cavernes des rochers , dans le creux des vieux arbres , dans les forêts en montagne, et ne descend guère dans les plaines. Lorsque d’autres oiseaux l’attaquent, il se sert trèsbien et des griffes et du bec ; il se retourne aussi sur le dos pour se défendre , quand il est assailli par un ennemi trop fort.
Il paroît que cet oiseau , qui est commun dans nos provinces d’Europe , se trouve aussi en Asie; car Belon dit en avoir rencontré un dans les plaines de Cilicie.
Il y a dans cette espèce plusieurs variétés , dont la première se trouve en Italie, et a été indiquée par Aldrovande. Ce hibou d’Italie est plus gros que le hibou commun, et en diffère aussi par les couleurs : voyez et comparez les descriptions qu’il a faites de l’un et de l’autre.
Ces oiseaux se donnent rarement la peine de faire un nid, ou se l’épargnent en entier; car tous les œufs et les petits qu’on m’a apportés ont toujours été trouvés dans des nids étrangers , souvent dans
i. Il est plus commun en France et en Italie qu’en Angleterre. On le trouve très-fréquemment
en Bourgogne, en Champagne, en Sologne, et dans les montagnes de l’Auvergne.
des nids de pies, qui, comme l’on sait, abandonnent chaque année leur nid pour en faire un nouveau; quelquefois dans les nids de buses; mais jamais on n’a pu me trouver un nid construit par un hibou. Us pondent ordinairement quatre ou cinq œufs; et leurs petits, qui sont blancs en naissant, prennent des couleurs au bout de quinze jours.
Comme ce hibou n’est pas fort sensible au froid, qu’il passe l’hiver dans notre pays, et qu’on le trouve en Suède comme en France, il a pu passer d’un continent à l’autre. U paroît qu’on le retrouve en Canada et dans plusieurs autres endroits de l’Amérique septentrionale 1 ; il se pourroit même que le hibou de la Caroline , décrit par Catesby , et celui de l’Amérique méridionale , indiqué par le P. Feuillée 2, ne fussent que des variétés de notre hibou, produites par la différence des climats , d’autant qu’ils sont à très-peu près de la même grandeur, et qu’ils ne diffèrent que parles nuances et la distribution des couleurs.
On se sert du hibou et du chat-huant pour attirer les oiseaux à la pipée ; et l’on a remarqué que les gros oiseaux viennent plus volontiers à la voix du hibou, qui est une espèce de cri plaintif ou de gémissement grave et allongé, cowl, cloud, qu’il ne cesse de répéter pendant la nuit, et que les petits oiseaux viennent en plus grand nombre à celle du chat-huant , qui est une voix haute , une espèce d’appel, hoho, ho/io. Tous deux font pendant le jour des gestes ridicules et bouffons en présence des hommes et des autres oiseaux. Aristote n’attribue cette espèce de talent ou de propriété qu’au hibou ou moyen duc, otus ; Pline la donne au scops, et appelle ces gestes bizarres motus satyricos; mais ce scops de Pline est le même oiseau que Y otos et le scops des Grecs , le moyen duc et le petit duc, qu’ils réunissoient sous une seule espèce et sous le même nom, en se contentant d’avertir qu’il existait néanmoins de grands scops et de petits-
1. Histoire de la Nouvelle-France, par Charlevoix, tome III , p. 56.
2. Bubo ocro-cinereus, pectore maculoso. ( Feuillée, Observations phjsiques, p. 5g, avec une figure.) Il paroît qu’on peut rapporter à ce hibou de l’Amérique méridionale, indiqué par le P. Feuillée, celui dont Fernandès fait mention sous le nom de tocolo/t, qui se trouve au Mexique et à la IS’ouvelle- Espagne : mais ceci n’est qu’une vraisemblance fondée sur les rapports de grandeur et de climat; car Fernandès n’a donné non seulement aucune figure des oiseaux dont il parle, mais même aucune description asseï détaillée pour qu’on puisse le reconnoître.
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Ordre de J' Oiseaux de proie. Famiflr de.r JNoelurnes .
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Ordre de. r Oiseaux de proie