LE CHAT-HUANT
lotte, il faudroit pouvoir nier les différences constantes et les caractères qui les distinguent l’un de l’autre , et qui me paroissent assez sensibles et assez multipliés pour constituer deux espèces distinctes et séparées Comme le chat-huant se trouve en Suède et dans les autres terres du Nord, il a pu passer d’un continent à l’autre : aussi le retrouve-t-on en Amérique jusque dans les
loi
pays chauds. Il y a , au cabinet de M. Mauduyt, un chat-huant qui lui a été envoyé de Saint-Domingue, qui ne nous paroit être qu’une variété de l’espèce d’Europe, dont il ne diffère que par {'uniformité des couleurs sur la poitrine et sur le ventre, qui sont rousses et presque sans taches, et encore par les couleurs plus foncées des parties supérieures du corps.
X \V\1 X V'X X/WY X/\ X. X XX W X XX/VX/X. X/XXXXX X/VX/XVXXXX/VXXXXXX V'VVX t/M'V XV X XXXXXXXXXXX/X X, X
L’EFFRAIE ou LA FRESAIE.
L’effrate, qu’on appelle communément la chouette des clochers, effraie en effet par ses soufflemens, che , chei , cheu, chiou, ses cris âcres et lugubres grei, gre, crei , et sa voix entrecoupée qu’elle fait souvent retentir dans le silence de la nuit. Elle est, pour ainsi dire, domestique, et habite au milieu des villes les mieux peuplées : les tours , les clochers , les toits des églises et des autres bâtimens élevés, lui servent de retraite pendant le jour, et elle en sort à l’heure du crépuscule. Son soufflement, qu’elle réitère sans cesse , ressemble à celui d’un homme qui dort la bouche ouverte; elle pousse aussi, en volant et en se reposant, différens sons aigres, tous si désagréables , que cela , joint à l’idée du voisinage des cimetières et des égliges, et encore à l’obscurité de la nuit , inspire de l’horreur et de la crainte aux enfans , aux femmes , et même aux hommes soumis aux mêmes préjugés et qui croient aux revenans, aux sorciers , aux augures : ils regardent l’effraie comme l’oiseau funèbre , comme le messager de la mort ; ils croient que quand il se fixe sur une maison , et qu’il y fait retentir une voix différente de ses cris ordinaires, c’est pour appeler quelqu’un au cimetière.
On la distingue aisément des autres chouettes par la beauté de son plumage : elle est à peu près de la même grandeur que le chat-huant, plus petite que la hulotte, et plus grande que la chouette proprement dite, dont nous parlerons dans l’article suivant; elle a un pied ou treize pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité de la queue , qui n’a que cinq pouces de longueur. Elle a le dessus du corps jaune, ondé de gris et de brun, et taché de points blancs; le dessous du corps blanc, marqué de points noirs; les yeux environnés très - régulièrement
d’un cercle de plumes blanches et si fines, qu’on les prendroit pour des poils; l’iris d’un beau jaune; le bec blanc, excepté le bout du crochet , qui est brun ; les pieds couverts de duvet blanc, les doigts blancs et les ongles noirâtres. Il y en a d’autres qui, quoique de la même espèce, paroissent au premier coup d’œil être assez différentes; elles sont d’un beau jaune sur la poitrine et sur le ventre, marquées de même de points noirs : d’autres sont parfaitement blanches sur ces mêmes parties, sans la plus petite tache noire ; d’autres enfin sont parfaitement jaunes et sans aucune tache, n° 442.
J’ai eu plusieurs de ces chouettes vivantes : il est fort aisé de les prendre , en opposant un petit filet, une trouble à poisson, aux trous qu’elles occupent dans les vieux bâtimens. Elles vivent dix ou douze jours dans les volières où elles sont renfermées ; mais elles refusent toute nourriture et meurent d’inanition au bout de ce temps ; le jour, elles se tiennent, sans bouger, au bas de la volière; le soir, elles montent au sommet desjuehoirs, où elles font entendre leur soufflement che , chei , par lequel elles semblent appeler les autres. J’ai vu plusieurs fois, en effet , d’autres effraies arriver au soufllement de l’effraie prisonnière, se poser au dessus de la volière , y faire le même soufflement, et s’y laisser prendre au filet. Je n’ai jamais entendu leur cri âcre ( stridor ) crei , grei , dans les volières ; elles ne poussent ce cri qu’en volant et lorsqu’elles sont en pleine liberté. La femelle est un peu plus grosse que le mâle , et a les couleurs plus claires et plus distinctes; c’est de tous les oiseaux nocturnes celui dont le plumage est le plus agréablement varié.
L’espèce de l’effraie est nombreuse , et
OISEAUX DE PROIE
partout très-commune en Europe : comme on la voit en Suède aussi bien qu’en France, elle a pu passer d’un continent à l’autre; aussi la trouve-t-on en Amérique, depuis les terres du Nord jusqu’à celles du Midi. Marcgrave l’a \ue et reconnue au Brésil, où les naturels du pays l’appellent tuidara.
L’effraie ne va pas , comme la hulotte et le chat-huant, pondre dans des nids étrangers : elle dépose sesu- œufs à cru dans des trous de murailles, ou sur des solives sous les toits, tt aussi dans des creux d’arbres ; elle n’y met ni herbes, ni racines, ni feuilles , pour les recevoir. Elle pond de trèsbonne heure au printemps, c’est-à-dire des la lin de mars ou le commencement d’avril; elle fait ordinairement cinq œufs, et quelquefois six et même sept, d’une forme allongée et de couleur blanchâtre. Elle nourrit ses petits d’insectes et de morceaux de chair de souris : ils sont tout blancs dans le premier âge , et ne sont pas mauvais à manger au bout de trois semaines ; car ils sont gras et bien nourris. Les pères et mères purgent les églises de souris ; ils boivent aussi assez souvent ou plutôt mangent l’huile des lampes, surtout si elle vient à se figer; ils avalent les souris et les mulots, les petits oiseaux tout entiers, et en rendent par le bec les os, les plumes et les peaux roulées ; leurs excrémens sont blancs et liquides comme ceux de tous les autres oiseaux de proie. Dans la belle saison, la plupart de
ces oiseaux vont le soir dans les bois voisins; mais ils reviennent tous les matins à leur retraite ordinaire, où ils dorment et ronflent jusqu’aux heures du soir; et quand la nuit arrive, ils se laissent tomber de leur trou, et volent en culbutant presque jusqu’à terre. Lorsque le froid est rigoureux, on les trouve quelquefois cinq ou six dans le même trou , ou cachées dans les fourrages; elles y cherchent l’abri , l’air tempéré et la nourriture : les souris sont en effet alors en plus grand nombre dans les granges que dans tout autre temps. En automne , elles vont souvent visiter pendant la nuit les lieux où l’on a tendu des rejetoires 1 et des lacets pour prendre des bécasses et des grives ; elles tuent les bécasses qu’elles trouvent suspendues, et les mangent sur le lieu ; mais elles emportent quelquefois les grives et les autres petits oiseaux qui sont pris aux lacets ; elles les avalent souvent entiers et avec la plume; mais elles déplument ordinairement, avant de les manger, ceux qui sont un peu plus gros. Ces dernières habitudes aussi bien que celle de voler de travers, c’est-àdire comme si le vent les emportoil, et sans faire aucun bruit des ailes , sont communes à l’effraie, au chat-huant, à la hulotte, et à la chouette proprement dite, dont nous allons parler.
i. Rejetoire , baguette de bois vert courbée, au bout de laquelle ou attache un lacet, et qui , par son ressort, en serre le nœud coulant, et enlève l’oiseau.
"" v x-x-v\-v wivnvi vv\\\t\vivwv\rvx'\wv\ vwvvv x\\\rv\
\rV\VVV\VX.%i\\VV\WV\rV\VlV\V\\^W