‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 75 sur 361 · AUX HIBOU S ET AUX CHOUETTES · texte numérisé non relu

AUX HIBOU S ET AUX CHOUETTES

L’oiseau appelé cabure ou caboure jStrix Brasiliana. L. ) par les Indiens du Brésil, qui a des aigrettes de plumes sur la tête, et qui n’est pas plus gros qu’une litorne ou grive de genévriers. Ces deux caractères suffisent pour indiquer qu’il tient de très-près à l’espèce du scops ou petit duc , si même il n’est pas une variété de cette espèce. Marcgrave est le seul qui ait décrit cet oiseau; il

n’en donne pas la figure. « C’est, dit-il, une espèce de hibou de la grandeur d’une litorne ( turdela ) : il a la tète ronde, le bec court, jaune , et crochu, avec deux trous pour narines ; les yeux beaux , grands , ronds , jaunes , avec la pupille noire : sous les yeux et à côté du bec , il y a des poils longuets et bruns; les jambes sont courtes et entièrement couvertes , aussi bien que les pieds, de plumes jaunes; quatre doigts à l’ordinaire, avec des ongles semi-lunaires,

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noirs et aigus; la queue large, et à l’origine de laquelle se terminent les ailes; le corps, le dos, les ailes, et la queue sont de couleur d’ombre pâle, marquée sur la tête et le cou de très-petites taches blanches, et sur les ailes de plus grandes taches de cette même couleur ; la queue est ondée de blanc ; la poitrine et le ventre sont d’un gris blanchâtre, marqué d’ombre pâle (c’est-à-dire d’un brun clair). » Marcgrave ajoute que cet oiseau s’apprivoise aisément; qu’il peut tourner la tète et allonger le cou , de manière que l’extrémité de son bec louche au milieu de son dos ; qu’il joue avec les hommes comme un singe, et fait à leur aspect diverses bouffonneries et craquemens de bec; qu’il peut, outre cela, remuer les plumes qui sont des deux côtés de la tète, de manière qu’elles se dressent et représentent de petites cornes ou des oreilles; enfin qu’il \it de chair crue. On voit, par cette description, combien ce hibou approche de notre scops ou petit duc d'Europe, et je ne serois pas éloigné de croire que cette même espèce du Brésil se retrouve au cap de Bonne-Espérance. Kolbe dit que les chouettes qu’on trouve en quantité au Cap sont de la même taille que celles d’Europe; que leurs plumes sont partie rouges et partie noires , avec un mélange de taches grises qui les rendent très-belles, et qu’il y a plusieurs Européens au Cap qui gardent des chouettes apprivoisées , qu’on voit courir autour de leurs maisons , et qu’elles servent à nettoyer leurs chambres de souris. Quoique celte description ne soit pas assez détaillée pour en faire une bonne comparaison avec celle de Marcgrave, on peut croire que les chouettes du Cap, qui s’apprivoisent aisément, comme les hiboux du Brésil , sont plutôt de cette même espèce que de celles d’Europe , parce que les influences du climat sont à peu près les mêmes au Brésil et au Cap, et que les différences et les variétés des espèces sont toujours analogues aux influences du climat.

L’oiseau de la baie de Hudson, appelé, dans cette partie de l’Amérique, caparacock ( Strix Hudsonica. L. ), très-bien décrit, dessiné, gravé et colorié par M. Edwards, qui l’a nommé hawk-owl , chouetle-épervier, parce qu’il participe des deux, et qu’il semble faire en effet la nuance entre ces deux genres d’oiseau. Il n’est guère plus gros qu’un epervier de la petite espèce ( sparow hawk , epervier des moineaux) : la longueur

DE PROTE

de ses ailes et de sa queue lui donne l’air d’un épervier; mais la forme de sa tête et de ses pieds démontre qu’il touche de plus près au genre des chouettes : cependant il vole, chasse et prend sa proie en plein jour, comme les autres oiseaux de proie diurnes. Son bec est semblable à celui de l’épervier, mais sans angles sur les côtés ; il est luisant et de couleur orangée, couvert presque en entier de poil, ou plutôt de petites plumes décomposées et grises, comme dans la plupart des espèces de chouettes : l’iris des yeux est de la même couleur que celle du bec, c’est-à-dire orangée; ils sont entourés de blanc, ombragés d’un peu de brun moucheté dp petites taches longuettes et de couleur obscure; un cercle noir environne cet espace blanchâtre , et s’étend autour de la face jusqu’auprès des oreilles; au delà de ce cercle noir se trouve encore un peu de blanc : le sommet de la tète est d’un brun foncé, marqueté de petites taches blanches et rondes : le tour du cou, et les plumes, jusqu’au milieu du dos, sont d’un brun obscur et bordés de blanc; les ailes sont brunes et élégamment tachées de blanc ; les plumes scapulaires sont rayées transversalement de blanc et de brun ; lesArois plumes les plus voisines du corps ne sont pas tachées, mais seulement bordées de blanc; la partie inférieure du dos, le croupion , et les couvertures du dessus de la queue sont d’un brun foncé, avec des raies transversales d’un brun plus léger; la partie inférieure de la gorge, la poitrine, le ventre, les côtés, les jambes, la couverture du dessous de la queue, et les petites couvertures du dessous des ailes sont blanches, avec des raies transversales brunes ; les grandes sont d’un cendré obscur, avec des taches blanches sur les deux bords ; la première des grandes plumes de l’aile est toute brune, sans taches ni bordures blanches, et il n’y a rien de semblable aux autres plumes de 1 aile , comme on peut aussi le remarquer dans les autres chouettes; les plumes de la queue sont au nombre de douze, d’une couleur cendrée en dessous, d’un brun obscur en dessus, avec des raies transversales étroites et blanches ; les jambes et les pieds sont couverts de plumes fines, douces, et blanches comme celles du ventre, traversées de lignes brunes plus étroites et plus courtes; les ongles sont crochus, aigus, et d’un brun foncé.

Un autre individu de la même espèce étoit un peu plus gros, et avoit les couleurs plus claires; ce qui fait présumer que celui qu’on

LE HARFANG. 107

Vient de décrire est le mâle , et ce second-ci la femelle : tous deux ont été apportés de la baie de Hudson en Angleterre, par M. Light à M. Edwards.

LE HARFANG.

L’oiseau qui se trouve dans les terres septentrionales des deux continens , que nous appellerons harfang, n° 458, du nom harfaong qu’il porte en Suède, et. qui, par sa grandeur, est à l’égard des cbouettes ce que le grand duc est à l’égard des hiboux; car ce harfang n’a point d’aigrettes sur la tête, et il est encore plus grand et plus gros que le grand duc. Comme la plupart des oiseaux du Nord, il est presque partout d’un trèsbeau blanc; mais nous ne pouvons rien faire de mieux ici que de traduire de l’anglois la bonne description que M. Edwards nous a donnée de cet oiseau rare, et que nous 11’avons pu nous procurer. « La grande chouette blanche, dit cet auteur, est de la première grandeur dans le genre des oiseaux de proie nocturnes; et c’est en même temps l’espèce la plus belle, à cause de son plumage, qui est blanc comme neige : sa tête n’est pas si grosse, à proportion, que celle des autres cbouettes; ses ailes, lorsqu’elles sont pliées, ont seize pouces (anglois), depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité de la plus longue plume, ce qui peut faire juger de sa grandeur. O11 dit que c’est un oiseau diurne, et qu’il prend en plein jour les perdrix blanches dans les terres de la baie de Hudson ', où il demeure pendant toute l’année. Son bec est crochu comme celui d’un épervier, n’ayant point d’angles sur les côtés; il est noir et percé de larges ouvertures ou narines ; il est de plus presque entièrement couvert de plumes roides, semblables à des poils plantés dans la base du bec , et se retournant en dehors. La pupille des yeux est environnée d’un iris brillant et jaune; la tète, aussi bien que le i corps, les ailes et la queue sont d’un blanc pur; le dessus de la tète est seulement marqué de petites taches brunes; la partie su- 1 périeure du dos est rayée transversalement de quelques lignes brunes; les côtés, sous les ailes, sont aussi rayés de même, mais par des lignes plus étroites et plus claires; les > grandes plumes des ailes sont tachées de ; brun sur les bords extérieurs. Il y a aussi t des taches brunes sur les couvertures des

t x. Ces perdrix blanches des terres du nord de

I l’Amérique ne sont pas des perdrix, mais des gé-

II linottes.

ailes; mais leurs couvertures en dessous sont purement blanches. Le bas du dos et le croupion sont blancs et sans taches ; les jambes et les pieds sont couverts de plumes blanches; les ongles sont longs, forts, d’une couleur noire et très-aigus. J’ai eu un autre individu de celte espèce, ajoute M. Edwards, qui ne différoit de celui-ci qu’en ce qu’il avoit des taches plus fréquentes et d’une couleur plus foncée. » Cet oiseau, qui est commun dans les terres de la baie de Hudson, est apparemment confiné dans les pays du Nord; car il est très-rare en Pensylvanie, dans le nouveau continent ; et en Europe , on ne le trouve plus en deçà de la Suède et du pays de Dantzick : il est presque blanc et sans taches dans les montagnes de Laponie. M. Klein dit que cet oiseau, qu’on appelle hûrfang en Suède , se nomme weissebunte schlictete-eide en Allemagne; qu’il a eu à Dantzick le mâle et la femelle vivans, pendant plusieurs mois, en 1747- M. Ellis rapporte que le grand hibou blanc sans oreilles (c’est-à-dire celte grande chouette blanche) abonde, aussi bien que le hibou couronné (c’est-à-dire le grand duc), dans les terres qui avoisinent la baie de Hudson. « Il est , dit cet auteur, d’un blanc éblouissant, et l’on a peine à le distinguer de la neige; il y paroit pendant toute l’année; il vole souvent en plein jour, et donne la chasse aux perdrix blanches. » On voit, par tous ces témoignages , que le harfang , qui est sans comparaison la plus grande de toutes les chouettes, se trouve assez communément dans les terres septentrionales des deux continens 2 ; mais qu’apparemment cet oiseau craint le chaud, puisqu’on ne le trouve dans aucun pays du Midi.

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