OU GRANDE CHEVÊCHE DE SAINT- DOMINGUE
Cet oiseau nous a été envoyé de Saint- Domingue, et nous paroit etre une espèce nouvelle, différente de toutes celles qui ont été indiquées par tous les naturalistes. Nous avons cru devoir la rapporter par le nom à celle de la chouette ou grande chevêche d Europe, parce qu elle s en éloigne moins que d’aucune autre; mais, dans le réel, elle nous paroit faire une espèce à part, et qui mériteroit un nom particulier ; elle a le bec plus grand, plus fort et plus crochu qu aucune espèce de chouette; et elle dit 1ère encore de notre grande chevêche , en ce qu elle a le ventre d’une couleur roussalre , uniforme, et qu’elle n’a sur la poitrine que quelques taches longitudinales, au lieu que la chouette ou grande chevêche d’Europe a sur la poitrine et sur le ventre de grandes taches brunes, oblongues et pointues, qui lui ont fait donner le nom de chouette flambée , no et ua flammeata.
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Ordre/ deer Oiseaux de proie . Famille/ de<f Nocturnes
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Ordre des Oiseaux de proie. . .id.dd..
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QUI NE PEUVENT VOLER
Des oiseaux les plus légers et qui percent les nues, nous passons aux plus pesans, qui ne peuvent quitter la terre. Le pas est brusque : mais la comparaison est la voie de toutes nos connoissances ; et le contraste étant ce qu’il y a de plus frappant dans la comparaison , nous ne saisissons jamais mieux que par l’opposition les points principaux de la nature des êtres que nous considérons. De même , ce n’est que par un coup d’œil ferme sur les extrêmes que nous pouvons juger les milieux. La nature , déployée dans toute son étendue, nous présente un immense tableau, dans lequel tous les ordres des êtres sont chacun représentés par une chaîne qui soutient une suite continue d’objets assez voisins, assez semblables, pour que leurs différences soient difficiles à saisir. Cette chaîne n’est pas un simple fil qui ne s’étend qu’en longueur; c’est une large trame, ou plutôt un faisceau, qui, d’intervalle en intervalle, jette des branches de côté pour se réunir avec les faisceaux d’un autre ordre; et c’est surtout aux deux extrémités que ces faisceaux se plient , se ramifient pour en atteindre d’autres. Nous avons vu, dans l’ordre des quadrupèdes, l’une des extrémités de la chaîne s’élever vers l’ordre des oiseaux par les palatouches, les roussettes, les chauvesouris, qui, comme eux, ont la faculté de voler. Nous avons vu cette même chaîne, par son autre extrémité, se rabaisser jusqu’à l’ordre des cétacés par les phoques , les morses, les lamantins. Nous avons vu, dans le milieu de cette chaîne, une branche s’étendre du singe à l’homme par le magot, le gibbon, le pithèque et l’orang-outang. Nous l’avons vue, dans un autre point, jeter un double et triple rameau, d’un côté vers les reptiles parles fourmiliers, les phatagins, les pangolins, dont la forme approche de celle des crocodiles, des iguanes, des lézards; et d’autre côté vers les crustacés par les tatous, dont le corps en entier est revêtu d’une cuirasse osseuse. Il en sera de même du faisceau qui soutient l’ordre très-nombreux ies oiseaux. Si nous plaçons au premier
point en haut les oiseaux aériens les plus légers, les mieux volans, nous descendrons par degrés et même par nuances presque insensibles aux oiseaux les plus pesans , les moins agiles, et qui, dénués des instrumens nécessaires à l'exercice du vol , ne peuvent ni s’élever ni se soutenir dans l’air; et nous trouverons que cette extrémité inférieure du faisceau se divise en deux branches , dont l’une contient les oiseaux terrestres, tels que l’autruche, le touyou, le casoar, le dronte, etc., qui ne peuvent quitter la terre; et l’autre se projette de côté sur les pingouins et autres oiseaux aquatiques, auxquels l’usage ou plutôt le séjour de la terre et de l’air sont également interdits , et qui ne peuvent s’élever au dessus de la surface de l’eau , qui paroît être leur élément particulier. Ce sont là les deux extrêmes de la chaîne que nous avons raison déconsidérer d’abord avant de vouloir 'saisir les milieux, qui tous s’éloignent plus ou moins ou participent inégalement de la nature de ces extrêmes, sur lesquels milieux nous ne pourrions jeter en effet que des regards incertains, si nous ne commissions pas les limites de la nature par la considération attentive des points où elles sont placées. Pour donner à celte vue métaphysique toute son étendue, et en réaliser les idées par de justes applications, nous aurions dû, après avoir donné l’histoire des animaux quadrupèdes , commencer celle des oiseaux par ceux dont la nature approche le plus de celle de ces animaux. L’autruche, qui lient d’une part au chameau par la forme de ses jambes, et au porc-épic par les tuyaux ou piquans dont ses ailes sont armées, devoit donc suivre les quadrupèdes : mais la philosophie est souvent obligée d’avoir l’air de céder aux opinions populaires; et le peuple des naturalistes, qui est fort nombreux, souffre impatiemment qu’on dérange ses méthodes, et n’auroit regardé cette disposition que comme une nouveauté déplacée, produite par l’envie de contredire ou le désir de faire autrement que les autres. Cependant on verra qu’indépendamment des
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OISEAUX DE PROIE
deux rapports extérieurs dont je viens de parler, indépendamment de l’attribut de sa grandeur, qui seul suffiroit pour l'aire placer l’autruche à la tète de tous les oiseaux, elle a encore beaucoup d’autres conformités par l’organisation intérieure avec les animaux quadrupèdes, et que, tenant presque autant à cet ordre qu’à celui des oiseaux, elle doit être donnée comme faisant la nuance entre l’un et l’autre.
Dans chacune de ces suites ou chaînes , qui soutiennent un ordre entier de la nature vivante, les rameaux qui s’étendent vers d’autres ordres sont toujours assez courts et ne tonnent que de très-petits genres. Les oiseaux qui ne peuvent voler se réduisent à
sept ou huit espèces; les quadrupèdes qui volent, à cinq ou six; et il en est de même de toutes les autres branches qui s’échappent de leur ordre ou du faisceau principal : elles y tiennent toujours par le plus grand nombre de conformités, de ressemblances, d’analogies, et n’ont cpie quelques rapports et l quelques convenances avec les autres ordres; ce sont, pour ainsi dire, des traits fugitifs • que la nature paroît n’avoir tracés que pour nous indiquer toute l’étendue de sa puissance, et faire sentir au philosophe qu’elle ne peut être contrainte par les entraves de nos méthodes, ni renfermée dans les bornes étroites du cercle de nos idées.
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L’AUTRUCHE
L’autruche, n° 4A7, est un oiseau trèsanciennement connu, puisqu’il en est fait mention dans les plus anciens livres : il falloit même qu’il fut très-connu, car il fournit aux écrivains sacrés plusieurs comparaisons tirées de ses mœurs et de ses habitudes; et plus anciennement encore, sa chair étoit, selon toute apparence, une viande commune, au moins parmi le peuple , puisque le législateur des Juifs la leur interdit comme une nourriture immonde : enfin il en est question dans Hérodote, le plus ancien des historiens profanes1, et dans les écrits des
1. Hérodote, si l’on en croit M. Salerne (Ornithologie, page 69), parle de trois sortes d’autruches: le strouthos aquatique ou marin, qui est le poisson plat nommé plie ; V aérien, qui est notre moineau; et le terrestre (katagaios), qui est notre autruche. De ces trois espèces , ta dernière est ta seule dont j’ai trouvé l’indication dans Hérodote (in Melpomene, versus Jinem) ; encore ne puis-je être de l’avis de M. Salerne sur la manière d’entendre le strouthos katagaios, qui, selon moi, doit être traduit par autruche se creusant des trous dans la terre : lion que j’admette de telles autruches , mais parce qu’Hérodote parle en cet endroit des productions singulières et propres à une certaine région de l’Afrique, et non de celles qui lui étoient communes avec d’autres contrées. ( Hœ sunt illic ferœ, et item quœ alibi . ) Or, l’autruche ordinaire étant très-répandue et par conséquent très-connue dans toute l’Afrique, ou hien il n’en auroit pas fait mention en ce lieu , puisqu’elle n’étoit pas une production propre au pays dont il parloit; ou du moins, s’il en eut fait mention, il auroit omis l’épithète de terrestre, qui n’ajoutoit rien à l’idée que tout le monde en avuit ; et en cela cet historien n’eût fait que suivre ses propres principes, puisqu’il dit ailleurs (in Thalid ) en parlant du chameau, Grcecis utpote scientibus non
premiers philosophes qui ont traité des choses naturelles. En effet, comment un animal si considérable par sa grandeur, si remarquable par sa forme, si étonnant par sa fécondité, attaché d’ailleurs par sa nature à un certain climat, qui est l’Afrique et une partie de l’Asie, auroit-il pu demeurer inconnu dans des pays si anciennement peuplés, où il se trouve à la vérité des déserts, mais où il ne s’en trouve point que l’homme n’ait pénétrés et parcourus ?
La race de l’autruche est donc une race très-ancienne, puisqu’elle prouve jusqu’aux premiers temps; mais elle n’est pas moins
puto describendtim. Il faut donc, pour donner au passage ci-dessus un sens conforme à l’esprit de l’auteur, rendre le katagaios comme je l'ai rendu, d’autant plus qu’il existe réellement des oiseaux qui ont l’instinct de se cacher dans le sable, et qu’il est question dans le même passage de choses encore plus étranges, comme de serpens et d’ànes cornus, d’acéphales, etc. ; et l’on sait que ce père de l’histoire n’étoit pas toujours ennemi des fables et du merveilleux.
A l’égard des deux autres espèces de strouthos , l’aérien et l’aquatique, je 11e puis non plus accorder à M. Salerne que ce soit notre moineau et le poisson nommé plie , ni imputer avec lui à la langue grecque, si riche , si belle , si sage, l’énorme disparate de comprendre sous un même nom des êtres aussi dissemblables que l’autruche , le moineau et une espèce de poisson. S’il falloit prendre un parti sur les deux dernières sortes de strouthos , l’aérien et l’aquatique , je dirois que le premier est cette outarde à long cou, qui porte encore aujourd’hui dans plus d’un endroit de l’Afrique le nom d’autruche volante , et que le second est quelque gros oiseau aquatique à qui sa pesanteur ou la fotblesse de ses ailes ne permet pas de voler.
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L’AUTRUCHE
pure qu’elle est ancienne : elle a su se conserver pendant cette longue suite de siècles, et toujours dans la même terre , sans altération comme sans mésalliance; en sorte qu’elle est dans les oiseaux, comme l’éléphant dans les quadrupèdes, une espèce entièrement isolée et distinguée de toutes les autres espèces par des caractères aussi frappans qu’invariables.
L’autruche passe pour être le plus grand des oiseaux; mais elle est privée, par sa grandeur même, de la principale prérogative des oiseaux, je veux dire la puissance de voler. L’une de celles sur qui Vallisnieri a fait ses observations pesoit, quoique trèsmaigre, cinquante-cinq livres tout écorchée et vidée de ses parties intérieures; en sorte que , passant vingt à vingt-cinq livres pour ces parties et pour la graisse qui lui manquoit *, on peut, sans rien outrer, fixer le poids moyen d’une autruche vivante et médiocrement grasse, à soixante et quinze ou quatre-vingts livres : or , quelle force ne faudroit-il pas dans les ailes et dans les muscles moteurs de ces ailes pour soulever et soutenir au milieu des airs une masse aussi pesante ? Les forces de la nature paroissent infinies lorsqu’on la contemple en gros et d’une vue générale : mais , lorsqu’on la considère de près et en détail , on trouve que tout est limité ; et c’est à bien saisir les limites que s’est prescrites la nature par sagesse, et non par impuissance, que consiste la bonne méthode d’étudier et ses ouvrages et ses opérations. Ici, un poids de soixante et quinze livres est supérieur par sa seule résistance à tous les moyens que la nature sait employer, pour élever et faire voguer dans le fluide de l’atmosphère des corps dont la gravité spécifique est un millier de fois plus grande que celle de ce fluide; et c’est par cette raison qu’aucun des oiseaux dont la masse approche de celle de l’autruche , tels que le touyou , le casoar, le dronte, n’ont ni ne peuvent avoir la faculté de voler. Il est vrai que la pesanteur n’est pas le seul obstacle qui s’y oppose ; la force des muscles pectoraux, la grandeur des ailes, leur situation avantageuse , la fermeté de leurs
i. Ses deux ventricules, bien nettoyés, pesoient
seuls six livres ; le foie , une livre huit onces ; le cœur, avec ses oreillettes et les troncs des gros vaisseaux, une livre sept onces; les deux pancréas, une livre; et il faut remarquer que les intestins , qui sont très-longs et très-gros , doivent être d’un poids considérable. (Voyez Notomia dello struzzo, tome I des œuvres de Vallisnieri, pages 239 et suiv.)
pennesi. 2, etc., seroient ici des conditions d’autant plus nécessaires , que la résistance à vaincre est plus grande : or, toutes ces conditions leur manquent absolument; car pour me renfermer dans ce qui regarde l’autruche, cet oiseau, à vrai dire, n’a point d’ailes, puisque les plumes qui sortent de ses ailerons sont toutes effilées , décomposées, et que leurs barbes sont de longues soies détachées les unes des autres, et ne peuvent faire corps ensemble pour frapper l’air avec avantage ; ce qui est la principale fonction des pennes de l’aile. Celles de la queue sont aussi de la même structure, et 11e peuvent par conséquent opposer à l’air une résistance convenable ; elles ne sont pas même disposées pour pouvoir gouverner le vol en s’étalant ou se resserrant à propos , et en prenant différentes inclinaisons : et ce qu’il y a de remarquable , c’est que toutes les plumes qui recouvrent le corps sont encore faites de même. L’autruche n’a pas , comme la plupart des autres oiseaux , des plumes de plusieurs sortes : les unes lanugineuses et duvetées , qui sont immédiatement sur la peau ; les autres d’une consistance plus ferme et plus serrée, qui recouvrent les premières; et d’autres encore plus fortes et plus longues , qui servent au mouvement , et répondent à ce qu’on appelle les œuvres vives dans un vaisseau : toutes les plumes de l’autruche sont de la même espece; toutes ont pour barbes des filets détachés , sans consistance, sans adhérence réciproque; en un mot , toutes sont inutiles pour voler ou pour diriger le vol. Aussi l’autruche est attachée à la terre comme par une double chaîne , son excessive pesanteur et la conformation de ses ailes ; et elle est condamnée à en parcourir laborieusement la surface , comme les quadrupèdes , sans pouvoir jamais s’élever dans l’air. Aussi a-t-elle , soit au dedans , soit au dehors , beaucoup de ressemblance avec ces animaux : comme eux, elle a, sur la plus grande partie du corps, du poil plutôt que des plumes; sa tête et ses flancs n’ont même que peu ou point de poil , non plus que ses cuisses , qui sont très-grosses , très-musculeuses , et où réside sa principale force ; ses grands pieds nerveux et charnus, qui n’ont que deux doigts,
2. J’appelle et dans la suite j’appellerai toujours ainsi les grandes plumes de l’aile et de la queue qui servent, soit à l’action du vol, soit à sa direction, me conformant en cela a l’analogie delà langue latine et à l’usage des écrivains des bons siècles, ieSquels n’ont jamais employé lemotyt«i«<i dans un autre sens. Rapidis secat permis. Virgile.
OISEAUX DE PROIE
ont beaucoup de rapport avec les pieds du chameau , qui , lui-mème, est un animal singulier entre les quadrupèdes par la forme de ses pieds; ses ailes , armées de deux piquans semblables à ceux du porc-épic, sont moins des ailes que des espèces de bras, qui lui ont été donnés pour se défendre ; l’orifice des oreilles est «à découvert, et seulement garni de poil dans la partie intérieure où est le canal auditif; su paupière supérieure est mobile comme dans presque tous les quadrupèdes , et bordée de longs cils comme dans l’homme et 1 éléphant; la forme totale de ses yeux a plus de rapport avec les yeux humains qu’avec ceux des oiseaux , et ils sont disposés de manière qu’ils peuvent voir tous deux à la fois le même objet ; enfin les espaces calleux et dénués de plumes et de poils, qu’elle a, comme le chameau, au bas du sternum et à l’endroit des os pubis, en déposant de sa grande pesanteur , la mettent de niveau avec les bêtes de somme les plus terrestres , les plus lourdes par elles-mêmes, et qu’on a coutume de surcharger des plus rudes fardeaux.
Thévenot étoit si frappé de la ressemblance de l'autruche avec le chameau-dromadaire I, qu’il a cru lui avoir vu une bosse sur le dos; mais, quoiqu’elle ait le dos arqué, on n’y trouve rien de pareil à cette éminence charnue des chameaux et des dromadaires.
Si de l’examen de la forme extérieure nous passons à celui de la conformation interne, nous trouverons à l'autruche de nouvelles dissemblances avec les oiseaux, et de nouveaux rapports avec les quadrupèdes.
Une tète fort petite, aplatie, et composée d’os très-tendres et très-foibles, mais fortifiée à son sommet par une plaque de corne, est soutenue dans une situation horizontale sur une colonne osseuse d’environ trois pieds de haut, et composée de dix-sepl vertèbres: la situation ordinaire du corps est aussi parallèle à l’horizon; le dos a deux pieds de long et sept vertèbres, auxquelles s’articulent sept paires de côtes , dont deux de fausses et cinq de vraies : ces dernières sont doubles à leur origine, puis se réunissent en une seule branche. La clavicule est formée d’une troisième paire de fausses côtes; les cinq véritables vont s’attacher par des
i II faut que les rapports de ressemblance qu’a l’autruche avec le chameau soient en effet bien frappans, puisque les Grecs modernes, les Turcs, tes Persans , l’ont nommée , chacun dans leur langue, oiseau-chameau : son ancien nom grec, elrouthos , est la racine de tous les noms , sans exception , qu’elle a dans les différentes langues de l’ Europe.
appendices cartilagineuses au sternum , qui ne descend pas jusqu’au bas du ventre, comme dans la plupart des oiseaux : il est aussi beaucoup moins saillant au dehors, sa forme a du rapport avec celle d’un bouclier, et il a plus de largeur que dans l’homme même. De l’os sacrum naît une espèce de queue composée de sept vertèbres semblables aux sept vertèbres humaines : le fémur a un pied de long; le tibia et le tarse, un pied et demi chacun; et chaque doigt est composé de trois phalanges comme dans l’homme, et contre se qui se voit ordinairement dans les doigts des oiseaux lesquels ont très-rarement un nombre égal de phalanges.
Si nous pénétrons plus à l’intérieur, et que nous observions les organes de la digestion, nous verrons d’abord un bec assez médiocre 2, capable d’une très-grande ouverture , une langue fort courte et sans aucun vestige de papilles; plus loin s’ouvre un ample pharynx proportionné à l’ouverture du bec, et qui peut admettre un corps de la grosseur du poing : l’œsophage est aussi très-large et très-fort, et aboutit au premier ventricule, qui fait ici trois fonctions; celle de jabot, parce qu’il est le premier; celle de ventricule, parce qu’il est en partie musculeux, et en partie muni de libres musculeuses, longitudinales et circulaires; enfin celle du bulbe glanduleux qui se trouve ordinairement dans la partie inférieure de l’œsophage la plus voisine du gésier, puisqu’il est en effet garni d’un grand nombre de glandes ; et ces glandes sont conglomérées , et non eonglobées comme dans la plupart des oiseaux. Ce premier ventricule est situé plus bas que le second, en sorte que l'entrée de celui-ci , que l’on nomme communément l’orifice supérieur, est réellement l'orifice inférieur par sa situation. Ce second ventricule n’est souvent distingué du premier que par un léger étranglement, et quelquefois il est séparé lui-même en deux cavités distinctes par un étranglement semblable, mais qui ne paroît point au dehors; il est parsemé de glandes et revêtu intérieurement d’une tunique villeuse , presque semblable à la flanelle, sans beaucoup d’adhérence, et criblée d’une infinité de petits trous répondant aux orifices des glandes : il n’est pas aussi fort
2. M. Brisson dit que le bec est onguiculé; Vallisnieri , que la pointe en est obtuse et sans crochet. La langue n’est point non plus d’une forme ni d’une grandeur constante dans tous les individus. Voyez Animaux de Perrault , partie II, page i25j et Vallisnieri , ubi suprà.
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L’AUTRUCHE
que le sont communément les gésiers des oiseaux; mais il est fortifié par dehors de muscles très-puissans , dont quelques-uns sont épais de trois pouces : sa forme extérieure approche beaucoup de celle du ventricule de l’homme.
M. Du Verney a prétendu que le canal liépatique se terminoit dans ce second ventricule , comme cela a lieu dans la tanche et plusieurs autres poissons, et même quelquefois dans l’homme, selon l’observation de Galien; mais Ramby et Yallisnieri assurent avoir vu constamment dans plusieurs autruches l’insertion de ce canal dans le duodénum, deux pouces, un pouce , quelquefois même un demi-pouce seulement au dessous du pylore; et Yallisnieri indique ce qui auroit pu occasioner cette méprise, si c’en est une , en ajoutant plus bas qu’il avoit vu dans deux autruches une veine allant du second ventricule au foie, laquelle veine il prit d’abord pour un rameau du canal hépatique, mais qu’il reconnut ensuite dans les deux sujets pour un vaisseau sanguin, portant du sang au foie et non de la bile au ventricule.
Le pylore est plus ou moins large dans différens sujets , ordinairement teint en jaune et imbibé d’un suc amer, ainsi que le fond du second ventricule ; ce qui est facile à comprendre, vu l’insertion du canal hépatique tout au commencement du duodénum , et sa direction de bas en haut.
Le pylsre dégorge dans le duodénum, qui est le plus étroit des intestins, et où s’insèrent encore les deux canaux pancréatiques, un pied et quelquefois deux et trois pieds au dessous de l’insertion de l’hépatique, au lieu qu’ils s’insèrent ordinairement dans les oiseaux tout près du cholédoque.
Le duodénum est sans valvules, ainsique le jéjunum ; l’iléon en a quelques-unes aux approches de sa jonction avec le colon : ces trois intestins grêles font à peu près la moitié de la longueur de tout le tube intestinal ; et cette longueur est fort sujette à varier, même dans des sujets d’égale grandeur, étant de soixante pieds dans les uns, et de vingt-neuf dans les autres.
Les deux cæcum naissent ou du commencement du colon, selon les anatomistes de l’Académie, ou de la fin de l’iléon, selon le docteur Ramby; chaque cæcum forme une espèce de cône creux, long de deux ou trois pieds , large d’un pouce à sa base , garni à l’intérieur d’une valvule en forme de lame spirale, faisant environ vingt tours de la base au sommet, comme dans le lièvre, le
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lapin et dans le renard marin, la raie, la torpille, l’anguille de mer, etc.
Le colon a aussi ses valvules en feuillet : mais au lieu de tourner en spirale comme dans le cæcum, la lame ou feuillet de chaque valvule forme un croissant qui occupe un peu plus que la demi-circonférence du colon, en sorte que les extrémités des croissans opposés empiètent un peu les unes sur les autres , et se croisent de toute la quantité dont elles surpassent le demi-cercle ; structure qui se retrouve dans le colon du singe et dans le jéjunum de l’homme, et qui se marque au dehors de l’intestin par des cannelures transversales, parallèles, espacées d’un demipouce, et répondant aux feuillets intérieurs: mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que ces feuillets ne se trouvent pas dans toute la longueur du colon , ou plutôt c’est que l’autruche a deux colons bien distincts; l’un plus large et garni de ces feuillets intérieurs en forme de croissans, sur une longueur d’environ huit pieds; l’autre plus étroit et plus long , qui n’a ni feuillets ni valvules , et s’étend jusqu’au rectum : c’est dans ce second colon que les excrémens commencent à se figurer, selon Yallisnieri.
Le rectum est fort large, long d’environ un pied, et muni à son extrémité de fibres charnues : il s’ouvre dans une grande poche ou vessie composée des mêmes membranes que les intestins, mais plus épaisses, et dans laquelle on a trouvé quelquefois jusqu’à huit onces d’urine 1 ; car les uretères s’y rendent aussi par une insertion très-oblique, telle qu’elle a lieu dans la vessie des animaux terrestres ; et non seulement ils y charrient l’urine, mais encore une certaine pâte blanche qui accompagne les excrémens de tous les oiseaux.
Cette première poche, à qui il ne manque qu’un col pour être une véritable vessie , communique, par un orifice muni d’une espèce de sphincter, à une seconde et dernière poche plus petite, qui sert de passage à l’urine et aux excrémens solides, et qui est presque remplie par une sorte de noyau cartilagineux, adhérent par sa base à la jonction des os pubis , et refendu par le milieu à la manière des abricots.
Les excrémens solides ressemblent beau-
i. L’urine d’autruche enlève les taches d’encre , selon Hermolaus. Ce fait peut nêtre point vrai : mais Gesner a eu tort de le nier , sur le fondement unique qu’aucun oiseau n’avoit d’urine; car tous les oiseaux ont des reins , des uretères, et par conséquent de l’urine, et ils ne diffèrent des quadrupèdes, sur ce point, qu’en ce que chez eux le rectum s’ouvre dans la vessie.
Buffon. VIL
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coup à ceux des brebis ou des chèvres ; ils sont divisés en petites masses, dont le volume n’a aucun rapport avec la capacité des intestins où ils se sont formés: dans les intestins grêles, ils se présentent sous la forme d’une bouillie, tantôt verte et tantôt noire, selon la quantité desalimens, qui prennent de la consistance en approchant des gros intestins , mais qui ne figurent, comme je l’ai déjà dit, que dans le second colon.
On trouve quelquefois aux environs de l’anus de petits sacs à peu près pareils à ceux que les lions et les tigres ont au même endroit.
Le mésentère est transparent dans toute son étendue, et large d’un pied en certains endroits. Vallisuieri prétend y avoir vu des vestiges non obscurs de vaisseaux lymphatiques; Ramby dit aussi que les vaisseaux du mésentère sont fort appareils, et il ajoute que les glandes en sont à peine visibles : mais il faut avouer qu’elles ont été absolument invisibles pour la plupart des autres observateurs.
Le foie est divisé en deux grands lobes , comme dans l’homme; mais il est situé plus au milieu de la région des hypocondres, et n’a point de vésicule du fiel : la raie est contiguë au premier estomac, et pèse au moins deux onces.
Les reins sont fort grands, rarement découpés en plusieurs lobes, comme dans les oiseaux, mais le plus souvent en forme de guitare , avec un bassin assez ample.
Les uretères ne sont point non plus, comme dans la plupart des autres oiseaux, couchés sur les reins, mais renfermés dans leur substance.
L’épiploon est très-petit, et ne recouvre qu’en partie le ventricule; mais à la place de l’épiploon on trouve quelquefois sur les intestins et sur tout le ventre une couche de graisse ou de suif, renfermée entre les aponévroses des muscles du bas-ventre, épaisse depuis deux doigts jusqu’à six pouces; et c’est de cette graisse mêlée avec le sang que se forme la mantèque , comme nous le verrons plus bas : cette graisse étoit fort estimée et fort chère chez les Romains, qui, selon le témoignage de Pline, la croyoient plus efficace que celle de foie contre les douleurs du rhumatisme, les tumeurs froides, la paralysie; et encore aujourd’hui les Arabes l’emploient aux mêmes usages. Vallisnieri est peut-être le seul qui , ayant apparemment disséqué des autruches fort maigres, doute de l’existence de cette graisse, d’autant plus qu’en Italie la maigreur de
PEUVENT VOLER
l’autruche a passé en proverbe, magro corne uno struzzo. Il ajoule que les deux qu’il a observées paroissoient, étant disséquées, des squelettes décharnés, ce qui doil être vrai de toutes les autruches qui n’ont point de graisse , ou même à qui on l’a enlevée , attendu qu’elles n’ont point de chair sur la • poitrine ni sur le ventre , les muscles du basventre ne commençant à devenir charnus que sur les flancs.
Si des organes de la digestion je passe à ceux de la génération , je trouve de nouveaux rapports avec l’organisa lion des quadrupèdes : le plus grand nombre des oiseaux n’a point de verge apparente ; l’autruche en a une assez considérable, composée de deux ligamcns blancs, solides et nerveux, ayant quatre lignes de diamètre, revêtus d’une membrane épaisse, et qui ne s’unissent qu’à deux doigts près de l’extrémité. Dans quelques sujets, on a aperçu de plus dans celte partie une substance rouge, spongieuse, garnie d’une multitude de vaisseaux; en un mot, fort approchant des corps caverneux qu’on observe dans la verge des animaux terrestres : le tout est renfermé dans une membrane commune, de même substance que les ligamens, quoique cependant moins épaisse et moins dure. Cette verge n’a ni gland, ni prépuce, ni même de cavité qui pût donner issue à la matière séminale , selon MM. les anatomistes de l’Académie; mais G. Warren prétend avoir disséqué une autruche dont la verge, longue de cinq pouces et demi , étoit creusée longitudinalement, dans sa partie supérieure, d’une espèce de sillon ou gouttière, qui lui parut être le conduit de la semence. Soit que cette gouttière fut formée par la jonction des deux ligamens; soit que C. Warren se soit mépris en prenant pour la verge ce noyau cartilagineux de la seconde poche du rectum , qui est en effet fendu, comme je l’ai remarqué plus haut; soit que la structure et la forme de cette partie soit sujette à varier en différens sujets, il paroît que cette verge est adhérente par sa base à ce noyau cartilagineux, d’où, se repliant en dessous, elle passe par la petite poche, et sort par son orifice externe, qui est l’anus, et qui, étant bordé d’un repli membraneux, forme à cette partie un faux prépuce , que le docteur Browne a pris sans doute pour un prépuce véritable, car il est le seul qui en donne un à l’autruche.
U y a quatre muscles qui appartiennent à l’anus et à la verge ; et de là résulte entre ces parties une correspondance de mouv e-
L’AUTRUCHE
ment, en vertu de laquelle, lorsque l’animal fiente, la verge sort de plusieurs pouces1.
Les testicules sont de différentes grosseurs en différens sujets, et varient à cet égard dans la proportion de 48 à i , sans doute selon l’âge, la saison, le genre de maladie qui a précédé la mort, etc. Ils varient aussi pour la configuration extérieure, mais la structure interne est toujours la même : leur place est sur les reins, un peu plus à gauche qu’à droite; G. Warren croit avoir aperçu des vésicules séminales.
Les femelles ont aussi des testicules; car je pense qu’on doit nommer ainsi ces corps glanduleux, de quatre lignes de diamètre sur dix-huit de longueur, que l’on trouve dans les femelles au dessus de l’ovaire , adliérens à l’aorte et à la veine-cave, et qu’on 11e peut avoir pris pour des glandes surrénales que par la prévention résultante de quelque système adopté précédemment. Les canepetières femelles ont aussi des testicules semblables à ceux des mâles; et il y a lieu de croire que les outardes femelles en ont pareillement, et que si MM. les anatomistes de l’Académie, dans leurs nombreuses dissections , ont cru 11’avoir jamais rencontré que des mâles, c’est qu’ils ne vouloient point reconnoître comme femelle un animal à qui ils voyoient des testicules. Or tout le monde sait que l’outarde est, parmi les oiseaux d’Europe, celui qui a le plus de rapports avec l’autruche, et que la canepetière n’est qu’une petite outarde; en sorte que tout ce que j’ai dit dans le traité de la génération sur les testicules des femelles des quadrupèdes s’applique ici de soi-même à toute cette classe d’oiseaux, et trouvera peut-être dans la suite des applications encore plus étendues.
Au dessous de ces deux corps glanduleux est placé l’ovaire , adhérent aussi aux gros vaisseaux sanguins; 011 le trouve ordinairement garni d’œufs de différentes grosseurs, renfermés dans leur calice comme un petit gland l’est dans le sien , et attachés à l’ovaire par leurs péticules : M. Perrault en a vu qui étoient gros comme des pois, d’autres comme des noix, un seul comme les deux poings.
Cet ovaire est unique, comme dans presque tous les oiseaux ; et c’est , pour le dire en passant, un préjugé de plus contre l’idée de ceux qui veulent que les deux corps glanduleux qui se trouvent dans toutes les fe-
x. Warren a appris ce fait de ceux qui étoient chargés du soin de plusieurs autruches en Angleterre.
melles des quadrupèdes représentent cet ovaire, qui est une partie simple 2 , au lieu d’avouer qu’ils représentent en effet les testicules , qui sont au nombre des parties doubles dans tes mâles des oiseaux comme dans les quadrupèdes.
L’entonnoir de Xoviductus s’ouvre au dessous de l’ovaire , et jette à droite et à gauche deux appendices membraneuses, en forme d’ailerons, lesquelles ont du rapport à celles qui se trouvent à l’extrémité de la trompe dans les animaux terres tres.j Les œufs qui se détachent de l’ovaire sont reçus dans cet entonnoir, et conduits le long de l’ oviductus dans la dernière poche intestinale, où ce canal débouche par un orifice de quatre ligues de diamètre, mais qui paroît capable d’une dilatation proportionnée au volume des œufs, étant plissé ou ridé dans toute sa circonférence; l’intérieur de V oviductus étoit aussi ridé, ou plutôt feuilleté, comme le troisième et le quatrième ventricule des ruminans.
Enfin la seconde et dernière poche intestinale dont je viens de parler a aussi dans la femelle son noyau cartilagineux , comme dans le mâle; et ce noyau, qui sort quelquefois de plus d’un demi-pouce hors de l’anus , a une pelite appendice de la longueur de trois lignes, mince et recourbée, que MM. les anatomistes de l’Académie regardent comme un clitoris, avec d’autant plus de fondement, que les deux mêmes muscles qui s’insèrent à la base de la verge dans les mâles s’insèrent à la base de cette appendice dans les femelles.
Je ne m’arrêterai point à décrire en détail les organes de la respiration, vu qu’ils ressemblent presque entièrement à ce qu’on voit dans tous les oiseaux, étant composés de deux poumons de substance spongieuse, et de dix cellules à air, cinq de chaque côté, dont la quatrième est plus petite ici, comme dans tous les autres oiseaux pesans : ces cellules reçoivent l’air des poumons, avec
2. Le bécharu est te seul oiseau dans lequel MM. les anatomistes de l’Académie aient cru trouver deux ovaires; mais ces prétendus ovaires étoient , selon eux , deux corps glanduleux d’une substance dure et solide, dont l’un (c’est le gauche) se divisoit en plusieurs grains de grosseurs inégales. Mais, sans m’arrêter à la différente structure de ces deux corps, et en tirer des conséquencer contre l’identité de leurs fonctions, je remarquerai seulement que c’est une observation unique et dont on ne doit rien conclure jusqu’à ce qu’elle ait été confirmée. D’ailleurs j’aperçois dans cette observation même une tendance à l’unité, puisquç V oviductus, qui est certainement une dépendance de l’ovaire, étoit unique.
OISEAUX QUI NE PEUVENT VOLER
lesquels elles ont des communications fort sensibles; mais il faut qu’elles en aient aussi de moins apparentes avec d’autres parties, puisque Vallisnieri, en soufflant dans la trachée-artère, a vu un gonflement le long des cuisses et sous les ailes; ce qui suppose une conformation semblable à celle du pélican , dans lequel M. Mery a aperçu, sous l’aisselle et entre la cuisse et le \ entre, des poches membraneuses qui se remplissoient d’air au temps de l’expiration , et lorsqu’on souffloit avec force dans la trachée-artère, et qui en fournissoient apparemment au tissu cellulaire.
Le docteur Browne dit positivement que l’autruche n’a point d’épiglotte: M. Perrault le suppose, puisqu’il attribue à un certain muscle la fonction de fermer la glotte en rapprochant les cartilages du larynx. G. Warren prétend avoir vu une épiglotte dans le sujet qu’il a disséqué ; et Vallisnieri concilie toutes ces contrariétés , en disant qu’en effet il n’y a pas précisément une épiglotte, mais que la partie postérieure de la langue en tient lieu , en s’appliquant sur la glotte dans la déglutition.
Il y a aussi diversité d’avis sur le nombre et la forme des anneaux cartilagineux du larynx : Vallisnieri n’en compte que deux cent dix-huit, et soutient avec M. Perrault qu’ils sont tous entiers. Warren en a trouvé deux cent vingt-six entiers, sans compter les premiers qui ne le sont point, non plus que ceux qui sont immédiatement au dessous de la bifurcation de la trachée. Tout cela peut être vrai, attendu les grandes variétés auxquelles est sujette la structure des parties internes; mais tout cela prouve en même temps combien il est téméraire de vouloir décrire une espèce entière d’après un petit nombre d’individus, et combien il est dangereux par cette méthode de prendre ou de donner des variétés individuelles pour des caractères constans. M. Perrault a observé que chacune des deux branches de la trachée-artère se divise, en entrant dans le poumon, en plusieurs rameaux membraneux , comme dans l’éléphant.
Le cerveau , avec le cervelet , forme une masse d’environ deux pouces et demi de long sur vingt lignes de large. Vallisnieri assure que celui qu’il a examiné ne pesoit qu’une once; ce qui ne feroit pas la douzecentième partie du poids de l’animal : il ajoute que la structure en étoil semblable à celle du cerveau des oiseaux, et telle précisément qu’elle est décrite par Willis. Je remarquerai néanmoins avec MM. les anato-
mistes de l’Académie que les dix paires de nerfs prennent leur origine et sortent hors du crâne de la même manière que dans les animaux terrestres; que la partie corticale et la partie moelleuse du cervelet sont disposées comme dans ces mêmes animaux ; qu’on y trouve quelquefois les deux apophyses vermiformes qui se voient dans l’homme, et un ventricule, de la forme d’une plume à écrire, comme dans la plupart des quadrupèdes.
Je ne dirai qu’un mot sur les organes de la circulation : c’est que le cœur est presque rond, au lieu que les oiseaux l’ont ordinairement plus allongé.
A l’égard des sens externes, j’ai déjà parlé de la langue, de l’oreille, et de la forme extérieure de l’œil; j’ajouterai seulement ici que sa structure interne est celle qu’on observe ordinairement dans les oiseaux. M. Ramby prétend que le globe tiré de son orbite prend de lui-même une forme presque triangulaire; il a aussi trouvé l’humeur aqueuse en plus grande quantité, et l’humeur vitrée en moindre quantité qu’à l’ordinaire.
Les narines sont dans le bec supérieur, non loin de sa base; il s’élève du milieu de chacune des deux ouvertures une protubérance cartilagineuse revêtue d’une membrane très-fine, et ces ouvertures communiquent avec le palais par deux conduits qui y aboutissent dans une fente assez considérable. On se Iromperoit si l’on vouloil conclure de la structure un peu compliquée de cet organe , que l’autruche excelle par le sens de l’odorat : les faits les mieux constatés nous apprendront bientôt tout le contraire : et il paroît en général que les sensations principales et dominantes de cet animal sont celles de la vue et du sixième sens.
Cet exposé succinct de l’organisation intérieure de l’autruche est plus que suffisant pour confirmer l’idée que j’ai donnée d’abord de cet animal singulier, qui doit être regardé comme un être de nature équivoque, et faisant la nuance entre le quadrupède et l’oiseau : sa place, dans une méthode où l’on se proposeroit de représenter le vrai système de la nature, ne seroit ni dans la classe des oiseaux, ni dans celle des quadrupèdes, mais sur le passage de l’une à l’autre. En effet, quel autre rang assigner à un animal dont le corps, mi -parti d’oiseau et de quadrupède, est porté sur des pieds de quadrupède, et surmonté par une tête d’oiseau , dont le mâle a une verge et la femelle un clitoris comme les quadrupèdes,
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IL 15 A’üTJIS.mOïïTE
K dut s si ers. Famille de<r firévipeimes (retire Autruche. /Cuvier/
Pl.it).
L’AUTRUCHE. n7
et qui néanmoins est ovipare , qui a un gésier comme les oiseaux , et en même temps plusieurs estomacs et des intestins qui , par leur capacité et leur structure , répondent en partie à ceux des ruminans , en partie à ceux d’autres quadrupèdes?
Dans l’ordre de la fécondité , l’autruche semble encore appartenir de plus près à la classe des quadrupèdes qu’à celle des oiseaux; car elle est très-féconde et produit beaucoup. Aristote dit qu’après l’autruche, l’oiseau qu’il nomme atricapilla est celui qui pond le plus; et il ajoute que cet oiseau atricapilla pond vingt œufs et davantage ; d’où il suivroit que l’autruche en pond au moins vingt-cinq : d’ailleurs, selon les historiens modernes et les voyageurs les plus instruits , elle fait plusieurs couvées de douze ou quinze œufs chacune. Or, si on la rapportoit à la classe des oiseaux, elle seroit la plus grande , et par conséquent devroit produire le moins, suivant l’ordre que suit constamment la nature dans la multiplication des animaux, dont elle paroit avoir hxé la proportion en raison inverse de la grandeur des individus ; au lieu qu’étant rapportée à la classe des animaux terrestres, elle se trouve très-petite relativement aux plus grands, et plus petite que ceux de grandeur médiocre , tels que le cochon , et sa grande fécondité rentre dans l’ordre naturel et général.
Oppient, qui croyoit mal à propos que les chameaux de la Bactriane s’accouploient à rebours et en se tournant le derrière , a cru , par une seconde erreur , qu’un oiseauchameau (car c’est le nom qu’on donnoit dès lors à l’autruche ) ne pourroit manquer de s’accoupler de la même façon, et il l’a avancé comme un fait certain : mais cela n’est pas plus vrai de l’oiseau-chameau que du chameau lui-même , comme je l’ai dit ailleurs : et quoique , selon toute apparence, peu d’observateurs aient été témoins de cet accouplement, et qu’aucun n’en ait rendu compte, on est en droit de supposer qu’il se fait à la manière accoutumée, jusqu’à ce qu’il y ait preuve du contraire.
Les autruches passent pour être fort lascives et s’accoupler souvent; et, si l’on se rappelle ce que j’ai dit ci-dessus des dimensions de la verge du mâle , on concevra que ces accouplemens ne se passent point en simples compressions , comme dans presque tous les oiseaux , mais qu’il y a une intromission réelle des parties sexuelles du mâle dans celles de la femelle. Thévenot est le seul qui dise qu’elles s’assortissent par paires,
et que chaque mâle n’a qu’une femelle, contre l’usage des oiseaux pesans.
Le temps de la ponte dépend du climat qu’elles habitent, et c’est toujours aux environs du solstice d’été ; c’est-à-dire au commencement de juillet, dans l’Afrique septentrionale, et sur la fin de décembre, dans i'A frique méridionale. La température du climat influe aussi beaucoup sur leur manière de couver : dans la zone torride, elles se contentent de déposer leurs œuls sur un amas de sable qu’elles ont formé grossièrement avec leurs pieds, et où la seule chaleur du soleil les fait éclore ; à peine les couvent-elles pendant la nuit; et cela même n’est pas toujours nécessaire, puisqu’on en a vu éclore qui n’avoient point été couvés par la mère, ni même exposés aux rayons du soleil l. Mais, quoique les autruches ne couvent point ou que très-peu leurs œufs, il s’en faut beaucoup qu’elles les abandonnent; au contraire, elles veillent assidûment à leur conservation et ne les perdent guère de vue; c’est de là qu’on a pris occasion de dire qu’elles les convoient des yeux, à la lettre : et Diodore rapporte une façon de prendre ces animaux, fondée sur leur grand attachement pour leur couvée; c’est de planter en terre, .aux environs du nid et à une juste hauteur, des pieux armés de pointes bien acérées , dans lesquelles la mère s’enferre d’elle-même lorsqu’elle revient avec empressement se poser sur ses œufs.
Quoique le climat de la France soit beaucoup moins chaud que celui de la Barbarie, on a vu des autruches pondre à la ménagerie de Versailles : mais MM. de l’Académie ont tenté inutilement de faire éclore ces œufs par une incubation artificielle, soit en employant la chaleur du soleil, ou celle d’un feu gradué et ménagé avec art; ils n’ont jamais pu parvenir à découvrir dans les uns ni dans les autres aucune organisation commencée, ni même aucune disposition apparente à la génération d’un nouvel être : le jaune et le blanc de celui qui avoit été exposé au feu s’étoient un peu épaissis; celui qui avoit été mis au soleil avoit contracté une très-mauvaise odeur; et aucun ne présentoit la moindre apparence d’un fœtus ébauché , en sorte que celte incubation philosophique n’eut aucun succès. M. de Réaumur n’existoit pas encore.
i. Jannequin étant au Sénégal mit dans sa cassette deux œufs d’autruche bien enveloppés d’étoupes; quelque temps après il trouva que l’un de ces œufs étoit près d’éclore.
n8 OISEAUX QUI NE PEUVENT VOLER.
Ces œufs sont très-durs, ti'ès-pesans et très-gros; mais on se les représente quelquefois encore plus gros qu’ils ne sont en effet, en prenant des œufs de crocodile pour des œufs d’autruche : on a dit qu’ils étoient comme la tête d’un enfant , qu’ils pouvoient contenir jusqu’à une pinte de liqueur, qu’ils pesoient quinze 1 ivres , et qu’une autruche en pondoit cinquante dans une année; Elien a dit jusqu’à quatre-vingts : mais la plupart de ces faits me paroissent évidemment exagérés, car, i° comment se peut-il faire qu’un œuf dont la coque ne pèse pas plus d’une livre, et qui contient au plus une pinte de liqueur, soit du poids total de quinze livres? U faudroit pour cela que le blanc et le jaune de cet œuf fût sept fois plus dense que l’eau, trois fois plus que le marbre, et à peu près autant que l’étain, ce qui est dur à supposer.
20 En admettant avecWillughby que l’autruche pond dans une année cinquante œufs, pesant quinze livres chacun, il s'ensuivrait que le poids total de la ponte serait de sept cent cinquante livres, ce qui est beaucoup pour un animal qui n’en pèse que quatrevingts.
Il me paraît donc qu’il y a une réduction considérable à faire, tant sur le poids des œufs que sur leur nombre; et il est fâcheux qu’on n’ait pas de mémoires assez sûrs pour déterminer avec justesse la quantité de cette réduction : on pourrait, en attendant, fixer le nombre des œufs, d’après Aristote, à vingt-cinq ou trente, et d’après les modernes qui ont parlé le plus sagement , à trénte-six. En admettant deux ou trois couvées , et douze œufs par chaque couvée , on pourrait encore déterminer le poids de chaque œuf à trois ou quatre livres, en passant une livre plus ou moins pour la coque, et deux ou trois livres pour la pinte de blanc et de jaune qu’elle contient; mais il y a bien loin de cette fixation conjecturale à une observation précise. Beaucoup de gens écrivent ; mais il en est peu qui mesurent, qui pèsent, qui comparent : de quinze ou seize autruches dont on a fait la dissection en différens pays, il n’y en a qu’une seule qui ait été pesée, et c’est celle dont nous devons la description à Vallisnieri. On ne sait pas mieux le temps qui est nécessaire pour l’incubation des œufs : tout ce qu’on sait, ou plutôt tout ce qu’on assure, c’est qu’aüssitôt que les jeunes autruches sont écloses, elle sont en état de marcher, et même de courir et de chercher leur nourriture ; en sorte que dans la zone torride , où elles trouvent le degré de cha-
leur qui leur convient, et la nourriture qui leur est propre, elles sont émancipées en naissant, et sont abandonnées de leur mère, dont les soins leur sont inutiles : mais dans les pays moins chauds, par exemple, au cap de Bonne-Espérance, la mère veille à ses petits tant que ses secours leur sont nécessaires, et partout les soins sont proportionnés aux besoins.
Les jeunes autruches sont d’un gris cendré la première année, et ont des plumes partout; mais ce sont de fausses plumes qui tombent bientôt d’elles-mêmes , pour ne plus revenir sur les parties qui doivent être nues, comme la tète, le haut du cou, les cuisses, les flancs et le dessous des ailes. Elles sont remplacées sur le reste du corps par des plumes alternativement blanches et noires, et quelquefois grises par le mélange de ces deux couleurs fondues ensemble : les plus courtes sont sur la partie inférieure du cou, la seule qui en soit revêtue; elles deviennent plus longues sur le ventre et sur le dos; les plus longues de toutes sont à l’extrémité de la queue et des ailes, et ce sont les plus recherchées. M. Klein dit, d'après Albert , que les plumes du dos sont très-noires dans les mâles , et brunes dans les femelles. Cependant MM. de l’Académie, qui ont disséqué huit autruches, dont cinq mâles et trois femelles, ont trouvé le plumage à peu près semblable dans les unes et les autres; mais on B’en a jamais vu qui eussent des plumes rouges, vertes, bleues et jaunes, comme Cardan semble l’avoir cru , par une méprise bien déplacée, dans un ouvrage sur la subtilité.
Redi a reconnu, par de nombreuses observations , que presque tous les oiseaux étoient sujets à avoir de la vermine dans leurs plumes, et même de plusieurs espèces; et que la plupart avoient leurs insectes particuliers, qui ne se rencontraient point ailleurs ; mais il n’en a jamais trouvé en aucune saison dans les autruches, quoiqu’il ait fait ses observations sur douze de ces animaux, dont quelques-uns étoient récemment arrivés de Barbarie.
D’un autre côté, Vallisnieri, qui en a disséqué deux, n’a trouvé dans leur intérieur ni lombrics, ni vers, ni insectes quelconques; il semble qu’aucun de ces animaux n’ait d’appétit pour la chair de l’autruche, qu’ils 1 évitent même et la craignent, et que cette chair ail quelque qualité contraire à leur multiplication, à moins qu’on ne veuille attribuer cet effet , du moins pour l’intérieur, à la force de l’estomac et de tous les organes
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digestifs ; car l’autruche a une grande réputation à cet égard : il y a bien des gens encore qui croient qu’elle digère le fer, comme la volaille commune digère les grains d’orge ; quelques auteurs ont même avancé qu’elle digéroit le fer rouge : mais on me dispensera sans doute de réfuter sérieurement cette dernière assertion; ce sera bien assez de déterminer, d’après les faits, dans quel sens on peut dire que l’aulrucbe digère le fer à froid.
Il est certain que ces animaux vivent principalement de matières végétales; qu’ils ont le gésier muni de muscles très-forts, comme tous les granivores r, et qu’ils avalent fort souvent du fer2, du cuivre, des pierres, du verre , du bois et tout ce qui se présente : je ne nierois pas même qu’ils n’avalassent quelquefois du fer rouge, pourvu que ce fût en petite quantité, et je ne pense pas avec cela que ce fût impunément. Il paroît qu’ils avalent tout ce qu’ils trouvent, jusqu’à ce que leurs grands estomacs soient entièrement pleins, et que le besoin de les lester par un volume suffisant de matière est l’une des principales causes de leur voracité. Dans les sujets disséqués par Warem et par Ramby, les ventricules étoient tellement remplis et distendus, que la première idée qui vint à ces deux anatomistes fut de douter que ces animaux eussent jamais pu digérer une telle surcharge de nourriture. Ramby ajoute que les matières contenues dans ces ventricules paroissoient n’avoir subi qu’une légère altération. Yallisnieri trouva aussi le premier ventricule entièrement plein d’herbes , de fruits, de légumes, de noix, de cordes, de pierres, de verre, de cuivre jaune et rouge, de fer, d’étain, de plomb et de bois; il y en avoit entre autres un morceau, et c étoit le dernier avalé, puisqu’il étoit tout au dessus , lequel ne pesoit pas loin d’une livre. MM. de l’Académie assurent que les ventricules des huit autruches qu’ils ont observées, se sont toujours trouvés remplis de foin , d’herbes, d’orge, de fèves, d’os, de monnoies, de cuivre et de cailloux, dont quel-
1. Quoique l'autruche soit omnivore dans le fait, il semble néanmoins qu’on doit la ranger parmi les granivores, puisque, dans ses déserts , elle vit de dattes et autres fruits ou matières végétales , et que dans les ménageries on la nourrit de ces mêmes matières. D’ailleurs Strabon nous dit, liv. VI, que, lorsque les chasseurs veulent l’attirer dans le piège qu’ils lui ont préparé, ils lui présentent du grain pour appât.
2. Je dis fort souvent; car Albert assure trèspositivement qu’il n’a jamais pu faire avaler du fer à plusieurs autruches, quoiqu’elles dévorassent avidement des os fort durs et même des pierres.
ques-uns avoient la grosseur d’un œuf. L’autruche entasse donc les matières dans ses estomacs à raison de leur capacité, et par la nécessité de les remplir ; et , comme elle digère avec facililé et promptitude, il est aisé de comprendre pourquoi elle est insatiable.
Mais, quelque insatiable qu’elle soit, on me demandera toujours, non pas pourquoi elle consomme tant de nourriture , mais pourquoi elle avale des matières qui ne peuvent point la nourrir, et qui peuvent même lui faire beaucoup de mal : je répondrai que c’est parce qu’elle est privée du sens du goût; et cela est d’aulant plus vraisemblable, que sa langue étant bien examinée par d’habiles anatomistes, leur a paru dépourvue de toutes ces papilles sensibles et nerveuses dans lesquelles on croit , avec assez de fondement, que réside la sensation du goût : je croirois même qu’elle auroit le sens de l’odorat fort obtus; car ce sens est celui qui sert le plus aux animaux pour le discernement de leur nourriture; et l’autruche a si peu de ce discernement, qu’elle avale non seulement le fer, les cailloux, le verre, mais même le cuivre, qui a une si mauvaise odeur, et que Yallisnieri en a vu une qui étoit morte pour avoir dévoré une grande quantité de chaux vive. Les gallinacés et autres granivores, qui n’ont pas les organes du goût fort sensibles, avalent bien de petites pierres qu’ils prennent apparemment pour de petites graines , lorsqu’elles sont mêlées ensemble; mais si on leur présente pour toute nourriture un nombre connu de ces petites pierres , ils mourront de faim sans en avaler une seule; à plus forte raison ne toucheroient-ils point à la chaux vive : et l’on peut conclure de là, ce me semble, que l’autruche est un des oiseaux dont les sens du goût, de l’odorat, et même celui du toucher dans les parties internes de la bouche, sont les plus émoussés et les plus obtus; en quoi il faut convenir qu’elle s’éloigne beaucoup de la nature des quadrupèdes.
Mais enfin que deviennent les substances rudes, réfractaires et nuisibles que l’autruche avale sans choix, et dans la seule intention de se remplir? que deviennent surtout le cuivre, le verre, le fer? Sur cela les avis sont partagés, et chacun cite des faits à l’appui de son opinion. M. Perrault, ayant trouvé soixante-dix doubles dans l’estomac d’un de ces animaux, remarqua qu’ils étoient la plupart usés et consumés presque aux trois quarts : mais il jugea que c’étoit plutôt par leur frottement mutuel et celui