‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 80 sur 361 · ILE CAB ©A HL · texte numérisé non relu

ILE CAB ©A HL

Ordre de,r Echassiers id. . ..id

Oe/ire Casoar.

LE TOUYOU.

donner de fausses idées , et aux noms nouveaux qui n’indiquent aucun caractère , aucun attribut essentiel à l’ètre auquel on les applique.

M. Brisson paroi t croire qu’Aldrovande a voulu désigner le touyou sous le nom d’am eme ; et il très-vrai qu’au tome III de Y Ornithologie de ce dernier, page 54i , il se trouve une planche qui représente le touyou et le casoar, d’après les deux planches de Nieremherg, page 218, et qu’au dessus de la planche d’Aldrovande est écrit en gros caractère , avis eme , de même que la figure du touyou, dans Nieremherg, porte en tête le nom d 'émeu. Mais il est visible que ces deux titres ont été ajoutés par les graveurs ou les imprimeurs , peu instruits de l’intention des auteurs : car Aldrovande ne dit pas un mot du touyou ; Nieremherg n’en parle que sous le nom d'yardou, de suri , et à' autruche d’ Occident ; et tous deux, dans leur description, appliquent les noms d 'eme et d'émeu au seul casoar de Java; en sorte que, pour prévenir la confusion des noms , Verne d’Aldrovande et Y émeu de Nieremherg ne doivent plus désormais reparoître dans la liste des dénominations du touyou. Marcgrave dit que les Portugais l’appellent ema dans leur langue ; mais les Portugais, qui avoient beaucoup de relations dans les Indes orientales , connoissoient l’émeu de Java , et ils ont donné son nom au touyou d’Amérique, qui lui ressemhloit plus qu’à aucun autre oiseau, de même que nous avons donné le nom d 'autruche à ce même touyou ; et il doit demeurer pour constant que le nom d'émeu est propre au casoar des Indes orientales , et ne convient ni au touyou ni à aucun autre oiseau d’Amérique.

En détaillant les différens noms du touy ou, j’ai indiqué en partie les différentes contrées où il se trouve; c’est un oiseau propre à l’Amérique méridionale, mais qui n’est pas également répandu dans toutes les provinces de ce continent. Marcgrave nous apprend qu’il est rare d’en voir aux environs de Fernambouc; il ne l’est pas moins au Pérou et le long des côtes les plus fréquentées : mais il est plus commun dans la Guiane , dans les capitaineries de Sérégippe et de Rio-Grande , dans les provinces intérieures du Brésil, au Chili, dans les vastes forêts qui sont au nord de l’embouchure de la Plata, dans les savanes immenses qui s’étendent au sud de cette rivière, et dans toute la terre Magellanique, jusqu’au port Désiré, et même jusqu’à la

côte qui borde le détroit de Magellan.

Autrefois il y avoit des cantons dans le Paraguai qui en étoient remplis , surtout les campagnes arrosées par l’Uraguai ; mais, à mesure que les hommes s’y sont multipliés, ils en ont tué un grand nombre, et le reste s’est éloigné. Le capitaine Wood assure que , bien qu’ils abondent sur la côte septentrionale du détroit de Magellan , on n’en voit point du tout sur la côte méridionale : et , quoique Coréal dise qu’il en a aperçu dans les iles de la mer du Sud, ce détroit paroît être la borne du climat qui convient au touyou, comme le cap de Bonne- Espérance est la borne du climat qui convient aux autruches; et ces îles delà mer du Sud, où Coréal dit avoir vu des touyous, seront apparemment quelques unes de celles qui avoisinent les côtes orientales de l’Amérique au delà du détroit. U paroît de plus que le touyou, qui se plaît, comme l’autruche, sous la zone torride, s’habitue plus facilement à des pays moins chauds , puisque la pointe de l’Amérique méridionale, qui est terminée par le détroit de Magellan, s’approche bien plus du pôle que le cap de Bonne-Espérance ou qu’aucun autre climat habité volontairement par les autruches : mais comme , selon toutes les relations , le touyou n’a pas plus que l’autruche la puissance de voler, qu’il est, comme elle, un oiseau tout-à-fait terrestre , et que l’Amérique méridionale est séparée de l’ancien continent par des mers immenses, il s’ensuit qu’on ne doit pas plus trouver de touyous dans ce continent qu’on ne trouve d’autruches en Amérique, et cela est en effet conforme au témoignage de tous les voyageurs.

Le touyou , sans être tout-à-fait aussi gros que l’autruche, est le plus gros du Nouveau-Monde : les vieux ont jusqu’à six pieds de haut; et Wafer, qui a mesuré la cuisse d’un des plus grands, l’a trouvée presque égale à celle d’un homme. Il a le long cou , la petite tête, et le bec aplati de l’autruche1; mais, pour tout le reste, il a plus de rapport avec le casoar : je trouve même dans Y Histoire du Brésil par M. l’abbé Prévost, mais point ailleurs, l’indication d’une espèce de corne que cet oiseau a sur

1. On voit dans la figure de Nieremherg, p. 218, une espèce de calotte sur le sommet de la tête , qui a du rapport à la plaque dure et calleuse que l’autruche a au même endroit, selon le docteur Browne ( voy. l’histoire de l’autruche); mais il n’est question de cette calotte ni dans la description de Nieremberg , ni dans aucun* autre.

ia6 OISEAUX QUI NE PEUVENT VOLEP,.

le bec, et qui, si elle existoit en effet , seroit un trait de ressemblance de plus avec le casoar.

Son corps est de forme ovoïde , et paroît presque entièrement rond , lorsqu’il est revêtu de toutes ses plumes; ses ailes sont très-courtes et inutiles pour le vol, quoiqu’on prétende quelles ne soient pas inutiles pour la course : il a sur le dos et aux environs du croupion de longues plumes qui lui tombent en arrière et recouvrent l’anus; il n’a point d’autre queue : tout ce plumage est gris sur le dos et blanc sur le ventre. C’est un oiseau très-haut monté, ayant trois doigts à chaque pied , et tous trois en avant; car on ne doit pas regarder comme un doigt ce tubercule calleux et arrondi qu’il a en arrière, et sur lequel le pied se repose comme sur une espèce de talon : on attribue à cette conformation la difficulté qu’il a de se tenir sur un terrain glissant, et d’y marcher sans tomber; en récompense, il court très-légèrement en pleine campagne , élevant tantôt une aile, tantôt une autre, mais avec des intentions qui ne sont point encore bien éclaircies. Marcgrave prétend que c’est afin de s’en servir comme d’une voile pour prendre le vent; Nieremberg, que c’est pour rendre le vent contraire aux chiens qui le poursuivent; Pison et Klein, pour changer souvent la direction de sa course , afin d’éviter par ses zigzags les flèches des sauvages; d’autres enfin, qu’il cherche à s’exciter à courir plus vite, en se piquant lui-mème avec une espèce d’aiguillon dont ses ailes sont armées. Mais , quoi qu’il en soit des intentions destouyous, il est certain qu’ils courent avec une très-grande vitesse, et qu’il est difficile à aucun chien de chasse cîe pouvoir les atteindre : on en cite un qui, se voyant coupé, s’élança avec une telle rapidité qu’il en imposa aux chiens, et s’échappa vers les montagnes. Dans l’impossibilité de les forcer, les sauvages sont réduits à user d’adresse et à leur tendre des pièges pour les prendre. Marcgrave dit qu’ils vivent de chair et de fruits; mais, si on les eût mieux observés, on eût reconnu sans doute pour laquelle de ces deux sortes de nourriture ils ont un appétit de préférence. Au défaut des faits, on peut conjecturer que ces oiseaux ayant le môme instinct que celui des autruches et des frugivores , qui est d’avaler des pierres , du fei , et autres corps durs, ils sont aussi frugivores, et que, s’ils mangent quelquefois de la chair, c’est, ou parce qu’ils sont pressés par la faim, ou qu’ayant les sens du goût

et de l’odorat» obtus comme l’autruche, ils avalent indistinctement tout ce qui se présente.

Nieremberg conte des choses fort étranges au sujet de leur propagation : selon lui , c’est le mâle qui se charge de couver les œufs; pour cela, il fait en sorte de rassembler vingt ou trente femelles, afin qu’elles pondent dans un même nid ; dès qu’elles out pondu , il les chasse à grands coups de bec , et vient se poser sur leurs œufs , avec la singulière précaution d’en laisser deux à l’écart qu’il ne couve point; lorsque les autres commencent à éclore, ces deux-là se trouvent gâtés, et le mâle prévoyant ne manque pas d’en casser un, qui attire une multitude de mouches, de scarabées et d’autres insectes dont les petits se nourrissent : lorsque le premier est consommé, le couveur entame le second et s’en sert au même usage. U est certain que tout cela a pu arriver naturellement; il a pu se faire que des œufs inféconds se soient cassés par accident, qu’ils aient attiré des insectes, lesquels aient servi de pâture aux jeunes toutous : il n’y a que l’intention du pere qui soit suspecte ici; car ce sont toujours ces intentions qu’on prête assez légèrement aux bêtes, qui font le roman de l’histoire naturelle.

A l’égard de ce mâle qui se charge, dit-on, de couver à l’exclusion des femelles, je serois fort porté à douter du fait, et comme peu avéré , et comme contraire à l’ordre de la nature. Mais ce n’est pas assez d’indiquer une erreur; il faut, autant qu’on peut, en découvrir les causes, qui remontent quelquefois jusqu’à la vérité : je croirois donc volontiers que celle-ci est fondée sur ce qu’on aura trouvé à quelques couveuses des testicules, et peut-être une apparence de verge comme on en voit à l’autruche femelle, et qu’on se sera cru en droit d’en conclure que c’étoient autant de mâles.

Waferdit avoir aperçu dans une terre déserte, au nord de la Plala, vers le 34e degré de latitude méridionale, une quantité d’œufs de touyou dans le sable, où, selon lui, ces oiseaux les laissent couver. Si ce fait est vrai , les détails que donne Nieremberg sur l’incubation de ces mêmes œufs ne peuvent l’être que dans un climat moins chaud et plus voisin du pôle. En effet , les Hollandois trouvèrent aux environs du port Désiré, qui est au 47e degré de latitude , un toujou qui couvoit, et qu’ils firent envoler; ils comptèrent dix -neuf œufs dans le nid.

C’est ainsi que les autruches ne couvent

LE TOITYOIJ. 127

point ou presque point leurs œufs sous la zone torride , et qu’elles les couvent au cap de Bonne-Espérance, où la chaleur du climat ne seroit pas suffisante pour les faire éclore.

Lorsque les jeunes touyous viennent de naître, ils sont familiers et suivent la première personne qu’ils rencontrent ; mais en vieillissant ils acquièrent de l’expérience et deviennent sauvages. Il paroît qu’en général leur chair est un assez bon manger, non cependant celle des vieux, qui est dure et de mauvais goût. On pourroit perfectionner cette viande en élevant des troupeaux de jeunes touyous, ce qui seroit facile, vu les grandes dispositions qu’ils ont à s’apprivoiser, les engraissant, et employant tous les moyens qui nous ont réussi à l’égard des dindons, qui viennent également des climats chauds et tempérés du continent de l’Amérique.

Leurs plumes ne sont pas , à beaucoup près , aussi belles que celles de l’autruche : Coréal dit même qu’elles ne peuvent servir

à rien. Tl seroit à désirer qu’au lieu de nous parler de leur peu de valeur, les voyageurs nous eussent donné une idée juste de leur structure : on a trop écrit de l’autruche , et pas assez du touyou. Pour faire l’histoire de la première, la plus grande difficulté a été de rassembler tous les faits, de comparer tous les exposés, de discuter toutes les opinions, de saisir la vérité égarée dans le labyrinthe des avis divers, ou noyée dans l’abondance des paroles : mais, pour parler du touyou , nous avons été souvent obligés de deviner ce qui est, d’après ce qui doit être; de commenter un mot échappé par hasard, d’interpréter jusqu’au silence; au défaut du vrai , de nous contenter du vraisemblable; en un mot, de nous résoudre à douter de la plus grande partie des faits principaux, et à ignorer presque tout le reste, jusqu’à ce que les observations futures nous mettent en état de remplir les lacunes que, faute de mémoires suffisans, nous laissons aujourd’hui dans son histoire.

LE CASOAR

Les Hollandais sont les premiers qui ont fait voir cet oiseau à l’Europe ; ils le rapportèrent de l’île de Java en 1597, à leur retour du premier voyage qu’ils avoient fait aux Indes orientales : les habitans du pays l’appellent eme , dont nous avons fait émeu. Ceux qui l’ont apporté lui ont donné le nom de cassoware , que nous prononçons casoar , et que j’ai adopté, parce qu’il n’a jamais été appliqué à aucun autre oiseau; au lieu que celui dé émeu a été appliqué, quoique mal à propos , au touyou , comme nous l’avons vu ci-dessus dans l’histoire de cet oiseau.

Le casoar , sans être aussi grand ni même aussi gros que l’autruche , paroît plus massif aux yeux, parce que avec un corps d’un volume presque égal , il a le cou et les pieds moins longs et beaucoup plus gros à proportion , et la partie du corps plus renflée , ce qui lui donne un air plus lourd.

Celui qui a été décrit par MM. de l’Académie des Sciences avoit cinq pieds et demi , du bout du bec au bout des ongles ; celui que Clusius a observé étoit d’un quart plus petit. Houtman lui donne une grosseur double de celle du cygne, et d’autres Hol-

landois celle d’un mouton. Cette variété de mesures, loin de nuire à la vérité, est au contraire la seule chose qui puisse nous donner une connoissance approchée de la véritable grandeur du casoar; car la taille d’un seul individu n’est point la grandeur de l’espèce, et l’on ne peut se former une idée juste de celle-ci qu’en la considérant comme une quantité variable entre certaines limites : d’où il suit qu’un naturaliste, cpii auroit comparé avec une bonne critique toutes les dimensions et les descriptions des observateurs, auroit des notions plus exactes et plus sûres de l’espèce que chacun de ces observateurs qui n’auroit connu que 1 individu qu’il auroit mesuré et décrit.

Le trait le plus remarquable dans la figure du casoar est cette espèce de casque conique, noir par devant, jaune dans tout le reste, qui s’élève sur le front, depuis la base du bec jusqu’au milieu du sommet de la tête, et quelquefois au delà ; ce casque est formé par le renflement des os du crâne en cet endroit , et il est recouvert d’une enveloppe dure , composée de plusieurs couches concentriques, et analogues à la substance de la corne de bœuf ; sa forme totale est à

ia8 OISEAUX QUI NE

peu près celle d’un cône tronqué, qui a trois pouces de haut, un pouce de diamètre à sa base , et trois lignes à son sommet. Clusius pensoit que ce casque tomboit tous les ans avec les plumes lorsque l’oiseau étoit en mue : mais MM. de l’Académie des Sciences ont remarqué, avec raison, que c’étoit tout au plus l’enveloppe extérieure qui pouvoit tomber ainsi , et non le noyau intérieur, qui, comme nous l’avons dit, fait partie des os du crâne; et même ils ajoutent qu’on ne s’est point aperçu de la chute de cette enveloppe à la ménagerie de Versailles, pendant les quatre années que le casoar qu’ils décrivoient y avoit passées : néanmoins il peut se faire qu’elle tombe en effet, mais en détail, et par une espèce d’exfoliation successive, comme le bec de plusieurs oiseaux, et que celte particularité ait échappé aux gardes de la ménagerie.

L’iris de l’œil est d’un jaune de topaze, et la cornée singulièrement petite, relativement au globe de l’œil; ce qui donne à l’animal un regard également farouche et extraordinaire; la paupière inférieure est la plus grande, et celle du dessus est garnie, dans sa partie moyenne, d’un rang de petits poils noirs, lequel s’arrondit au dessus de l’œil en manière de sourcil, et forme au casoar une sorte de physionomie que la grande ouverture du bec achève de rendre menaçante; les orifices extérieurs des narines sont fort près de la pointe du bec supérieur.

Dans le bec, il faut distinguer la charpente du tégument qui la recouvre : cette charpente consiste en trois pièces très-sol ides, deux desquelles forment le pourtour, et la troisième l’arête supérieure, qui est beaucoup plus relevée que dans l’autruche ; toutes les trois sont recouvertes par une membrane qui remplit les entre-deux.

Les mandibules supérieure et inférieure du bec ont leurs bords un peu échancrés vers le bout, et paroissent avoir chacune trois pointes.

La tète et le haut du cou n’ont que quelques petites plumes , ou plutôt quelques poils noirs et clair-semés, en sorte que dans ces endroits la peau paroît à découvert ; elle est de différente couleur, bleue sur les côtés, d’un violet ardoisé sous la gorge, rouge par derrière en plusieurs places, mais principalement vers le milieu : et ces places rouges sont un peu plus relevées que le reste , par des espèces de rides ou de hachures obliques dont le cou est sillonné; mais

PEUVENT VOLER

il faut avouer qu’il y a variété dans la disposition de ces couleurs.

Les trous des oreilles étoient fort grands dans le casoar décrit par MM. de l’Académie , fort petits dans celui décrit par Clusius , mais découverts dans tous deux, et environnés, comme les paupières, de petits poils noirs.

Vers le milieu de la partie antérieure du cou, à l’endroit où commencent les grandes plumes, naissent deux barbillons rouges et bleus, arrondis par le bout , que Rontius met dans la figure immédiatement au dessus du bec, comme dans les poules. Frisch en a représenté quatre, deux plus longs sur les côtés du cou, et deux en devant, plus petits et plus courts; le casque paroît aussi plus large dans sa figure, et approche delà forme d’un turban. Il y au Cabinet du roi une tète qui paroît être celle d’un casoar, et qui porte un tubercule différent du tubercule du casoar ordinaire : c’est au temps et à l’observation à nous apprendre si ces variétés et celles que nous remarquerons dans la suite sont constantes ou non; si quelques-unes ne viendroient pas du peu d’exactitude des dessinateurs, ou si elles ne tiendroient pas à la différence du sexe ou à quelque autre circonstance. Frisch prétend avoir reconnu dans deux casoars empaillés des variétés qui distinguoient le mâle de la femelle ; mais il ne dit pas quelles sont ces différences.

Le casoar a les ailes encore plus petites que l’autruche, et tout aussi inutiles pour le vol ; elles sont armées de piquans, et même en plus grand nombre que celles de l’autruche. Clausius en a trouvé quatre à chaque aile , MM. de l’Académie cinq; et on en compte sept bien distinctes dans la ligure de Frisch, planche io5. Ce sont comme des tuyaux de plumes, qui paroissent rouges à leur extrémité, et sont creux dans toute leur longueur; ils contiennent dans leur cavité une espece de moelle semblable à celle des plumes naissantes des autres oiseaux ; celui du milieu a près d’un pied de longueur, et environ trois lignes de diamètre ; c’est le plus long de tous : les latéraux vont en décroissant de part et d’autre, comme les doigts de la main, et à peu près dans le même ordre. Swammerdam s’en servoit en guise de chalumeau pour souffler des parties très - délicates , comme les trachées des insectes, etc. On a dit que ces ailes avoient été données au casoar pour l’aider à aller plus vite ; d’autres, qu’il pouvoit s’en servir pour frapper, comme avec des houssines : mais personne ne dit avoir vu quel

LE CASOAR. 129

usage il en fait réellement. Le casoar a encore cela de commun avec l’autruche, qu’il n’a qu’une seule espèce de plumes sur tout le corps, aux ailes, autour du croupion, etc.; mais la plupart de ces plumes sont doubles, chaque tuyau donnant ordinairement naissance à deux tiges plus ou moins longues et souvent inégales entre elles : elles ne sont pas d’une structure uniforme dans toute leur longueur; les tiges sont plates, noires et luisantes, divisées par nœuds en dessous, et chaque nœud produit une barbe ou un filet, avec cette différence que, depuis la racine au milieu de la lige, ces filets sont plus courts, plus souples, plus branchus, et, pour ainsi dire, duvetés et d’une couleur de gris tanné, au lieu que, depuis le milieu de la même tige à son extrémité , ils sont plus longs, plus durs et de couleur noire; et comme ces derniers recouvrent les autres et sont les seuls qui paroissent, le casoar, vu de quelque distance, semble être un animal velu, et du même poil que l’ours ou le sanglier. Les plumes les plus courtes sont au cou, les plus longues autour du croupion, et les moyennes dans l’espace intermédiaire: celles du croupion ont jusqu’à quatorze pouces, et retombent sur la partie postérieure du corps; elles tiennent lieu de la queue, qui manque absolument.

Il y a, comme à l’autruche,- un espace calleux et nu sur le sternum , à l’endroit où porte le poids du corps lorsque l’oiseau est couché, et cette partie est plus saillante et plus relevée dans le casoar que dans l’autruche.

Les cuisses et les jambes sont revêtues de plumes presque jusqu’auprès du genou; et ces plumes tiroient au gris de cendre dans le sujet observé par Clusius : les pieds, qui sont très-gros et très-nerveux , ont trois doigts, et non pas quatre, comme le dit Bonlius, tous trois dirigés en avant. Les Hollandois racontent que le casoar se sert de ses pieds pour sa défense, ruant et frappant derrière comme un cheval, selon les uns, et, selon les autres , s’élançant en avant contre celui qui l’attaque, et le renversant avec ies pieds, dont il lui frappe rudement la poitrine. Clusius, qui en a vu un vivant dans les jardins du comte de Solms à La Haye , dit qu’il ne se sert point de son bec pour se défendre , mais qu'il se porte oblii quement sur son adversaire et qu’il le frappe

i en ruant : il ajoute que le même comte de

! Solms lui montra un arbre gros comme la

> cuisse, que cet oiseau a voit fort maltraité ,

et entièrement écorché avec ses pieds et ses

Ruffon. VIT.

ongles. Il est vrai qu’on n’a pas remarqué à la Ménagerie de Versailles que les casoars qu’on y a gardés fussent si médians et si forts; mais peut-être éloient-ils plus apprivoisés que celui de Clusius: d’ailleurs ils vivoient dans l’abondance et dans une plus étroite captivité; toutes circonstances qui adoucissent à la longue les mœurs des animaux qui ne sont pas absolument féroces, énervent leur courage, abâtardissent leur naturel , et les rendent méconnoissables au travers des habitudes nouvellement acquises.

Les ongles du casoar sont très-durs, noirs au dehors et blancs en dedans. Linnæos dit qu’il frappe avec l’ongle du milieu, qui est le plus grand; cependant les descriptions et les figures de MM. de l’Académie et de M. Brisson représentent l’ongle du doigt intérieur comme le plus grand , et il l’est en effet.

Son allure est bizarre; il semble qu’il rue du derrière, faisant en même temps un demi-saut en avant : mais, malgré la mauvaise grâce de sa démarche, on prétend qu’il court plus vite que le meilleur coureur La vitesse est tellement l’attribut des oiseaux, que les plus pesans de celte famille sont encore plus légers à la course que les plus légers d’entre les animaux terrestres.

Le casoar a la langue dentelée sur les bords, et si courte, qu’on a dit de lui, comme du coq de bruyère, qu’il n’en avoit point : celle qu’a observée M. Perrault avoit seulement un pouce de long et huit lignes de large. Il avale tout ce qu’on lui jette, c’est-à-dire tout corps dont le volume est. proportionné à l’ouverture de son bec. Frisch ne voit avec raison dans cette habitude qu’un trait de conformité avec les gallinacés, qui avalent leurs alirnens tout entiers, et sans les briser dans leur bec : mais les Hollandois, qui paroissent avoir voulu rendre plus intéressante l’histoire de cet oiseau, déjà si singulier, en y ajoutant du merveilleux, n’ont pas manqué de dire, comme on l’a dit de l’autruche, qu’il avaloit non seulement les pierres, le fer, les glaçons, etc., mais encore des charbons ardens, et sans même en paraître incommodé.

On dit aussi qu’il rend très-promptement ce qu’il a pris, et quelquefois des pommes de la grosseur du poing, aussi entières qu’il les avoit avalées: et en effet, le tube intestinal est si court, que les alirnens doivent passer tres-vite; et ceux qui, par leur dureté, sont capables de quelque résistance , doivent éprouver peu d’altération dans un si petit trajet , surtout lorsque les fonctions de l’esto-

i3o OISEAUX QUI NE

niac sont dérangées par quelque maladie. On a assuré à Clusius que, dans ce cas. il i enduit quelquefois les cents de poule , dont il étoit fort friand , tels qu’il les «voit pris, c’est-àdire bien entiers avec la coque , et (pie, les avalant une seconde fois, il les digéroit bien. Le fond de la nourriture de ce même casoar, qui émit celui du comte de Solms, c étoit du pain blanc coupé par gros morceaux , ce qui prouve qu’il est frugivore; ou plutôt il est omnivore , puisqu'il dévore en effet tout ce qu’on lui présente, et que s’il a le jabot et le double estatnac des animaux qui vivent de matières végétales, il a les courts intes'ins des animaux carnassiers. Le tube intestinal de celui qui a été disséqué par MM. de l’Académie avoit (plaire pieds huit pouces de long et deux pouces de diamètre dans toute son étendue ; le aveum étoit double et n’avoii pas plus d’une ligne de diamètre sur trois, quatre et cinq pouces de longueur ; à ce compte, le casoar a les intestins treize fois plus courts (pie l’autruche , ou du moins de celles qui les ont le plus longs; et, par celle raison, il doit être encore plus vorace, et avoir plus de disposition à manger de la chair : c est ce dont on pourra s'assurer, lorsqu'au lieu de se contenter d’examiner des cadavres, les observateurs s’attacheront à étudier la nature vivante.

I.e casoar a une vésicule du fiel, et son canal , (pii se croise avec le canal hépatique, va s insère! plus haut (pie celui-ci dans le duodénum , et le pancréatique s’insère encore au dessus du cystique; conformation absolument différente de ce qu’on voit dans l’autruche. ('elle dos parties de la génération du mâle s’en éloigne beaucoup moins : la verge a sa racine dans la partie supérieure du rectum; sa forme esi celle d’une pyramide triangulaire, large de deux pouces à sa base et de deux lignes à son sommet ; elle est composée de deux ligamens cartilagineux très-solides, fortement attachés l’un a l’aune en dessus, mais séparés en dessous, et laissant entre eux un demi-canal qui est revêtu de la peau ; les vaisseaux déférons et les uretères n’ont aucune communication apparente avec le canal de la verge; en sorte (pie cette partie, qui paroit avoir quatre fonctions principales dans les animaux quadrupèdes, la première de servir de conduit à l’urine, la seconde de porter la liqueur séminale du mâle dans la matrice de la femelle, la troisième de contribuer par sa sensibilité à l’émission de celle liqueur, la quatrième d’exciter ia lemelle , par son action , à répandre

PEUVENT VOLER

la sienne, semble être réduite, dans le casoar et l’autruche, aux deux dernières fonctions, qui sont de produire dans les réservoirs de la liqueur séminale du mâle et de la femelle les mouvemeiiS de correspondance nécessaires pour l'émission de celle liqueur.

On a rapporté à Clusius que, l’animal étant vivant, ou avoit vu quelquefois sa verge sortir par l’anus : nouveau trait de ressemblance avec 1 autrui lie.

Les œufs de la iemelle sont d’un gris de cendre tirant au verdâtre, moins gros et plus allongés cpie ceux de l'autruche, et semés d’une multitude de petits tubercules d’un vert loncé; la coque n’en est pas fort épaisse, selon Clusius, qui en a vu plusieurs; le plus grand de tous ceux qu’il a observés avoit quinze pouces de tour d’un sens, et un peu plus de douze de 1 autre.

Le casoar a les poumons et les dix cellules à air comme les autres oiseaux , et particulièrement comme les oiseaux pesa ns, cette bourse ou membrane noire propre aux yeux des oiseaux, et cette paupière interne qui, comme misait, est retenue dans le grand angle de I œil des oiseaux par deux muscles ordinaires, et qui est ramenée par inslans sur la cornée par l’action d'une espèce de poulie musculaire, qui mérite toute la curiosité des anatomistes.

Le midi de la partie orientale de l’Asie paroit être le vrai climat du casoar; son domaine commence, pour ainsi dire, où liait celui de l'autruche, qui n’a jamais beaucoup dépassé le Gange, comme nous l’avons vu dans son histoire, au lieu que celui-ci se trouve dans les îles Moluques, dans celles de Banda, de Java, de Sumatra, et dans les parties correspondantes du continent. Mais il s’en faut bien que cette espece suit aussi multipliée dans son district que faut uche l’est dans le sien, puisque nous voyons un roi de Joardam, dans l’ile de Java, faire présent d’un casoar à Scellinger, capitaine de vaisseau hollandois, comme d’un oiseau rare : la raison en est, ce me semble, que les Indes orientales sont beaucoup plus peuplées que l’Afrique; et l’on sait qu’à mesure que I homme se multiplie dans une contrée, il détruit ou fait fuir devant lui les animaux sauvages, qui vont toujours cherchant des asiles plus paisibles, des terres moins habitées ou occupées par des peuples moins policés, et par conséquent moins destructeurs.

Il est remarquable que le casoar, 1 autruche , et le touyou, les trois plus gros oiseaux que l’on commisse, sont tous trois attachés au climat de la zone torride, qu’ils

LE CASOAR

semblent s’être partagée entré eux , et ou ils se maintiennent chacun dans leur terrain, sans se mêler ni se surmarcher ; tous trois véritablement terrestres, incapables de voler , mais courant d une tres-grande \itesse : tous trois avalent à peu près tout ce qu’on leur jette, grains, herbes, chairs, os, pierres, cailloux, fer, glaçons, etc.; tous trois ont le cou plus ou moins long , les pieds hauts et très-torts, moins de doigts que la plupart des oiseaux , et l’autruche encore moins que les deux autres; tous trois n’ont de plumes que d’une seule sorte, differentes des plumes des autres oiseaux, et différentes dans chacune de ces trois espèces; tous trois n’en ont point du tout sur la tète et sur le haut du cou , manquent de queue proprement dite, et n'ont que des ailes imparfaites, garnies de quelques tuyaux sans aucune barbe , comme nous avons remarqué que les quadrupèdes des pays chauds avoieut moins de poil que ceux des régions du Nord ; tous trois, en un mot, paroissent être la production naturelle et propre de la zone torride : mais , malgré tant de rapports,

ces trois espèces sont différenciées par des caractères trop frappa ns pour qu’on puisse les confondre. L’autruche se distingue du easoar et du touyou par sa grandeur, par ses pieds de chameau et par la nature de ses plumes ; elle diffère du easoar en particulier par la nudité de ses cuisses et dè ses flancs ; par la longueur et la capacité de ses intestins , et parce qu’elle n’a point de vésicule du fiel ; et le easoar différé du touyou et de l’autruche par ses cuisses couvertes de plumes, presque jusqu’au tarse, par les barbilions rouges qui lui tombent sur le cou, et par le casque qu’il a sur la tète.

Mais j’aperçois encore dans ce dernier caractère distinctif une analogie avec les deux autres espèces : car ce casque n’est autre chose, comme ou sait, qu’un renflement des os du crâne, lequel est recouvert d’une enveloppe de corne; et nous avons vu dans l’histoire de l’autruche et du touyou que la partie supérieure du crâne de ces deux animaux étoit pareillement munie d’une plaque dure et calleuse.

LE DRONTE.

On regarde communément la légèreté comme un attribut propre aux oiseaux :

mais , si l’on voulôit en faire le caractère essentiel de cette classe, le dronte n’auroit aucun titre pour y être admis; car, loin d’annoncer la légèreté par ses proportions ou par ses mouvemens, il paroit fait exprès pour nous donner 1 idée du plus lourd des êtres organisés. Représentez-vous un corps massif et presque cubique, à peine soutenu sur deux piliers très-gros et trèscourts, surmonté d’une tête si-extraordinaire, qu’on la prendroit pour la fantaisie d’un peintre de grotesques ; cette tète, portée sur un cou renforcé et goitreux , consiste presque tout entière dans un bec énorme , où sont deux gros yeux noirs entourés d’un cercle blanc, et dont l’ouverture des mandibules se prolonge bien au delà des yeux , et resque jusqu’aux oreilles; ces deux mandiules, concaves dans le milieu de leur loni gueur, renflées par les deux bouts, et re-

! courbées à la pointe en sens contraire, ressemblent à deux cuillers pointues, qui s’appliquent l’une à l’autre la convexité en dehors ; de tout cela il résulte une physio-

nomie stupide et vorace, et qui, pour comble de difformité, est accompagnée d’un bord de plumes , lequel , suivant le contour de la base du bec, s’avance en pointe sur le front, puis s’arrondit autour delà face en manière de capuchon , d où lui est venu le nom de cygne encapuchonné (Cycnus cucullatus).

La grosseur qui, dans les animaux, suppose la force, ne produit ici que la pesanteur. L’autruche, le touyou , le easoar, ne sont pas plus en état de voler que le dronte ; mais du moins ils sont très-vites à la course, au lieu que le dronte paroîl accablé de son propre poids, et avoir à peine la force de se traîner : c’est dans les oiseaux ce que le paresseux est dans les quadrupèdes ; on diroit qu’il est composé d’une matière brute, inactive, où les molécules vivantes ont été trop épargnées. Il a des ailes, mais ces ailes sont trop com tes et trop foibles pour l’élever dans les airs; il a une queue, mais cette queue est disproportionnée et hors de sa place : on le prendroit pour une tortue qtix seseroit affublée de la dépouille d’un oiseau; et la nature, en lui accordant ces ornemens inutiles, semble avoir voulu ajouter l’em-

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barras à la pesanteur, la gaucherie des mouvemens à l’inertie de la masse, et rendre sa lourde épaisseur encore plus choquante, en faisant souvenir qu’il est un oiseau.

Les premiers Hollandois qui le virent dans l’ile Maurice, aujourd’hui l’Ile-de-France1, l’appelèrent walgh-vogel , oiseau de dégoût, autant à cause de sa figure rebutante que du mauvais goût de sa chair : cet oiseau bizarre est très-gros, et n’est surpassé à cet égard que par les trois précédents; car il surpasse le cygne et le dindon.

M. Brisson donne pour un de ses caractères d’avoir la partie inférieure des jambes dénuée de plumes; cependant la planche ccxctv d’Edwards le représente avec des plumes non seulement jusqu’au bas de la jambe, mais encore jusqu’au dessous de son articulation avec le tarse. Le bec supérieur est noirâtre dans toute son étendue, excepté sur la courbure de son crochet , où il y a une tache rouge; les ouvertures des narines sont à peu près, dans sa partie moyenne, tout proche de deux replis transversaux qui s’élèvent en cet endroit sur sa surface.

Les plumes du dronte sont, en général, fort douces ; le gris est leur couleur dominante, mais plus foncé sur toute la partie supérieure et au bas des jambes, et plus clair sur l’estomac , le ventre et tout le dessous du corps; il y a du jaune et du blanc dans les plumes des ailes et dans celles de la queue, qui paroissent frisées et sont en fort petit nombre. Clusius n’en compte que quatre ou cinq.

Les pieds et les doigts sont jaunes, et les ongles noirs ; chaque pied a quatre doigts, dont trois dirigés en avant, et le quatrième

i. Les Portugais avoient auparavant nommé cette île, illha do Cime, c’est-à-dire île aux C/gnes, apparemment parce qu’ils y avoient aperçu des drontes, qu’ils prirent pour des cygnes.

PEUVENT VOLER

en arrière; c’est celui-ci qui a l’ongle le plus long.

Quelques-uns ont prétendu que le dronte avoit ordinairement dans l’estomac une pierre aussi giosse que le poing, et à laquelle on n’a pas manqué d’attribuer la même origine et les mêmes vertus qu’aux bezoards; mais Clusius , qui a vu deux de ces pierres de forme et de grandeur différentes, pense que l’oiseau les avoit avalées comme font les granivores , et qu’elles ne s’étoient point formées dans son estomac.

Le dronte paroît propre et particulier aux îles de France et de Bourbon, et probablement aux terres de ce continent qui en sont les moins éloignées; mais je ne sache pas qu’aucun voyageur ait dit l’avoir vu ailleurs que dans ces deux îles.

Quelques Hollandois l’ont nommé dodarse ou dodaers ; les Portugais et les Anglois dodo : dronte est son nom original ; je veux dire celui sous lequel il est connu dans le lieu de son origine; et c’est par celte raison que j’ai cru devoir le lui conserver, et parce que ordinairement les noms imposés par les peuples simples ont rapport aux propriétés de la chose nommée. On lui a encore appliqué les dénominations de cygne à capuchon , d'autruche encapuchonnée , de coq étranger, de walgh-vogel ; et M. Moehring, qui n’a trouvé aucun de ces noms à son goût, a imaginé celui de ruphus, que M. Brisson a adopté pour son nom latin , comme s’il y avoit quelque avantage à donner au même animal un nom différent dans chaque langue, et comme si l’effet de celte multitude de synonymes n’étoit pas d’embarrasser la science et de jeter de la confusion dans les choses. Ne multiplions pas les êtres, disoient autrefois les philosophes ; mais aujourd’hui on doit dire et répéter sans cesse aux naturalistes ; Ne multipliez pas les noms sans nécessité.

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LE SOLITAIRE

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