‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 104 sur 218 · BILLE · texte numérisé non relu

BILLE

mant , et que ces parties métalliques 11’élant point inflammables ni parfaitement homogènes avec la matière transparente qui fait le fonds de la substance du rubis, elles l’ont rendu plus pesant , et en même temps moins, combustible et moins dur que le diamant. Mais l’analyse chimique a démontré que le rubis 11e contient point de parties métalliques fixes en quantité sensible ; elles ne pourroient en effet manquer de se présenter en particules massives si elles produisoient cet excès de densité : il me semble donc que ce n’est point au mélange des parties métalliques qu’on doit attribuer cette forte densité du rubis , et qu’elle peut provenir , comme celle des spaths pesans, de la seule réunion plus intime des molécules de la terre bolaire ou limoneuse.

L’ordre de dureté, dans les pierres précieuses, ne suit pas celui de densité ; le diamant, quoique moins dense, est beaucoup plus dur que le rubis, la topaze, et le saphir , dont la dureté paroît être à très-peu

MINERAUX

près la même. La forme de cristallisation de ces trois pierres est aussi la même ; mais la densité du rubis surpasse encore celle de la topaze et du saphir '.

Je ne parle ici que du vrai rubis ; car il y a deux autres pierres transparentes , l’une d’un rouge foncé , et l’autre d’un rouge clair, auxquelles on a donné les noms de rubis spinelle et de rubis balais , mais dont la densité, la dureté, et la forme de cristallisation , sont différentes de celles du vrai rubis. Voici ce que m’écrit à ce sujet M. Brisson , de l’Académie des Sciences, auquel nous sommes redevables de la connoissance des pesanteurs spécifiques de tous les minéraux : « Le rubis balais paroît n’être autre chose qu’une variété du rubis spinelle. Les pesanteurs de ces deux pierres sont à peu près semblables ; celle du rubis balais est un peu moindre que celle du spinelle, sans doute parce que sa couleur est moins foncée : de plus, ces deux pierres cristallisent précisément de la même manière; leurs cristaux sont des octaèdres réguliers, composés de deux pyramides à quatre faces triangulaires équilatérales, opposées l’une à l’autre par leur base. Le rubis d’Orient diffère beaucoup de ces pierres, non seulement par sa pesanteur , mais encore par sa forme; ses cristaux sont formés de deux pyramides hexaèdres fort allongées, opposées l’une à l’autre par leur base , et dont les six faces de chacune sont des triangles isocèles. Voici les pesanteurs spécifiques de ces trois pierres : rubis d’Orient, 42833; rubis spinelle, 37600; rubis balais, 36458. » C’est aussi le sentiment d’un de nos plus grands connoisseurs en pierres précieuses 2. L’essence du rubis spinelle et du rubis balais paroît donc

1. La pesanteur spécifique du rubis d’Orient est de 4^833 ; celle de la topaze d’Orient, de 4oio6 ; celle du saphir d’Orient, de 39941. (Tables de M. Brisson.)

2. Voici ce que M. Hoppé m’a fait l’honneur de m’écrire à ce sujet.

« Je prendrai , monsieur le comte , la liberté de vous observer que le rubis spinelle est d’une nature entièrement différente du rubis d’Orient ; ils sont , comme vous le savez , cristallisés différemment, et le premier est infiniment moins dur que le second. Dans le rubis d’Orient , comme dans le saphir et la topaze de la même contrée , la couleur est étrangère et infiltrée , au lieu qu’elle est partie constituante de la matière dans le rubis spinelle. Le rubis spinelle, loin d’être d’un rouge pourpre , c’est-à-dire mêlé de bleu, est au contraire d’un rouge très-chargé de jaune ou écarlate, couleur que n’a jamais le rubis d’Orient, dont le rouge n’approche que très-rarement du ponceau, mais qui, d’un autre coté , prend assez fortement le bleu pour devenir entièrement violet, ce qui forme alors Y améthyste d’Orient.

être la même, à la couleur près; leur texture est semblable; et quoique je les aie compris dans ma labié méthodique comme des variétés du rubis d’Orient, on doit les regarder comme des pierres dont la texture est différente.

Le rouge du rubis d’Orient est très-intense et d’un feu très-vif ; l’incarnat , le ponceau, et le pourpre , y sont souvent mêlés, et le rouge foncé s’y trouve quelquefois teint par nuances de ces deux ou trois couleurs ; et lorsque le rouge est mêlé d’orangé, on lui donne le nom de 'vermeille . Dans les observations que M. Hoppé a eu la bonté de me communiquer, il regarde la vermeille et le rubis balais comme des variétés du rubis spinelle. Cependant la vermeille dont je parle étant à très-peu près de la même pesanteur spécifique que le rubis d’Orient , on ne peut guère douter qu’elle ne soit de la même essence 3.

Le diamant , le rubis , la vermeille , la topaze , le saphir, et le girasol , sont les seules pierres précieuses du premier rang ; on peut y ajouter les rubis spinelle et balais, qui en diffèrent par la texture et par la densité. Toutes ces pierres , et ces pierres seules avec les spaths pesans, n’ont qu’une seule réfraction; toutes les autres substances transparentes, de quelque nature qu’elles soient, sont certainement moins horno.

3. Ayant communiqué cette réflexion à M. Hoppé* voici ce qu’il a eu la bonté de me répondre à ce sujet par sa lettre du 6 décembre de cette année

« Je suis enchanté de voir que mes sentimens sur la nature de la pierre d’Orient et du rubis spinelle aient obtenu votre approbation ; et si votre avis diffère du mien au sujet de la vermeille , c’est faute de m’être expliqué assez exactement dtyis ma lettre du 2 mai 1785, et d’avoir su que c’est au rubis d’Orient ponceau que vous donnez le nom de vermeille. Je n’entends sous cette dénomination que le grenat ponceau de Bohême (qui est , selon les amateurs, la vermeille par excellence) , et le rubis spinelle écarlate taillé en cabochon , que l’on qualifie alors , faussement à la vérité, de vermeille d’Orient. De cette manière , monsieur le comte , j’ai la satisfaction de vous trouver pour le fond entièrement d’accord avec moi , et cela doit nécessairement flatter mon amour-propre.

« J’aurai l’honneur de vous observer encore qu< la plupart des joailliers s’obstinent aussi à appelé. vermeille le grenat rouge jaune de Ceylan, et h. hiacinto-guarnacino des Italiens, lorsqu’ils sont pareillement taillés en cabochon, mais ces deux pierres ne peuvent point entrer en comparaison pour la beauté avec la vermeille d’Orient. »

Je n’ajouterai qu’un mot à cette note instructive de M. Hoppé ; c’est qu’il sera toujours aisé de distinguer la véritable vermeille d’Orient de toutes ces autres pierres auxquelles on donne son nom , par sa plus grande pesanteur spécifique , qui est presque égale à celle du rubis d’Orient.

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