‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 105 sur 218 · RUBIS ET VERMEILLE · texte numérisé non relu

RUBIS ET VERMEILLE

geues , puisque toutes donnent de doubles réfractions.

Mais on pourroit réduire dans le réel ces huit espèces nominales à trois, savoir : le diamant, la pierre d’Orient, et le rubis spinelle ; car nous verrons que l’essence du rubis d’Orient , de la vermeille , de la topaze , du saphir , et du girasol est la même , et que ces pierres ne diffèrent que par des qualités extérieures.

Ces pierres précieuses ne se trouvent que dans les régions les plus chaudes des deux continens; en Asie, dans les îles et presqu’îles des Indes orientales ; en Afrique, à Madagascar; et en Amérique, daus les terres du Brésil.

Les voyageurs conviennent unanimement que les rubis d’un volume considérable, et particulièrement les rubis balais, se trouvent dans les terres et les rivières du royaume de Pégu , deCamboge, de Visapour, de Golconde, de Siam , de Laos, ainsi que dans quelques autres contrées des Indes méridionales; et quoiqu'ils ne citent en Afrique que les pierres précieuses de Madagascar , il est plus que probable qu’il en existe, ainsi que des diamans, dans le continent de cette partie du monde, puisqu’on a trouvé des diamans en Amérique, au Brésil , où la terre est moins chaude que dans les parties équatoriales de l’Afrique.

Au reste, les pierres connues sous le nom de rubis au Brésil ne sont, comme nous l’avons dit, que des cristaux vitreux produits par le schorl ; il en est de même des topazes, émeraudes, et saphirs de cette contrée : nous devons encore observer que les Asiatiques donnent le même nom aux rubis, aux topazes, et aux saphirs d’Orient, qu’ils appellent rubis rouges, rubis jaunes , et rubis bleus , sans les distinguer par aucune autre dénomination particulière; ce qui vient à l'appui de ce que nous avons dit au sujet de l’e-sence de ces trois pierres, qui est en effet la même.

Ces pierres, ainsi que les diamans, sont produites par la terre limoneuse dans les seuls climats chauds, et je regarde comme plus que suspect le fait rapporté par Tavernier, sur des rubis trouvés en Bohème dans l’intérieur des cailloux creux : ces rubis n’étoient sans doute que des grenats ou des cristaux de schorl, teints d un rouge assez vif pour ressembler par leur couleur aux rubis ; d en est probablement de ces prétendus rubis trouvés en Bohème comme de ceux de Perse , qui ne sont aussi que des cristaux tendres et très-différens des vrais rubis.

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Au reste , ce n’est pas sans raisons suffisantes que nous avons mis la vermeille au nombre des vrais rubis, puisqu’elle n’en diffère que par la teinte orangée de son rouge, que sa dureté et sa densité sont les mêmes que celles du rubis d’Orient I, et qu’elle n’a aussi qu’une seule réfraction : cependant plusieurs naturalistes ont mis ensemble la vermeille avec l’hyacinthe et le grenat; mais nous croyons être fondés à la séparer de ces deux pierres vitreuses , non seulement par sa densité et par sa dureté plus grandes, mais encore parce qu’elle résiste au feu comme le rubis, au lieu que l’hyacinthe et le grenat s’y fondent.

Le rubis spinelle et le rubis balais doivent aussi être mis au nombre des pierres précieuses , quoique leur densité soit moindre que celle du vrai rubis; on les trouve les uns et les autres dans les mêmes lieux toujours isolés , et jamais attachés aux rochers : ainsi l’on ne peut regarder ces pierres comme des cristaux vitreux, d’autant qu’elles n’ont , comme le diamant et le vrai rubis, qu’une simple réfraction; elles ont seulement moins de densité et ressemblent à cet égard au diamant , dont la pesanteur spécifique est moindre que celle de. ces cinq pierres précieuses du premier rang, et même au dessous de celle du rubis spinelle et du rubis balais. Le diamant et les pierres précieuses que nous venons d’indiquer sont composés de lames très-minces, appliquées les unes sur les autres plus ou moins régulièrement , et c’est encore un caractère qui distingue ces pierres des cristaux, dont la texture n’est jamais lamelleuse.

Nous avons déjà observé que des trois couleurs rouge , jaune , et bleue , dont sont teintes les pierres précieuses, le rouge est la plus fixe : aussi le rubis spinelle, qui est d’un rouge profond, ne perd pas plus sa couleur au feu que le vrai rubis , tandis qu’un moindre degré de chaleur fait disparoitre le jaune des topazes , et surtout le bleu des saphirs.

Les rubis balais se trouvent quelquefois en assez gros volume ; j’en ai vu trois en 1742 dans le garde-meuble du roi, qui étoient d'une forme quadrangulaire , et qui avoient près d’un pouce en carré sur sept à huit lignes d’épaisseur. Robert de Berquen en cite un qui étoit encore plus gros. Ces rubis, quoique très-transparens, n’ont point

1. La pesanteur spécifique de la vermeille est de 42299 ; celle du rubis d’Orient, de 42838. (Tables de M. Brisson.)

Buffon. III.

MINERAUX

de figure déterminée : cependant leur cristallisation est assez régulière; ils sont, comme le diamant, cristallisés en octaèdre : mais, soit qu’ils se présentent en gros ou en petit volume, il est aisé de reconnoitre qu’ils ont

été frottés fortement et long temps dans les sables des torrens et des rivières où on les trouve, car ils sont presque toujours en masses assez irrégulières , avec les angles émoussés et les arêtes arrondies.

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