‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 12 sur 218 · DU NICKEL · texte numérisé non relu

DU NICKEL

et souvent aussi réfractaires que le fer forgé; et tous étoieiit non seulement attirables à l’aimant, majs même il a observé qu’un de ces régules attiroit toute sorte de fer, et que ces parties s’attiroient réciproquement : ce même régule donne par l’alcali volatil une dissolution de couleur bleue.

M. Bergman a aussi essayé de purifier le nickel par le foie de soufre, qui a une plus grande affinité avec le cobalt qu’avec le nickel, et il est parvenu à séparer ainsi la plus grande partie de ce dernier. Le régule de nickel obtenu après cette dissolution par le foie de soufre ne conserve guère son magnétisme; mais on le lui rend en séparant les matières hétérogènes qui, dans cet étal, couvrent le fer.

Il a de même traité le nickel avec le nitre, le sel ammoniac, l’alcali volatil; et par la dissolution dans l’acide nitreux, et la calcination par le nitre, il l’a privé de presque tout son cobalt : le sel ammoniac en a séparé un peu de fer; mais le nickel relient toujours une certaine quantité de ce métal; et M. Bergman avoue avoir épuisé tous les moyens de l’art sans pouvoir le séparer entièrement du fer.

Le régule de nickel contient quelquefois du bismuth; mais on le sépare aisément en faisant dissoudre ce régule dans l’acide nitreux. et précipitant le bismuth par l'eau.

M. Bergman a encore observé que le nickel donne au verre la couleur d’hyacinthe; et il conclut de ses expériences ;

i° Qu’il est possible de séparer tout l’arsenic du nickel ;

2° Que quoiqu’il tienne quelquefois du cuivre, il est également facile de le purifier de ce mélange, et que quoiqu’il donne la couleur bleue avec l'alcali volatil, cette propriété ne prouve pas plus l’identité du cuivre et du nickel que la couleur jaune des dissolutions d’or et de fer dans l’eau régale ne prouve l'identité de ces métaux;

3° Que le cobalt n’est pas plus essentiel au nickel, puisqu’on parvient à l’en séparer, et même que le cobalt précipite le nickel de sa dissolution par le foie de soufre:

4° Qu’il n’est pas possible de le priver de tout son fer, et que plus on multiplie les opérations pour l’en dépouiller, plus il devient magnétique et difficile à fondre; ce qui le porte à penser qu’il n’est, comme le cobalt et la manganèse, qu’une modification particulière du fer. Voici ses termes :

« Solum itaque jam ferrum restât, et sane « variæ eædemque non exigui momenti ra- « tiones suadent niccolum et cobal tum et

« magnesiam forsan non aliter ac diversissi- « mas ferri modificatîones esse consideran- « das, » On voit par ce dernier passage que ce grand chimiste a trouvé par l’analyse ce que j’avois présumé par les analogies, et qu’en effet le cobalt, le nickel et la manganèse ne sont pas des demi-métaux purs, mais des alliages de différens minéraux mélangés, et si intimement unis au fer, qu’on ne peut les en séparer.

Le cobalt, le nickel et la manganèse, ne pouvant être dépouillés de leur fer, restent donc tous trois attirables à l’aimant; ainsi, de la même manière qu'après les six métaux il se présente une matière nouvellement découverte à laquelle on donne le nom de platine, et qui ne paroît être qu’un alliage d’or ou d’une matière aussi pesante que l’or, avec le fer dans l’état magnétique, il se trouve de même après |es trois substances demi-métalliques, de l’antimoine, du bismuth et du zinc, il se trouve, dis-je, trois substances minérales qui, comme la platine, sont toujours attirables à l’aimant, et qui dès lors doivent être considérées comme des alliages naturels du fer avec d’autres minéraux ; et il me semble que, par cette raison, il seroit à propos de séparer le cobalt 1 , le nickel et fa manganèse des demi-métaux simples, comme la platine doit l’être des métaux purs, puisque ces quatre minéraux ne sont pas des substances simples, mais des composés ou alliages qui ne peuvent être mis au nombre des métaux ou des demi-métaux dont l’essence, comme celle de toute antre matière pure, consiste dans l’unité de substance.

Le nickel peut s’unir avec tous les métaux et demi-métaux: cependant le régule non purifié ne s’allie point avec l’argent : mais le régule pur s’unit à parties égah s avec ce métal, et n’altere ni sa couleur ni sa ductilité. Le nickel s’unit aisément avec l’or, plus difficilement avec le cuivre; et le compose qui résulte de ces alliages est moins ductile que ces métaux, parce qu’ils sont devenus aigres par le fer, qui dans le nickel est toujours attirable à l’aimant. Il m’allie facilement avec l’étain, et lui donne aussi de l’aigreur, il s’unit plus difficilement avec le plomb; il rend le zinc presque fragile. Le fer forgé devient au contraire plus ductile lorsqu’on l’allie avec le nickel : si on le fond , avec le soufre, il se cristallise en aiguilles. Enfin le

t. M. Brandt, chimiste suédois, est le premier qui ait place le cobalt au rang des demi-hiétaux : auparavant on ne le regardoit que comme une terre minérale plus ou moins friable.

MINERAUX

nickel ne s’amalgame pas plus que le cobalt et le fer avec le mercure, même par le secours de la chaleur et de la trituration.

Au reste, le minerai du nickel diffère de celui du cobalt, en ce qu’étant exposé à l’air, il se couvre dune efflorescence verte, au lieu que celle du cobalt est d’un rouge rosacé. Le nickel se dissout dans tous les acides minéraux et végétaux; toutes ses dissolutions sont vertes , et il donne avec le vinaigre des cristaux d’un beau vert.

Le régule du nickel est un peu jaunâtre à l’extérieur; mais, dans l’intérieur, sa substance est d’un beau blanc : elle est composée de lames minces comme celles du bismuth. La dissolution de ce régule par l’acide nitreux ou par l’acide marin est verte comme les cristaux de son minerai , et ces deux

acides sont les seuls qui puissent dissoudre ce régule; car l’acide vitriolique, non plus que les acides végétaux, n’ont aucune action sur lui.

Mais, comme nous l’avons dit, ce régule n’est pas un minéral pur; il est toujours mêlé de fer; et comme ses efflorescences sont vertes, et que les cristaux de sa dissolution conservent cette même couleur, on y a supposé du cuivre qu’on n’y a pas trouvé, tandis que le fer paroît être une substance toujours inhérente dans sa composition. Au reste, ce régule , lorsqu’il est pur, c’est-à-dire purgé de toute autre matière étrangère, résiste au plus grand feu de calcination, et il prend seulement une couleur noire, sans se convertir en verre.

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