‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 120 sur 218 · Mémoires de Physique , pages 71 et · texte numérisé non relu

Mémoires de Physique , pages 71 et

2. Le bismuth est des demi-métaux celui qui se cristallise le plus aisément au feu. «En répétant les expériences de M. l’abbé Mongez , m’écrit M. de Morveau, j’ai vu quelque chose qu’il n’a pas dit , et qui me paroît fait pour donner les idées les plus lumineuses sur la formation des cristaux métalliques ; c’est en traitant le bismuth , qui donne de grandes facilités par sa grande fusibilité. Que l’on verse tout uniment du bismuth en fusion sur une assiette de terre, on voit insensiblement paroître des carrés à la surface ; quand il y en a un certain nombre, qu’on incline le vaisseau pour faire couler ce qui reste fluide , on a de beaux cubes isolés.

des cristaux, lorsqu’on leur applique convenablement le degré de feu constant et continu qui est nécessaire à cette opération.

Les cristaux de la fonte de fer produits par le feu agissent très-puissamment sur l’aiguille aimantée , comme toute autre matière ferrugineuse qui a subi l’action du feu ; les mines primordiales de fer qui ont été formées dès le temps de l’incandescence du globe par le feu primitif sont non seulement attirables à l’aimant, mais souvent parsemées de ces cristaux que la nature a produits avant notre art, et auxquels on n’avait pas fait assez d’attention pour reconnoître que c’étoit une production du feu : mais 011 a vu depuis ces cristaux dans la plupart des mines de première formation , et même dans quelques autres de formation plus récente , et dans la composition desquelles sont entrés les fragmens, et par conséquent les cristaux , des mines primitives.

C’est ainsi que j’ai obtenu ceux que je joins ici. J’ai pensé que vous 11e seriez pas fâché d’en voir un échantillon : il n’y a pas de description qui puisse en dire autant qu’un coup d'œil sur l’objet même. » (Note communiquée par M. de Morveau , en octobre 1782.)

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SABLON MAGNETIQUE.

Nous avons déjà parlé de ce sablon ferrugineux et magnétique, qui accompagne la platine et qui se irouve en abondance, non seulement dans les terrains volcanisés; mais même dans plusieurs autres lieux où d’anciens incendies ont produit du mâchefer, dont ces sablons ne sont que des particules désunies; c’est du fer brûlé autant qu’il peut l’être, et qui de toutes ses propriétés métalliques n’a conservé qu’un magnétisme presque égal à celui de l’aimant. Ce fer entièrement décomposé par le feu ne souffre plus d’autre décomposition ; il peut séjourner pendant des siècles dans le sein de la terre , ou demeurer exposé aux injures de l’air, sans s’altérer, ni s’amollir, ni se réduire en rouille; il ne peut produire aucune stalactite, aucune concrétion; mais il entre assez souvent dans la composition des mines secondaires et des géodes , qui, quoique formées par l’intermède de l’eau, ne laissent pas d’être attirables à l’aimant ; et ce n’est qu’en raison de la quantité de ce sablon magnétique qu’elles jouissent de cette propriété, qui ne leur appartient point en propre ; mais une petite dose de ce sablon magnétique, mêlée ou interposée dans quelques unes des concrétions dont nous venons de parler, et qui ne sont point

du tout attirables à l’aimant , suffit pour leur donner l’apparence du magnétisme, de la même maniéré qu’une très-petite quantité de fer mêlée par la fusion à une masse d’or ou de tout antre métal suffit pour que cet alliage soit sensible à l’action de l’aimant.

Ce sablon magnétique n’est ordinairement qu’une poudre composée de paillettes aussi minces que celles du mica : cependant il se présente quelquefois en masses assez compactes, sous la forme d’une mine de fer noirâtre, qu’on peut regarder comme un aimant de seconde formation ; car le sablon ferrugineux dont elle est composée jouit non seulement de la propriété passive detre attirable à l’aimant , mais encore de la faculté active d’attirer le fer; et ce même sablon , lorsqu’il se trouve mêlé avec la terre dont les géodes sont composées , les rend attirables à l’aimant, tandis que d’autres géodes sont absolument insensibles à son action. Il en est de même de certains granités et autres matières vitreuses de seconde formation , telles que les serpentines , pierres ollaires , etc. , dans lesquelles ce sablon magnétique est entré comme partie constituante, et les a rendues plus ou moins sensibles à l’action de l’aimant.

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CONCRETIONS DE L’OR.

L’or n’est pas susceptible d’altération dans le sein de la terre et ne peut être minéralisé que quand, par le concours de circonstances très-rares , il a été dissous et ensuite précipité : on ne doit donc pas être surpris que l’or se présente toujours sous sa forme métallique, soit dans ses mines primordiales , soit dans celles qui sont de formation secondaire ; seulement nous devons observer que , dans les premières , il se montre assez souvent en cristaux, comme ayant subi pendant long- temps et dans un parfait repos l’action du feu primitif qui le tenoil en fusion, au lieu que, dans ses mines de seconde formation, il n’a nulle forme régulière; ce sont des paillettes, des filets contournés et souvent capillaires, des grains plus ou moins

arrondis , des pepites plus ou moins pures , dans lesquelles le caractère de la cristallisa ^ tion primitive est entièrement effacé , parce que toutes ne sont composées que des détrimens de l’or primordial sublimé , fondu , et quelquefois cristallisé par le feu primitif, et que ces masses primordiales et ces cristaux ayant été frottés , roulés , et entraînés par les eaux , n’ont pu conserver leur première figure : ce ne sont en effet que des particules d’or détachées des mines primitives , et qui se sont réunies par leur affinité sous la forme que leur présentoient les petites cavités où l’eau les déposoit. Aussi ne trouvet-on l’or cristallisé et l’or de première formation que dans les fentes du quartz et des autres roches vitreuses, tandis que l’or en

MINERAUX

pépites , en grains , en paillettes , et en filets, se présente dans les montagnes à couches schisteuses , argileuses, ou calcaires , et même dans les terres limoneuses. On peut donc dire qu’il n’y a point d’autres concrétions de l’or que ces mines de seconde formation , dans lesquelles il n’est ni minéralisé ni même altéré, et je doute que nos minéralogistes soient bien fondés à regarder comme minéralisé l’or qui se trouve dans les pyrites ; car il n’y est qu’interposé ou disséminé en poudre impalpable, sans être altéré. Le foie de soufre , à la vérité, peut minéraliser les précipités d’or : il faudroit donc supposer, iQ du foie de soufre dans ces pyrites; 20 de l’or d’abord dissous dans le sein de la terre ; 3* ce même or précipité de sa dissolution ; trois circonstances dont la réunion est si rare, qu’on ne doit pas la compter dans le nombre des effets ordinaires de la nature; et la preuve que l’or n’est qu’interposé, et non minéralisé , dans ces substances auxquelles on a donné le nom de pyrites aurifères, c’est que sa substance 11’est point altérée, puisqu’en broyant ces pyrites aurifères

on retire , par le lavage ou par la fonte, cet or dans son état métallique.

Tous les métaux qui peuvent se réduire en chaux par l’action du feu ont été calcinés par le feu primitif : l’or et l’argent sont les seuls qui ont résisté à cette action; et, dans les mines primordiales de ces deux métaux, on n’a jamais rencontré de chaux d’or ni d’argent. C’est par cette raison que les concrétions secondaires et les minéralisations de ces deux métaux sont aussi rares que celles des autres sont fréquentes : et l’or dans ses mines primordiales étant toujours plus ou moins allié d’argent, sa cristallisation est aussi plus ou moins parfaite, selon son degré de pureté, de sorte que l’or le moins allié d’argent par la nature doit s’être cristallisé le plus régulièrement ; et cette cristallisation de l’or primitif est en forme octaèdre régulière , et absolument pareille à celle que prend l’or épuré par notre art en se cristallisant, lorsqu’on le tient assez long-temps en fusion pour le laisser se solidifier lentement et se cristalliser à sa surface.

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