‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 133 sur 218 · PIERRE DE TOUCHE · texte numérisé non relu

PIERRE DE TOUCHE

glisser le métal sans l’entamer et sans en recevoir la trace. Les acides peuvent enlever cette impression métallique, parce que le basalte ou pierre de touche sur lesquels on frotte le métal sont d’une substance vitreuse qui résiste à l’action des acides, auxquels les métaux ne résistent pas.

Il paroît que le basalte dont on se sert comme pierre de touche est la pierre de Lydie des anciens : les Égyptiens et les autres peuples du Levant connoissoient assez ces basaltes pour les employer à plusieurs ouvrages , et l’on trouve encore aujourd’hui des figures et des morceaux de ce basalte,

pierre de Lydie, dont la texture est feuilletée et la couleur brune ou noire. Au reste, il ne faut pas coufondre ce basalte, vraie pierre de touche, avec la pierre décrite par M. Pott , à laquelle il donne ce même nom ; car cette pierre de M. Pott n’est pas un basalte, mais un schiste dur, mélangé d’un sable fin de grès : seulement on doit dire qu’il y a plus d’une sorte de pierre dont on se sert pour toucher les métaux ; et eu effet, il suffit, pour l’usage qu’on en fait, que ces pierres soient plus dures que le métal , et que leur surface ne soit pas assez polie pour le laisser glisser sans l’entamer.

PIERRE VARIOL1TE.

Ces pierres sont ainsi dénommées parce qu'elles présentent à leur surface de petits tubercules assez semblables aux grains et pustules de la petite-vérole. On trouve de ces pierres en grande quantité dans la Durance ; elles viennent des montagnes au dessus de la vallée de Servières, à deux lieues de Briançon , d'où elles sont entraînées par les eaux en morceaux plus ou moins gros ; elles se trouvent aussi en masses assez considérables dans cette même vallée. M. le docteur Demeste dit que ces pierres variolites de la Durance sont des galets ou masses roulées d’un basalte grisâtre ou d’un vert brun , lequel est souvent entremêlé de quelques veines quartzeuses, et parsemé de petites éminences formées par des globules verdâtres , qui sont aussi du basalte , mais beaucoup plus dur que la gangue grisâtre, puisque ces globules , moins usés que le reste , en roulant forment les éminences superficielles qui ont fait donuer à cette pierre le nom de variolite. Ces petites éminences , dont le centre offre d’ordinait e un point rouge , imitent en effet assez bien les pustules de la petite-vérole.

Nous devons observer ici que cet habile chimiste suivoit la nomenclature des Allemands et des Suédois , qui donnoient alors le nom de basalte au schorl , par la seule raison qu’il étoit souvent configuré en prisme comme le véritable basalte : mais les naturalistes ont rejeté cette dénomination équivoque , depuis qu’ils ont reconnu , avec M. Faujas de Saint-Fond, que le nom de basalte ne devoit être donne spécifiquement

et exclusivement qu’aux laves prismatiques, connues sous le nom de basaltes , tels que ceux de Stolpen en Misnie, d’Antrim en Irlande, ceux du Yivarais, du Yélay , de l’Auvergne , etc.

Pour éclaircir cette nomenclature, M. Faujas de Saint -Fond a observé que Wallerius , qui a nommé cette pierre lapis variolarum ou 'variolites , l’avoit mise au nombre des basaltes, sans spécifier si c’étoit un basalte volcanique, et que, sans autre examen, cette dénomination équivoque a été adoptée par Linnæus, par M. le baron de Born et par plusieurs de nos naturalistes françois. M. Faujas de Saint-Fond a donc pensé qu’il falloit désigner cette pierre par des caractères plus précis , et il l’a dénommée lapis variolites viridis verus , afin de la distinguer de plusieurs autres pierres couvertes également de taches et relevées de tubercules, et qui cependant sont très-différentes de celle-ci.

Les Romains ont connu la véritable pierre variolite, « J’en ai vu une très-belle, dit M. Faujas de Saint-Fond, entourée d’un cercle d’or, qui fut trouvée en Dauphiné, dans un tombeau antique, entre Suse et Saint-Paul-Trois-Châteaux ; elle avoit été regardée probablement comme une espèce d’amulette propre à garantir de la maladie avec laquelle elle a une sorte de ressemblance. Quelques peuplades des Indes occidentales, ayant la même croyance, portent cette pierre susjKjndue à leur cou ; ils la nomment gamaïcou. »

Cette pierre est particulièrement connue en Europe sous le nom de variolite de la

Durance , parce qu’elle est abondante dans cette rivière; les t orrons la détachent des hautes Alpes dauphinoises, dans une étroite et profonde vallée , entre Servières et Briançon.

La vraie variolite est d’un vert plus ou moins foncé ; sa pâte est fine , dure , et susceptible de recevoir un beau poli , quoiqu’un peu gras , particulièrement sur les taches.

Les plus gros boutons et protubérances de la variolite n’excèdent pas six à sept lignes île diamètre , et les plus petits ne sont que d’une demi-ligne.

L’on a reconnu dons la variolite quelques points et des linéamens de pyrite et même d'argent natif, mais en très-petite quantité. L’analyse de cette pierre, faite avec beaucoup de soin par M. Faujas de Saint Fond, tend

à prouver qu’elle est composée de quartz , d’argile , de magnésie , de terre calcaire , et d’un peu de fer qui a produit sa couleur verte , et que les taches qui forment ces protubérances singulières sur les variolites roulées sont dues à des globules de schorl plus dures que la pierre même qui les renferme.

Cette pierre composée de tous ces élémens est beaucoup moins commune que les autres pierres , puisqu’on ne l’a jusqu’à présent trouvée que dans quelques endroits de la vallée de Servières en Dauphiné , dans un seul autre endroit en Suisse , et en dernier lieu dans l’ile de Corse. Don Ulloa et M. Yalmont de Bomare disent qu’elle se trouve aussi en Amérique ; mais nous n’en avons reçu aucun échantillon par nos correspondans.

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