Voyez les Epoques de la Nature
parla quantité de sa force, quoiqu’il porte le même nom, et qu’également son pôle sud se tourne toujours vers le pôle austral de la terre, dont la force diffère aussi, par sa quantité, de celle du pôle austral de l’aiguille aimantée. L’on verra doue aisément commet ,t, par une suite de l’inégalité des deux courans électriques, l’aiguille aimantée qui marque les déclinaisons se tourne toujours vers le pôle nord du globe , dans quelque hémisphère qu’elle soit placée , tandis qu’au contraire l’aiguille qui marque l’inclinaison de l’aimant s’incline vers le nord dans l’hémisphère boréal, et vers le pôle sud dans l’hémisphère austral, pour obéir à la force générale, qui va de l’équateur aux deux pôles terrestres en suivant la courbure du globe , de même que les particules de limaille de fer répandues sur un aimant s’inclinent vers l’un ou l’autre des pôles de cet aimant, suivant qu’elles en sont plus voisines, ou que l’un des pôles a plus de supériorité sur l’autre. Ces phénomènes, dont l’explication a toujours paru difficile, sont de nouvelles preuves de notre théorie, et montrent sa liaison avec les grands faits de l’histoire du globe.
Voilà donc les deux phénomènes de la direction aux pôles et de l’inclinaison à l’horizon ramenés à une cause simple, dont les effets seroient toujours les mêmes si tous les êtres organisés et toutes les matières brutes recevoient également les influences de cette force : mais, dans les êtres vivans , la quantité de l’électricité qu’ils possèdent , ou qu’ils peuvent recevoir, est relative à leur organisation, et il s’en trouve qui, comme la torpille, non seulement la reçoivent, mais semblent l’attirer, au point de former une sphère particulière d’électricité combinée avec la vertu magnétique, comme aussi, dans les matières brutes, le fer se fait une sphère particulière d’électricité à laquelle on a donné le nom de magnétisme ; et enfin s’il existoit des corps aussi électriques que la torpille, et en assez grande quantité pour former de grandes masses, aussi considérables que celles des mines de fer en différens endroits du globe , n’est-il pas plus que probable que le cours de l’électricité générale se fléchiroit vers ces masses électriques comme elle se fléchit vers les grandes masses ferrugineuses qui sont à la surface du globe, et qu’elles produiroient les inflexions de eetle force électrique ou magnétique en la déterminant à se porter vers ces sphères particulières d’attraction comme vers autant de pôles électriques plus
aifl TRAITÉ DE L’AIMANT
gu moins éloignés des' pôles terrestres , selon le gisement des contiueus et la situation de ces masses électriques?
Et comme la situation des pôles magnétiques peut changer ci change réellement, tant par les travaux de l’homme, lesquels peuvent enfouir ou découvrir les matières ferrugineuses, que par les grands mouvement de la nature dans les tremhJemeus de terre et dans la production des basaltes et des laves, qui tous sont magnétiques, on ne doit pas être si fort émerveillé du mouvement de l’aiguille aimantée vers l’ouest ou vers l’est; car sa direction doit varier et changer selon qu’il se forme de nouvelles chaînes de basaltes et de laves, et qu’il se découvre de nouvelles mines dont l’action favorise ou contrarie celle des mines plus anciennes.
Par exemple, la déclinaison de l’aiguille à Paris étoit , en i58o, de onze degrés à l’est. Le pôle magnétique, c’est-à-dire les masses ferrugineuses et magnétiques qui le formaient étoient donc situées dans le nord de l’Europe, et peut-être en Sibérie : mais comme depuis celte année iô8o l’on a commencé à défricher quelques terrains dans l’Amérique septentrionale, et qu’on a découvert et travaillé des mines de fer en Canada et dans plusieurs autres parties de cette région de l’Amérique, l’aiguille s’est peu à peu portée vers l’ouest, par l’attraction de ces mines nouvelles, plus puissante que celle des anciennes; et ce mouvement progressif de l’aiguille pourroit devenir rétrograde s’il se découvToit dans le nord de l’Europe et de l’Asie d’autres grandes masses ferrugineuses qui, par leur exploitation à l’air et leur aimantation, deviendroient bientôt des pôles magnétiques aussi et peut-être plus puissans que celui qui détermine aujourd hui la déclinaison de l’aiguille vers le nord de l’Amérique, et dont l’existence est prouvée par les observations.
Parmi ces causes , tout accidentelles, qui doivent faire changer la direction de l’aimant, l’on doit compter comme l’une des plus puissantes 1’éruption des volcans, et les torrens de laves et de basaltes, dont la substance est toujours mêlée de beaucoup de fer. Ces laves et ces basaltes occupent souvent de grandes étendues à la surlace de la terre, et doivent par conséquent influer sur la direction de l’aimant; en sorte qu’un volcan, qui, par ses éjections, produit souvent de longues chaînes de collines composées de laves et de basaltes , forme pour ainsi dire de nouvelles mines de fer dont
l’action doit seconder ou contrarier l’effet des autres mines sur la direction de l’aimant.
Nous pouvons même assurer que ces basaltes peuvent former non seulement de nouvelles mines de fer, mais aussi de véritables masses d’aimant; car leurs colonnes ont souvent des pôles bien décidés d’attraction et de répulsion. Par exemple, les colonnades de basalte de s bords de la Volane, près de Val en Vivarais, ainsi que celles de la montagne de Chenavari, près de Rochemaure, qui ont plus de douze pieds de hauteur, présentent plusieurs colonnes douées de celle vertu magnétique, laquelle peut leur avoir été communiquée par les foudres électriques ou par le magnétisme général du globe '.
Il en est ele mçme des tremblemens de terres et des bouleversemens que produisent leurs mouvejnens subits et désastreux ; ce sont les foudres de l’électricité souterraine, dont les coups frappent et soulèvent par secousses de grandes portions de terre, et dès lors tonte la matière ferrugineuse qui se trouve dans celte grande étendue devient magnétique par l’action de cette foudre électrique; ce qui produit encore de nouvelles mines attirahlcs à I aimant , dans les lieux où il n’existoit auparavant que du fer en rouille, en ocre, et qui, dans cet état, n’étoit point magnétique.
Les grands incendies des forêts produisent aussi une quantité considérable de matière ferrugineuse et magnétique. La plus grande partie des terres du Nouveau-Monde étoient non seulement couvertes, mais encore encombrées de bois morts ou vivans, auxquels on a mis le feu pour donner du jour et rendre la terre susceptible de culture. Et c’est surtout dans l’Amérique septentrionale que l’on a brûlé et que l’on brûle encore ces immenses forêts dans une vaste étendue; et cette cause particulière peut avoir influé sur la déclinaison vers l’ouest de l’aimant en Europe.
On ne doit donc regarder la déclinaison de l’aimant que comme un effet purement accidentel, et le magnétisme comme un produit particulier de l’électricité du globe. Nous allons exposer en détail tous les faits qui ontrapport ;iux phénomènes de l’aimant, et l’on verra qu’aucun ne démentira la vérité de cette assertion.
i. Noie communiquée par M. Faujas de Saint- Fond.
ET DE SES USAGES