TRAITÉ DE L’AIMANT ET DE SES USAGES
ceux de l’atlraction universelle. Le feu se manifeste dans toutes les parties de l’univers, soit par la lumière, soit par la chaleur; il brille dans le soleil et dans les astres fixes ; il tient encore en incandescence les grosses planètes ; il échauffe plus ou moins les autres danètes et les comètes; il a aussi pénétré, ondu , enflammé la matière de notre globe, lequel, ayant subi l’action de ce feu primitif, est encore chaud ; et quoique cette chaleur s’évapore et se dissipe sans cesse, elle est néantnoins très-active et subsiste en grande quantité, puisque la température de l’intérieur de la terre , à une médiocre profondeur, est déplus de dix degrés.
C’est de ce feu intérieur ou de cette chaleur propre du globe que provient le feu particulier de l’électricité. Nous avons déjà dit dans notre Introduction à C Histoire des Minéraux , et tout nous le persuade, que l’électricité tire sou origine de cette chaleur intérieure du globe. Les émanations continuelles de cette chaleur intérieure s’élèvent perpendiculairement à chaque point de la surlace de la terre : elles sont bien plus abondantes à l'équateur que dans toutes les autres parties du globe; assez nombreuses dans les zones tempérées, elles deviennent milles ou presque milles aux régions polaires, qui sont couvertes par la glace ou resserrées par la gelée. Le fluide électrique, ainsi que les émanations qui le produisent, ne peuvent donc jamais être en équilibre autour du globe; ces émanations doivent nécessairement partir de l’équateur où elles abondent , et se porter vers les pôles où elles manquent.
Ces courants électriques qui partent de l’équateur et des régions adjacentes se compriment et se resserrent en se dirigeant à chaque pôle terrestre, à peu près comme les méridiens se rapprochent les uns des autres : des lors la chaleur obscure qui émane de la terre et forme ces courans électriques peut devenir lumineuse en se condensant dans un moindre espace, de la même manière que la chaleur obscure de nos fourneaux devient lumineuse lorsqu’on la condense en la tenant enfermée; et c’est là la vraie cause de ces feux qu’on regardoit autrefois comme des incendies célestes , et qui ne sont néanmoins que des effets électriques auxquels on a donné le nom d 'aurores polaires. Elles sont plus fréquentes dans les saisons de l’automne et de l’hiver, parce que c’est le temps où les émanations de la chaleur de la terre sont le plus complètement supprimées dans les zones froides, tandis qu’elles sont toujours presque également abondantes dans la zone torride ;
elles doivent donc se porter alors avec plus de rapidité de l’équateur aux pôles, et devenir lumineuses par leur accumulation et leur resserrement dans un plus petit espace l.
Mais ce n’est pas seulement dans l’atmosphère et à la surface du globe que ce fluide électrique produit de grands effets; il agit également , et même avec beaucoup plus de force, à l intérieur du globe, et surtout dans les cavités qui se trouvent en grand nombre au dessous des couches extérieures de la terre ; il fait jaillir , dans tous ces espaces vides, des foudres plus ou moins puissantes; et en recherchant les diverses manières dont peuvent se former ces foudres souterraines, nous trouverons que les quartz, les jaspes, les feld-spaths , les schorls , les granités , et autres matières vitreuses, sont éleclrisables par frottement comme nos verres factices, dont on se sert pour produire la force électrique et pour isoler les corps auxquels on veut la communiquer.
Ces substances vitreuses doivent donc isoler les amas d’eau qui peuvent se trouver dans ces cavités, ainsi que les débris des corps organisés, les terres humides, les matières calcaires , et les divers filons métalliques. Ces amas d’eau, ces matières métalliques, calcaires, végétales, et humides, sont au contraire les plus puissans conducteurs du fluide électrique. Lors donc qu’elles sont isolées par les matières vitreuses, elles peuvent être chargées d’un excès plus ou moins considérable de ce fluide, de même qu’en sont chargées les nuées environnées d’un air sec qui les isole.
Des courans d’eau produits par des pluies plus ou moins abondantes ou d’autres causes locales et accidentelles peuvent faire communiquer des matières conductrices, isolées, et chargées de fluide électrique, avec d’autres substances de même nature, également isolées, mais dans lesquelles ce fluide n’aura pas été accumulé : alors ce fluide de feu doit s’élancer du premier amas d’eau vers le second, et dès lors il produit la foudre souterraine dans l’espace qu’il parcourt; les
i. M. le comte de Lacépède a publié, dans le Journal de Physique de 1778, un mémoire dans lequel il suit les mêmes vues , relatives à l'électricité, que nous avons données dans notre Introduction à l’Histoire des Minéraux , et rapporte l’oéigiite des aurores boréales à l’accumulation du feu électrique qui part de l’équateur, et va se ramasserait dessus des contrées polaires. En 1779 on a lu, dans une des séances publiques de l’ Académie des Sciences , un mémoire de M. Franklin, dans lequel ce savant physicien attribue aussi la formation des aurores boréales au fluide électrique qui se porte et se condense au dessus des glaces des deux pâles.
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matières combustibles s’allument; les explosions se multiplient ; elles soulèvent et ébranlent des portions de terre d’une grande étendue, et des blocs de rocher en trèsgrande masse et en bancs continus. Les vents souterrains, produits par ces grandes agitations, soufflent et s’élancent dès lors avec violence contre des substances conductrices de l’électricité, isolées par des matières vitreuses : ils peuvent donc aussi électriser ces substances de la même manière que nous électrisons , par le moyen de l’air fortement agité, des conducteurs isolés, humides ou métalliques.
La foudre allumée par ces diverses causes, et mettant le feu aux matières combustibles renfermées dans le sein de la terre, peut produire des volcans et d’autres incendies durables. Les matières enflammées dans leurs foyers doivent, en échauffant les schistes et les autres matières vitreuses de seconde formation qui les contiennent et les isolent , augmenter l’affinité de ces dernières substances avec le feu électrique; elles doivent alors leur communiquer une partie de celui qu’elles possèdent, et par conséquent devenir électrisées en moins. Et c’est par cette raison que lorsque ces matières fondues et rejetées par les volcans coulent à la surface de la terre, ou qu’elles s’élèvent en colonnes ardentes au dessus des cratères, elles attirent le fluide électrique des divers corps qu’elles rencontrent, et même des nuages suspendus au dessus; car l’on voit alors jaillir de tous côtés des foudres aériennes qui s’élancent vers les matières enflammées yomies par les volcans ; et comme les eaux de la mer parviennent aussi dans les foyers des volcans, et que la flamme est, comme l’eau , conductrice de l’électricité 1 , elles
t. Il y a environ vingt ans que le nommé Aubert, faïencier à la Tour d’Aigues , étant occupé à cuire une fournée de faïence, vit avec le plus grand étonnement le feu s’éteindre dans l’instant même , et passer d’un feu de cerise à l’obscurité totale. Le four étoit allumé depuis plus de vingt heures , et la vitrification de l’émai1 des pièces étoit déjà avancée. 11 fit tous ses efforts pour rallumer le feu , et achever sa cuite, mais inutilement. Il fut obligé de l’abandonner.
Je fus tout de suite averti de cet accident ; je me transportai à sa fabrique , où je vis ce four, effectivement obscur, conservant encore toute sa chaleur.
Il y avoit eu ce jour là , vers les trois heures après midi , un orage duquel partit le coup de tonnerre qui avoit produit l’effet dont je viens de parler. L’on avoit vn du dehors la foudre : le faïencier avoit entendu un coup qui n’avoit rien d’extraordinaire, sans apercevoir l’éclair ni la moindre clarté. Rien n’étoit dérangé dans la chambre du four ni au toit. Le coup de tonuerre étoit entré par la gueule de loup faite pour laisser échapper la fu-
communiquent une grande quantité de fluide électrique aux matières enflammées et électrisées en moins; ce qui produit de nouvelles foudres, et cause d’autres secousses et des explosions qui bouleversent et enlr’ouvrent la surface de la terre.
De plus, les substances vitreuses qui forment les parois des cavilés des volcans, et qui ont reçu une quantité de fluide électrique proportionnée à la chaleur qui les a pénétrées, s’en trouvent surchargées à mesure qu’elles se refroidissent; elles lancent de nouvelles foudres contre les matières enflammées, et produisent de nouvelles secousses qui se propagent à des distances plus ou moins grandes, suivant la disposition des matières conductrices. Et comme le fluide électrique peut parcourir en un instant l’espace le plus vaste, en ébranlant tout ce qui
niée , et placée perpendiculairement sur le four avec une ouverture de plus de dix pieds carrés.
Curieux de voir ce qui s’étoit passé dans l’intérieur du four, j’assistai à son ouverture deux jours après. 11 n’y avoit rien de cassé , ni même de dérangé ; mais l’émail appliqué sur toutes les pièces étoit entièrement enfumé et tacheté partout de points blancs et jaunes , sans doute dus aux parties métalliques qui n’avoient point eu le temps d’entrer en fusion.
Il est à croire que la foudre avoit passé à portée du feu , qui l’avoit attirée et absorbée sans qu’elle eût eu le temps ni le pouvoir d’éclater.
Mais pour connoître la force de cet effet , il est nécessaire d’être instruit de la forme des fours en usage dans nos provinces , lesquels font une masse de feu bien plus considérable que ceux des autres pays, parce qu’étant obligé d’y. cuire avec les fagots ou branches de pins ou de chênes verts , qui donnent un feu extrêmement ardent, on est forcé d’écarter le foyer du dépôt de la marchandise.
La flamme parcourt dans ces fours plus de six toises de longueur. Ils sont partagés en trois pièces: le corps du four, relevé sur le terrain , y est construit entre deux voûtes; le dessous est à moitié enterré pour mieux conserver la chaleur, et il est précédé d’une voûte qui s’étend jusqu’à la porte par laquelle l’on jette les fagots au nombre de trois ou quatre à la fois. On a l’attention de laisser brûler ces fagots sans en fournir de nouveaux-jusqu’à ce que la flamme, après avoir circulé dans tout le corps et s’être élevée plus d’un pied au sommet du four, soit absolument tombée.
Le four dans lequel tomba le tonnerre est de huit pieds de largeur en carré sur environ dix pieds de hauteur. Le dessous du four a les mêmes dimensions , mais il est élevé seulement de six pieds. On l’emploie à cuire des biscuits et le massicot pour le blanc de la fournée suivante. Quant à la gorge du four, elle est aussi de six pieds de haut , mais de largeur inégale, puisque le four n’a pas quatre pieds de largeur à son ouverture. Il est donc aisé de conclure que la force qui put en un seul instant anéantir une pareille masse ignée dut être d’une puissance étonnante. Extrait d’une lettre de M. de la Tour-d’ Aigues , président à mortier au pçrlement de Provence , écrite à M. Daubenton , garde du Cabinet du Roi , de l’Académie de s Sciences.
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se trouve sur son passage, c’est à cette cause que l’on doit rapporter les commolions et les tremblemens de terre qui se font sentir, presque dans le même instant, à de trèsgrandes distances; car, si l’on veut juger de la force prodigieuse des foudres qui produisent les tremblemens de terre les plus étendus, que l’on compare l’espace immense et d’un grand nombre de lieues que les substances conductrices occupent quelquefois dans le sein de la terre , avec les petites dimensions des nuages qui lancent la foudre des airs , dont la force suffit cependant pour renverser les édifices les plus solides.
On a vu le tonnerre renverser des blocs de rocher de plus de vingt-cinq toises cubes. Les conducteurs souterrains peuvent être au moins cinquante mille fois plus volumineux que les uuages orageux : si leur force étoit en proportion , la foudre qu’ils produisent pounoit donc renverser plus de douze cent mille toises cubes; et comme la chaleur intérieure de la terre est beaucoup plus grande que celle de l'atmosphère à la hauteur des nuages, la foudre de ces conducteurs électriques doit être augmentée dans cette proportion, et des lors on peut dire que cette force est assez puissante pour bouleverser et même projeter plusieurs millions de toises cubes.
Maintenant si nous considérons le grand uombre des volcans actuellement agissans, et le nombre infiniment plus grand des anciens volcans éteints, nous reconnoîtrons qu’ils forment de larges bandes dans plusieurs directions qui s’étendent autour du globe, et occupent des espaces d’une très-longue étendue, dans lesquels la terre a été bouleversée, et s’est souvent affaissée au dessous ou élevée au dessus de son niveau. C’est surtout dans les régions de la zone torride que se sont faits les plus grands changemens. On peut suivre la ruine des conlinens terrestres et leur abaissement sous les eaux, en parcourant les îles de la mer du Sud. On peut voir, au contraire, l’élévation des terres par 1 inspection des montagnes de l’Amérique méridionale, dont quelques unes sont encore des volcans agissans. On retrouve les mêmes volcans dans les îles de la mer Atlantique, dans celles de l’Océan indien , et jusque dans les régions polaires, comme en Islande, en Europe et à la Terre-de-Feu, à l’extrémité de l’Amérique. La zone tempérée offre de même dans les deux hémisphères une infinité d’indices de volcans éteints; et l’on ne peut douter que ces énormes explosions, auxquelles l’électricité souterraine a la plus
grande part, n’aient très-anciennement bouleversé les terres à la surface du globe, à une assez grande profondeur, dans une étendue de plusieurs centaines de lieues en différées sens.
M. Faujasde Saint-Fond, l’un de nos plus savans naturalistes, a entrepris de donner la carte de tous les terrains volcanisés qui se voient à la surface du globe, et dont on peut suivre le cours sous les eaux de la mer, par l’inspection des îles , des écueils et autres fonds volcanisés. Cet infatigable et bon observateur a parcouru tous les terrains qui offrent en Europe des indices du feu volcanique; et il a extrait des voyageurs les renseignemens sur cet objet, dans toutes les parties du monde : il a bien voulu me fournir des notes en grand nombre sur tous les volcans de l’Europe qu’il a lui-même observés; j’ai cru devoir en présenter ici l’extrait, qui ne pourra que confirmer tout ce que nous avons dit sur les causes et les effets de ces feux souterrains.
En prenant le volcan brûlant du mont Hécla en Islande pour point de départ , on peut suivre, sans interruption, une assez large zone entièrement volcanisée , où l’observateur ne perd jamais de vue, un seul instant, les laves de toute espèce. Après avoir parcouru cette île, qui n’est qu’un amas de volcans éteints, adossés contre la montagne principale, dont les flancs sont encore embrasés, supposons qu’il s’embarque a la pointe de l’île qui porte le nom de Long-Nez. Il trouvera sur sa route Westerhorn, Portland, et plusieurs autres îles volcaniques; il visitera celle de Stroma, remarquable par ses grandes chaussées de basalte, et ensuite les îles de Féroé, où les laves et les basaltes se trouvent mêlés de zéolites. Depuis Féroé, il se portera sur les îles de Shetland , qui sont toutes volcanisées ; et de là aux îles Oreades, lesquelles paroissent s’être élevées en entier d’une mer de feu. Les Oreades sont comme adhérentes aux îles Hébrides. C’est dans cet archipel tpie se trouvent celles de Saint-Kilda, Sky, loua, Lyri , Ilikenkil; la vaste et singulière caverne basaltique de Staffa, connue sous le nom de grotte de Fingal; l’île de Mull, qui n’est qu’un composé de basalte, pétri, pour ainsi dire, avec de la zéolite.
De Pile de Mull, on peut aller en Écosse par celle de Kereyru, également volcanisée, et arriver à Dun-Staffugé , ou à Dunkeld, sur les laves et les basaltes, que l’on peut suivre sans interruption par le duché d’Inverary, par celui de Perth, par Glascqw,
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jusqu’à Édimbourg. Ici les volcans semblent avoir trouvé des bornes qui les ont empêchés d’entrer dans l’Angleterre proprement dite; mais ils se sont repliés sur eux-mêmes: on les suit sans interruption et sur une assez large zone qui s’étend depuis Dumbar, Cowper, Stirling, jusqu’au bord de la mer, vers Port-Patrick. L’Irlande est en face, et l’on trouve à une petite distance les écueils du canal Saint-George, qui sont aussi volcanisés; l’on touche bientôt à cette immense colonnade connue sous le nom de Chaussée des Géans , et formant une ceinture de basalte prismatique, qui rend l’abord de l’Irlande presque inaccessible de ce côté.
En France, on peut reconnoître des volcans éteints en Bretagne, entre Royan et Tréguier, et les suivre dans une partie du Limousin, et en Auvergne, où se sont faits de très-grands mouyemens, et de fortes éruptions de volcans actuellement éteints ; car les montagnes, les pics, les collines de basalte et de lave y sont si rapprochés , si accumulés, qu’ils offrent un système bizarre et disparate, très-différent de la disposition et de l’arrangement de toutes les autres montagnes. Le Mont-d’Or et le Puy-de-Dôme peuvent être regardés comme autant de volcans principaux qui dominoient sur tous les autres.
Les villes de Clermont, de Riom , d’Issoire , ne sont bâties qu’avec des laves, et ne reposent que sur des laves. Le cours de ces terrains volcanisés s’étend jusqu’au delà de l’Ailier, et on en voit des indices dans une partie du Bourbonnois, et jusque dans la Bourgogne, auprès de Mont-Cénis, où l’on a reconnu le pic conique de Drevin, formé par un faisceau de basalte, qui s’élève en pointe à trois cents pieds de hauteur, et forme une grande borne qu’on peut regarder comme la limite du terrain volcanisé. Ces mêmes volcans d’Auvergne s’étendent, d’un côté, par Saint-Flour et Aurillac, jusqu’en Rouergue, et , de l’autre, dans le Vélay ; et en remontant la Loire jusqu’à sa source, parmi les laves, nous arriverons au mont Mezin, qui est un grand volcan éteint, dont la base a plus de douze lieues de circonférence, et dont la hauteur s’élève au dessus de neuf cents toises. Le Vivarais est attenant au Vélay, et l’on y voit un très-grand nombre de cratères de volcans éteints, et des chaussées de basalte que l’on peut suivre dans leur largeur jusqu’à Rochemaure , au bord du Rhône, en face de Montélimart : mais leur développement en longueur s’étend par Cassan , Saint-Tibéri , jusqu’à Agde , où la
montagne volcanique de SaintrLoup offre des escarpemens de lave d’une grande épaisseur et d’une hauteur très-considérable.
Il paroît qu’auprès d’Agde les laves s’enfoncent sous la mer ; mais on ne tarde pas à les voir reparoitre entre Marseille et Toulon, où l’on commit le volcan d’Olioulles et celui des environs de Tourves. De grands dépôts calcaires ont recouvert postérieurement plusieurs de ces volcans : mais ou en voit dont les sommités paroissent sortir du milieu de ces antiques dépouilles de la mer; ceux des environs de Fréjus et d’Antibes sont de ce nombre.
Ici les Alpes maritimes ont servi de barrière aux feux souterrains delà Provence, et les ont, pour ainsi dire, empêchés de se joindre à ceux de l’Italie par la voie la plus courte ; car derrière ces mêmes Alpes il se trou\e des volcans qui, en ligne droite, ne sont éloignés que de trente lieues de ceux de Provence.
La zone incendiée a donc pris une autre route ; on peut même dire qu’elle a une double direction en partant d’Antibes. La première arrive, par une communication sous-marine, en Sardaigne ; elle coupe le cap Carbonara , traverse les montagnes de cette île, se replonge sous les eaux pour reparoître à Carthagcne, et se joindre à la chaine volcanisée du Portugal, jusqu’à Lisbonne, pour traverser ensuite une partie de l’Espagne, où M. Bowles a reconnu plusieurs volcans éteints. Telle est la première ligne de jonction des volcans de France.
La seconde se dirige également par la mer, et va joindre l’Italie entre Gènes et Florence. On entre ici dans un des plus vastes domaines du feu : l’incendie a été presque universel dans toute l’Italie et la Sicile, où il existe encore deux volcans brûlaus, le Vésuve et l’Etna, des terrains embrasés, tels que la Solfatara, des îles incendiées, dont une, celle de Stromboli, vomit sans relâche, et dans tous les temps, des laves, des pierres ponces, et jette des flammes qui éclairent la mer au loin.
Le Vésuve nous offre un foyer en activité, couronné et recouvert de toutes parts des produits les plus remarquables du feu , et jusqu’à des villes ensevelies à dix-huit cents pieds de profondeur, sous les matières projetées par le volcan. D’un côté , la mer nous montre les îles volcanisées d’ischia, de Proeida, de Caprce, etc., et de l’autre le continent nous offre la pointe de Misène, Baies, Pouzzoles, le Pausilippe , Portici, la côte de Sorento , le cap de Minerve.
ET DE SES USAGES
Le lac Agnano, Castrani, le Monte-Nuovo, le Monte-Barbaro, laSolfatara, sont autant de cratères qui ont vomi, pendant plusieurs siècles, des monceaux immenses de matières volcaniques.
Mais une chose digne de remarque, c’est que les volcans des environs de Naples et de la terre de Labour, comme les autres volcans dont nous venons de parler, semblent toujours éviter les montagnes primitives, quartzeuses et granitiques, et c’est par celte raison qu’ils n’ont point pris leur direction par la Calabre pour aller gagner la Sicile. Les grands cnurans de laves se sont frayé une route sous les eaux de la mer, et arrivent du golfe de Naples, le long de la côte de Sorente, paroissant à découvert sur le rivage, et formant des écueils de matières volcaniques, qu’on voit de distance en distance, depuis le promontoire de Minerve jusqu’aux îles de Lipari. Les îles de Baziluzzo, les Cabianca, b sCanpra, Panaria, etc., sont sur cette ligne. Viennent ensuite l’ile des Salines, celles de Lipari, Volcanello et Volcano, autre volcan brûlant où les feux souterrains fabriquent en grand de grosses masses de véritables pierres ponces. En Sicile, les monts Nepluniens, comme les Alpes en Provence, ont forcé les feux souterrains à suivre leurs contours , et à prendre leur direction par le val Demona. Dans cette île, l’Etna élève fièrement sa tète au dessus de tous les volcans de l’Europe; les éjections qu'a produites ce foyer immense coupent le val de Nolo, et arrivent à l’extrémité de la Sicile par le cap Passaro.
Les matières volcaniques disparoissent encore ici sous les eaux de la mer; mais les écueils de basalte, qu’on voit de distance en distance, sont des signaux évidens qui tracent la route de l’embrasement : on peut arriver, sans s’en écarter, jusqu’à l’Archipel, où l’on trouve Santorini , et les antres volcans qu’un observateur célèbre a fait connoître dans son Voyage pittoresque de la Grèce ».
De l’Archipel, on peut suivre par la Dalmat ie les volcans éteints décrits par M. Fortis, jusqu’en Hongrie, où l’on trouve ceux qu’a fait conuoitre M. Born dans ses Lettres sur la minéralogie de ce royaume. De la Hongrie, la chaîne volcanisée se prolonge toujours, sans interruption , par l’Allemagne , et va joindre les volcans éteints d’Hanovre, décrits par Itaspe : ceux-ci se dirigent sur Cassel, ville bâtie sur un vaste plateau de basalte.
i. M. le comte de Choiseul-Gouffier.
aîr
Les feux souterrains qui ont élevé toutes les collines volcaniques des environs de Cassel ont porté leur direction par le grand cordon des hautes montagnes volcanisées de l’Habichoual , qui vont joindre le Rhin par Andernaeh , où les Hollandois fout leur approvisionnement de Iras 2 pour le convertir en pouzzolane. Les bords du Rhin , depuis Andernach jusqu’au vieux Brisach, forment la continuité de la zone volcanisée, qui traverse le Brisgaw et se rapproche par là de la France, du côté de Strasbourg.
D'après ce grand tableau des ravages du feu dans la partie du monde qui nous est la mieux connue, pourroit-on se persuader ou môme imaginer qu’il ail pu exister d’assez grands amas de matières combustibles pour avoir alimenté pendant des siècles de siècles des volcans molli pliés en aussi grand nombre ? Cela seul suffiroit pour nous indiquer que la plupart des volcans actuellement éteints n'ont été produits que par les foudres de l’électricité souterraine. Nous venons de voir en effet que les Pyrénées, les Alpes, l’Apennin , les monts Neptuniens en Sicile , le mont Granby en Angleterre, et les autres montagnes primitives, quartzeuses et granitiques , ont arrêté le cours des feux souterrains, comme étant, par ieur nature vitreuse, imperméables au fluide électrique, dont ils ne peuvent propager l’action ni communiquer les foudres, et qu’au contraire tous les volcans produits par les feux ou les tonnerres souterrains ne se trouvent qu’aux environs de ces montagnes primitives, et n’ont exercé leur action que sur les schistes, les grgiles, les substances calcaires et métalliques, et les autres matières de seconde formation et conductrices de l’électricité; et comme l’eau est un ces plus puissans conducteurs du fluide électrique, ces volcans ont agi avec d’autant plus de force, qu’ils se sont trouvés plus près de la mer, dont les eaux, en pénétrant dans leurs cavités, ont prodigieusement augmenté la masse des substances conductrices et l’action de l’électricité. Mais jetons encore un coup d’œil sur les autres différences remarquables qu’on peut observer dans la continuité des terrains volcanisés.
L’une des premières choses qui s’offrent à nos considérations, c’est cette immense continuité de basaltes et de laves , lesquels s’étendent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des terrains volcanisés. Ces basaltes et ces
?.. Le Iras est un vrai basalte compacte ou poreux , facile à broyer, et dont les Hollandois font de la pouzzolane.
TRAITÉ DE L’AIMANT
laves, contenant une très-grande quantité de matières ferrugineuses, doivent être regardés comme autant de conducteurs de l’électricité ; ce sont pour ainsi dire des barres métalliques , c’est-à-dire des conducteurs à plusieurs centaines de iieues du fluide électrique, et qui peuvent le transmettre en un instant de l’une à l’autre de leurs extrémités, tant à l’intérieur de la terre qu’à sa surface. L’on doit donc rapporter à cette cause les commotions et tremblemens de terre qui se font sentir presque en même temps à des distances très-éloignées.
Une seconde considération très-importante, c’est que tous les volcans, et surtout ceux qui sont encore actuellement agissans, portent sur des cavités dont la capacité est au moins égale au volume de leurs projections. Le Monte-Nuovo, voisin du Vésuve, s’est élevé presque subitement , c’est-à-dire en deux ou trois jours, dans l’année i538, à la hauteur de plus de mille pieds sur une circonférence de plus d’une lieue à la base; et cette énorme masse sortie des entrailles de la terre, dans un terrain qui n’étoit qu’une plaine, a nécessairement laissé des cavités au moins égales à son volume : de même i! y a toute raison de croire que l’Etna , dont la hauteur est de plus de dix-huit cents toises , et la circonférence à la base de près de cinquante lieues, ne s’est élevé que par la force des foudres souterraines , et que par conséquent cette très-énorme masse de matière projetée porte sur plusieurs cavités dont le vide est au moins égal au volume soulevé. On peut encore citer les îles de Santorin, qui, depuis l’année 237 avant notre ère, se sont abîmées dans la mer et élevées au dessus à plusieurs reprises, et dont les dernières catastrophes sont arrivées en 1707. « Tout l’espace, dit M. le comte de Choiseul-Gouffier, actuellement rempli par la mer, et contenu entre Santorin et Thérasia, aujourd’hui Aspro-Nisi , faisoit partie de la grande île, ainsi que Thérasia ellemême. Un immense volcan s’est allumé et a dévoré toutes les parties intermédiaires. Je retrouve dans toute la côte de ce golfe , composée de rochers escarpés et calcinés, les bords de ce même foyer, et, si j’ose le dire, les parois internes du creuset où cette destruction s’est opérée ; mais ce qu’il faut surtout remarquer, c’est l’immense profondeur de cet abîme , dont on n’a jamais pu réussir à trouver le fond. »
Enfin nous devons encore observer en général que le Vésuve, l’Etna, et les autres volcans, tant agissans qu’éteints, sont en-
tourés de collines volcaniques, projetées par les feux souterrains , et qui ont du laisser à leur place des cavités égales à leur volume. Ces collines, composées de laves et de matières fondues ou projetées, sont connues en Italie sous le nom de monlicolli, et elles sont si multipliées dans le royaume de Naples, que leurs bases se touchent en beaucoup d’endroits. Ainsi le nombre des cavités ou boursouflures du globe, formées par le feu primitif, a du diminuer par les affaissemeus successifs des cavernes , dont les eaux auront percé les voûtes, tandis que les feux souterrrains ont produit d’autres cavités dont nous pouvons estimer la capacité par le volume des matières projetées et par l’élévation des montagnes volcaniques.
Je serois même tenté de croire que les montagnes volcaniques, des Cordillères, telles Chimboraço , Cotopaxi , Pichincha, Sangaï, etc., dont les feux sont actuellement agissans , et qui s’élèvent à plus de trois mille toises , ont été soulevées à celte énorme hauteur par la force des feux, puisque l’Etna nous offre un exemple d’un pareil soulèvement jusqu’à la hauteur de dix-huit cents toises ; et dès lors ces montagnes volcaniques des Cordillères ne doivent point être regardées comme des boursouflures primitives du globe, puisqu’elles ne sont composées ni de quartz , ni de granité, ni d’autres matières vitreuses qui auroient arrêté l’effet des foudres souterraines , de même qu’en Europe nous voyons les Alpes et les Pyrénées avoir arrêté et rompu tous les efforts de cette électricité. Il en doit être de même des montagnes volcaniques du Mexique et des autres parties du monde où l’on trouve des volcans encore agissans.
A l’égard des volcans éteints , quoiqu’ils aient tous les caractères des volcans actuellement brûlans , nous remarquerons que les uns, tels que le Puy-de-Dôme, qui a plus de huit cents toises d’élévation, le Cantal en Auvergne, qui en a près de mille, et le mont Mezin en Vivarais, dont la hauteur est à peu près égale à celle du Cantal , doivent avoir des cavités au dessous de leurs bases, et que d’autres se sont en partie éboulés depuis qu’ils ont cessé d’agir; cette différence se remarque par celle de la forme de leurs bouches ou cratères. Le mont Mezin , le Cantal , le collet d’Aisa, la coupe de Sausac, la Gravène de Montpezat, présentent tous des cratères d’une entière conservation, tandis que d’autres n’offrent qu’une partie de leurs
ET DE SES USAGES
bouches en entonnoir qui subsiste encore, et dont le reste s’est affaissé dans des cavités souterraines.
Mais le principal et le plus grand résultat que nous puissions tirer de tous ces faits, c’est que l’action des foudres et des feux souterrains ayant été assez violente pour élever dans nos zones tempérées des montagnes telles que l’Etna jusqu’à dix- huit cents toises de hauteur, nous devons cesser d’ètre étonnés de l’élévation des montagnes volcaniques des Cordillères jusqu’à trois mille toises. Deux fortes raisons me persuadent de la vérité de cette présomption. La première, c’est que le globe, étant plus élevé sous l’équateur, a dû, dès les premiers de sa consolidation, former des boursouflures et des cavités beaucoup plus grandes dans les parties équatoriales que dans les autres zones, et que par conséquent les foudres souterraines auront exercé leur action avec plus de liberté et de puissance dans cette région , dont nous voyons en effet que les affaissemens sous les eaux et les élévations au dessus de la terre sont plus grands que partout ailleurs, parce que , indépendamment de l’étendue plus considérable des cavités, la chaleur intérieure du globe et celle du soleil ont dû augmenter encore la puissance des foudres et des feux souterrains.
La seconde raison, plus décisive encore que la première, c’est que ces volcans, dans les Cordillères, nous démontrent qu’elles ne sont pas de première formation , c’est-àdire entièrement composées de matières vitreuses , quartzeuses ou granitiques, puisque nous sommes assurés, par la continuité dos terrains volcaniques dans l’Europe entière , que jamais les foudres souterraines n’ont agi contre ces matières primitives, et qu’elles en ont partout suivi les contours sans les entamer, parce que ces matières vitreuses n’étant point conductrices de l’électricité n’ont pu en subir ni propager l’action. Il est donc à présumer que toutes les montagnes volcaniques, soit dans les Cordillères, soit dans les autres parties du inonde , ne sont pas de première formation, mais ont été projetées ou soulevées par la force des foudres et des feux souterrains, tandis que les autres montagnes dans lesquelles , comme aux Alpes et aux Pyrénées , etc. , l’on ne voit aucun indice de volcan sont en effet les montagnes primitives, composées de matières vitreuses, qui se refusent à toute action de l’électricité.
Nous ne pouvons donc pas douter que
la force de l’électricité n’ait agi en toute liberté et n’ait fait de violentes explosions dans les cavités ou boursouflures occasionées par l’action du feu primitif; en sorte qu’on doit présumer, avec fondement, qu’il a existé des volcans dès ces premiers temps, et que ces volcans n’ont pas eu d’autre cause que l’action des foudres souterraines. Ces premiers et. plus anciens volcans n’ont été pour ainsi dire que des explosions momentanées, et dont le feu n’étant pas nourri par les matières combustibles, n’a pu se manifester par des effets durables ; ils se sont pour ainsi dire éteints après leur explosion, qui néanmoins a dû projeter toutes les matières que la foudre avoit frappées et déplacées. Mais lorsque, dans la suite , les eaux , les substances métalliques, et autres matières volatiles sublimées par le feu, et reléguées dans l’atmosphère, sont tombées et se sont établies sur le globe , ces substances , toutes conductrices de l’électricité , ont pu s’accumuler dans les cavernes souterraines. Les végétaux s’étant dès lors multipliés sur les hauteurs de la terre, et les coquillages s’étant en même temps propagés et ayant pullulé au point de former par leurs dépouilles de grands amas de matières calcaires , toutes ces matières conductrices se sont de même rassemblées dans ces cavités intérieures, et dès lors l’action des foudres électriques a dû produire des incendies durables, et d’autant plus violens que ces volcans se sont trouvés plus voisins des mers, dont les eaux, par leur conflit avec le feu , ont encore augmenté la force et la dureté des explosions , et c’est par cette raison que le pied de tous les volcans encore actuellement agissans se trouve voisin des mers, et qu’il n’en existe pas dans l’intérieur des eontinens terrestres.
On doit donc distinguer deux sortes de volcans : les premiers, sans aliment, et uniquement produits par la force de l’électricité souterraine; les seconds, alimentés par les substances combustibles. Les premiers de tous les volcans n’ont été que des explosions momentanées dans le temps de la consolidation du globe. Ces explosions peuvent nous être représentées en petit par les étincelles que lance un boulet de fer rougi à blanc, en se refroidissant. Elles sont devenues plus violentes et plus fréquentes par la chute des eaux, dont le conflit avec le feu a dû produire de plus fortes secousses et des ébranlemens plus étendus. Ces premiers et plus anciens volcans ont laissé des bouches ou cratères autour desauels se trou-
234 TRAITÉ DE L’AIMANT
vent des laves et antres matières fondues par les foudres, de la même manière que la force électrique mise en jeu par nos foibles instrumens fond ou calcine toutes les matières sur lesquelles elle est dirigée.
Il y a donc toute apparence que, dans le nombre infini de volcans éteints qui se trouvent à la surface de la terre, la plupart doivent être rapportés aux premières époques des révolutions du globe après sa consolidation, pendant lesquels ils n’ont agi que par momens et par l’effet subit des foudres souterraines, dont la violence a soulevé les montagnes et entr’ouvert les premières couches de la terre , avant que la nature eût produit assez de végétaux , de pyrites, et d’autres substances combustibles, pour servir d’aliment aux volcans durables , tels que ceux qui sont encore actuellement agissans.
Ce sont aussi ces foudres électriques souterraines qui causent la plupart des tremblemens de terre : je dis la plupart , car la chute et l’affaissement subit des cavernes intérieures du globe produisent aussi des mouvemens qui ne se font sentir qu’à de petites distances : ce sont plutôt des trépidations que de vrais tremblemens, dont les plus fréquens et les plus violens doivent se rapporter aux commotions produites par les foudres électriques, puisque ces tremblemens se font souvent sentir , presque au même moment , à plus de cent lieues de distance et dans tout l’espace intermédiaire; c’est le coup électrique qui se propage subitement et aussi loin que s’étendent les corps qui peuvent lui servir de conducteurs. Les secousses occasionées par ces tonnerres souterrains sont quelquefois assez violentes pour bouleverser les terres en les élevant ou les abaissant, et changer en même temps la position des sources et la direction du cours des eaux.
Lorsque cette force de l’électricté agit à la surface du globe , elle ne se manifeste pas uniquement par des foudres , par des commotions , et par les autres effets que nous venons d’exposer; elle paroîl changer de nature , et produit de nouveaux phénomènes. En effet, elle se modifie pour donner naissance à une nouvelle force à laquelle on a donné le nom de magnétisme ; mais le magnétisme, bien moins général que l’électricité , n’agit que sur les matières ferrugineuses, et ne se montre cpie par les effets de l’aimant et du fer , lesquels seuls peuvent fléchir et attirer une portion du courant universel et électrique qui se porte
directement, et en sens contraire , de l’équateur aux deux pôles.
Telle est donc l origine des diverses forces, tant générales que particulières, dont nous venons de parler. L’attraction , en agissant en sens contraire de sa direction , a produit l’impulsion dès l’origine de la matière ; cette impulsion a fait naître l’élément du feu, qui a produit l’électricité; et nous allons voir que le magnétisme n’est qu’une modification particulière de cette électricité générale, qui se fléchit dans son cours vers les matières ferrugineuses.
Nous ne connoissons toutes ces forces que par leurs effets : les uns sont constans et généraux , les autres paraissent être variables et particuliers. La force d’attraction est universellement répandue; elle réside dans tout atome de matière, et s’étend dans le système entier de l’univers , tandis que celle qui produit l’électricité agit à l’intérieur et s’étend à la surface du globe terrestre, mais n’affecte pas tous les corps de la même manière. Néanmoins cette force électrique est encore plus générale que la force magnétique, et qui n’appartient à aucune substance qu’à l’aimant et au fer.
Ces deux forces particulières ont des propriétés communes avec celle de l’attraction universelle. Toutes trois agissent à plus ou moins de distance, et les effets du magnétisme et de l’électricité sont toujours combinés avec l’effet général de l’attraction qui appartient à toute matière, et qui par conséquent influe nécessairement sur l’action de ces deux forces , dont les effets , comparés entre eux, peuvent être semblables ou différons, variable? ou constans, fugitifs ou permanens, et souvent paraître opposés ou contraires à l’action de la force universelle ; car , quoique cette force d’attraction s’exerce sans cesse en tout et partout , elle est vaincue par celles de l’électricité et du magnétisme toutes les fois que ces forces agissent avec assez d’énergie pour surmonter l’effet de l’attraction , qui n’est jamais que proportionnel à la masse des corps.
Les effets de l’électricité et du magnétisme sont produits par des forces impulsives particulières, qu’on ne doit point assimiler à l’impulsion ou répulsion primitive : celle - ci s’exerce dans l’espace vide , et n’a d’autre cause que l’ailraction qui force toute matière à se rapprocher pour se réunir ; l’électricité et le magnétisme supposent ail contraire des impulsions particulières causées par un fluide actif qui environne les corps électriques et magnétiques, et qui
doit les affecter différemment, suivant leur différente nature.
Mais quel est ou peut être l’ageift ou le moyen employé par la nature pour déterminer et fléchir l’électricité du globe en magnétisme vers le fer, de préférence à toute autre masse minérale ou métallique? Si les conjectures ou même de simples vues sont permises sur un objet qui, par sa profondeur et son ancienneté contemporaine des premières révolutions de la terre, semble devoir échapper à nos regards et même à l’œil de l’imagination, nous dirons que la matière ferrugineuse, plus difficile à fondre qu’aucune autre , s’est établie sur le globe avant toute autre substance métallique, et que dès lors elle fut frappée la première , et avec plus de force et de durée , par les flammes du feu primitif : elle dut donc en contracter la plus grande affinité avec l’élément du feu ; affinité qui se manifeste par la combustibilité du fer et par la prodigieuse quantité d’air inflammable ou feu fixe qu’il rend dans ses dissolutions; et par conséquent de toutes les matières que l’électricité du globe peut affecter, le fer, comme ayant spécialement plus d’affinité avec ce fluide de feu et avec les forces dont il est l’âme, en ressent et marque mieux tous les mouvemens , tant de direction que d’inflexion particulière, dont néanmoins les effets sont tous subordonnés à la grande action et à la direction générale du fluide électrique de l’équateur vers les pôles.
Car il est certain que s’il n’y avoit point de fer sur la terre il n’y auroit ni aimant ni magnétisme , et que la force électrique n’en existeroit ni ne subsisteroit pas moins, avec sa direction constante et générale de l’équateur aux pôles ; il est tout aussi certain que le cours de ce fluide se fait en deux sens opposés, c’est-à-dire de l’équateur aux deux pôles terrestres , en se resserrant et s’inclinant comme les méridiens se resserrent et s’inclinent sur le globe ; et l’on voit seulement que la direction magnétique , quoique soumise a cette grande loi , reçoit des inflexions dépendantes de la position des grandes masses de matières ferrugineuses , et de leur gisement dans les différens continens.
En comparant les effets de l’action d'une petite niasse d’aimant avec ceux que produit la masse entière du globe terrestre, il paroît que ce globe possède en grand toutes les propriétés dont les aimans ne jouissent qu’en petit. Cependant la masse du globe entier n’est pas , comme les petites masses
de l’aimant , composée de matières ferrugineuses ; mais on peut dire que sa surface entière est mêlée d’une grande quantité de fer magnétique, puisque tontes les mines primitives sont altirables à l’aimant, et que de même les basaltes , les laves , et toutes les mines secondaires revivifiées par le feu et par les coups de la foudre souterraine, sont également magnétiques. C’est cette continuité de matière ferrugineuse magnétique sur la surface de la terre qui a produit le magnétisme général du globe , dont les effets sont semblables à ceux du magnétisme particulier d’une pierre d’aimant; et c’est de l’électricité générale du globe que provient l’électricité particulière ou magnétisme de l’aimant. D’ailleurs la force magnétique n’ayant d’action que sur la matière ferrugineuse , ce seroit méconnoître la simplicité des lois de la nature que de la charger d’un petit procédé solitaire, et d’une force isolée qui ne s’exerceroit que sur le fer. Il me paroît donc démontré que le magnétisme, qu’on regardoit comme une force particulière et isolée, dépend de l’électricité, dont il n’est qu’une modification occasionée par le rapport unique de son action avec la nature du fer.
Et même , quoique le magnétisme n’appartienne qu’à la matière ferrugineuse, on ne doit pas le regarder comme une des propriétés essentielles de cette matière; car ce n’est qu’une simple qualité accidentelle (pie le fer acquiert ou qu’il perd, sans aucun changement et sans augmentation ni déperdition de sa substance. Toute matière ferrugineuse qui aura subi l’action du feu prendra du magnétisme par le frottement, par la percussion, pâr tout choc, toute action violente de la part des autres corps : encore n’est-il pas nécessaire d’avoir recours à une force extérieure pour donner au fer celte vertu magnétique; car il la prend aussi de lui même , sans être ni frappé , ni mu , ni frotté : il la prend dans l’état du plus parfait repos, lorsqu’il reste constamment dans une certaine situation, exposé à l’action du magnétisme général ; car dès lors il devient aimant en assez peu de temps. Cette force magnétique peut donc agir sur le fer sans être aidée d’aucune autre force motrice; et , dans tous les cas, elle s’en saisit sans en étendre, le volume, et sans en augmenter ni diminuer la masse.
Nous avons parlé de l’aimant , comme des autres matières ferrugineuses , dans notre histoire des minéraux , à l’article du fer ; mais nous nous sommes réservé d’exa-
TRAITÉ DE L’AIMANT
miner de plus près ce minéral magnétique, qui , quoique aussi brut qu’aucun autre , semble tenir à la nature active et sensible des êtres organisés : l’attraction , la répulsion de l’aimant , sa direction vers les pôles du monde, son action sur les corps animés, et la faculté qu’il a de communiquer toutes ses propriétés sans en perdre aucune, sans que ses forces s’épuisent , et même sans qu’elles subissent le moindre affoiblissement, toutes ces qualités, réunies ou séparéefc , paroissent être autant de vertus magiques , et sont au moins des attributs uniques , des singularités de nature d’autant plus étonnantes qu’elles semblent être sans exemple, et que, n’ayant été jusqu’ici que mal connues et peu comparées, on a vainement tenté d’en deviner les causes.
Les philosophes anciens, plus sages, quoique moins instruits que les modernes, n’ont pas eu la vaine prétention de vouloir expliquer par des causes mécaniques tous les effets de la nature ; et lorsqu’ils ont dit que l’aimant avoit des affections d’amour et de haine , ils indiquoient seulement , par ces expressions, que la cause de ces affections de l’aimant devoil avoir quelque rapport avec la cause q-ui produit de semblables affections dans les êtres sensibles : et peutêtre se trompoient-ils moins que les physiciens récens , qui ont voulu rapporter les phénomènes magnétiques aux lois de notre mécanique grossière ; aussi tous leurs efforts, tous leurs raisonnemens , appuyés sur des suppositions précaires , n’ont abouti qu’à démontrer l’erreur de leurs vues dans le principe, et l’insuffisance de leurs moyens d’explication. Mais, pour mieux connoitre la nature du magnétisme et sa dépendance de l’électricité, comparons les principaux effets de ces deux forces , en présentant d’abord tous les faits semblables ou analogues , et sans dissimuler ceux qui paroissent différens ou contraires.
L’action du magnétisme et celle de l’électricité sont également variables , tantôt en plus, tantôt en moins, et leurs variations particulières dépendent en grande partie de l’état de l’atmosphère. Les phénomènes électriques que nous pouvons produire augmentent en effet ou diminuent de force , et même sont quelquefois totalement supprimés, suivant qu’il y a plus ou moins d humidité dans l’air , que le fluide électrique s’est plus ou moins répandu dans l’atmosphère , et que les nuages orageux y sont plus ou moins accumulés. De même, les barres de fer que l’on veut aimanter par la
seule exposition aux impressions du magnétisme général acquièrent plus ou moins promptement la vertu magnétique , suivant que le fluide électrique est plus ou moins abondant dans l’atmosphère; et les aiguilles des boussoles éprouvent des variations, tant périodiques qu’irrégulières , qui ne paroissent dépendre que du plus ou du moins de force de l’électricité de l’air.
L’aimant primordial n’est qu’une matière ferrugineuse qui, ayant d’abord subi l’action du feu primitif, s’est ensuite aimantée pai l’impression du magnétisme du globe; et en général la force magnétique n’agit que sur le fer ou sur les matières qui en contiennent : de même la force électrique ne se produit que dans certaines matières, telles que l’ambre , les résines , les verres , et les autres substances qu’on appelle électriques par elles-mêmes, quoiqu’elle puisse se communiquer à tous les corps.
Les aimans ou fers aimantés s’attirent mutuellement dans un sens , et se repoussent réciproquement dans le sens opposé; cette répulsion et cette attraction sont plus sensibles lorsqu’on approche l’un de l’autre leurs pôles de même nom ou de différent nom. Les verres , les résines , et les autres corps électriques par eux mêmes, ont aussi, dans plussieurs circonstances , des parties polaires , des portions électrisées en plus , et d’autres en moins , dans lesquelles l’attraction et la répulsion se manifestent par des effets constans et bien distincts.
Les forces électrique et magnétiques s’exercent également en sens opposé et en sens direct ; et leur réaction est égale à leur action.
On peut , en armant les aimans d’un fer qui les embrasse, diriger ou accumuler sur un ou plusieurs points la force magnétique ; on peut de même , par le moyen des verres et des résines , ainsi qu’en isolant les substances conductrices de l’électricité, diriger et condenser la force électrique ; et ces deux forces électrique et magnétique peuvent être également dispersées , changées , ou supprimées , à volonté. La force de l’électricité et celle du magnétisme peuvent de même se communiquer aux matières que l’on approche des corps dans lesquels on a excité ces forces.
Souvent, pendant l’orage, l’électricité des nuées a troublé la direction de l’aiguille de la boussole 1 ; et même l’action de la foudre aérienne a influé quelquefois sur le magné-
i. Voyez la relation de Carteret dans le premiçi
F'opage de Cooft.
ET DE SES USAGES
tisme au point de détruire et de changer tout à coup d’un pôle â l’autre la direction de l'aimant.
Une forte étincelle électrique et l’action du tonnerre paroissent également donner la vertu magnétique aux corps ferrugineux, et la vertu électrique aux substances que la nature a rendues propres à recevoir immédiatement l’électricité , telles que les verres et les résines. M. le chevalier de Rosières, capitaine au corps royal du génie, est parvenu à aimanter des barres d’acier, en tirant des étincelles par le bout opposé à celui qui recevoit l’électricité, sans employer les commotions plus ou moins fortes des grandes batteries électriques, et même saus eu tirer des étincelles, et seulement en les électrisant pendant plusieurs heures de suite *.
Des bâtons de soufre ou de résine qu’on laisse tomber à plusieurs reprises , sur un corps dur, acquièrent la vertu électrique, de même que les barres de fer qu’on laisse tomber plusieurs fois de suite d’une certaine hauteur prennent du magnétisme par l’effet de leurs chutes réitérées.
On peut imprimer la vertu magnétique à une barre de fer , de telle sorte qu’elle présente une suite de pôles alternativement opposés. On peut également électriser une lame ou un tube de verre, de manière qu’on y remarque une suite de pôles alternativement opposés 2.
Lorsqu’une barre de fer s’aimante par sa seule proximité avec l’aimant, l’extrémité de cette barre qui en est la plus voisine acquiert un pôle opposé à celui que l’aimant lui présente. De même une barre de fer isolée peut recevoir deux électricités opposées par le voisinage d’un corps électrisé; le bout qui est le plus proche de ce corps jouit, comme dans l'aimant , d’une force opposée à celle dont il subit l’action.
Les matières ferrugineuses réduites en rouille, en ocre, et toutes les dissolutions du fer par l’acide aérien ou par les autres acides, ne peuvent recevoir la vertu magnétique; et de même ces matières ferrugineuses ne peuvent, dans cet état de dissolution, acquérir la vertu électrique.
Si l’on suspend une lame de verre garnie
1. Cette dernière manière n’a été trouvée que nouvellement par M. le chevalier de 'Rozières , qui nous en a fait part par sa lettre du 3o avril 1787.
2. Voyez à ce sujet les expériences de M. Épinus, dans la dissertation que ce physicien a publiée à la tête de son ouvrage sur le magnétisme ; et celles de M. le comte de Lacépède dans son Essai sur /’É- Uc Incité , tome 1.
à ses deux bouts de petites plaques de métal, dont l’une sera électrisée en plus, l’autre en moins , et si cette lame ainsi préparée peut se mouvoir librement lorsqu’on en ap prochera un corps électrique qui jouit aussi des deux électricités, la lame de verre présentera les mêmes phénomènes que l’aiguille aimantée présente auprès d’un aimant.
Les fortes étincelles électriques revivifient les chaux de fer, et leur rendent la propriété d’être attirées par l’aimant. Les foudres souterraines et aériennes revivifient de même, à l’intérieur et à la surface de la terre, une prodigieuse quantité de matières ferrugineuses , réduites en chaux par les élémens humides.
La plupart des schorls, et particulièrement la tourmaline , présentent des phénomènes électriques qui ont la plus grande analogie avec ceux de l’aimant. Lorsque ces matières ont été chauffées ou frottées, elles ont , pour ainsi dire , des parties polaires , dont les unes sont électrisées en plus et les autres en moins , et qui attirent ou repoussent les corps électrisés.
Les aurores polaires, qui, comme nous l’avons dit , ne sont que des lumières électriques, influent plus qu’aucune autre affection de l’atmosphère, sur les variations de l’aiguille aimantée. Les observations de MM. Van-Swinden et de Cassini 11e permettent plus de douter de ce fait.
Les personnes dont les nerfs sont délicats , et sur lesquelles l’électricité agit d’une manière si marquée , reçoivent aussi du magnétisme des impressions assez sensibles; car l’aimant peut , en certaines circonstances , suspendre et calmer les irritations nerveuses, et apaiser les douleurs aiguës. L’action de l’aimant qui, dans ce cas, est calmante et même engourdissante, semble arrêter le cours et fixer pour un temps le mouvement trop rapide ou déréglé des torrens de ce fluide électrique qui , quand il est sans frein ou se trouve sans mesure dans le corps animal, en irrite les organes et l’agite par des mouvemens convulsifs.
Il existe des animaux dans lesquels, indépendamment de l’électricité vitale qui appartient à tout être vivant , la nature a établi un organe particulier d’électricité, et, pour ainsi dire, un sens électrique et magnétique. La torpille 3 , l’anguille électrique
3. Dans l’ancienne médecine, on s’est servi de la torpille pour engourdir et calmer : Galien compare sa vertu à celle de l’opium pour calmer et assoupir les douleurs.
TRAITÉ DE L’AIMANT
de Surinam , le trembleur du Niger 1 , semblent réunir et concentrer dans une même faculté la force de l’électricité et celle du magnétisme. Ces poissons électriques et magnétiques engourdissent les corps vivans qui les touchent ; et suivant M. Schilling et quelques autres observateurs, ils perdent cette propriété lorsqu’on les touche eux-mêmes avec l’aimant. Il leur ôte la faculté d’engourdir, et on leur rend cette vertu en les touchant avec du fer, auquel se transporte le magnétisme qu’ils avoient reçu de l’aimant. Ces mêmes poissons électriques et magnétiques agissent sur l’aimant, et font varier l’aiguille de la boussole. Mais ce qui prouve évidemment la présence de l’électricité dans ces animaux , c’est qu’on voit paroi tre des étincelles électriques dans les intervalles que laissent les conducteurs métalliques avec lesquels on les touche. M. Walsh a fait cette expérience devant la Société royale de Londres , sur l’anguille de Surinam , dont la force électrique paroît être plus grande que celle de la torpille , dans laquelle cette action est peut-être trop foible pour produire des étincelles. Et ce qui démontre encore que la commotion produite par ces poissons n’est point un effet mécanique, comme l’ont pensé quelques physiciens, mais un phénomène électrique , c’est qu’elle se propage au travers des fluides, et se communique, par le moyen de l’eau , à plusieurs personnes à la fois.
Or ces étincelles , et cette commotion plus ou moins violente que font éprouver ces poissons, sont vraiment des effets de l’électricité, que l’on ne peut attribuer en aucune manière au simple magnétisme, pnisqu’aucun aimant , tant naturel qu’artificiel , n’a fait éprouver de secousses sensibles , ni produit aucune étincelle. D’un autre côté, les commotions que donnent les torpilles, l’anguille électrique de Surinam , et le trembleur du Niger, étant très-fortes, lorsque ces poissons sont dans l’eau des mers ou des grands fleuves, on peut d’autant moins la considérer comme un phénomène purement électrique, que les effets de l’électricité s’affoiblissent avec l’humidité de l’air qui la dissipe, et ne peuvent jamais être excités
i . Il est bon d’observer que Tes espèces de poissons électriques diffèrent trop les unes des autrts pour qu’on puisse rapporter leurs phénomènes à la conformité de leur organisation. On ne peut donc les attribuer qu’aux effets de l’électricité. Voyez un très-bon mémoire de M. Broussonet , de l’Académie des Sciences , sur le trembleur et les autres poissons électriques, dans le Journal de Physique du mois d’août 1785.
lorsqu’on mouille les machines qui la produisent. Les vases de verre électrisés, que l’on a appelés bouteilles de Leyde , et par le moyen desquels on reçoit les secousses les plus fortes, se déchargent et perdent leur vertu dès le moment qu ils sont entièrement plongés dans l’eau : cette eau , en faisant communiquer ensemble les deux surfaces intérieure et extérieure , rétablil l’équilibre dont la rupture est la seule cause du mouvement , et par conséquent de la force du fluide électrique. Si l’on remarque donc des effets électriques dans les torpilles , l’on doit supposer, d’après les modifications de ces effets , que l’électricité n’y existe pas seule , et qu’elle y est réunie avec le magnétisme, de manière, à y stihir une combinaison qui augmente, diminue ou altère sa puissance; et il paroît que ces deux forces électrique et magnétique , qui , lorsqu’elles sont séparées l’une de l’autre, sont plus ou moins actives , ou presque nulles , suivant l’état de l’atmosphère, le sont également lorsqu’elles sont combinées dans ces poissons; mais peut-être aussi la diversité des saisons , ainsi que les différons états de ces animaux, influent-ils sur l’action de leurs forces électrique et magnétique. Plusieurs personnes ont en effet manié des torpilles sans en recevoir aucune secousse. M. le comte de Lacépède étant à La Rochelle, en octobre 1777, voulut éprouver la vertu de quelques torpilles que MM. de l’Académie de la Rochelle avoient fait pô1cher; elles étoient bien vivantes, et paroissoient très-vigoureuses ; cependant, de quelque manière qu’on les touchât , soit immédiatement avec la main, soit avec des barreaux de fer ou d’autres matières , et sur quelque partie de leur corps qu’on portât ! l’attouchement, dans l’eau ou hors de l’eau, aucun des assistans à l’expérience ne res- * sentit la moindre commotion. Il paroît donc que ces poissons 11e sont pas électriques dans tous les temps, et que cette propriété, qui n’est pas constante, dépend des circonstances , et peut-être de la saison ou du temps auxquels ces animaux doivent répandre leurs œufs et leur frai ; et nous ne pouvons rien dire de la cause de ces alternatives d’action et d’inaction, faute d’observations assez suivies sur ces poissons singuliers.
Cette combinaison des deux forces électriques, que la nature paroît avoir faite dans quelques êtres vivans , doit faire espérer que nous pourrons les réunir par l’art , et peutêtre en tirer des secours efficaces dans certaines maladies, et particulièrement dans les affect 1011s nerveuses.
ET DE SES USAGES. a39
Les deux forces électrique et magnétique ont en effet été employées séparément , avec succès, pour la guérison ou le soulagement de plusieurs maux douloureux. Quelques physiciens 1 , particulièrement M. Mauduit, de la Société royale de médecine , ont guéri des maladies par le moyen de l’électricité; et M. l’abbé le Noble , qui s’occupe avec succès, depuis long-temps, des effets du magnétisme sur le corps humain , et qui est parvenu à construire des aimans artificiels beaucoup plus forts que tous ceux déjà connus, a employé très-heureusement l’application de ces mêmes aimans pour le soulagement de plusieurs maux. Nous croyons devoir placer dans la note ci-après un extrait du Rapport fait par MM. les commissaires de la Société royale de médecine au sujet des travaux utiles de ce physicien qui les continue avec zèle, et d’une manière d’autant plus louable qu’il les consacre gratuitement au soulagement des malheureux 2.
1. On peut voir à ce sujet l’ouvrage de M. l’abbé Bertholon , intitulé : De l'électricité du corps humain.
2. Dans un compte rendu à la Société royale de médecine sur les effets de l’aimant, et au sujet des travaux de M. le Noble, les commissaires s’expriment en ces termes.
« Les affections nerveuses nous ont paru céder et se dissiper d’une manière constante pendant l’usage de l’aimant , et au contraire les affections humorales u’onl éprouvé aucun changement par la plus forte et la plus longue application de l’aimant. Dans toutes les affections nerveuses , quelle que fût la nature des accideus dont elles éloient accompagnées, soit qu’elles consistassent en des affections purement douloureuses , soit qu’elles parussent plus particulièrement spasmodiques et convulsives ; quel que fut aussi leur siège et leur caractère , de quelque manière enfin que nous eussions employé l'aimant, soit en armure habituelle et constante, soit par la méthode des simples applications, toutes ces affections ont subi des chungemens plus ou moins marqués, quoique presque toujours le soulagement n’ait guère èlc qu’une simple palliation de la maladie. Ces affections nous ont paru céder et s’affoiblir d'une manière plus ou moins marquée pendant le traitement. Plusieurs malades , que le soulagement dont ils jouissoient depuis quelque lemps avoit engagés à quitter leurs garnitures , ayant vu se renoulever ensuite leurs accideus , qu'une nouvelle application de l’aimant a toujours suffi pour faire disparoitre, nous sommes restés convaincus que c’éloit à l’usage des aimans qu’on devoit attribuer le soulagement obtenu.... Nous nous sommes scrupuleusement abstenus d’employer aucun autre remède pendant le traitement. L>e tous les secours qu’on peut désirer de voir joindre à l’usage de l'aimant, c’est de l’électricité surtout dont il semble qu’on ail lieu de plus attendre — Le magnétisme intéresse le bien public; il nous paroii devoir mériter toute l’attention de la société. Qu'ou nous permette à ce sujet une réflexion. De tous les objets sur lesquels l’enthousiasme peut s’exciter, et dont le charlatanisme peut par celte raison abuser avec plus de confiance, le magnétisme
Nous avons cru devoir y placer aussi quelques détails relatifs aux divers succès- que M. l’abbé le Noble a obtenus depuis la pu-
paroît être celui qui offre à l’avidité plus de facilités et plus de ressources. L’histoire seule de cet art suffiroit pour en convaincre , quand des essais qui le multiplient sous nos yeux n’autoriseroient pas celte présomption. C’est surtout sur de pareils objets , devenus pour le public un sujet de curiosité, qu’il est à désirer que les compagnies savantes portent toute leur attention , pour arracher à l’erreur une confiance qu’elle ne manqueront pas de gagner si l’on ne dissipoit aux yeux des gens crédules les prestiges du charlatanisme par des essais faits avec exactitude et impartialité. De pareils projets , pour être remplis d’une manière utile, ont besoin de l’appui du gouvernement ; mais oit les secours peuvent-ils mieux être appliqués qu’aux objets qui touchent aux progrès des sciences et au bien de l’humanité ?
« En désirant que le gouvernement autorise la Société à annoncer sous ses auspices un traitement gratuit et public par le magnétisme, nous croyons encore utile que la compagnie invite ceux de ses associés et correspondais à qui tes sortes d’essais peuvent être agréables, à concourir avec elle au succès de ses recherches. La Société sait , par l’exemple de l’électricité , combien elle peut retirer d’avantages de cette réunion de travaux. Le magnétisme offre encore plus de facilités pour répéter ou multiplier les essais que l’on jugeroit nécessaires. Mais pour rendre ce concours de recherches plus fructueux, on sent qu’il est nécessaire qu’il soit dirigé sur un plan uniforme. Le rapport que nous soumettons ici à l’examen de la compagnie rempliroit cette vue, et nous lui proposons de le faire imprimer et distribuer par la voie de sa correspondance ordinaire.
« La Société, pour se livrer elle-même à ses travaux, devant s’attacher un physicien exercé dans la préparation des aimans, et versé dans tous les genres de connoissances relatives à leur administration , nous pensons que le choix de la compagnie doit tomber sur M. l’abbé le Noble. Plusieurs raisons nous paroissent devoir lui mériter la préférence. On doit le regarder comme un des premiers physiciens qui , depuis le renouvellement des expériences de l’aimant , se soient occupés de cet objet. En 1763, c’est-à-dire deux ans à peu près avant M. Klarich, que l’on regarde comme le principal rénovateur de ces essais, et dont les observations ont fait attribuer à l’Angleterre la gloire de cette découverte , les aimans de M. l’abbé le Noble pour les dents paroissent avoir été connus dans la capitale et recherchés des physiciens. Au mois de juin 1766, dans le même temps que M. Darquier, qu’011 regarde comme le premier qui ait répété en France les essais de M. Klarich dans les maux de dents, M. l’abbé le Noble publia en ce genre plusieurs observations. Deux ans avant que le P. Dell, à Vienne, fit adopter généralement la méthode des armures magnétiques, il avoit annoncé plusieurs espèces de plaques aimantées préparées pour être portées habituellement sur différentes parties du corps. Depuis ces différentes époques , M. l’abbé le Noble n’a cessé de s’occuper de l’usage de Patinant dans plusieurs espèces d’affections nerveuses. Les résultats qu’il avoit obtenus de ces essais sont consignés dans un mémoire qu’il lut au mois de septembre 1777 dans une des séances de la Société. Enfin, pour compléter l’histoire de ses travaux, on
a4o TRAITE DE L’AIMANT
blication du rapport de MM. de la Société Les premiers physiciens qui ont voulu royale, et qu’il nous a communiqués lui- rechercher les rapports analogues des formême. ces magnétique et électrique essayèrent de
doit y joindre les différens essais auxquels ont donné lieu nos propres observations , et dont nous reconnoissons qu’il doit, s’il en résulte quelque utilité, partager avec nous témérité. Ace sujet, nous devons rendre compte à la compagnie du zèle avec lequel M. l’abbé le Noble s’est porté à nous seconder dans nos recherches. Quoique la durée de ses essais , et sa résidence ordinaire en province , aient exigé de lui de fréquens voyages et de longs .séjours à Paris, quoique la multiplicité des malades qui ont eu recours à l’aimant, le peu d’aisance du plus grand nombre , la durée du long traitement pendant lequel les armures ont dù être souvent renouvelées, aient été autant de charges, d’incommodités et de sujets de dépense pour M. l’abbé le Noble, nous devons annoncer qu’il n’a rien épargné, ni soins, ni peines, ni sacrifices , pour concourir, autant qu’il étoit en lui , au succès de nos épreuves et au soulagement des malheureux. M. l’abbé le Noble se montre encore animé des mêmes dispositions , et prêt à les mettre en œuvre, si les circonstances répondoient à ses désirs. Mais , attache par la nature de ses devoirs à la place qu’il remplit en province, il ne pourroit concourir d’une manière utile aux expériences que nous proposons, s’il n’étoit fixé à Paris. C'est au gouvernement seul qu’il appartient de lever cet obstacle , et nous pensons que la compagnie doit renouveler en sa faveur les mêmes instances qu’elle a déjà faites eu 1778, pour lui obtenir une résidence fixe dans la capitale.
« Des raisons particulières et personnelles à M. le Noble nous paroissent devoir lui mériter cette faveur du gouvernement. C’est surtout en employant de forts aiinans , portés au plus haut degré de force , et préparés de manière à former une machine semblable à celle de l’électricité, qu’on doit attendre de nouveaux avantages du magnétisme. M. l’abbé le Noble possède en ce genre des procédés très-supérieurs à tous ceux qui nous ont été connus, et employés jusqu’ici parles physiciens. Nous apportons eu preuve de ce que nous avançons ici un certificat de l’Académie royale des Sciences, à laquelle M. l’abbé le Noble a présenté des aimans capables de soutenir des poids de plus de deux cents livres , et qui lui ont mérité les éloges et l’approbation de cette compagnie. C’est avec des aimans de ce genre qu’on a lieu de se flatter d’obtenir du magnétisme des effets extraordinaires et inconnus. »
M. l’abbé le Noble nous a communiqué les détails suivans , relatifs aux diverses applications qu’il a faites de l’aimant dans les maladies , depuis la publication du Rapport de la Société royale de médecine.
En 1786, le 24 mai, à cinq heures du soir, une plaque d’aimant envoyée par M. l’abbé le Noble fut appliquée sur l’estomac à une malade âgée de cinquante-un ans, et qui, depuis l’âge de vingtdeux , éprouvoit de temps en temps des attaques de nerfs plus ou moins fréquentes, qui étoient venues à la suite d’une suppression, et étoient accompagnées de convulsions très-fortes et d’autres symptômes effrayans. Ces attaques avoient disparu quelquefois près d’un an ; elles avoient été aussi suspendues par différens remèdes. Pendant, les divers intervalles qui avoient séparé le temps où les attaques étoient plus ou moins fréquentes , la per-
sonne qui les avoit éprouvées avoit joui d’une bonne santé ; mais depuis quinze mois elle étoit retombée dans son premier état. Sur la fin même, les accidens arrivoient plus de dix ou douze fois par jour, et quelquefois duroient plusieurs minutes. Depuis dixhuit mois les évacuations périodiques étoient dérangées , et n’avoient lieu que de deux mois en deux mois.
L’effet de l’aimant fut très-prompt : la malade n’eut plus de convulsions, quoique dans la matinée et dans l’après-dinée elle en eût éprouvé plus de vingt fois. Le ifi juin les convulsions n’étoient point encore revenues : la malade se portoit mieux ; elle sentoit ses forces et son appétit augmenter de jour en jour ; elle dorinoit un peu mieux pendant la nuit, et s’occupoil continuellement, pendant le jour, des travaux pénibles de la campagne sans en être incommodée : elle sentoit cependant toujours un petit tiraillement dans l’intérieur du front. Elle rendoit quelquefois des vents comme auparavant ; sa respiration étoit un peu gênée lorsqu’ils s’échappoient , mais n’avoit jamais été suspendue depuis l’application de l’aimant, ainsi que cela arrivoit très-souvent auparavant.
Ces faits ont été attestés par le curé du lieu ; et il est à croire que le bien-être s’est soutenu, puisque la malade 11’a point demandé de nouveaux secours.
Une dame qui souffroit beaucoup des nerfs, presque dans tout le corps , et dont la santé étoit si dérangée qu’elle n’osoit point tenter les remèdes intérieurs , s’est trouvée soulagée par le moyen d’un collier d’aimant et. l’application d’un aimant sur le creux de l’estomac, ainsi qu’elle l’a écrit ellemême à M. l’abbé le Noble.
Une malade souffroit depuis six mois des maux de nerfs qui lui donnoient des maux de gorge et d’estomac au point que très-souvent l’œsophage se fermoit presque entièrement, et la mettoit dans une impossibilité presque absolue d’avaler même les liquides pendant à peu près la moitié de la journée ; une fièvre épidémique s’étoit jointe aux accidens nerveux. O11 lui appliqua un collier et une ceinture d’aimant, suivant la méthode de M. l’abbé le Noble. Huit ou dix heures après, la malade se trouva comme guérie , et se porta passablement bien pendant trois mois , au bout desquels le médecin qui l’avoit traitée certifia à M. l’abbé le Noble la maladie et la guérison. Ce même médecin pensoit que les nerfs de cette dame avoient été agacés par une humeur.
Une jeune demoiselle ayant eu pendant plus de trois ans des attaques d’épilepsie qui avoient commencé à l’époque où les évacuations ont lieu , et ayant fait inutilement plusieurs remèdes conseillés par un membre de la Société royale de Médecine , eut recours aux aimans de M. l’abbé le Noble, d’après l’avis du même médecin : les attaques cessèrent bientôt, et, dix mois après leur cessation , sa mère écrivit au médecin qui lui avoit conseillé les aimans de M. l’abbé le Noble, pour lui annoncer la guérison de sa fille.
Une dame souffroit depuis plus de huit ans des maux de nerfs qui avoient été souvent accompagnés d’accidens graves et fâcheux , de lassitudes , d’insomnies , de douleurs vives , de convulsions, d’évanouissemens , et surtout d’un accablement général et d’une grande tristesse. Les aimans de M. l’abbé
ET DE SES USAGES. *4 1
rapporter l’électricité, qu’on venoit en quelque sorte de découvrir, au magnétisme, dont on connoissoit depuis long- temps les
le Noble l’ont guérie , et elle l’a attesté elle-même, un mois ou environ après , à M. l’abbé le Noble. Sa guérison s’étoit toujours soutenue.
Une dame qui étoit malade d’une épilepsie survenue à la suite d'une frayeur qu’elle avoit eue dans un temps critique a certifié que, depuis quatre ans qu’elle porte des aimans de M. le Noble, elle a toujours été soulagée ; que si divers événemens lui ont donné quelquefois des crises , elles ont été passagères, et bien moins violentes que celles qu’elle avoit éprouvées, et qu’elle jouit habituellement d’un bien-être très-marqué.
Trois femmes et un homme ont été guéris , par l’application de l’aimant , de maux de nerfs accompagnés de convulsions fortes , etc. Trois ans se sont écoulés depuis la guérison d’une de ces femmes , et elle se porte encore très-bien.
M. Picot , médecin de la maison du roi de Sardaigne, a certifié à M. l’abbé le Noble qu’il s’étoit servi de ses aimans avec le plus grand succès pour procurer à une femme très-délicate , et d’une trèsgrande sensibilité, des évacuations périodiques dérangées ou supprimées en partie depuis plus de deux ans. Le même médecin atteste avoir été guéri lui-méme d’une migraine qui avoit résisté, pendant plus de huit ans , à tous les secours de l'art. 11 demande en conséquence à M. le Noble qu’il établisse un dépôt de ses aimans dans la ville de Turin.
Depuis plus de dix-huit mois une dame ne pouvoit prendre la plus légère nourriture sans que son estomac fût extrêmement fatigué. Elle ressentoit des douleurs presque continuelles , tantôt dans le côté droit , tantôt entre les deux épaules , et souvent dans la poitrine ; elle éprouvoit tous les soirs, sur la fin de sa digestion , un étouffement subit , une tension générale, une inquiétude qui la forçoit à cesser toute occupation, à marcher, à aller à l'air, quelque froid qu'il fît , et à relâcher tous les cordons de son habit. Quinze jours après avoir employé les aimans de M. l’abbé le Noble elle fut entièrement guérie, et aucune douleur ni aucun accident n’étoient revenus six semaines après qu’elle eut commencé à les porter, ainsi qu’elle l’attesta elle-même à M. l’abbé le Noble.
Une dame a certifié elle-même qu’elle avoit souffert , pendant six jours , de douleurs très-vives occasionées par un rhumatisme au bras gauche , dont elle avoit entièrement perdu l’usage ; qu’elle avoit employé sans succès les remèdes ordinaires; qu’elle avoit eu recours aux plaques aimantées de M. l’abbé le Noble, et que quatre jours après elle avoit été entièrement guérie.
Un homme très-digne de foi a aussi certifié à M l’abbé le Noble qu’il avoit été guéri par l’application de ses aimans d’un rhumatisme très-douloureux, dont il souffroit depuis plusieurs années , et dont le siège étoit au bas de l’épine du dos. Près d’un an après , cet homme portoit toujours sur le bas du dos la plaque aimantée; les douleurs avoient disparu, et il ne sentoit plus que quelquefois un peu d'engourdissement lorsqu’il avoit été sédentaire pendant trop long-temps : mais il dissipoit cet engourdissement en faisant quelques pas dans sa chambre.
Un homme malade d’une paralysie incomplète, souffrant dans toutes les parties du corps, et ayant tenté inutilement tous les remèdes connus , fut
Buffon. III.
grands phénomènes *. Des physiciens récens ont, avec plus de fondement, attribué ce même magnétisme à l’électricité, qu’ils connoissoient mieux ; mais ni les uns ni les autres n’ont fait assez d’attention aux différences de l'action de ces deux forces, dont nous venons d’exposer les raisons analogues et qui néanmoins diffèrent par plusieurs rapports, et notamment par les directions particulières que ces forces suivent, ou qu’elles prennent d’elles-mêmes : car la di rection du magnétisme se combine avec le gisement des continens, et se détermine parla position particulière des mines de fer et d’aimant , des chaînes de laves , de basaltes, et de toutes les matières ferrugineuses qui ont subi l’action du feu ; et c’est par celte raison que la force magnétique a autant de différentes directions qu’il y a de pôles magnétiques sur le globe, au lieu que la direction de l’électricité ne varie point , et se porte constamment de l’équateur aux deux
adressé , dans le mois de septembre 1785 , à M. l’abbé le Noble par un membre d« la Société de Médecine; on lui appliqua les aimans, et au mois de janvier 1786 il s’est très-bien porté.
Une dame qui souffroit depuis vingt ans des douleurs rhumatismales qui l’empêchoient de dormir et de marcher etoit presque entièrement guérie au mois de février 1787.
Le nommé Boissel , garçon menuisier, âgé de cinquante ans , a eu recours à M. l’abbé le Noble le 9 novembre 1786. Il y avoit dix mois qu’il éprouvoit de grandes douleurs dans les deux bras ; le gauche étoit très- enflé et enflammé, il lui étoit impossible de l’étendre, et la douleur se commun! • quoit à la poitrine, à l’estomac et aux côtés, et même jusqu'aux jambes, dont il ne pouvoit faire usage qu’à l’aide d’une béquille ; on étoit obligé de le porter dans son lit, où il ressentoit encore les mêmes douleurs. Il avoit été trois mois à l’Hôtel- Dieu , et il y en avoit deux qu’il en étoit sorti sans y avoir éprouvé le plus léger soulagement. Mais après l’application des aimans de M. l’abbé le Noble, le 9 novembre, les mouveinens dans les jambes , ainsi que dans les bras , sont devenus libres ; le 19 dudit mois il se promenoit dans sa chambre, et, voyant la facilité avec laquelle il marchoit, il crut qu’il pourroit sortir sans aucun risque.
En effet, il a été ce jour là à quelque distance de son domicile, et le lendemain 20 il est venu de la rue Neuve-Saint-Martin , où il demeure , à la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Les douleurs étoieut encore vives dans les jambes , quoique les raouvemens fusseut libres; mais elles se sont dissipées par degrés, et ont cessé le i5 février. Il s'est établi sous les aimans, à la cheville des pieds et sous les jarretières, des espèces de petits cautères qui rendoienl une humeur épaisse et gluante. Les jambes , qui étoient considérablement enflées , sont maintenant, au mois de mars 1787, dans l’état naturel ; il marche très-bien et jouit d’une bonne santé.
1. Le P. Bcrault, jésuite , auteur d’une dissertation couronnée par l’Académie de Bordeaux , a soupçonné le premier que les forces magnétique et électrique pouvoient être ideutiques.
TRAITÉ DE L’AIMANT
pôles terrestres. Les glaces , qui recouvrent les régions polaires des deux hémisphères du globe , doivent déterminer puissamment le fluide électrique vers ces régions polaires, où il manque , et vers lesquelles il doit se porter, pour obéir aux lois générales de l’équilibre des fluides, au lieu que la glace n’influe pas sur le magnétisme, qui ne reçoit d'inflexions que par son rapport particulier avec lés masses de 1 aimant et du f< r.
De plus, il n’y a de rapports semblables et bien marqués qu’entre les aimans et les corps électriques par eux-mêmes, et l’on ne connoît point de substances sur lesquelles le magnétisme produise des effets pareils à ceux que l’électricité produit sur les substances qui ne peuvent être électrisées que. par communication. D’ailleurs le magnétisme ne se communique pas de la même manière que l’électricité dans beaucoup de circonstances , puisque la communication du magnétisme ne diminue pas la force des aimans, tandis que la communication de l’électricité détruit la vertu des corps qui la produisent.
On peut donc dire que tous les effets magnétiques ont leurs analogues dans les phénomènes de l'électricité : mais on doit convenir , en même temps , que tous les' phénomènes électriques n’ont pas de même tous leurs analogues dans les effets magnétiques. Ainsi nous ne pouvons plus douter que la force particulière du magnétisme 11e dépende de la force générale de ! électricité, et que tous les effets de l’aimant ne soient des modifications de cette force électrique *. Et ne pouvons-nous pas considérer l'aimant comme un corps perpétuellement électrique, quoiqu’il ne possède l’électricité que d’une maniéré particulière, à laquelle ou a donné le nom de magnétisme? La nature des matières ferrugineuses , par son affinité avec la substance du feu , est assez puissante pour fléchir la direction du cours de l’électricité générale, et même pour en ralentir le mouvement, en le déterminant vers la surface de l’aimant. La lenteur de l’action magnétique, éri comparaison de la violente rapidité des chocs électriques , nous représente en
i. Notre opinion est confirmée par les preuves répandues dans une dissertation de M. Kpiiius, lue à l’Académie de Saint-Pétersbourg : ee physicien y a fait voir que les effets de l'électricité el du magnétisme non seulement ont du rapport dans quelques points, mais qu’ils sont encore semblables dans un très-grand nombre cle circonstances des plus essentielles; en sorte, dit-il, qu’il n’est presque pas à douter que la nature 11’emploie à peu
près les mêmes moyens pour produire l’une et l’autre force.
effet un fluide qui, tout actif qu’il est , semble néanmoins être ralenti, suspendu, et pour ainsi dire assoupi dans son cours.
Ainsi, je le répète, les principaux effets du magnétisme se rapprochent, par une analogie marquée, de ceux de l’électricité , et le grand rapport de la direction générale et commune des forces électrique el magnétique , de l’équateur aux deux pôles , les réunit encore de plus près, et semble même les identifier i. 2.
St la vertu magnétique ctoit une force résidante dans le fer ou dans l’aimant, et qui leur lut inhérente et propre, on ne pourvoit la trouver ou la prendre que dans l’aimant même , ou dans le fer actuellement aimanté ; et il ne serait pas possible de l’exciter ou de la produire par un autre moyeu .* mais là percussion , le frottement, et même la seule exposition aux impressions de l’atmosphère, suffisent pour donner au fèr cette vertu magnetiquè ; preuve évidente qu’elle dépend d’une force extérieure qui s’applique ou plutôt flotte à sa surface et se rènouvelle sans cesse.
En considérant les phénomènes dé là direction de l’aimant , on voit què les forces qui produisent et maintiennent celte direction sc portent généralement de l’équateur aux pôles terrestres, avec des variations dont les unes 11e sont qu’alternatives d’un jour à l’autre , et s’opèrent par des oscillations momentanées et passagères , produites par les variations de l’état de l’air, soit par là chaleur ou ie froid , soit par les vents , les orages , les aurores boréales; les autres sont des variations en déclinaison et en inclinaison , dont les causes , quoique également accideri-
2. M. te comte de Tressa» a pensé, comme nous, que le magnétisme n’étoit qu’une modification de l’électricité. Voyez son ouvrage qui a pour tiire Essais sur le fluide élect tique considéré comme agen' universel ; mais notre théorie n’en dif fère pas moins de son opinion. L’hypothèse de ce physicien est ingénieuse, suppose beaucoup de connoissances et de recherches ; il présente des expériences intéressantes, de bonnes vues, et des vérités importantes : mais cependant on ne peut admettre sa théorie. Elle consiste principalement à expliquer le mécanisme de l’univers , et tous les effets de l’attraction , par le moyen du fluide électrique. Mais l’action impulsive d’aucun fluide ne peut exister que par le moyen de l’élasticité, et l’éiaslieité 11’est clle-mèmc qu’un effet de l’attraction, ainsi que nous l’avons ci-devant démontré. On ne fera donc que reculer la question , au lieu de la résoudre, toutes les fois qu’ou voudra expliquer l’attraction par l'impulsif)» , dont les phénomènes sont tous dépendons de la gravitation universelle. Ou peut consulter à ce sujet l’article intitulé de /’ Attraction, du premier volume de la Physique générale et particulière de M. le comte de Lucépède.
ET DE SES USAGES
telles, sont pins constantes, et dont les effets ne s'opèrent qu'en beaucoup plus de temps; et tous ces effets sont subordonnés à la cause générale , qui détermine la direction de la force électrique de l’équateur vers les pôles.
En examinant attentivement les inflexions ue la direction générale de l’électricité et u magnétisme éprouve de toutes ces causes particulières , on reconnoît , d’après les observations récentes et anciennes , que les grandes variations du magnétisme ont une marche progressive du nord à l’est ou à l’ouest , dans certaines périodes de temps , et que la force magnétique a , dans sa direction , diffère ns points de tendance ou de détermination, que l’ou doit regarder comme autant de pôles magnétiques vers lesquels , selon le plus ou moins de proximité, se fléchit la direction de la force générale, qui tend de l’équateur aux deux pôles du globe.
Ce mouvement en déclinaison ne s’opère que lentement ; et cette déclinaison paroissaut être assez constante pendant quelques années, on peut regarder les observations faites depuis douze à quinze ans comme autant de déterminations assez justes de la position des lieux' où elles ont été faites.
Ou doit réunir aux phénomènes de la déclinaison de l’aimant ceux de son inclinaison ; ils nous démontrent que la force magnétique prend, à mesure que l’on approche des pôles, une tendance de plus en plus approchante de la perpendiculaire à la surface du globe: et cette inclinaison , quoique un peu modifiée parla proximité des pôles magnétiques , qui détermine la déclinaison , nous paroîtra cependant beaucoup moins irrégulière dans sa marche progressive vers les pôles terrestres, et plus constante, que la déclinaison dans les mêmes lieux, en différées temps.
Pour se former une idée nette de cette inclinaison de l’aimant , il faut se représenter la figure de la terre renflée sous l’équateur et abaissée sous les pôles ; ce qui fait une courbure dont les degrés ne sont point tous égaux , comme ceux d’une sphère parfaite. Il faut en même temps concevoir que le mouvement qui tend de l’équateur aux pôles doit suivre cette courbure, et que par conséquent sa direction n’est pas simlement horizontale, mais toujours inclinée e plus en plus , en partant de l’équateur pour arriver aux pôles.
Cette inclinaison de l’aimant , ou de l’aiguille aimantée, démontre donc évidemment que la force qui produit ce mouvement suit la courbure de la surface du globe , de l’é-
quateur dont elle part , jusqu'aux pôles où elle arrive; si l inclinaison de l’aiguille netoit pas dérangée par l’action des pôles magnétiques , elle seroit donc toujours très petite ou nulle dans les régions voisines de l’équateur, et très-grande ou complète, c’està-dire de 90 degrés, dans les parties polaires.
En recherchant quel peut être le nombre des pôles magnétiques actuellement existans sur le globe , nous trouverons qu’il doit y en avoir deux dans chaque hémisphère; et, de fait , les observations des navigateurs prouvent qu’il y a sur la surface du globe trois espaces plus ou moins étendus , trois bandes plus ou moins larges, dans lesquelles l’aiguille aimantée se dirige vers le nord, sans décliner d’aucun côté. Or une bande sans déclinaison 11e peut exister que dans deux circonstances : la première, lorsque celte bande suit la direction du pôle magnétique au pôle terrestre ; la seconde, lorsque cette bande se trouve à une distance de deux ou de plusieurs pôles magnétiques , telle que les forces de ces pôles se compensent et se détruisent mutuellement ; car, dans ces deux cas , le courant magnétique ne peut que suivre le courant général du fluide électrique et se diriger vers le pôle terrestre, et l’aiguille aimantée 11e déclinera dès lors d’aucun côté. D’après cette considération, on pourra voir aisément, en jetant les jeux sur un globe terrestre, qu’un pôle magnétique ne peut produire dans un hémisphère que deux bandes sans déclinaison, séparées l’une de l'autre par la moitié de la circonférence du globe. S’il y a deux pôles magnétiques , l’on pourra observer quatre bandes sans déclinaison, chaque pôle pouvant en produire deux par son action particulière : mais alors ces quatre bandes 11e seront pas placées sur la même ligne que les pôles magnétiques et le pôle de la terre ; elles seront aux endroits où les puissances des deux pôles magnétiques seront combinées avec leurs distances , de manière à se détruire. Ainsi nue et deux bandes sans déclinaison ne supposent qu’un seul pôle magnétique; trois et quatre bandes sans déclinaison en supposent deux ; et s’il se trouvoit sur le globe cinq ou six bandes sans déclinaison, elles indiqueroient trois pôles magnétiques dans chaque hémisphère. Mais jusqu’à ce jour l'on 11’a leconnu que trois bandes sans déclinaison, lesquelles s étendent toutes trois dans les deux hémisphères : nous sommes par conséquent fondés a n'admettre aujourd’hui que deux pôles magnétiques dans l’hémisphère boréal et deux autres
#44 TRAITE DE L’AIMANT
dans l'hémisphère austral ; et si l’on connoissoit exactement la position et le nombre de ces pôles magnétiques , on pourroit bientôt parvenir à se guider sur les mers sans erreur.
On a tort de dire que les hommes donnent trop à la vaine curiosité; c’est aux besoins, à la nécessité, que les sciences et les arts doivent leur naissance et leurs progrès. Pourquoi trouvons-nous les observations magnétiques si multipliées sur les mers et en si petit nombre sur les continens ? C’est que ces observations ne sont pas nécessaires pour voyager sur terre, mais que les navigateurs ne peuvent s’en passer. Néanmoins il seroit très-utile de les multiplier sur terre; ce qui d’ailleurs seroit plus facile que sur mer. Sans ce travail, auquel on doit inviter les physiciens de tous pays , on ne pourra jamais former une théorie complète sur les grandes variations *de l’aiguille aimantée, ni par conséquent établir une pratique certaine et précise sur l’usage que les marins peuvent faire de leurs différentes boussoles.
Les effets du magnétisme se manifestent ou du moins peuvent se reconnoître dans toutes les parties du globe, et partout où l’on veut les exciter ou les produire. La force électrique, toujours présente, semble n’attendre pour agir et pour produire la vertu magnétique que d’y être déterminée par la combinaison des moyens de l’art, ou par les combinaisons plus grandes de la nature; et, malgré ses variations, le magnétisme est encore assujétî à la loi générale qui porte et dirige la marche du fluide électrique vers les pôles de la terre.
Si les forces magnétique et électrique étoient simples, comme celle de la gravitation, elles ne produiroient aucun mouvement composé ; la direction en seroit toujours droite, sans déclinaison ni inclinaison, et tous les effets en seroient aussi constans qu’ils sont variables.
L’attraction, la répulsion de l’aimant, son mouvement tant en déclinaison qu’en inclinaison, démontrent donc que l’effet de cette force magnétique est un mouvement composé, une impulsion différemment dirigée; et cette force magnétique agissant, tantôt en plus, tantôt en moins, comme la force électrique, et se dirigeant de même de l’équateur aux deux pôles , pouvons-nous douter que le magnétisme ne soit une modification, une affection particulière de l’électricité, sans laquelle il n’existeroit pas?
Les effets de cette force magnétique étant moins généraux que ceux de l’électricité,
peuvent montrer plus aisément la direction de cette force électrique. Cette direction vers les pôles nous est démontrée en effet par celle de l’aiguille aimantée, qui s’incline de plus en plus, et en sens contraire, vers les pôles terrestres. Et ce qui prouve encore que le magnétisme n’est qu’un effet de cette force électrique, qui s’étend de l’équateur aux pôles, c’est que des barres de fer ou d’acier placées dans la direction de ce grand courant acquièrent avec le temps une vertu magnétique plus ou moins sensible, qu’elles n’obtiennent qu’avec peine et qu’elles ne reçoivent même en aucune manière, lorsqu’elles sont situées dans un plan trop éloigné de la direction, tant en déclinaison qu’en inclinaison, du grand courant électrique. Ce courant général , qui part de l’équateur pour se rendre aux pôles, est souvent troublé par des courans particuliers, dépendans de causes locales el accidentelles. Lorsque, par exemple, le fluide électrique a été accumulé par diverses circonstances dans certaines portions de l’intérieur du globe, il se porte avec plus ou moins de violence de ces parties où il abonde vers les endroits où il manque. Il produit ainsi des foudres souterraines , des commotions plus ou moins fortes, des tremblemens de terre plus ou moins étendus. Il se forme alors, non seulement dans l’intérieur, mais même à la surface des terrains remués par ces secousses, un courant électrique qui suit la même direction que la commotion souterraine, el cette force accidentelle se manifeste par la vertu magnétique que reçoivent des barres de fer ou d*acier placées dans le même sens que ce courant passager et local. L’action de celle force particulière peut être non seulement égale, mais même supérieure à celle de l’électricité générale, qui va de l’équateur aux pôles. Si l’on place en effet des b rres de fer, les unes dans le sens du courant général de l’équateur aux pôles, et les autres dans la direction du courant particulier dépendant de l’accumulation du fluide électrique dans l’intérieur du globe, et qui produit le tremblement de terre , ce dernier courant, dont l’effet est cependant instantané et ne doit guère durer plus longtemps que les foudres souterraines qui le produisent, donne la vertu magnétique aux barres qui se trouvent dans sa direction, quelque angle qu’elles fassent avec le méridien magnétique, tandis que des barres entièrement semblables, et situées depuis un un très-long temps dans le sens de ce méridien , ne présentent aucun signe de la plus
foible aimantation *. Ce dernier fait, qui est important, démontre le rapport immédiat du magnétisme et de l’électricité, et prouve en même temps que le fluide électrique est non seulement la cause de la plupart des tremblemens de terre, mais qu’il produit aussi l’aimantation de toutes les matières ferrugineuses sur lesquelles il exerce son action.
Rassemblant donc tous les rapports entre les phénomènes , toutes les convenances entre les principaux effets du magnétisme et de l’électricité , il me semble qu’on ne peut pas se refuser à croire qu’ils sont produits par une seule et même cause, et je suis persuadé que , si on réfléchit sur la théorie que je viens d’exposer, on en reconnoitra clairement l’identité. Simplifier les causes , et généraliser les effets , doit être le but du physicien ; et c’est aussi tout ce que peut le génie aidé de l’expérience et guidé par les observations.
Or nous sommes aujourd’hui bien assurés que le globe terrestre a une chaleur qui lui est propre, et qui s’exhale incessamment par des émanations perpendiculaires à sa surface; nous savons que ces émanations sont constantes, très -abondantes dans les régions voisines de l’équateur, et presque milles dans les climats froids. Ne doiventcHes pas dès lors se porter de l’équateur aux deux pôles par des courans opposés? et comme l’hémisphère austral est plus refroidi que le boréal , qu’il présente à sa surface une plus grande étendue de plages glacées, et qu’il est exposé pendant quelques jours de moins à l’action du soleil1 2 , les émanations de la chaleur qui forment les courans électrique et magnétique doivent s’y porter en plus grande quantité que dans l’hémisphère boréal. Les pôles magnétiques boréaux du globe sont dès lors moins puissans que les pôles magnétiques austraux. C’est l’opposé de ce qu’on observe dans les aimans, tant naturels qu’artificiels, dont le pôle boréal est plus fort que le pôle austral, ainsi que nous le prouverons dans les articles suivaus; et comme c’est un effet constant du magnétisme, que les pôles semblables se repoussent et que les pôles différens s’attirent, il n’est point surprenant que, dans quelque hémisphère qu’on transporte l’aiguille aimantée, son pôle nord se dirige vers le pôle boréal du globe, dont il différé
1. Ces faits ont été mis hors de doute par des expériences qui ont été faites par M. de Rozièrcs , capitaine au corps royal du génie.