‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 146 sur 218 · ET DE SES · texte numérisé non relu

ET DE SES

la direction : et si le voisinage de certaines côtes a paru , au contraire , repouser l’aiguille aimantée, la nouvelle direction de l'aiguille n’a point cté, dans ces cas particuliers , l’effet d’une répulsion qui n’a été qu’apparente; mais elle a été produite par le magnétisme général, ou par l’attraction particulière de quelques autres terres plus ou moins éloignées, et dont l’action aura cessé d’être troublée dans le voisinage de certaines côtes dépourvues de mines de fer ou d’aimant. Lors donc qu’à l’approche des terres l’aiguille aimantée éprouve constamment des changemens très-marqués dans sa déclinaison , on peut en conclure l’existence ou le défaut de mines de fer ou d’aimant dans ces mêmes terres, suivant qu’elles attirent ou repoussent l'aiguille aimantée.

En général , les bandes sans déclinaison se trouvent toujours plus près des côtes orientales des grands continens que des côtes occidentales : celle qui a été observée dans la mer Atlantique est , dans tous ses points, beaucoup plus voisine des côtes orientales de l’ Amérique que des côtes occidentales de l’Afrique et de l’Europe; et celle qui traverse la mer de l’Inde et la grande mer Pacifique est placée à une assez petite distance à l’est des côtes de l Asie.

La bande sans déclinaison de la mer des Indes , et qui se prolonge dans la mer Pacifique boréale , paroit s’étendre depuis environ le cinquante-neuvième degré de latitude sud jusqu’au quarantième degré de latitude nord.

Il est important d’observer que sous la latitude boréale de dix - neuf degrés , ainsi que sous la latitude australe de cinquantetrois degrés, la bande sans déclinaison de la mer Atlantique, et celle de la mer des Indes, sont éloignées l’une de l’autre d’environ cent cinquante -sept degrés, c’est-à-dire de près de la moitié de la circonférence du globe. Il est également remarquable qu’à partir de quelques degrés de l’équateur, on n’a observé dans la mer Pacifique boréale aucune déclinaison vers l’ouest qu’on ne puisse rapporter aux variations instantanées et irréguières de l’aiguille : ceci joint à toutes les directions des déclinaisons, tant de la mer Atlantique que de la mer des Indes, confirme l’existence d’un pôle magnétique trèspuissant dans le nord des terres de l’Amérique ; et ce qui confirme encore cette vérité, c’est que la plus grande déclinaison orientale dans la mer Pacifique boréale a été observée, par le capitaine Cook, de trente-six degrés dix - neuf minutes aux environs de

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soixante - dix degrés de latitude nord et du cent quatre-vingt-quinzième de longitude, c’est-à-dire à deux degrés, ou à peu près, au nord des terres de l’Amérique les plus voisines de l’Asie. I)’un autre côté, M. le chevalier de Langle a trouvé une déclinaison vers l’ouest de quarante- cinq degrés, dans un point de la mer Atlantique situé très-près des eôtes orientales et boréales de l’Amérique. C’est donc dans ces terres septentrionales du nouveau continent que toutes les directions des déclinaisons se réunissent et coïncident au pôle magnétique, dont l’existence nous paroit démontrée par tous les phénomènes.

La déclinaison n’éprouve que de petites vicissitudes dans les basses latitudes, surtout dans la grande mer de l’Inde , où l’on n’observe jamais qu’un petit nombre de degrés de déclinaison dans le voisinage de l’équateur, tandis que, dans les plus hautes latitudes de l’hémisphère austral, il paroit que la déclinaison de l’aiguille varie beaucoup de l’est à l’ouest, ou de l’ouest à l’est, dans un très-petit espace.

La ligne sans déclinaison qui passe entre Malaca, Bornéo, le détroit de la Sonde, se replie vers l’est , et son inflexion semble être produite par les terres de la Nouvelle - Hollande.

Il y a dans la mer Pacifique une troisième bande sans déclinaison , qui paroit s’étendre depuis le septième degré de latitude nord jusqu’au cinquante-cinquième degré de latitude sud. Cette bande traverse l’équateur vers le deux cent trente-deuxième degré de longitude : mais , à vingt-quatre degrés de latitude australe , elle paroit fléchir ver les côtes occidentales de l’Amérique méridionale; ce qui paroit être l’effet des masses ferrugineuses que l’on doit trouver dans ces contrées si souvent brûlées par les feux des volcans , et agitées par les coups de la foudre souterraine.

La déclinaison la plus considérable qui ait été trouvée dans l’hémisphère austral est celle de quarante-trois degrés six minutes , observée par Cook en février 1773 , sous le soixantième degré de latitude et le quatrevingt-douzième degré trente-cinq minutes de longitude, loin de toute terre connue; et la plus forte déclinaison qu’on ait trouvée dans l’hémisphère boréal, et, en même temps, la plus grande de toutes celles qui ont été remarquées dans les derniers temps , est celle de quarante-cinq degrés, dont nous avons déjà parlé , et qui a été observée par M. le chevalier de Langle vers le soixante-deuxième

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degré de latitude et le deux cent quatre-vingtdix-sept ou deux cent quatre-vingt-dix-huitième de longitude, entre le Groenland et la terre de Labrador; elles sont toutes les deux vers l’ouest , et toutes les deux ont eu lieu dans des endroits éloignés de l’équateur d’environ soixante degrés.

Tels sont les principaux faits, tant pour la déclinaison que pour l’inclinaison, qu’offre ce qu’on a reconnu de l’état actuel des forces magnétiques , qui s’étendent de l’équateur aux pôles, et si nous voulons tirer quelques résultats du petit nombre d’observations plus anciennes, nous trouverons que, depuis 1700, l’inclinaison de l'aiguille aimantée a varié en différens endroits : mais tout ce que l’on peut conclure de ces observations, qui sont en petit nombre, c’est que les cbangemens de la déclinaison et de 1 inclinaison ont été inégaux et irréguliers dans les divers points des deux hémisphères.

El , pour ne considérer d’abord que les variations de la déclinaison , la plus grande irrégularité des cbangemens qu’elle a éprouvés sur les différens points du globe suffit pour empêcher d’admetire l’hypothèse de Halley, qui supposoit dans 1 intérieur de la terre un grand noyau magnétique doué d’une sorte de mouvement de rotation, indépendant de celui du globe, et qui, par sa déclinaison, produiroit celle des aimans placés à la surface de la terre. M. Épinus , qui d’abord paroissoit tenté d’adopter l’opinion de Halley, a vu lui - même qu’elle ne pouvoit pas s’accorder avec l’irrégularité des changemens de la déclinaison magnétique : au lieu du mouvement régulier d’une sorte de grand aimant imaginé par Halley , il a proposé d’admettre des cbangemens irréguliers et locaux dans le noyau de la terre. Mais , indépendamment de l’impossibilité d assigner les causes de ces changemens intérieurs, ils ne pourroient agir sur la déclinaison des aiguilles qu’autant que les portions du noyau gagneroient ou perdroient la vertu magnétique ; et nous avons vu que les masses ferrugineuses ne pouvoient s’aimanter naturellement que très-près de la surface du globe, et par les influences de l’atmosphère.

Depuis i58o, la déclinaison de l’aiguille a varié dans les divers endroits de la surface du globe, d’une manière très-inégale: elle s’est portée vers l’est avec des vitesses très - différentes, non seulement selon les temps, mais encore selon les lieux; et ceci est d’autant plus important à observer, que ses mouvemens ont toujours été très-irréguliers , et que nous ne faisons ici aucune at-

tention aux petites causes locales qui ont pu la déranger. Ces causes , dont les effets ne sont pas constans, mais passagers , peuvent être de même nature que les causes plus générales du changement de déclinaison d’un grand nombre de degrés , jusqu’à la faire aller en diminuant lorsqu’elle devroit s’accroître , et peuvent même tout à coup la faire changer de l’est à l’ouest , ou de l’ouest à l’est. Par exemple, dans l’année 1618, la déclinaison éloit orientale de quinze degrés dans l’ile de Candie, tandis qu’elle éloit nulle à Malle et dans le détroit de Gibraltar, et qu’elle éloit de six degrés vers l’ouest à Palerme et à Alexandrie; ce que l’on ne peut attribuer qu’à des causes particulières, et à ces effets passagers que nous venons d’indiquer.

La bande sans déclinaison qui se trouve actuellement dans la mer Atlantique gisoit auparavant dans notre continent : en 1594, elle passoit à Narva en Finlande; elle éloit en même temps bien plus avancée du côté de l’est dans les régions plus voisines de l’équateur, et , par conséquent, il y a près de deux cents ans qu’elle ctoit inclinée du côté de l’ouest , relativement à l’équateur terrestre, puisqu’elle n’a passé qu’en 1600 à Constantinople, qui est à peu près sous le même méridien que Narva. Celte bande sans déclinaison est parvenue , en s’avançant vers l’ouest, jusqu’au deux cent quatre - vingtdeuxième degré de longitude , et à la latitude de trente-cinq degrés , où elle se trouve actuellement.

En 1616, la déclinaison fut trouvée de cinquante - sept degrés à soixante-dix-huit degrés de latitude boréale, et deux cent quatre-vingts de longitude. C’est la plus grande déclinaison qu’on ait observée; elleétoit vers l’ouest, ainsi que les deux fortes déclinaisons dont nous devons la connoissance à M. le chevalier de Langle et au capitaine Cook; elle a eu également lieu sous une très-haute latitude, et elle a élé reconnue dans un endroit peu éloigné de celui où M. de Langle a trouvé la déclinaison de quarante-cinq degrés , la plus grande de toutes celles qui ont été observées dans les derniers temps. Néanmoins , dans la même année 1616, la bande sans déclinaison qui traversoit l’Europe, et qui s’avançoit toujours vers l’occident, n’etoit pas encore parvenue au vingt- unième degré de longitude ; et dans des points situés à l’ouest de cette bande, comme, par exemple, à Paris, à Rome, etc., l’aiguille déclinoit vers l’est; et cela provient de ce que les régions septen-

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trionales de l’Amérique n’avoient pas encore éprouvé toules les révolutions qui y ont établi le pôle magnétique que l’on doit y supposer à présent.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas douter qu’il n’y ait actuellement un pôle magnétique dans cette région du nord de l’Amérique , puisque la déclinaison vers l’ouest est plus grande en Angleterre qu’en France , plus grande en France qu’en Allemagne , et toujours moindre à mesure qu’on s’éloigne de l’Amérique, en s’avançant vers l’orient.

Dans l’hémisphère austral l’aiguille d’inclinaison, au rapport du voyageur Noël, se tenoit perpendiculaire au trente- cinquième ou trente sixième degré de latitude, et cette perpendiculaire de l’aiguille se soutenoit daus une longue étendue sous différentes longitudes , depuis la mer de la Nouvelle- Hollande jusqu’à sept ou huit cents milles du cap de Bonne-Espérance *. Cette observation s’accorde avec le fait rapporté par Abel Tasman, dans son voyage, en 1642 : ce voyageur dit avoir observé que l’aiguille de ses boussoles horizontales ne se dirigeoit plus vers aucun point fixe dans la partie de la mer voisine, à l’occident, de la terre de Diémcn ; et cela doit arriver en effet lorsqu’on se trouve sur un pôle magnétique. En comptant donc sur cette observation du voyageur Noël, on est en droit d’en conclure qu’un des pôles magnétiques de l’hémisphère austral étoit situé, dans ce temps, sous la latitude de trente-cinq ou trente-six degrés, et que , quoiqu’il y eût une assez grande étendue en longitude où l’aiguille 11’avoit point de direction constante, on doit supposer sur cette ligne un espace qui servoit de centre à ce pôle, et dans lequel, comme sur les parties polaires de la pierre d’aimant , la force magnétique étoit la plus concentrée ; et ce centre étoit probablement l’endroit où Tasman a vu que l’aiguille de ses boussoles horizontales ne pouvoit se fixer.

Le pôle magnétique qui se trouve dans le nord de l’Amérique n’est pas le seul qui soit dans notre hémisphère; le savant et ingénieux Halley en comptoit quatre sur le globe

1. Le capitaine Cook dit que l’inclinaison de l'aiguille fut de 64 degrés 36 minutes les trois différentes fois qu’il relâcha â la Nouvelle-Zélande, dans une baie située par 41 degrés 5 minutes 56 secondes de latitude, et 17; degrés o minutes 7 secondes de longitude. Il me paroît que l’on peut compter sur cette observation de Cook , avec d’autant plus de raison qu’elle a été répétée , comme l’on voit par son récit , jusqu’à trois fois différentes dans le même lieu , en différentes années.

entier, et en plaçoit deux dans l’hémisphère boréal et deux dans l’hémisphère austral. Nous croyons devoir en compter également deux dans chaque hémisphère, ainsi que nous l’avons déjà dit, puisqu’on y a reconnu trois lignes ou bandes sur lesquelles l’aiguille se dirige droit au pôle terrestre, sans aucune déviation.

De la même manière que les pôles d’un aimant ne sont pas des points mathématiques , et qu’ils occupent quelques lignes d’étendue superficielle, les pôles magnétiques du globe terrestre occupent un assez grand espace; et en comptant sur le globe quatre pôles magnétiques, il doit s*e trouver un certain nombre de régions dans lesquelles l’inclinaison de l’aiguille sera très-grande, et de plus de quatre-vingts degrés.

Quoique le globe terrestre ait en grand les mêmes propriélés que l’aimant nous offre en petit, ces propriélés ne se présentent pas aussi évidemment ni par des effets aussi constans et aussi réguliers sur le globe que sur la pierre d’aimant. Cette différence entre les effets du magnétisme général du globe et du magnétisme particulier de l’aimant, peut provenir de plus d’une cause. Premièrement, de la figure sphéroïde de la terre : on a éprouvé, en aimantant de petits globes de fer, qu’il est difficile de leur donner des pôles bien déterminés; et c’est probablement en raison de sa sphéricité que les pôles magnétiques 11e sont pas aussi distincts sur le globe terrestre qu’ils le sont sur des aimans sphériques. Secondement la position de ces pôles magnétiques , qui sont plus ou moins voisins des vrais pôles de la terre, et plus ou moins éloignés de l’équateur, doit influer puissamment sur la déclinaison dans chaque lieu particulier, suivant sa situation plus ou moins distante de ces mêmes pôles magnétiques, dont la position n’est point encore assez déterminée.

Le magnétisme du globe, dont les effets viennent de nous paroître si variés, r-t même si singuliers, n’est donc pas le produit d’une force particulière, mais une modification d’une force générale, qui est celle de l’électricité , dont la cause doit être attribuée aux émanations de la chaleur propre du globe, lesquelles, partant de lequaieur et des régions adjacentes, se portent, en se courbant et se plongeant sur les régions polaires où elles tombent , dans des directions d’autant plus approchantes de la perpendiculaire, que la chaleur est moindre, et que ces émanations se trouvent , dans les régions froides , plus complètement éteintes ou sup-

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