ARTICLE VI
De V inclinaison de V aimant.
La direction de l’aimant, ou de l’aiguille aimantée n’est pas l’effet d’un mouvement simple, mais d’un mouvement composé qui suit la courbure du globe de l’équateur aux pôles. Si l’on pose un aimant sur du mercure , dans une situation horizontale , et sous le méridien magnétique du lieu , il s’inclinera de manière que le pôle austral de cet aimant s’élèvera au dessus, et que le pôle boréal s’abaissera au dessous de la ligne horizontale dans notre hémisphère boréal ; et le contraire arrive dans l’hémisphère austral. Cet effet est encore plus aisé à mesurer au moyen d’une aiguille aimantée placée dans un plan vertical : la boussole horizontale indique la direction avec ses déclinaisons, et la boussole verticale démontre l’inclinaison de l’aiguille. Cette inclinaison change souvent plus que la déclinaison suivant les lieux; mais elle est plus constante pour les temps ; et l’on a même observé que la différence de hauteur, comme du sommet d’une montagne à sa vallée, ne change rien à celle inclinaison. M. le chevalier de Lamanon m’écrit qu’étant sur le Pic-de-Ténériffe , à 1,900 toises au dessus du niveau de la mer, il avoit observé que l’inclinaison de l’aiguille étoit la même qu’à Sainte-Croix ; ce qui semble prouver que les émanations du globe qui produisent l’électricité et le magnétisme s’élèvent à une très- grande hauteur dans les climats chauds. Au reste, l’inclinaison et la déclinaison sont sujettes à des trépidations presque continuelles de jour en jour, d’heure en heure, et pour ainsi dire de moment en moment.
Les aiguilles des boussoles verticales doivent être faites et placées de manière que
TRAITÉ DE L’AIMANT
leur centre de gravité coïncide avec leur centre de mouvement , au lieu que dans les boussoles horizontales le cenlre du mouvement de l’aiguille est un peu plus élevé que son centre de gravité.
Lorsqu’on commence à mettre en mouvement cette aiguille placée verticalement, elle se meut par des oscillations qu’on a voulu comparer à celle du pendule de la gravitation : mais les effets qu’ils présentent sont très-différens; car la direction de cette aiguille, dans son inclinaison, varie selon les différens lieux , au lieu que celle du pendule est constante dans tous les lieux de la terre, puisqu’elle est toujours perpendiculaire à la surface du globe.
Nous avons dit que les 'particules de la limaille de fer sont autant de petites aiguilles qui prennent des pôles par le contact de l’aimant; ces aiguilles se dressent perpendiculairement sur les deux pôles de l’aimant; mais la position de ces particules aimantées devient d’autant plus oblique qu’elles sont plus éloignées de ces mêmes pôles, et jusqu’à l’équateur de l’aimant, où il ne leur reste qu’une attraction sans inclinaison. Cet équateur est le point de partage entre les deux directions et inclinaisons en sens contraire; et nous devons observer que cette ligne de séparation des deux courans magnétiques ne se trouve pas précisément à la même distance des deux pôles dans les aimans non plus que dans le globe terrestre, et qu’elle est toujours à une moindre distance du pôle le plus foible. Les particules de limaille s’attachent horizontalement sur cette partie de l’équateur des aimans, et leur inclinaison ne se manifeste bien sensiblement qu’à quelque distance de cette partie équatoriale ; la limaille commence alors à s’incliner sensiblement vers l’un et l’autre pôle en deçà et au delà de cet équateur : son inclinaison vers le pôle austral est donc un contre-sens de la première qui tend au pôle boréal de l’aimant, et cette limaille se dresse de même perpendiculairement sur le pôle austral comme sur le pôle boréal. Ces phénomènes sont constans dans tous les aimans, ou fers aimantés; et comme le globe terrestre possède en grand les mêmes puissances que l’aimant nous présente en petit , l’aiguille doit être perpendiculaire par une inclinaison de 90 degrés sur les pôles magnétiques du globe : ainsi les lieux où l’inclinaison de l’aiguille sera de 90 degrés seront en effet les vrais pôles magnétiques sur la terre.
Nous n’avons rien négligé pour nous pro-
curer toutes les observations qui ont été faites jusqu’ici sur la déclinaison et l’inclinaison de l’aiguille aimantée *. Nous croyons que personne avant nous n’en avoit recueilli un aussi grand nombre : nous les avons comparées avec soin, et nous avons reconnu que c’est aux environs de l’équateur que 1 inclinaison est presque toujours nulle; que l’équateur magnétique est au dessus de l'équateur terrestre dans la partie de la mer des Indes située vers le quatre-vingt-dix-septième degré de longitude 2 , et qu’il paroîr, au contraire, au dessous d&la ligue dans la portion de la mer Pacifique qui correspond au cent quatre-vingt-dix-septième degré : on peut donc conjecturer que le pôle magnétique est éloigné vers l’est du pôle de la terre, relativement aux mers des Indes et Pacifique, et par conséquent il doit être situé dans les terres "les plus septentrionales de l’ Amérique, ainsi que nous l’avons déjà dit.
Dans la mer Atlantique , l’espace où l’aiguille a été observée sans déclinaison 3 se prolonge jusqu’au cinquante-huitième degré de latitude austral; et à l’égard de son étendue vers le nord, on le peut suivre jusqu’au trente-cinquième degré, ou environ, de latitude, ce qui lui donneroit en tout quatrevingt-treize degrés de longueur , si l’on avoit fait jusqu'à présent assez d’observations pour que nous fussions assurés qu’il n’est interrompu par aucun endroit où l’aiguille décline de plus de deux degrés vers l’est ou vers l’ouest. Cet espace ou cette bande sans déclinaison peut surtout être interrompue dans le voisinage des continens et des îles : car on ne peut douter que la proximité des terres n’influe beaucoup sur la direction de l’aiguille. Cette déviation dépend des masses ferrugineuses qui peuvent se trouver à la surface de ces terres, et qui, agissant sur le magnétisme général , comme autant de pôles magnétiques particuliers , doivent fléchir son cours , et en changer plus ou moins
1. De tous nos voyageurs, M. Ekcberg et M. le Gentil , savant astronome de l’ Académie des Sciences , sont ceux qui ont donné le plus d’altenlion à l’inclinaison de l’aimant dans les régions qu’ils ont parcourues.
2. Nous devons remarquer que, dans les articles de la déclinaison et de l’inclinaison de l’aimant , nous avons toujours compté les longitudes à l’est du méridien de Paris.
3 Je dois observer ici que j’ai regardé comme nulles toutes les déclinaisons qui ne s’étendoient pas à deux degrés au dessous de zéro , parce que les variations diurnes , et surtout les accidens des aurores boréales et des tempêtes , font souvent changer la direction de l’aiguille de plus de deux degrés.