Pi nus silvestris genevensis
SECOND MÉMOIRE
terrains est d’y planter de jeunes pin3 à vingt ou vingt-cinq pas les uns des autres. Au bout de trente ans, tout l'espace sera couvert de pins, et vingt ans après, on jouira du produit de la coupe de ce bois, dont la plantation n'aura presque rien coûté; et quoique la jouissance de cette espèce de culture soit fort éloignée, la trèspetite dépense qu’elle suppose, et la satisfaction de rendre vivantes des terres absolument mortes, sont des motifs plus que suflisans pour déterminer tout père de famille et tcut bon citoyen à cette pratique utile pour la postérité ; mais l’intérêt de l’Etat, et à plus forte raison celui de chaque particulier est qu’il ne reste aucune terre inculte : celles-ci, qui de toutes sont les plus stériles , et paroissent se refuser à toute culture, deviendront néanmoins aussi utiles que les autres ; car un bois de pins peut rapporter autant et peut-être plus qu’un bois ordinaire, et en l’exploitant convenablement, devenir un fonds non seulement aussi fructueux, mais aussi durable qu’aucun autre fonds de bois.
La medleure manière d’exploiter les taillis ordinaires est de faire coupe nette, en laissant le moins de baliveaux qu’il est possible. Il est très-certain que ces baliveaux font plus de tort à l’accroissement des taillis , plus de perte au propriétaire, qu'ils ne donnent de bénéfice, et par conséquent il y auroit de l’avantagé à les supprimer tous; mais, comme l'ordonnance prescrit d’en laisser au moins seize par arpent, les gens les plus soigneux de leurs bois, ne pouvant se dispenser de cette servitude mal entendue , ont au moins grande attention à n’en pas laisser davantage, et font abattre à chaque coupe subséquente ces baliveaux réservés. Dans un bois de pins, l’exploitation doit se faire tout autrement. Comme cette espèce d’arbre ne repousse pas sur souche ni des rejetons au loin, et qu’il ne se propage et multiplie que par les graines qu’il produit tous les ans, qui tombent au pied ou sont transportées par le vent aux environs de chaque arbre, ce seroit détruire ce bois que d en faire coupe nette; il faut y laisser cinquante ou soixante arbres par arpent, ou poui mieux faire encore, ne couper que la moitié ou le tiers des arbres alternativement, c’est-à dire éclaircir seulement le bois d’un tiers ou de moitié, ayant soin de laisser les arbres qui portent le plus de graines. Tous les dix ans , on fera, pour ainsi dire, une demi-coupe; ou même on pourra tous les ans prendre dans ce taillis le bois dont on