SYSTÈMES SUR
I l'avons dit, de toutes les parties de »on corps, et avant de plus tous les moyens nécessaires pour le développement, elle devroit produire d’elle-mème des femelles sans communication avec le mâle; il faut même avouer que cette raison métaphysique, que donnent les aristotéliciens pour prouver que j les femelles n’ont point de liqueur prolifique, peut devenir l’objection la plus considérable qu’on puisse faire contre tous les I systèmes de la génération , et en particulier i contre notre explication. Voici celte ob- I jeclion.
Supposons, me dira-t-on, comme vous | croyez l’avoir prouvé, que ce soit le superflu des molécules organiques semblables à chaque partie du corps qui, ne pouvant plus être admis dans ces parties pour les déve- ! lopper, en est renvoyé dans les testicules et ! vésicules séminales du male : pourquoi les forces d’affinité que vous avez supposées ne forment-elles pas là de petits êtres organisés semblables en tout au mâle? et de même, pourquoi les molécules organiques, renvoyées de toutes les parties du corps de la femelle dans les testicules ou dans la matrice de la femelle, ne forment-elles pas aussi des corps organisés semblables en tout à la femelle? et si vous me répondez qu’il y a apparence que les liqueurs séminales du mâle et de la femelle contiennent en effet chacune des embryons tout formés; que la liqueur du mâle ne contient que des mâles, que celle de la femelle ne contient que des femelles, mais que tous ces petits êtres organi'és périssent faute de développement, et qu’il n’y a que ceux qui se forment actuellement par le mélange des deux liqueurs séminales qui puissent se développer et venir au monde, n’aura-t-on pas raison de vous demander pourquoi cette voie de génération, qui est la plus compliquée, la plus difficile cl la moins abondante en productions, est celle que la nature a préférée et préféré d’une manière si marquée, que presque tous les animaux se multiplient par celte voie de la communication du mâle avec la femelle? car, à l’exception du puceron, du polvpe d’eau douce et des autres animaux qui ne peuvent se multiplier d’eux-mêmes ou par la division et la séparation des parties de leur corps, tous les au1 res animaux ne peuvent produire leur semblable que par la communication de deux individus.
Je me contenterai de répondre à présent que la chose étant eu effet telle qu’on vient de le dire, les animaux, pour la plus grande partie, ne se produisant qu’au moyen du
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concours du mâle et de la femelle, l’objection devient une question de fait , à laquelle, comme nous l’avons dit dans le chapitre II , il n’y a d’autre solution à donner que celle du fait même. Pourquoi les animaux se produisent-ils par le concours des deux seîes? La réponse est , parce qu ils se produisent en efffel ainsi. Mais, insistera-t-on, c’est la voie de reproduction la plus compliquée, même suivant votre explication. Je l’avoue : mais cette voie la plus compliquée pour nous est apparemment la plus simple pour la nature ; et si , comme nous l’avons remarqué, il faut regarder comme le plus simple dans la nature ce qui arrive le plus sou\eu*t , cette voie de génération sera dès lors la plus simple ; ce qui n’empêche pas que nous ne devions la juger comme la plus composée, parce que nous ne la jugeons pas en ellemême , mais seulement par rapport à nos idées et suivant les connoissaoces que nos sens et nos réflexions peuvent nous en donner.
Au reste, il est aisé de voir que ce sentiment particulier des aristotéliciens , qui prétendoient que les femelles n’avoient aucune liqueur prolifique, ne peut pas subsister, si I on fait attention aux ressemblances des enfans à la mère, des mulets à la femelle qui les produit , des métis et des mulâtres qui tous prennent autant et souvent plus de la mère que du père ; si d’ailleurs on pense que les organes de la génération des femelles sont , comme ceux des mâles , conformés de façon à préparer et recevoir la liqueur séminale, on se persuadera facilement que cette liqueur doit exister, soil qu’elle réside dans les vaisseaux spermatiques, on dans les testicules, ou dans les cornes de la matrice, ou que ce soil celle liqueur qui, lorsqu’on la provoque, sort par les lacunes de Graaf, tant aux environs du col de la matrice, qu’aux environs de l’orifice externe de l’urètre.
Mais il est bon de développer ici plus en détail les idées d’Aristote au sujet de la gêner tion des animaux , parce que ce grand philosophe est celui de tous les anciens qui a le plus écrit sur cette matière et qui l’a traitée le plus généralement. Il distingue les ammaux eu trois especes : les uns qui ont du sang, et qui, à l’exception , dil-d , de quelques uns, se multiplient tous par la copulation ; les autres qui n’ont point de sang, qui étant mâles et femelles eu même temps pioduisenl dYux- mêmes et s.ifts copulation; et enfin ceux qui viennent de, pourrit lire, et qui ne doivent pas leur origine à des païens de même espece qu’eux. A mesure que j’ex-
poserai ce que dit Aristote, je prendrai la liberté de l'aire les remarques nécessaires , et la première sera qu’on ne doit point admettre cette division : car quoique en effet toutes les espèces d’animaux qui ont du sang soient composées de mâles et de femelles , il n’est peut-être pas également vrai que les animaux qui n’ont point de sang soient pour la plupart en même temps mâles et femelles; car nous ne connoissons guere que le limaçon sur la terre , et les vers, qui soient dans ce cas , et qui soient en effet mâles et femelles , et nous ne pouvons pas assurer que les coquillages aient les deux sexes à la fois, aussi bien que tous les autres animaux qui n’oni point de sang; c’est ce que l’on verra dans l’histoire particulière de ces animaux : et à l’égard de ceux qu’il dit provenir de la pouriture, comme il n’en fait pas l’énumération , il y auroit bien des exceptions à faire ; car la plupart des espèces que les anciens croyoient engendrées par la pourriture, viennent ou d’un œuf ou d’un ver , comme les observateurs modernes s’en sont assurés.
11 fait ensuite une seconde division des animaux : savoir, ceux qui ont la faculté de se mouvoir progressivement, comme de marcher, de voler, de nager, et ceux qui ne peuvent se mouvoir progressivement. Tous ces animaux qui se meuvent et qui ont du sang, ont des sexes : mais ceux qui , comme les huîtres, sont adhérens, ou qui ne se meuvent presque pas, n’ont point de sexe, et sont , à cet égard, comme les plantes; ce n’est, dit-il, que par la grandeur ou par quelque autre différence qu’on les a distingués en mâles et femelles. J’avoue qu’on n’est pas encore assuré que les coquillages aient des sexes : il y a dans l’espèce des huîtres des individus féconds et d’autres individus qui ne le sont pas; les individus féconds se distinguent à cette bordure déliée qui environne le corps de l’huître, et on les appel le le* mâles. Il nous manque sur cela beaucoup d’observations qu’Aristote pouvoil avoir, mais dont il me paroît qu’il donne ici un résultat trop général.
Mais suivons. Le mâle, selon Aristote, renferme le principe du mouvement génératif, et la femelle contient le matériel de la génération. Les organes qui servent à la fonction qui doit la précéder sont différens, suivant les différentes espèces d’animaux ; les principaux sont les testicules dans les mâles, et la matrice dans les femelles. Les quadrupèdes, les oiseaux, et les cétacés ont des testicules ; les poissons et les serpens en sont privés : mais ils ont deux conduits propres
à recevoir la semence et à la préparer : et de même que ces parties essentielles sont doubles dans les mâles , les parties essentielles à la génération sont aussi doubles dans les femelles; ces parties servent dans les mâles à arrêter le mouvement de la portion du sang qui doit former la semence : il le prouve par l’exemple des oiseaux , dont les testicules se gonflent considérablement dans la saison de leurs amours, et qui après cette saison diminuent si fort qu’on a peine à les trouver.
Tous les animaux quadrupèdes, comme les chevaux, les bœufs, etc. , qui sont couverts de poils, et les poissons cétacés, comme les dauphins et les baleines, sont vivipares; mais les animaux cartilagineux et les vipères ne sont pas vraiment vivipares, parce qu’ils produisent d’abord un œuf au dedans d’euxmèmes, et ce n’est qu’après s’être développés dans cet œuf que les petits sortent vivans. Les animaux ovipares sont de deux espèces : ceux qui produisent des œufs parfaits, comme les oiseaux, les lézards, les tortues, etc.; les autres qui ne produisent que des œufs imparfaits, comme les poissons, dont les œufs s’augmentent et se perfectionnent après qu’ils ont été répandus dans l’eau par la femelle ; et à l’exception des oiseaux , dans les autres espèces d’animaux ovipares, les femelles sont ordinairement plus grandes que les mâles , comme dans les poissons , les lézards, etc.
Après avoir exposé ces variétés générales dans les animaux , Aristote commence à entrer en matière, et il examine d’abord le sentiment des anciens philosophes qui prétendoient que la semence , tant du mâle que de la femelle, provenoit de toutes les parties de leur corps ; et il se déclare contre ce sentiment, parce que, dit-il, quoique lesenfans ressemblent assez souvent à leurs père et mère , ils ressemblent aussi quelquefois à leurs aïeux, et que d’ailleurs ils ressemblent à leur père et à leur mère par la voix , pa r les cheveux , par les ongles, par leur maintien , et par leur manière de marcher : or , la semence, dit -il, ne peut pas venir des cheveux, de la voix, des ongles, ou d’une qualité extérieure, comme est celle de marcher ; donc les enfans ne ressemblent pas à leurs parens , parce que la semence vient de toutes les parties de leur corps , mais par d’autres raisons. U me semble qu’il n’est pas nécessaire d’avertir ici de quelle foiblesse sont ces dernières raisons que donne Aristote pour prouver que la semence ne vient pas de toutes les parties du corps : j’obser-
verai seulement qu’il m’a paru que ce grand homme cherchoit exprès les moyens de s’éloigner du sentiment des philosophes qui l’avoient précédé ; et je suis persuadé que quiconque lira son traité de la génération avec attention , reconnoîtra que le dessein formé de donner un système nouveau et différent de celui des anciens l’oblige à préférer toujours, et dans tous les cas, les raisons les moins probables, et à éluder , autant qu'il peut, la force des preuves, lorsqu’elles sont contraires à scs principes généraux de philosophie ; car les deux premiers livres semblent n’êlre faits que pour tâcher de détruire ce sentiment des anciens, et on verra bientôt que celui qu’il veut y substituer est beaucoup moins fondé.
Selon lui, la liqueur séminale du mâle est un excrément du dernier aliment , c’est-àdire du sang, et les menstrues sont dans les femelles un excrément sanguin, le seul qui serve à la génération; les femelles, dit -il, n’ont point d’autre liqueur prolifique : il n’y a donc point de mélange de celle du mâle avec celle de la femelle, et il prétend le prouver parce qu’il y a des femmes qui conçoivent sans aucun plaisir; que ce n’est pas le plus grand nombre de femmes qui répandent de la liqueur à l’extérieur dans la copulation ; qu’en général celles qui sont brunes et qui ont l’air hommasse ne répandent rien, dit-il, et cependant n’engendrent pas moins que celles qui sont blanches, et dont l’air est plus féminin, qui répandent beaucoup. Ainsi, conclut-il, la femme ne fournit lien pour la génération que le sang menstruel ; ce sang est la matière de la génération , et la liqueur séminale du mâle ne contribue pas comme matière , mais comme forme ; c’est la cause efficiente, c’est le principe du mouvement; elle est à la génération ce que le sculpteur est au bloc de marbre : la liqueur du mâle est le sculpteur ; le sang menstruel , le marbre ; et le fœtus est la figure. Aucune partie de la semence du mâle ne peut donc servir comme matière à la génération, mais seulement comme cause motrice, qui communique le mouvement aux menstrues, qui sont la seule matière; ces menstrues reçoivent de la semence du mâle une espèce d ame qui donne la vie. Cette âme n’est ni matérielle , ni immatérielle : elle n’est pas immatérielle, parce qu’elle ne pourroi t agir sur la matière : elle n’est pas matérielle, parce qu’elle ne peut pas entrer comme matière dans la génération , dont toute la matière sont les menstrues : c’est , dit notre philosophe, uu esprit dont la subs*
tance est semblable à celle de l’élément des étoiles. Le cœur est le premier ouvrage de cette âme ; il contient en lui-même le principe de son accroissement , et il a la puissance d’arranger les autres membres: les menstrues contiennent en puissance toutes les parties du fœtus; l’âme ou l’esprit de la semence du mâle commence à réduire à fade , à l’effet, le cœur, et lui communique le pouvoir de réduire aussi à lacté ou à l’effet les autres viscères, et de réaliser ainsi successivement toutes les parties de l’animal. Tout cela paroît fort clair à notre philosophe; il lui reste seulement un doute, c’est de savoir si le cœur est réalisé avec le sang qu’il contient, ou si le sang qui fait mouvoir le cœur est réalisé le premier : et il a voit en effet raison de douter ; car , quoiqu’il ait adopté le sentiment que c’est le cœur qui existe le premier, Harvey a depuis prétendu, par des raisons de la même espèce que nous venons de donner d’apres Aristote, que ce n’étoit pas le cœur, mais le sang , qui le premier se réalisoif.
Voilà quel est le système que ce grand philosophe nous a donné sur la génération. Je laisse à imaginer si celui des anciens qu’il rejette , et contre lequel il s’élève à tout moment, pouvoit être plus obscur, ou même, si l’on veut, plus absurde que celui-ci : cependant ce même système que je viens d’exposer fidèlement a été suivi par la plus grande partie des savans , et on verra tout à l’heure que Harvey non seulement avoit adopté les idées d’Aristote , mais même qu’il y en a encore ajouté de nouvelles et dans le même genre , lorsqu’il a voulu expliquer le mystère de la génération. Comme ce système fait corps avec le reste de la philosophie d’Aristote, où la forme et la matière sont les grands principes, où les âmes végétatives et sensitives sont les êtres actifs de la nature, où les causes finales sont les objets réels , je ne suis point étonné qu’il ait été reçu par tous les auteurs scolastiques ; mais il est surprenant qu’un médecin et un bon observateur, tel qu’étoit Harvey, ail suivi le torrent , tandis que dans le même temps tous les médecins suivoienl le sentiment d’Hippocrate et de Galien , que nous exposerons dans la suite.
Au reste , il ne faut pas prendre une idée désavantageuse d’Aristote par l’exposition que nous venons de faire de son système sur la génération : c’est comme si l’on vouloit juger Descartes par son traité de l’homme. Les explications que ces deux philosophes donnent de la formation du fœtus ne sont
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pas des théories ou des systèmes au sujet de la génération seule ; ce ne sont pas des recherches particulières qu’ils or.t faites sur cet objet : ce sont plutôt des conséquences qu’ils ont \oulu tirer chacun de leurs principes philosophiques. Aristote adme? toit , comme Platon, les causes finales et efficientes : ces causes efficientes sont les âmes sensitives et végétatives, lesquelles donnent la forme à la matière qui, d’elle - même, n’est qu’une capacité de recevoii les formes; et comme dans la génération la femelle donne la matière la plus abondante, qui est celle des menstrues, et que d’ailleurs il répugnoit à son système des eau es finales que ce qui peut se faire par un seul soit opéré par plusieurs. il a voulu que la femelle contint seule la matière nécessaire à la génération; et ensuite, comme un autre de ses principes éloit que la matière d’elle-même est informe, et que la forme est un être distinct et séparé de la matière, il a dit que le mâle fournissoit la forme, et que par conséquent il ne fournissoit rien de matériel.
Descaries, au contraire, qui n’admettoit en philosophie qu’un petit nombre de principes mécaniques, a cherché à expliquer la formation du fœtus par ces mêmes principes; et il a cru pouvoir comprendre et faire entendre aux autres comment, par les seules lois du mouvement , il pouvoit se faire un être vivant et organisé. Il différoit, comme l’on voit, d’Aristote dans les principes qu’il employoit : mais tous deux , au lieu de chercher à expliquer la chose en elle-même, au lieu de l’examiner sans prévention et sans préjuges , ne l’ont au contraire considérée que dans le point de vue relatif à leur système de philosophie et aux principes généraux qu’ils avoient établis, lesquels ne pouvoient pas avoir une heureuse application à l’objet présent de la génération, parce qu’elle dépend en effet, comme nous l’avons fait voir, de principes tout différens. Je ne dois pas oublier de dire que Descartes différoit encore d’Aristote, en ce qu’il admet le mélange des liqueurs séminales des deux sexes, qu’il croit que le mâle et la femelle fournissent tous deux quelque chose de matériel pour la génération , et que c’est par la fermentation occasionée par le mélange de ces deux liqueurs séminales que se fait la formation du fœtus.
U paroil que si Aristote eut voulu oublier son système général de philosophie, pour raisonner -sur la génération comme sur un phénomène particulier et indépendant de son système, il aurôit été capable de nous
donner tout ce qu’on pouvoit espérer de meilleur sur cette matière; car il ne faut (pie lire son traité pour rcconnnîlre qu’il n’ignoroit aucun des faits anatomiques, aucune observation, et qu’il a voit des connoissances très - approfondies sur toutes les parties accessoires à ce sujet , et d’ailleurs un génie élevé, tel qu’il le faut pour rassembler avantageusement les observations et généraliser les faits.
Hippocrate , qui vivoit sous Perdicas, c’est-à-dire environ cinquante ou soixante ans avant Aristote, a établi une opinion qui a été adoptée par Galien , et suivie en tout ou en partie par le plus grand nombre des médecins jusque dans les derniers siècles; son sentiment étoil que h* mâle et la femelle avoient chacun une liqueur prohfique. Hippocrate vouloit même de plus que dans chaque sexe il y eut deux liqueurs séminales, l’une plus forte et plus active, l'autre plus foible et moins active. La plus* forte liqueur séminale du mâle, mêlée avec la plus forte liqueur séminale de la femelle, produit un enfant mâle; et la plus foi hle liqueur séminale du mâle, mêlée avec la plus foible liqueur séminale de la femelle, produit une femelle : de sorte que le mâle et la femelle contiennent chacun, selon lui . une semence mâle et une semence femelle. Il appuie cette hypothèse sur le fait suivant; savoir, que plusieurs femmes qui d’un premier mari n’ont produit que des filles, d'un second ont produit des garçons, et que ces nfêmes hommes dont les premières femmes n’avoieut produit que des filles, ayant pris d’autres femmes , ont engendré des garçons. Il me paroît que , quand même ce fait seroit bien constaté, il ne seroit pas nécessaire, pour en rendre raison, de donner au mâle et à la femelle deux espèces de liqueur séminale, l’une mâle et l’autre femelle, caron peut concevoir aisément que les femmes qui de leur premier mari n’ont produit que des filles , et avec d’autres hommes ont produit des garçons , étoient seulement telles qu’elles fouruissoient plus de parties propres à la génération avec le premier mari qu’avec le second, ou que le second mari étoit tel qu’il fournissoit plus de parties propres à la génération avec la seconde femme qu’avec la première; car lorsque, dans l’instant de la formation du fort lis , les nto écules organiques du mâle sont plus abondantes que celtes de la femel'e, il en résulte un mâle; et lorsque re sont les molécules organiques de la femelle qui abondent le plus, il en résulte une femelle, et il n’est point étonnant
n’a ver de certaines femmes un liomme ait u désavantage à eet égard , tandis qu'il aura de la supériorité avec d’antres femmes.
Ce grand médecin prétend que la semence du mâle est une sécrétion des parties les plus fortes et les plus essentielles de tout ce qu’il y a d’humide dans le corps humain ; il e\| lique mérite d’une maniéré assez satisfaisante comment se fait cette sécrétion : « Venæ et nervi, dit-il, ah omni « cor pore in pudendum vergnnt, quibusdum « aliquantulum tmintur, et calescunt ac « implentur, vchit prulilus incidit; ex hoc « toti corpori voluptas ac calidilas accidit; « cmn \ero pudendum teritur Cl homo mo- « vetur, humidum in corpore calescit ac dif- « funditur, et a motu conquassatur ac spu- « mescit, qucmadmodum al i i humores om- « nés coiiquassati spumescunt.
« Sic autem in liomine ab bumido spu- « mescente id quod robustissimmn est ac « pinguissimum secernitur, et ad medullam « spinalem venit ; tendlint enim in liane ex « omni corpore viæ, et diffundimt ex cere- « bro in lumbos ac in totum corpus et in « medullam, et ex ipsa medulla procedutit « viæ, ut et ad ipsani humidum peiferattir « et ex ipsa secedat : postquani autem ad « banc medullam geuitura pervenerit, pro- « cedit ad renes; hac enim via tendit per « venas , et, si renes fuerint exulceraîi, « aliquando etiam sanguis defertur : a re- « nibus autem transit per medios testes in « pudendum. Proredit autem non qua urina; « verum alia ipsi via est illi contigua , etc.» Les anatomistes trouveront sans doute qu'Hippoerate s’égare dans cette route qu’il trace à la liqueur séminale : mais cela ne fait rien à son sentiment, qui est que la semence vient de toutes les parties du corps, et qu’il en vient en particulier beaucoup de la tète, parce que, dit-il, ceux auxquels on a coupé les veines auprès des oreilles ne produisent plus qu’une semence foible, et assez souvent inféconde. La femme a aussi une liqueur séminale qu’elle répand , tantôt en dedans et dans l’intérieur de la matrice, tantôt en dehors et à l’extérieur, lorsque l’orifice interne de la matrice s’ouvre plus qu’il ne le faut. La semence du mâle entre dans la matrice, où elle se mêle avec celle de la femelle; et comme l’un et l’autre ont chacun deux especes de semences, l’une forte et l’autre foible , si tous deux ont fourni leur semence forte, il en résulte un mâle; si au contraire ils n’ont donné tous deux que leur semence foible, il n’en résulte qu’une femelle ; et si dans le mélange il y
a plus de parties de la liqueur du père que de celles de la liqueur de la mère, l’enfant ressemblera plus au père qu’à la mère, et au contraire. On pou voit lui demander qu’est-ce qui arrivé lorsque l’un fournit sa semence foible et l’autre sa semence forte? Je ne vois pas ce qu’il pourroit répondre, et cela seul suffit pour faire rejeter cette opinion de l’existence de deux semences dans chaque sexe.
Yoici comment se fait, selon lui, la formation du fœtus. Les liqueurs séminales se mêlent d abord dans la matrice ; elles s’y épaississent par la chaleur du corps de la mère ; le mélange reçoit et tire l’esprit de la chaleur; et lorsqu’il en est tout rempli, l’esprit trop chaud sort au dehors; mais par la respiration de la mère il arrive un esprit froid , et alternativement il entre un esprit froid et il sort un esprit chaud dans le mélange; ce qui lui donne la vie et fait naître une pellicule à la surface du mélange , qui prend une forme ronde, parce que les esprits, agissant du milieu comme centré, étendent également de tous côtés le volume de cette matière. J’ai vu, dit ce grand médecin, un fœtus de six jours, c’étoit une bulle de liqueur enveloppée d’une pellicule; la liqueur étoit rougeâtre, et la pellicule étoit semée de vaisseaux, les uns sanguins, les autres blancs, au milieu de laquelle étoit une petite éminence que j’ai crue être les vaisseaux ombilicaux par où le fœtus reçoit l’esprit de la respiration de la mère et la nourriture. Peu à peu il se forme une autre enveloppe de la même façon que la première pellicule s’est formée. Le sang menstruel qui est supprimé fournit abondamment à ia nourriture , et ce sang fourni par la mère au fœtus se coagule par degrés et devient chair; cette chair s’articule à mesure qu’elle croît , et c’est l’esprit qui donne celte forme à la chair. Chaque chose va prendre sa place; les parties solides vont aux parties solides; celles qui sont humides vont aux parties humides; chaque chose cherche celle qui lui est semblable, et le fœtus est enfin entièrement formé par ces causes et ces moyens.
Ce système est moins obscur et plus raisonnable que celui d’Aristote, parce qu’Hippocrale cherche à expliquer la chose particulière par des raisons particulières, et qu'il n’emprunte de la philosophie de son temps qu’un seul principe général ; savoir, que le chaud et le froid produisent des esprits, et que ces esprits ont la puissance d ordonner et d’arranger la matière. Il a vu la généra -
tion pins en médecin qu’en philosophe; Aristote l’a expliquée plutôt en inélhaphysicien qu’en naturalisle : c’est ce qui fait que les défauts du système d’Hippocrate sont particuliers et moins appareils, au lieu que ceux du système d’Aristote sont des erreurs générales et évidentes.
Ces deux grands hommes ont eu chacun leurs sectateurs. Presque tous les philosophes scolastiques, en adoptant la philosophie d’Aristote, ont aussi reçu son système sur la génération ; presque tous les médecins ont suivi le sentiment d’Hippocrate, et il s’est passé dix-sept ou dix-huit siècles sans qu’il ait rien paru de nouveau sur ce sujet. Enfin, au renouvellement des sciences, quelques anatomistes tournèrent leurs vues sur la génération; et Fabrice d’Aquapendente fut le premier qui s’avisa de faire des expériences et des observations suivies sur la fécondation et le développement des œufs de poule.
Il distingue deux parties dans la matrice de la poule, l'une supérieure et l’autre inférieure, et il appelle la partie supérieure l'ovaire ; ce n’est proprement qu’un assemblage d’un très-grand nombre de petits jaunes d’œufs de figure ronde , dont la grandeur varie depuis la grosseur d’un grain de moutarde jusqu’à celle d’une grosse noix ou d’une nefle. Ces petits jaunes sont attachés les uns aux autres ; ils forment un corps qui ressemble assez bien à une grappe de raisin ; ils tiennent à un pédicule commun comme les grains tiennent à la grappe. Les plus petits de ces œufs sont blancs, et ils prennent de la couleur à mesure qu’ils grossissent.
Ayant examiné ces jaunes d’œufs après la communication du cocj avec la poule, il n’a pas aperçu de différence sensible ; il n’a vu de semence du mâle dans aucune partie de ces œufs : il croit que tous les œufs, et l’ovaire lui - même , deviennent féconds par une émanation spiritueuse qui sort de la semence du mâle; et il dit que c’est afin que cet esprit fécondant se conserve mieux, que /a nature a placé à l’orifice externe de la vulve des oiseaux une espèce de voile ou de membrane qui permet , comme une valvule , l’entrée de cet esprit séminal dans les espèces d’oiseaux ,* comme les poules , où il n’y a point d’intromission, et celle du membre génital dans les espèces où il y a intromission; mais en même temps cette valvule, qui ne peut pas s’ouvrir de dedans çn dehors, empêche que celte liqueur et
l’esprit qu’elle contient ne puissent ressortir ou s’évaporer.
Lorsque l’œuf s’est détaché du pédicule commun , il descend peu à peu par un conduit tortueux dans la partie inférieure de la matrice; ce conduit est rempli d’une liqueur assez semblable à celle du blanc d’œuf, et c’est aussi dans cette partie que les œufs commencent à s’envelopper de cette liqueur blanche, de la membrane qui la contient, de deux cordons ( chalazœ ) qui traversent le blanc et se joignent au jaune , et même de la coquille qui se forme la dernière en fort peu de temps, et seulement avant la ponte. Ces cordons, selon notre auteur, sont la partie de l’œuf qui est fécondée par l’esprit séminal du mâle; et c’est là que le fœtus commence à se corporifier. L’œuf est non seulement la vraie matrice, c’est-à-dire le lieu delà formation du poulet , mais c’est de l’œuf que dépend toute la génération ; l’œuf la produit comme agent ; il y fournit comme matière, comme organe, et comme instrument; la matière des cordons est la substance de la formation, le blanc et le jaune sont la nourriture, et l’esprit séminal du mâle est la cause efficiente. Cet esprit communique à la matière des cordons d’abord une faculté altératrice, ensuite une qualité formatrice, et enfin une qualité augmenlatrice , etc.
Les observations de Fabrice d’Aquapendente ne l’ont pas conduit, comme l’ou voit, à une explication bien claire de la génération. Dans le même temps à peu près que cet anatomiste s’occupoit à ces recherches, c’est-à-dire vers le milieu et la fin du seizième siècle, le fameux Aldrovande1 faisoit aussi des observations sur les œufs; mais, comme dit fort bien Harvey 2, il paroit avoir suivi l’autorité d’Aristote beaucoup plus que l’expérience; les descriptions qu'il donne du poulet dans l’œuf ne sont point exactes. Volcher Coiter, l’un de ses disciples, réussit mieux que son maître; et Parisanus, médecin de Venise , ayant travaillé aussi sur la même matière, ils ont donné chacun une description du poulet dans l’œuf, que Harvey préfère à toutes les autres.
Ce fameux anatomiste, auquel on est redevable^d'avoir mis hors de doute la question de la circulation du sang, que quelques observateurs avoient à la vérité soupçonnée auparavant ej nu me annoncée, a fait un traité fort étendu sur la génération. Il vivoit