‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 200 sur 218 · Voj-ez son Ornithologie · texte numérisé non relu

Voj-ez son Ornithologie

a. Tage 43.

au commencement et vers le milieu du dernier siècle, et il étoit médecin du roi d’Angleterre Charles Ier. Comme il fui obligé de suivre ce prince malheureux dans le temps de sa disgrâce, il perdit avec ses meubles et ses autres papiers ce qu’il avoit fait sur la génération des insectes ; et il paroît qu’il composa de mémoire ce qu’il nous a laissé sur la génération des oiseaux et des quadrupèdes. Je vais rendre compte de ses observations, de ses expériences, et de son système.

Harvey prétend que l’homme et tous les animaux viennent d’un œuf, que le premier produit de la conception dans les vivipares est une espèce d’œuf, et que la seule différence qu’il y ait entre les vivipares et les ovipares, c’est que les fœtus des premiers prennent leur origine, acquièrent leur accroissement , et arrivent à leur développement entier dans la matrice, au lieu que les fœtus des ovipares prennent à la vérité leur première origine dans le corps de la mère , où ils ne sont encore qu’œufs, mais que ce n’est qu 'après être sortis du corps de la mère, et au dehors, qu'ils deviennent réellement des fœtus; et il faut remarquer, dit-il, que dans les animaux ovipares, les uns gardent leurs œufs au dedans d’eux-mêmes jusqu’à ce qu'ils soient parfaits, comme les oiseaux , les serpens , et les quadrupèdes ovipares : les autres répandent ces œufs avant qu’ils soient parfaits, comme les poissons à écailles, les crustacés , les testacés , et les poissons mous : les œufs que ces animaux répandent au dehors ne sont que les principes des véritables œufs; ils acquièrent du volume et de la substance, des membranes et du blanc, en attirant à eux la matière qui les environne, et ils la tournent en nourriture. Il en est de même, ajoute-t-il , des insectes , par exemple des chenilles, lesquelles, selon lui, ne font que des œufs imparfaits qui cherchent leur nourriture, et qui, au bout d’un certain temps , arrivent à l’état de chrysalide , qui est un œuf parfait : et il y a encore une autre différence dans les ovipares, c’est que les poules et les autres oiseaux ont des œufs de différentes grosseurs, au lieu que les poissons, les grenouilles, etc., qui les répandent avant qu’ils soient parfaits, les ont tous de la même grosseur; seulement il observe que dans les pigeons qui ne pondent que deux œufs, tous les petits œufs qui restent dans l’ovaire sont de la même grandeur, et qu’il n’v a que les deux qui doivent sortir qui soient beaucoup plus gros que les autres, au lieu que dans les poules il y en a de toutes

grosseurs, depuis le plus petit atome presque invisible jusqu’à la grosseur d’une nèfle. Il observe aussi que dans les poissons cartilagineux , comme la raie, il n’y a que deux œufs cyii grossissent et mûrissent en même temps : ils descendent des deux cornes de la matrice; et ceux qui restent dans l’ovaire sont, comme dans les poules, de différente grosseur : il dit en avoir vu plus de cent dans l’ovaire d’une raie.

Il fait ensuite l’exposition anatomique des parties de la génération de la poule, et il observe que dans tous les oiseaux la situation de l’orifice de l’anus et de la valvule est contraire à la situation de ces parties dans les autres animaux ; les oiseaux ont en effet l’anus en devant et la valvule en arrière l. Et à l’égard de celles du coq , il prétend que cet animal n’a point de verge, quoique les oies et les canards en aient de fort apparentes; l’autruche surtout en a une de la grosseur d’une langue de cerf ou de celle d’im petit bœuf : il dit donc qu’il n’y a point d’intromission, mais seulement un simple attouchement, un frottement extérieur des parties du coq et de la poule, et il croit que dans tous les petits oiseaux qui, comme les moineaux, ne se joignent que pour quelques momens , il n’y a point d’intromission ni de vraie copulation.

Les poules produisent des œufs sans coq, mais en plus petit nombre; et ces œufs, quoique parfaits, sont inféconds : il ne croit pas, comme c’est le sentiment des gens de la campagne, qu’en deux ou trois jours d’habitude avec le coq la poule soit fécondée au point que tous les œufs qu’elle doit produire pendant toute l’année soient tous féconds; seulement il dit avoir fait cette expérience sur une poule séparée du coq depuis vingt jours, dont l’œuf se trouva fécond comme ceux qu’elle avoit pondus auparavant. Tant que l’œuf est attaché à son pédicule, c’est-à-dire à la grappe commune, il tire sa nourriture par les vaisseaux de ce pédicule commun; mais dès qu’il s’en détache , il la tire par intus-susception de la liqueur blanche qui remplit les conduits dans lesquels il descend, et tout, jusqu’à la coquille, se forme par ce moyen.

Les deux cordons (chalazœ) qu’Aquapendente regardoil comme le germe ou la partie produite par la semence du mâle, se trouvent aussi bien dans les œufs inféconds que la poule produit sans communication avec le coq que dans les œufs féconds; et Harvey re-

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