‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 214 sur 218 · Voyez tome IV, pages 4°3 et *uiv · texte numérisé non relu

Voyez tome IV, pages 4°3 et *uiv

OBSERVATIONS DE M. LEEÜWENHOECK. 4 5i

d’autres troupeaux qui revenoint d’un autre côté et en sens contraire; que dans celle des épididymes il avoil vu une prodigieuse quantité de ces animaux vivans ; qu'ayant coupé les testicules en deux , il n’avoit point trouvé d’animaux dans la liqueur qui en suintoit; mais que ceux des épididymes étoient en si grand nombre, et tellement amoncelés, qu’il avoit peine à en distinguer le corps et la queue ; et il ajoute « Neque illud in unica « epididymum parte, sed et in aliis quas « præcideram partibus , observavi. Ad hæc , « in quadarn parastatarnm resecta portione « complura vidi animalcula quæ necdum in «justam magnitudinem adoleverant, nam « et corpuscula illis exiliora et caudæ triplo « breviores erant quam adultis. Ad hæc , « caudas non babebant desinentes in muée cronem , quales tamen adultis esse passim « comperio. Præterea in quamdam parasta- « tarum portionem incidi, animalculis, quan- « tum discernere potui, destitutam ; tantum « illi quædam perexiguæ inerant particulæ « partim longiores, partim breviores, sed « altéra sui extremitate crassiunrulæ ; istas « particulas in animalcula transituras esse « non dubitabam. » Il est aisé de voir , par ce passage, que Leeuwenhoeck a vu en effet dans cette liqueur séminale ce que j’ai vu dans toutes, c’est-à-dire des corps mouvans de différentes grosseurs, de figures différentes, dont les mouvemens étoient aussi différens, et d’en conclure que tout cela convient beaucoup mieux à des particules organiques en mouvement qu’à des animaux.

Il paroît donc que les observations de Leeuvvenhoeck ne sont nullement contraires aux miennes ; et quoiqu’il en ait tiré des conséquences très-différentes de celles que j’ai cru devoir tirer des miennes, il n’y a que peu d’opposition dans les faits et je suis persuadé que, si des personnes attentives se donnent la peine de faire de pareilles observations, elles n’auront pas de peine à reconnoître d’où proviennent ces différences , et qu’elles verront en même temps que je n’ai rien avancé qui ne soit entièrement conforme à la v érité. Pour les mettre plus en état de décider , j’ajouterai quelques remarques que j’ai faites, et qui pourront leur être utiles.

On ne voit pas toujours dans la liqueur séminale de l’homme les filarnens dont j’ai parlé ; il faut pour cela l’examiner dans le moment qu’elle vient d’ètre tirée du corps; et.encore arrivera-t-il que de trois ou quatre fois il n’y en aura qu’une où l’on verra de

ces filarnens. Quelquefois la liqueur séminale ne présente , surtout lorsqu’elle est fort épaisse, que de gros globules, qu’on peut môme distinguer avec une loupe ordinaire : en les regardant ensuite au microscope, on les voit gros comme de petites oranges, et ils sont fort opaques ; un seul tient souvent le champ entier du microscope. La première fois que je vis ces globules , je crus d’abord que c’étoient quelques corps étrangers qui étoient tombés dans la liqueur séminale; mais en ayant pris différentes gouttes et avant toujours vu la même chose, les mêmes globules, et ayant considéré cette liqueur entière avec une loupe, je reconnus qu’elle étoit toute composée de ces gros globules. J’en cherchai au microscope un des plus ronds et d’une telle grosseur, que son centre étant dans le milieu du champ du microscope, je pouvois en même temps en voir la circonférence entière, et je l’observai ensuite fort long-temps : d’abord il étoit absolument opaque ; peu de temps après je vis se former sur sa surface , à environ la moitié de la distance du centre à la circonférence , un bel anneau lumineux et coloré , qui dura plus d’une demi-heure, et qui ensuite approcha du centre du globe par degrés , et alors le centre du globule étoit éclairé et coloré, tandis que tout le reste étoit opaque. Cette lumière qui éclairoit le centre du globule ressembloit alors à celle que l’on voit dans les grosses bulles d’air qui se trouvent assez ordinairement dans toutes les liqueurs. Le gros globule que j’observois prit un peu d’aplatissement , et en même temps un petit degré de transparence ; et l’ayant examiné pendant plus de trois heures de suite, je n’y vis aucun autre changement, aucune apparence de mouvement ni intérieur ni extérieur. Je crus qu’en mêlant celte liqueur avec de l’eau , ces globules pourroient changer : ils changèrent en effet ; mais ils ne me présentèrent qu’une liqueur transparente et comme homogène, où il n’y avoit rien de remarquable. Je laissai la liqueur séminale se liquéfier d’elle-même ; et l’ayant examinée au bout de six heures, de douze heures, et de plus de vingt-quatre heures , je ne vis plus qu’une liqueur fluide, transparente, homogène, dans laquelle il n’y avoit aucun mouvement ni aucun corps sensible. Je ne rapporte cette observation que comme une espèce d’avertissement, et pour qu’on sache qu’il y a des temps où on ne voit rien dans la liqueur séminale de ce qu’on y voit dans d’autres temps.

Quelquefois tous les corps mouvans pa-

roissent avoir des queues, surtout dans la liqueur de l’homme et du chien ; leur mouvement alors n'est point du tout rapide, et il paroît toujours se faire avec effort. Si on laisse dessécher la liqueur, on voit cette queue ou ce filet s’attacher le premier, et l’extrémité antérieure continue , pendant queimie temps, à faire des oscillations; après quoi ;e mouvement cesse partout, et on peut conserver ces corps dans cet état de dessèchement pendant long-temps; ensuite, si on y mêle une petite goutte d’eau , leur figure change , et ils se réduisent en plusieurs petits globules qui m’ont paru quelquefois avoir de petits mouvemens, tant d'approximation entre eux que de trépidation et de tournoiement sur eux-mêmes autour de leurs centres.

Ces corps mouvans de la liqueur séminale de l’homme , ceux de la liqueur séminale du chien, et encore ceux de la chienne, se ressemblent au point de s’y méprendre, surtout lorsqu’on les examine dans le moment que la liqueur vient de sortir du corps de l’animal. Ceux du lapin m’ont paru plus petits et plus agiles : mais ces différences ou ressemblances viennent autant des états différeus ou semblables dans lesquels la liqueur se trouve au moment de l’observation que de la nature même de la liqueur, qui doit être en effet différente dans les différentes espèces d’animaux. Par exemple, dans celle de l’homme j’ai vu des stries ou de gros filamens qui se trouvoient comme on le voit dans la planche ire , figure 3, etc.; et j’ai vu les corps mouvans se séparer de ces filamens, où il m’a paru qu’ils prenoient naissance ; mais je n’ai rien vu de semblable dans celle du chien ; au lieu de filamens ou de stries séparées, c’est ordinairement un mucilage dont le tissu est plus serré , et dans lequel on ne distingue qu'avec peine quelques parties filamenteuses, et ce mucilage donne naissance aux corps en mouvement , qui sont cependant semblables à ceux de l'homme.

Le mouvement de ces corps dure plus long-temps dans la liqueur du chien que dans celle de l’homme, et il est aussi plirs aisé de s’assurer , sur celle du chien , du chan-

gement de forme dont nous avons parlé.

Dans le moment que cette liqueur sort du corps de l’animal, on verra que les corps en mouvement ont pour la plupart des queues: douze heures, ou vingt- quatre heures, ou trente-six heures après, on trouvera que tous ces corps en mouvement , ou presque tous , ont perdu leurs queues ; ce ne sont plus alors que des globules un peu allongés, des ovales en mouvement ; et ce mouvement est souvent plus rapide que dans le premier temps.

Les corps mouvans ne sont pas immédia temenl à la surface de la liqueur ; ils y sont plongés. On voit ordinairement à la surface quelques grosses bulles d’air transpareutes , et qui sont sans aucun mouvement : quel quefois, à la vérité, ces bulles se remuent et paroissenl avoir un mouvement de progression ou de circonvolution; mais ce mou vement leur est communiqué par celui de la liqueur que l’air extérieur agite, et qui d’elle même, eu se liquéfiant, a un mouvement général, quelquefois d’un côté, quelquefois de l’autre , et souvent de tous côtés. Si l’on appproche la lentille un peu plus qu’il ne faut, les corps en mouvement paroissent plus gros qu’auparavant ; au contraire, ils paroissent plus petits si on éloigne le verre, et ce n’est que par l’expérience qu’on peut apprendre à bien juger du point de vue , et à saisir toujours le même. Au dessous des corps en mouvement on en voit souvent d’autres beaucoup plus petits qui sont plongés plus profondément dans la liqueur, et qui ne paroissent être que comme des globules, dont souvent le plus grand nombre est en mouvement ; et j’ai remarqué généralement que , dans le nombre infini de globules qu’on voit dans toutes ces liqueurs, ceux qui sont fort petits et qui sont en mouvement sont ordinairement noirs, ou plus obscurs que les autres, et que ceux qui sont extrêmement petits et transparens n’ont que peu ou point de mouvement : il semble aussi qu’ils pesent spécifiquement plus que les autres ; car ils sont toujours au dessous, soit des autres globules , soit des corps en mouvement dans la liqueur.

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