‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 216 sur 218 · Voyez Kuyscb , Th«t. anal., pag. 90, ta b, VI · texte numérisé non relu

Voyez Kuyscb , Th«t. anal., pag. 90, ta b, VI

fig. z.

RÉFLEXIONS SUR LES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES. 47î

de plusieurs autres anatomistes, que le fœtus est toujours reconnoiisable , même à l o'il simple, dans le premier mois. L’histoire de l'Académie fait mention d’un fœtus de vingt-un jours, et nous apprend qu’il étoit cependant formé entier, et qu’on en distinguât aisément toutes les parties. Si l’on ajoute à res autorisés celle de Malpighi , qui a reconnu le poulet dans la cicatricule, immédiatement après que l’œuf fut sorti du corps de la poule, et avant qu’il eût été Couvé , on ne pourra pas douter que le fœtus ne soit formé et n’existe dès le premier jour et immédiatement apres la copulation; et par conséquent on ne doit donner aucune crojance à ce que Harvey dit au sujet des parties qui viennent s’ajuster les unes auprès des autres par juxta-position , puisqu’au contraire elles sont toutes existantes d’abord, et qu’elles ne fout que se développer successivement.

Graaf a pris le mot d'œuf dans une acception toute différente de Harvey ; il a prétendu que les testicules des femmes étoient de vraies ovaires qui eontenoient des œufs semblables à ceux que contiennent les ovaires des femelles ovipares, mais seulement que ces œufs étoient beaucoup plus petits, et qu’ils ne tomboient pas au dehors, qu’ils ne se dctachoient jamais que quand ils étoient fécondés, et qu’alors ils descendoient de l’ovaire dans les cornes de la matrice, où ils grossissoient. Les expériences de Graaf sont celles qui ont le plus contribué à faire croire l'existence de ces prétendus œufs, qui cependant n’est point du tout fondée; car ce fameux anatomiste se trompe, i°en ce qu’il prend les vésicules de l’ovaire pour des œufs , tandis que ce ne sont que des parties inséparables du testicule de la femelle , qui même en foi nient la substance, et que res mêmes vésicules sont remplies d’une espece de lymphe. Il se seroit moins trompé s’il n’eût regardé ces vésicules que comme de simples réservoirs, et la lymphe qu’elles contiennent , comme la liqueur séminale de la femelle , au lieu de prendre celte liqueur pour du blanc d’œuf. i° H se trompe encore en ce qu'il assure que le follicule ou le corps glanduleux est l'enveloppe de ces œufs ou de ces vésicules : car il est certain, par les observations de Malpighi, de Vallisnieri, et par mes propres expériences, que ce corps glanduleux n’enveloppe point ces vésicules et nYn contient aucune. 3° Il se trompe encore davantage lorsqu’il assure que ce follicule ou corps glanduleux ne se forme jamais qu’apres la fécondation ,

tandis qu'au contraire on trouve ces corps glanduleux formés dans toutes les femelles qui ont atteint la puberté. 40 II se trompe lorsqu’il dit que les globules qu’il a vus dans la matrice, et qui eontenoient le fœtus, étoient ces mêmes vésicules ou œufs de l’ovaire qui y étoient descendus, et qui, dit-il, y étoient devenus dix fois plus petits qu’ils ne l’étoient dans l’ovaire : celte seule remarque de les avoir trouvés dix fois plus petits dans la matrice qu’ils ne l’étoient dans l’ovaire au moment de la fécondation , ou même avant et après cet instant , n’auroit-elle pas dû lui faire ouvrir les yeux, et lui faire reconnoître que ce qu’il voyoit dans la matrice n’éloit pas ce qu’il avoit vu dans les testicules ? 5° Il se trompe en disant que les corps glanduleux du testicule ne sont que l’enveloppe de l’œuf fécond , et que le nombre de ces enveloppes ou follicules vides répond toujours au nombre des fœtus : cette assertion est tout-à-fait contraire à la vérité; car on trouve toujours sur les testicules de toutes les femelles un plus grand nombre de corps glanduleux ou de cicatrices qu’il n’y a eu de productions de fœtus , et 011 en trouve dans celles qui n’ont pas produit du tout. Ajoutez à tout cela qu’il n’a jamais vu l’œuf dans sa prétendue enveloppe ou dans son follicule, et que ni lui, ni Verrheyen, ni les autres qui ont fait les mêmes expériences n’ont vu cet œuf sur lequel ils ont cependant établi leur système.

Malpighi, qui a reconnu l’accroissement du corps glanduleux dans le testicule de la femelle, s’est trompé lorsqu’il a cru voir une fois ou deux l’œuf dans la cavité de ce corps glanduleux , puisque cette cavilé ne contient que de la liqueur, et qu’a près un nombre infini d’observations on n’y a jamais trouvé rien de semblable à un œuf, comme le prouvent les expériences de Vallisnieri.

Vallisnieri, qui 11e s’est point trompé sur les faits, en a tiré une fausse conséquence ; savoir , que quoiqu’il n’ait jamais , ni lui , ni aucun anatomiste en qui il eût confiance, pu trouver l’œuf dans la cavité du corps glanduleux , il fallait bien cependant qu’il y fût.

Voyons donc ce qui nous reste de réel dans les découvertes de ces observateurs, et sur quoi nous puissions compter. Graaf a reconnu le premier qu’il y avoit des altérations aux testicules des femelles , et il a eu raison d’assurer que ces testicules étoient des parties essentielles et nécessaires à la

génération. Malpighi a démontré ce que c’étoit que ces altérations aux testicules des femelles , et il a fait voir que c’étoient des corps glanduleux qui croissoient jusqu’à une entière maturité, après quoi ils s’affaissoient, s’oblitéroient , et ne laissoient qu’une trèslégère cicatrice. Vallisnieri a mis cette découverte dans un très-grand jour : il a fait voir que ces corps glanduleux se trouvoient sur les testicules de toutes les femelles, qu’ils prenoient un accroissement considérable dans la saison de leurs amours , qu’ils s’augmentoient et croissoient aux dépens des vésicules lymphatiques du testicule , et qu’ils contenoient toujours , dans le temps de leur maturité , une cavité remplie de liqueur. Voilà à quoi se réduit au vrai tout ce qu’on a trouvé au sujet des prétendus ovaires et des œufs des vivipares. Qu’en doit-on conclure ? Deux choses qui me paroissent évidentes : l’une qu’il n’existe point d’œufs dans les testicules des femelles , puisqu’on n’a pu y en trouver ; l’autre , qu’il existe de la liqueur , et dans les vésicules du testicule , et dans la cavité du corps glanduleux , puisqu’on y en a toujours trouvé; et nous avons démontré par les expériences précédentes , que celte dernière liqueur est la vraie semence de la femelle , puisqu’elle contient , comme celle du mâle , des animaux spermatiques , ou plutôt des parties organiques en mouvement.

Nous sommes donc assurés maintenant que les femelles ont , comme les mâles , une liqueur séminale. Nous ne pouvons guère douter , après tout ce que nous avons dit , que la liqueur séminale en général ne soit le superflu de la nourriture organique , qui est renvoyée de toutes les parties du corps dans les testicules et les vésicules séminales des mâles , et dans les testicules et la cavité des corps glanduleux des femelles : cette liqueur qui soi t par le mamelon des corps glanduleux arrose continuellement les cornes de la matrice de la femelle, et peut aisément y pénétrer, soit par la succession du tissu même de ces cornes , qui , quoique membraneux , ne laisse pas d’être spongieux , soit par la petite ouverture qui est à l’extrémité supérieure des cornes; et il n’y a aucune difficulté à concevoir comment cette liqueur peut entrer dans la matrice , au lieu que dans la supposition que les vésicules de l’ovaire étoient des œufs qui se détachoient de l’ovaire, on n’a jamais pu comprendre comment Ces prétendus œufs , qui étoient dix ou vingt fois plus gros que 1 ouverture des cornes de la matrice n’étoit large , pou-

voient y entrer. On a vu que Graaf, auteur de ce système des œufs, étoit obligé de supposer , ou plutôt d’avouer, que , quand ils étoient descendus dans la matrice, ils étoient devenus dix fois plus petits qu’ils ne le sont dans l’ovaire.

La liqueur que les femmes répandent lorsquellcs sont excitées , et qui sort , selon Graaf, des lacunes qui sont autour du col de la matrice et autour de l’orifice extérieur de l’urètre , pourroit bien être une portion surabondante de la liqueur séminale qui distille continuellement des corps glanduleux du testicule sur les trompes de la matrice , et qui peut y entrer directement toutes les fois que le pavillon se relève et s’approche du testicule ; mais peut-être aussi cette liqueur est-elle une sécrétion d’un autre genre et tout à fait inutile à la génération. 11 auroit fallu , pour décider cette question, faire des observations au microscope sur cette liqueur ; mais toutes les expériences ne sont pas permises , même aux philosophes : tout ce que je puis dire, c’est que je suis fort porté à croire qu’on y trouveroit les mêmes corps en mouvement, les mêmes animaux spermatiques, que l’on trouve dans la liqueur du corps glanduleux ; et je puis citer à ce sujet un docteur italien , qui s’est permis de faire avec attention celte espece d’observation, que Vallisnieri rapporte en ces termes (tome II, page i36, col. r. ) : « Aggiugne >' il lodato sig. Lono d’avergli anco veduti » ( animali spermatici) in questa linfa o » siero , diro cosi voluttuoso , che nel tempo » dell’ amoroza zuffa scappa dalle femine li- »bidinose, senza che si potesse sospettare « che fossero di que’ del maschio , etc. » Si le fait est vrai, comme je n’en doute pas , il est certain que cette liqueur que les femmes répandent est la même que celle qui se trouve dans la cavité des corps glanduleux de leurs testicules , et que par conséquent c’est de la liqueur vraiment séminale ; et , quoique les anatomistes n’aient pas découvert de communication entre les lacunes de Graaf et les testicules , cela n’empêche pas que la liqueur séminale des testicules étant une fois dans la matrice, où elle peut entrer, comme je l’ai dit ci-dessus , elle ne puisse en sortir par ces petites ouvertures ou lacunes qui en environnent le col , et que, par la seule action du tissu spongieux de toutes ccs parties, elle ne puisse parvenir aussi aux lacunes qui sont autour de l'orifice extérieur de l'urètre, surtout si le mouvement de cette liqueur est aidé par les ébranlcmeus et la tension que l’acte de la

génération occasione dans toutes ces parties.

De là on doit conclure que les femmes qui ont beaucoup de tempérament sont peu fécondes , surtout si elles font un usage immodéré des hommes , parce qu’elles répandent au dehors la liqueur séminale qui doit rester dans la matrice pour la formation du fœtus. Aussi voyons-nous que les femmes publiques ne font point d’enfans , ou du moins qu’elles en font bien plus rarement que les autres ; et dans les pays chauds , où elles ont toutes beaucoup plus de tempérament que dans les pays froids , elles sont aussi beaucoup moins fécondes. Mais nous aurons occasion de parler de ceci dans la suite.

Il est naturel de penser que la liqueur séminale , soit du mâle, soit de la femelle , ne doit être féconde que quand elle contient des corps en mouvement ; cependant c’est encore une question , et je serois assez porté à croire que , comme ces corps sont sujets à des changemens de forme et de mouvement, que ce 11e sont que des parties organiques qui se mettent en mouvement selon différentes circonstances , qu’ils se développent , qu’ils se décomposent , ou qu’ils se composent suivant les différens rapports qu’ils ont entre eux, il y a une infinité de différens états de cette liqueur , et que l’état où elle est lorsqu’on y voit ces parties organiques en mouvement n’est peut-être rpas absolument nécessaire. pour que la génération puisse s’opérer. Le même docteur italien que nous avons cité dit qu’ayant observé, plusieurs années de suite, sa liqueur séminale, il n’y avoit jamais vu d'animaux spermatiques pendant toute sa jeunesse ; que cependant il avoit li> u de croire que cette liqueur étoit féconde, puisqu’il étoit devenu pendant ce temps le père de plusieurs enfans , et qu’il n’avoit commencé à voir des animaux spermatiques dans cette liqueur que quand il eut atteint le moyen âge , l’âge auquel ou est obligé de prendre des lunettes ; qu’il avoit eu des enfans dans ce dernier temps aussi bien que dans le premier : et il ajoute qu’ayant comparé les animaux spermatiques de sa liqueur séminale avec ceux de quelques autres, il avoit toujours trouvé les siens plus petits que ceux des autres. Il semble que cette observation pourroit faire croire que la liqueur séminale peut être féconde , quoiqu’elle ne soit pas actuellement dans l’état où il faut qu’elle soit pour qu’on y trouve les parties organiques en mouvement : peutéire ces parties ne prennent-elles du mouvement daus ce cas que quand la liqueur est

dans le corps de la femelle , peut-être le mouvement qui y existe est-il insensible, parce que les molécules organiques sont trop petites.

On peut regarder cos corps organiques qui se meuvent, ces animaux spermatiques, comme le premier assemblage de ces molécules organiques qui proviennent de toutes les parties du corps : lorsqu’il s’en rassemble une assez grande quantité , elles forment un corps qui se meut, et qu’on peut apercevoir au microscope; mais , si elles ne se rassemblent qu'en petite quantité , le corps qu’elles formeront sera trop petit pour être aperçu , et dans ee cas on ne pourra rien distinguer de mouvant dans la liqueur séminale. C’est aussi ce que j’ai remarqué très-souvent ; il y a des temps où cette liqueur 11e contient rien d’animé, et il faudroit une très-longue suite d’observations pour déterminer quelles peuvent être les causes de toutes les différences qu’on remarque dans les états de cette liqueur.

Ce que je puis assurer pour l’avoir éprouvé souvent , c’est qu’en mettant infuser avec de l’eau les liqueurs séminales des animaux dans de petites bouteilles bien bouchées , on trouve , au bout de trois ou quatre jours, et souvent plus tôt, dans la liqueur de ces infusions, une multitude infinie de corps en mouvement. Les liqueurs séminales dans lesquelles il n’y a aucun mouvement , aucune partie organique mouvante au sortir du corps de l’animal , en produisent tout autant que celles où il y en a une grande quantité ; le sang , le chyle , la chair , et même l’urine , contiennent aussi des parties organiques qui se mettent en mouvement au bout de quelques jours d’infusion dans de l’eau pure ; les germes des amandes de fruits , les graines , le nectareum , le miel , et même les bois , les écorces , et les autres parties des plantes, en produisent aussi de la même façon. On ne peut donc pas douter de l’existence de ces parties organiques vivantes dans tontes les substances animales ou végétales.

Dans les liqueurs séminales, il paroît que ces parties organiques vivantes sont toutes en action ; il semble qu’elles cherchent à se développer, puisqu’on les voit sortir des filamens, et qu’elles se forment aux yeux mêmes de l’observateur. Au reste , ces petits corps des liqueurs séminales ne sont cependant pas doués d’une force qui leur soit particulière ; car ceux que l’on voit dans toutes les autres substances animales ou végétales décomposées à un certain point sont doués de

la même force ; ils agissent et se meuvent à peu près de la même façon , et pendant un temps assez considérable : ils changent de forme successivement pendant plusieurs heures , et même pendant plusieurs jours. Si l’on vouloit absolument que ces corps fussent des animaux , il faudroit done avouer que ce sont des animaux si imparfaits, qu’on ne doit tout au plus les regarder que comme des ébauches d’animal , ou bien comme des corps simplement composés des parties les plus essentielles à un animal ; car des machines naturelles , des pompes telles que sont celles qu’on trouve en si grande quantité dans la laite du calmar, qui d’elles-mèmes se mettent en action dans un certain temps, et qui ne finissent d’agir et de se mouvoir qu’au bout d’un autre temps et après avoir jeté toute leur substance , ne sont certainement pas des animaux , quoique ce soient des êtres organisés , agissans et pour ainsi dire vivans : mais leur organisation e-t plus simple que celle d’un animal ; et si ces machines naturelles , au lieu de n’agir que pendant trente secondes ou pendant une minute tout au plus , agissaient pendant un temps beaucoup plus long, par exemple, pendant un mois ou un an , je rie sais si on ne seroit pas obligé de leur donner le nom d’animaux , quoiqu’elles ne parussent pas avoir d’autre mouvement que celui d’une pompe qui agit par elle-même, et que leur organisation fût aussi simple en apparence que celle de cette machine artificielle : car combien n’y a-t-il pas d’animaux dans lesquels nous ne distinguons aucun mouvement produit par la volonté ? et n’en connoissons-nous pas d’autres dont l’organisation nous paroît si simple que tout leur corps est transparent comme du cristal , sans aucun membre et presque sans aucune organisation apparente ?

Si l'on convient une fois que l’ordre de» productions de la nature se suit uniformément, et se fait par degrés et par nuances, on n’aura pas de peine à concevoir qu’il existe des corps organiques qui ne sont ni animaux, ni végétaux, ni minéraux : ces êtres intermédiaires auront eux-mêmes des nuances dans les espèces qui les constituent, et des degrés différons de perfection et d’imperfection dans leur organisation. Les machines de la laite du calmar sont peut-être plus organisées, plus parfaites, que les autres animaux spermatiques ; peut-être aussi le sont-elles moins; les oeufs le sont peutêtre encore moins que les uns et les autres ; mais nous n’avons sur cela pas même de

quoi fonder des conjectures raisonnables.

Ce qu’il y a de certain , e’est que tous les animaux et tous les végétaux, et toutes les parties des animaux et des végétaux . contiennent une infinité de molécules organiques vivantes qu’on peut exposer aux yeux de tout le monde , comme nous l’avons fait par les expériences précédentes. Ces molécules organiques prennent successivement des formes différentes et des degrés dilférens de mouvement et d’activité, suivant les différentes circonstances : elles sont en beaucoup plus grand nombre dans les liqueurs séminales des deux sexes et dans les germes des plantes que dans les autres parties de l’animal ou du végétal ; ellesy sont au moins plus apparentes et plus développées, ou, si l’on veut , elles y sont accumulées sous la forme de ces petits corps en mouvement. Il existe donc dans les végétaux et dans les animaux une substance vivante qui leur est commune ; e’est cette substance vivante et organique qui est la matière nécessaire à la nutrition. L’animal se nourrit de l’animal ou du végétal , comme le végétal peut aussi se nourrir de l’animal ou du végétal décomposé. Cette substance nutritive, commune à l'un et à l’autre , est toujours vivante , toujours active; elle produit l’animal ou le végétal, lorsqu’elle trouve un moule intérieur , une matrice convenable et analogue à l'un et à l’autre, comme nous l’avons expliqué dans les premiers chapitres; mais lorsque cette substance active se trouve rassemblée en grande abondance dans les endroits où elle peut s’unir, elle forme dans le corps animal d’autres animaux , tels que le tamia , les ascarides , les vers , qu’on trouve quelquefois dans les veines, dans les sinus du cerveau, dans le foie, etc. Ces espèces d’animaux ne doivent pas leur existence à d’autres animaux de même espèce qu’eux ; leur génération ne se fait pas comme (elle des autres animaux ; on peut donc croire qu’ils sont produits par cette matière organique , lorsqu’elle est extravasée, ou lorsqu’elle n’est pas pompée par les vaisseaux qui servent à la nutrition du corps de l’animal. Il est assez probable qu’alors cette substance productive, qui est toujours active, et tend à s’organiser, produit des vers et de petits corps organisés de différente espèce, suivant les différons lieux, les différentes matrices où elle se trouve rassemblée. Nous aurons dans la suite occasion d’examiner plus en dé'ail la nature de ces vers et de plusieurs autres animaux qui se forment de la même façon , et de faire voir que leur production est très-

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différente de re que l’on a pensé jusqu’ici.

Lorsque cette matière organique , (pi on peut regarder comme une St mence universelle, est rassemblée en assez grande quantité , comme elle l’est dans les liqueurs séminales et dans la partie inucilaginense de l’infusion des plantes, son premier effet est de végéter ou plutôt de produire des êtres végétans. Ces espèces de zoophytes se gonflent, se boursouflent, s’étendent, se ramifient, et produisent ensuite des globtdes , des ovales et d’autres petits corps de différente ligure, cpii ont tous une espèce de vie animale , un mouvement progressif, souvent ties-rapide, et d’autres fois plus lent. Ces globules eux-mèmes se décomposent, changent de figure , et deviennent plus petits ; et à mesure qu'ils diminuent de grosseur, la rapidité de leur mouvement augmente : lorsque le mouvement de ces petits corps est fort rapide, et qu’ils sont euxmêmes en très-grand nombre dans la liqueur , elle s’échauffe à un point même très-sensible ; ce qui m’a fait penser que le mouvement et l’action de ces parties organiques des végétaux et des animaux pourraient bien être la cause de ce que l’on appelle fermentation.

J’ai cru qu’on pouvoit présumer aussi que le venin de !a vipère et les autres poisons actifs , meme eelui de la morsure d'un animal euragé, pourraient bien être cette matière active trop exaltée; mais je n’ai pas encore eu le temps de faire les expériences que j’ai projetées sur ce sujet, aussi bien que sur les drogues qu’on emploie dans la médecine ; tout ce que je puis assurer aujourd'hui , c'est que toutes les infusions des drogues les plus actives fourmillent de corps en mouvement, et que ces corps s y forment en beaucoup moins de temps que dans les autres substances.

Presque tous les animaux microscopiques sont de la même nature que les corps organisés qui se meuvent dans les liqueurs séminales, et dans les infusions des végétaux et de la chair des animaux ; les anguille* de la farine, (elles du blé ergoté, celles du vinaigre, celles de l’eau qui a séjourné sur des gouttières de plomb, etc., sont de* èlies de la même nature que les premiers, et qui ont une origine semblable; mais nous réservons pour l’histoire particulière des animaux microscopiques les preuves que nous pourrions en donner

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