‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 25 sur 218 · PESANTEUR · texte numérisé non relu

PESANTEUR

Pouces cubes.

lÎT.

on.

ër-

liv. on.

gr-

Cristal de roche de

Madagascar ....

IO

— de roche du Brésil .

— de roche d’Europe.

— de roche irisé

— jaune ou topuze de

Bohème

— roux brun , ou to-

paze enfumée . .

— noir

— bleu , ou saphir

d’eau

— violet , ou amé-

thyste

— violet pourpré , ou

améthyste de vi-

gne ou de Car-

thagène

— blanc violet, ou

améthyste blan-

che

Quartz cristallisé. ..

IO

— laiteux

— gras

iS5

— fragile

a. Voyez l’article de la Cristallisation.

composés d’autres triangles plus petits, et l’on ne peut douter que les parties élémentaires du cristal ne soient des lames triangulaires fort petites , et dont la surface plane est néanmoins beaucoup plus étendue que celle de la tranche qui est infiniment mince.

Quelques naturalistes récens, et entre autres Linnæus et ses écoliers , ont avancé mal à propos que les cristaux pierreux doivent leur figure aux sels : nous ne nous arrêterons pas à réfuter des opinions si peu fondées. Cependant tous les physiciens instruits et notamment le savant minéralogiste Cronstedt , avoient nié avec raison que les sels eussent aucune part à la formation non plus qu’à la figure de ces cristaux ; il suffit , ditil , qu’il y ait des corps métalliques qui se cristallisent par la fusion , pour démontrer que la forme des cristaux n’est point dépendante des sels. Cela est très-certain ; les sels et les cristaux pierreux n’ont rien de commun que la faculté de se cristalliser, faculté plus que commune , puisqu’elle appartient à toute matière non seulement saline, niais pierreuse, ou même métallique, dès que ces matières sont amenées à l’état fluide soit par l’eau , soit par le feu , parce que dans cet état de liquidité les parties similaires peuvent s’approcher et se réunir par la seule force de l’attraction , et former par leur agrégation des cristaux dont la forme dépend de la figure primitive de leurs parties constituantes , et de l’arrrangement que prennent entre elles ces lames minces en vertu de leur affinité mutuelle et réciproque.

Le cristal de roche se trouve et croît en grosses quilles dans les cavités des rochers quartzeux et graniteux : ces cavités s’annoncent quelquefois à l’extérieur par des éminences ou boursouflures dont on reconnoît le vide en frappant le rocher; l’on juge par le son que l’intérieur en est creux.

Il se trouve en Dauphiné plusieurs de ces rochers creux dont les cavités sont garnies de cristaux ; on donne à ces cavités le nom de cristallières, lorsqu’elles en contiennent une grande quantité. C’est toujours près du sommet des montagnes quartzeuses et graniteuses que gisent ces grandes cristallières ou mines de cristal. Plusieurs naturalistes, et entre autres MM. Altman et Chappeller, ont décrit celles des montagnes de la Suisse : elles sont fréquentes dans le mont Grimsel, entre le canton de Berne et le Valais, dans le mont Saint-Gothard et autres montagnes voisines; et c’est toujours dans les cavités du

$6 Minéraux.

quartz ou dans les fentes des rochers quartzeux que se forme le cristal , et jamais dans les cavités ou fentes des rochers calcaires. Le cristal se produit aussi dans les pierres mixtes , comme on le voit dans presque tous les cailloux creux , dont la substance est souvent mêlée de différentes matières vitreuses, métalliques, calcaires, et limoneuses : mais il faut toujours que le quartz y soit contenu en plus ou moins grande quantité; sans cela, le cristal ne pourroit se produire , puisque sa substance est un vrai quartz, sans mélange d’aucune autre matière, et quand on y trouve des corps étrangers , ils n’y sont que renfermés, enveloppés par accident, et non intimement et réellement mêlés.

M. Achard , très - habile chimiste , de l’Académie de Berlin, ayant fait l’analyse chimique du rubis et d’autres pierres précieuses , et en ayant tiré de la terre alcaline, a pensé que le cristal de roche en contenoit aussi; et, dans cette idée, il a imaginé un appareil très-ingénieux pour former du cristal en faisant passer l’air fixe de la craie à travers du sable quarlzeux et des diaphragmes d’argile cuite. M. le prince Galitzin, qui aime les sciences et les cultive avec grand succès, eut la bonté de m’envoyer, au mois de septembre 1777, un extrait de la lettre que lui avoit écrite M. Achard , avec le dessin de son appareil pour faire du cristal. M. Magellan, savant physicien , de la Société royale de Londres, me fit voir, quelque temps après, un petit morceau de cristal qu’il me dit avoir été produit par l’appareil de M. Achard, et ensuite il présenta ce même cristal à l’Académie des Sciences. Les commissaires de cette compagnie firent exécuter l’appareil , et essayèrent de vérifier l’expérience de M. Achard; j’engageai M. le duc de Cliaulnes et d’autres habiles physiciens à prendre tout le temps et tous les soins nécessaires au succès de cette expérience, et néanmoins aucun n’a réussi : et j’avoue que je n’en fus pas surpris; car, d’après les procédés de M. Achard, il me paroît qu’on viendroit plutôt à bout de faire un rubis qu’un cristal de roche : j’en dirai les raisons lorsque je traiterai des pierres précieuses, dout la substance, la formation, l’origine, sont, scion moi, très-différentes de celles du crislal de roche. En attendant, je 11e puis qu’applaudir aux efforts de M. Achard, dont la théorie me paroît saine et peut s’appliquer à la cristallisation des pierres précieuses ; mais leur substance diffère de celle des cris-

taux , tant par la densité que par la dureté et l’homogénéité , et nous verrons que c’est de la terre limoneuse ou végétale , et non de la matière vitreuse, que le diamant et les pierres précieuses tirent leur origine.

Tout cristal, soit en petites aiguilles dans les cailloux creux, soit en grosses et grandes quilles dans les cavités des rochers quartzeux, est donc également un extrait, une stalactite du quartz. Les cristaux plus ou moins arrondis que l’on trouve dans le sable des rivières ou dans les mines de seconde formation , et auxquels on donne les noms impropres de diamans de Cornouailles ou d'Alençon , ne sont que des morceaux de cristal de roche détachés des rochers et entraînés par le mouvement des eaux courantes; iis sont de la même essence, de la même pesanteur spécifique, et de la même transparence; ils ont de même une double réfraction , et ne diffèrent du crislal des montagnes qu’en ce qu’ils ont été plus ou moins arrondis par les froltemens qu’ils ont subis. Il se trouve une grande quantité de ces cristaux arrondis dans les vallées des hautes montagnes et dans tous les torrens et les fleuves qui en découlent : ils ne perdent ni n’acquièrent rien par leur long séjour dans l’eau; l’intérieur de leur masse n’est point altéré ; leur surface est. seulement recouverte d’une enveloppe ferrugineuse ou terreuse, qui 11’est même pas fort adhérente ; et lorsque cette croûte est enlevée, les cristaux qu’elle recouvroit présentent le même poli et la même transparence que le cristal tiré de la roche où il se forme.

Parmi les cristaux, même les plus purs et les plus solides, il s’en trouve qui contiennent de l’eau et des bulles d’air; preuve évidente qu’ils ont été formés par le suintement ou la stillation de l’eau. Tavernier dit avoir vu dans le cabinet du prince de Monaco un morceau de cristal qui contenoit près d’un verre d’eau. Ce fait me paroît exagéré ou mal vu ; car les pierres qui renferment une grande quantité d’eau ne sont pas de vrais cristaux, mais des espèces de cailloux plus ou moins opaques. On connoît sous le nom d 'enhydres ceux qui sont à demi transparens et qui contiennent beau coup d’eau ; on en trouve souvent dans les matières rejetées par les volcans : mais j’ai vu plusieurs cristaux de roche bien transparens , et régulièrement cristallisés , dans lesquels on aperçoit aisément une goutte d’eau surmontée d’une bulle d’air qui la

rendoil sensible par son mouvement , en s’élevant toujours au dessus de la goutte d’eau lorsqu’on cbangeoit la position verticale du morceau de cristal ; et non seulement il se trouve quelquefois des gouttes d’eau renfermées dans le cristal de roche , mais on en voit encore plus souvent dans les agates et autres pierres vitreuses qui 11’ont qu’une demi-transparence. M. Fougeroux de Bondaroy, de l’Académie des Sciences, a trouvé de l’eau en quantité très-sensible dans plusieurs agates qu’il a fait casser. Il est donc certain que les cristaux, les agates, et autres stalactites quartzeuses, ont tous été produits par l’intermède de l’eau.

Comme les montagnes primitives du globe ne sont composées que de quartz, de granité, et d’autres matières vitreuses, on trouve partout , dans l’intérieur et au pied de ces montagnes, du cristal de roche, soit en petits morceaux roulés, soit en prismes et en aiguilles attachées aux rochers. Les hautes montagnes d’Asie en sont aussi fournies que les Alpes d'Europe. Les voyageurs parlent du cristal de la Chine, dont on fait de beaux vases et des magots ; des cristaux de Siam , de Camboye , des Moluques, et particulièrement de celui de Ceylan, où ils disent qu’il est fort commun.

En Afrique , le pays de Congo tire son nom du cristal qui s’y trouve en très-grande abondance ; il y en a aussi en quantité dans le pays de Galam : mais l’île de Madagascar est peut-être, de toute la contrée, la plus riche en cristaux ; il y en a de plus et de moins transparens. Le premier est limpide comme l’eau , et se présente . pour ainsi dire, en masses dont nous avons vu des blocs arrondis de près d’un pied de diamètre en tous sens : cependant , quoiqu’il soit plus net et plus diaphane que le cristal d’Europe , il est un peu moins dense et souvent il est plus mêlé de schorl et d’autres parties hétérogènes. Le second cristal de Madagascar ressemble à celui d’Europe.

M. l’abbé de Rochon a rapporté de cette île une grosse et belle aiguille à deux poin-

1. Dans la Table de M. Brisson, la pesanteur spécifique du cristal de Madagascar est de 265 3o , et celle du cristal d’Europe de 26648 , relativement à l’eau supposée 10000. Ainsi le cristal d’Europe est un peu plus dense que celui de Madagascar.

tes de ce cristal : on peut la voir au Cabinet du Roi.

Dans le nouveau continent, le cristal de roche est tout aussi commun que dans l’ancien ; on en a trouvé à Saint-Domingue, en Virginie, au Mexique et au Pérou, où M. d’Ulloa dit en avoir vu des morceaux fort grands et très-nets; ce savant naturaliste marque même sa surprise de ce qu’on ne le recherche pas, et que c’est le hasard seul qui en fait quelquefois trouver de grosses masses. Enfin il y a du cristal dans les pays les plus froids comme dans les climats tempérés et chauds; on a recueilli en Laponie et au Canada des cristaux roulés tout semblables à ceux de Bristol, et l’on y a vu d’autres cristaux en aiguilles et en grosses quilles. Ainsi dans tous les pays du monde il se produit du cristal, soit dans les cavités des rochers quartzeux, soit dans les fentes perpendiculaires qui les divisent; et celui qui se présente dans les cailloux creux et dans les pierres graniteuses provient aussi du quartz, qui fait partie de la substance de ces cailloux et pierres mixtes.

L’extrait le plus pur du quartz est donc le cristal blanc; et quoique les cristaux colorés en tirent également leur origine , ils n’en ont pas tiré leurs couleurs ; elles leur sont accidentelles, et ils les ont empruntées des terres métalliques qui étoient interposées dans la niasse du quartz, ou qui se sont trouvées daus le lieu de la formation des cristaux : mais cela n’empèche pas qu’on ne doive mettre au nombre des extraits ou stalactites du quartz tous ces cristaux colorés ; la quantité des molécules métalliques dont ils sont imprégnés, et qui leur ont donné des couleurs , ne fait que peu ou point d’augmentation à leur masse ; car tous les cristaux , de quelque couleur qu’ils soient , ont à très-peu près la même densité que le cristal blanc. Et comme les améthystes, la topaze de Bohème, la chrysolithe, et l’aigue-marine, ont la même densité , la même dureté, la même double réfraction, et qu’elles sont également résistantes à l’action du feu, on peut, sans hésiter, les regarder comme de vrais cristaux ; et l’on ne doit pas les élever au rang des pierres précieuses, qui n’ont qu’une simple réfraction , et dont la densité , la dureté et l’origine , sont trèsdifférentes de celles des cristaux vitreux.

Rüffok. III.

améthyste.

Toutes les améthystes ne sont que des cristaux de roche teints de violet ou de pourpre; elles ont la même densité1, la même dureté , la même double réfraction, que le cristal : elles sont aussi également réfractaires au feu. Les améthystes violettes sont les pluscommunes, et, dans la plupart, cette couleur n’a pas la même intensité partout; souvent même une partie de la pierre est violette, et le reste est blanc. Il semble qUe , dans la formation de ce cristal , la teinture métallique qui a coloré la pyramide ait manqué pour teindre le prisme ; aussi e. tte teinture s’affoiblit par nuancé du violet au blanc dans le plus grand nombre de Ces pierres : on le voit évidemment en tranchant horizontalement une table de cristaux d’améthyste ; toutes les pointes sont plus mi moins colorées , et les bases sont souvent tbules blanches comme le cristal.

On sait que le violet et le pourpre sont les couleurs intermédiaires entre le rouge et l’indigo ou bleu foncé; le cristal de roche n’a donc pu devenir améthyste que quand le quartz qui l’a produit s’est trouvé imprégné de particules de cette même couleur Violette ou pourprée : mais comme il n’y a Aucun métal, ni même aucun minéral méfa'l'üqtie, qui produise cette couleur par la voie humrde , et que la manganèse ne la donne au Vérre que par le moyen du feu, il faut avoir recours au mélangé du rotige et dît bleu pour la composition des améthystes; or ces deux couleurs du rouge et du bleu peuvent êtCe fournies par le fer seul , ou par le fer mêlé de cuivre : ainsi les amé<thystes ne doivent se trouver que dans les quartz de seconde formation et qui sont vôisins de ces mines métalliques en décomposition:

i. La pesanteur spécifique de l’améthyste est de 26535; celle du cristal de roche d'Europe, de 26548 ; et celle du cristal de roche de Madagascar, de 2653o.

* On trouve en Auvergne, à quatre lieues au nord de Brioude, une minière d’améthystes violettes , dont M. Le Monnier, premier médecin ordinaire du roi , et l’un de nos savans naturalistes de l’Académie, a donné une bonne description.

On trouve de semblables améthystes dans les mines de Schemnitz en Hongrie; on en a rencontré en Sibérie , et jusqu à Kamtscliatka; il s’en trouve aussi en plusieurs autres régions, et particulièrement en Espagne; celles de Catalogne ont une couleur pourprée, et ce sont les plus estimées ; mais aucune de ces pierres n’a la dureté, la densité, ni leclal des pierres précieuses; et toutes les améthystes perdent leur couleur violette ou pourprée lorsqu’on les expose à l’action du feu. Enfin elles présentent tous les caractères et toutes les propriétés du cristal de roche : l’on ne peut donc douter quelles ne soient de Ja meme essence, et que leur substance, à la couleur près, ne soit absolument la même.

Les anciens ont compté cinq espèces d’améthystes , qu’ils distinguoient par les différens tons ou degrés de couleurs : mais cette diversité ne consiste qu’en une suite de nuances qui rentrent les unes dans les autres ; ce qui ne peut établir entre ces pierres une différence essentielle. La distinction qu’en font les joailliers , en orientales et occidentales, ne me paroît pas bien fondée; car aucune améthyste n'offre les caractères des pierres précieuses orientales; savoir, )a dureté, la densité et la simple réfraction. Qe n’est pas qu’entre les vraies pierres pi écieuses il 11e puisse s’en trouver quelques unes de couleur violette ou pourprée; et même quelques amateurs se flattent d’en posséder , et leur donnent le nom d ’ametfiyste orientale. Ces pierres sont au moins trè3-rares, et nous ne les regardons pas comme des améthystes, mais comme des rubis dont en effet quelques uns semblent offrir des teintes d’un rouge mêlé de pourpre.

k ».x» v\ vk'V'i^«v\v«%^iAvkVV'

Page 1