‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 39 sur 218 · OPALE · texte numérisé non relu

OPALE

De toutes les pierres chatoyantes l’opale est la plus belle : cependant elle n’a ni la dureté ni Fécial des vraies pierres précieuses; mais la lumière qui la pénètre s’anime des plus agréables couleurs, et semble se promener en reflets ondoyans; et l’œil est encore moins ébloui que flatté de l’effet suave de ses beautés. Pline s’arrête avec complaisance à les peindre. « C’est, dit-il, le feu de Pescarboucle , le pourpre de l’améthyste, le vert éclatant de l’émeraude, brillant ensemble, et lantôt séparés, tantôt unis par le plus admirable mélange. » Ce n’est pas tout encore : le bleu et l’orangé viennent sous certains aspects se joindre à ces couleurs, et toutes prennent plus de fraîcheur du foud blanc et luisant sur lequel elles jouent, et dont elles ne semblent sortir que pour y rentrer et jouer de nouveau.

Ces reflets colorés sont produits par le brisement des rayons de lumière mille fois réfléchis, rompus, et renvoyés de tous les pci ils plans des lames dont l’opale est composée; ils sont en même temps réfractés au sortir de la pierre, sous des angle» divers et relu lits à la position des lames qui les renvoient ; et ce qui prouve que ces couleurs mobiles et fugitives , qui suivent l’œil et dépendent de l’angle qu’il fait avec la lumière, ne sont que des iris, ou spectres colorés, c’est qu’eu cassant la pierre, elle n’offre plus dans sa fracture ces mêmes couleurs dont le jeu varié lient à sa structure intérieure, et s’accroît par la forme arrondie qu’on lui donne à l’extérieur : l’opale est donc une pierre irisée daus toutes ses pariies. Elle est en même temps la plus légère des pierres chatoyantes, et de près d’un cinquième moins dense que le feld-spath, qui, de tous les verres primitifs, est le moins pesant1 ; elle n’a aussi

1. La pesanteur spécifique de l’opale est de 21140 ; et celle du feld spath le plus léger de 24378. (Table de M. Brisson.J

que peu de dureté : il faut donc que les peliies lames dont l’opale est composée soient peu adhérentes, et assez séparées les unes des autres, pour que sa densité et sa dureté en soient diminuées dans cette proportion de plus d’un cinquième relativement aux autres matières vitreuses.

Une opale d’un grand volume, dans toutes les parties de laquelle les couleurs brillent et jouent avec autant de feu que de variété, est une production si rare, qu’elle n’a plus qu’un prix d’estime qu’on peut porter trèshaut. Pline nous dit qu’Antoine proscrivit un sénateur auquel appartenoit une trèsbelle opale qu’il avoit refusé de lui céder; sur quoi le naturaliste romain s’écrie avec une éloquente indignation : « De quoi s’étonner ici davantage , de la cupidité farouche du tyran qui proscrit pour une bague , ou de l’inconcevable passion de l’homme qui tient plus à sa bague qu’à sa vie? »

On peut encore juger de l’estime que faisoient les anciens de l’opale, par la scrupuleuse attention avec laquelle ils en ont remarqué les défauts, et par le soin qu’ils ont pris d’en caractériser les belles variétés. L’opale en offre beaucoup , non seulement par les différences du jeu de la lumière, mars encore par le nombre des nuances et la diver silé des couleurs quelle réfléchit : il y a des opales à reflets foiblemeut colorés, où, sur un fond laiteux, flottent à peine quelques légères nuances de bleu. Dans ces pierres nuageuses, laiteuses et presque opaques, la pàie opaline semble s’épaissir et se rapprocher de celle de la calcédoine : au contraire, cette même pâte s’éclaircit quelquefois de manière à n’offrir plus que l’apparence vitreuse et les teintes claires et lumineuses d’un feld-spath chatoyant et coloré; et ces nuances, comme l a très- bien observé Koece, se trouvent souvent réunies et fondues dans uu seul et même morceau d’opale brute. Le

MINÉRAUX

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même auteur parle des opales noires comme des plus rares et des plus superbes par l’éclat du feu qui jaillit de leur fond sombre.

On trouve des opales en Hongrie, en Misnie 1 et dans quelques îles de la Méditerranée. Les anciens tiroient cette pierre de l’Orient , d’où il en vient encore aujourd’hui; et nos lapidaires distinguent les opales, ainsi que plusieurs autres pierres, en orientales et en occidentales : mais cette distinction n’est pas bien énoncée; ce n’est que sur le plus ou le moins de beauté de ces pierres que portent les dénominations d 'orientales et àé occidentales , et non sur le climat où elles se trouvent, puisque dans nos opales d’Europe il s’en rencontre de belles parmi les communes , de même qu’à Ceylan et dans tes autres contrées de l’Inde on trouve beaucoup d’opales communes parmi les plus belles. Ainsi cette distinction de dénominations, adoptée par les lapidaires, doit être rejetée par les naturalistes , puisqu’on pourroit la croire fondée sur une différence essentielle de climat, tandis qu’elle ne l’est que sur la différence accidentelle de l’éclat ou de la beauté.

. Au resté, I’opàle est certainement une pierre vitreuse de seconde formation , et qui

i. A Freyberg.

a été produite par l’intermède de l’eau : sa gangue est une terre jaunâtre qui ne fait point d’effervescence avec les acides; les opales renferment souvent des gouttes d’eau. M. Fougeroux de Bondaroy, l’un de nos savans académiciens , a sacrifié à son instruction quelques opales, et les a fait casser pour recueillir l’eau qu’elles renfermoient ; cette eau s’est trouvée pure et limpide comme dans les cailloux creux et les enhydres. Il se trouve quelquefois des opales dans les pouzzolanes et dans les terres jetées par les volcans. M. Ferbcr en a observé, comme M. de Bondaroy, dans les terrains volcanisés du Yicentin. Ces faits suffisent pour nous démontrer que les opales sont des pierres de seconde formation, et leurs reflets chatoyans nous indiquent que c’est aux stalactites du feld-spath qu’on doit les rapporter.

Quoique plusieurs auteurs aient regardé le girasol comme une sorte d’opale, nous nous croyons fondés à le séparer non seulement de l’opale , mais même de toutes les autres pierres vitreuses : c’est en effet une pierre précieuse dont la dureté et la densité sont presque doubles de celles de l’opale, et égales à celles des vraies pierres précieuses 2.

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