TOPAZE ET RUBIS DU BRÉSIL
Il se trouve au Brésil des pierres transparentes d’un rouge clair, et d’autres d’un jaune très-foncé, auxquelles on a donné les noms de rubis et topazes , quoiqu’elles ne ressemblent que par la couleur aux rubis et topazes d’Orient; car leur nature et leur origine sont toutes différentes : ces pierres du Brésil sont des cristaux vitreux provenant du schorl , auquel ils ressemblent par leur forme de cristallisation 1 ; elles se cassent transversalement comme les autres schorls, leur texture est semblable , et l’on ne peut douter qu’elles ne tirent leur origine de ce verre primitif, puisqu’elles se trouvent , comme les autres cristaux , implantées dans les rochers vitreux. Ces topazes et rubis du Brésil diffèrent essentiellement des vraies topazes et des vrais rubis , non seulement par ce caractère extérieur de la forme , mais encore par toutes les propriétés essentielles , la densité , la dureté , l’homogénéité , et la fusibilité. La pesanteur spécifique de ces pierres du Brésil 2 est fort au dessous de ces pierres d’Orient : leur dureté, quoiqu’un peu plus grande que celle du cristal de roche , n’approche pas de celle de ces pierres précieuses ; celles-ci n’ont , comme je l’ai dit , qu’une simple et forte réfraction , au lieu que ces pierres du Brésil donnent une double et plus foible réfraction. Enfin elles sont fusibles à un feu violent , tandis que le diamant et les vraies pierres précieuses sont combustibles , et ne se réduisent point en verre.
La couleur des topazes du Brésil est d’un jaune foncé mêlé d’un peu de rouge ; ces topazes n’ont ni l’éclat ni la belle couleur d’or de la vraie topaze orientale ; elles en different aussi beaucoup par toutes les propriétés essentielles, et se rapprochent en tout du péridot, à l’exception de la couleur, car elles n’ont pas la moindre nuance de
1. La topaze du Brésil est en prismes striés ou cannelés à l'extérieur, comme ceux de l'émeraude du même pays ; et ces prismes sont ordinairement surmontés d’une pyramide à l’extrémité, qui pointe en avant au sortir du rocher auquel leur base est adhérente : cette structure est constante , mais le nombre de leurs faces latérales varie presque autant que celles des autres schorls.
2. La pesanteur spécifique du rubis d’Orient est de 4^838, et celle du rubis du Brésil n’est que de 353it. La pesanteur spécifique de la topaze d’Orient est de 40106, et celle de la topaze du Brésil n’est que de 35365. (Table de M. Brisson.)
vert. Elles sont exactement de la même pesanteur spécifique que les pierres auxquelles on a donné le nom de rubis du Brésil 3 : aussi la plupart de ces prétendus rubis ne sont-ils que des topazes chauffées ; il ne faut, pour leur donner la couleur du rubisbalais , que les exposer à un feu assez fort pour les faire rougir par degrés ; elles y deviennent couleur de rose, et même pourprées : mais il est très-aisé de distinguer les rubis naturels et factices du Brésil des vrais rubis, tant par leur moindre poids que par leur fausse couleur, leur double réfraction, et la foiblesse de leur éclat.
Ce changement de jaune en rouge est une exaltation de couleur que le feu produit dans presque loutes les pierres teintes d’un jaune foncé. Nous avons dit , à l’article des marbres, qu’en les chauffant fortement, lorsqu on les polit , on fait changer toutes leurs taches jaunes en un rouge plus ou moins clair : la topaze du Brésil offre ce même changement du jaune en rouge , et M. de Fonlanieu, l’un de nos académiciens, observe qu’on connoît en Bohème un verre fusible d’un jaune à peu près semblable à celui de la topaze du Brésil , qui , lorsqu’on le fait chauffer, prend une couleur rouge plus ou moins foncée, selon le degré de feu qu’on lui fait subir. Au reste, la topaze du Brésil, soit qu’elle ait conservé sa couleur jaune nalurelle , ou qu’elle soit devenue rouge par l’action du feu , se distingue toujours aisément de la vraie topaze et du rubisbalais par les caractères (pie nous venons d’indiquer : nous sommes donc bien fondés à les séparer des vraies pierres précieuses , et à les mettre au nombre des stalactites du schorl , d’autant que leur densité les en rapproche plus que d’aucun autre verre primitif 4.
Je présume , avec l’un de nos plus savans chimistes, M. Sage, que le rubis sur lequel on a fait à Florence des expériences au miroir ardent n'étoit' qu’un rubis du Brésil , puisqu’il est entré en fusion, et s’est ramolli au point de recevoir à sa surface l’impres-
3. La pesanteur spécifique du rubis du Brésil est de 353 1 1 , ei celle de la topaze du Brésil est de 35365. (Table de M. Brisson )
4- La pesanteur spécifique du schorl vert ou olivâtre est de 34529 , et celle du rubis du Brésil de 353n.